Les Abattoirs

musée d'art moderne à Toulouse, France From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse est une institution culturelle d'art moderne et contemporain située à Toulouse. Elle rassemble à la fois les collections « musée de France » d'art moderne et contemporain de la ville de Toulouse et celles du Fonds régional d'art contemporain de l'ancienne région Midi-Pyrénées, et partage ainsi les missions de ces deux types de structure. Les Abattoirs sont gérés par un syndicat mixte et installés dans les bâtiments préservés des anciens abattoirs municipaux.

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Les Abattoirs
Façade du bâtiment principal.
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Histoire

Les anciens abattoirs municipaux

Au Moyen Âge et à l'époque moderne, il existe de nombreux lieux liés à l'abattage des animaux (abattoirs et tueries, boucheries, marchés au bétail) dans la ville de Toulouse. Le plus ancien, mentionné dès 1238, et le plus important au XVIIIe siècle est un complexe situé sur l'île de Tounis, avec des extensions dans le quartier de la Dalbade et au bord de la Garonnette ; d'autres sont situés à la porte Arnaud-Bernard, en contrebas de la place Saint-Pierre, dans la rue Mage ou proche du port fluvial de Saint-Cyprien[1].

Au début du XIXe siècle, la municipalité de Toulouse souhaite la création d'abattoirs publics en un seul point de la ville, proche de la Garonne, dans un souci de rationalisation, d'hygiène et de contrôle[2]. Une ordonnance royale de 1817 et une pétition de la corporation des bouchers toulousains en 1821 poussent la municipalité à confier ce projet à l'architecte Jacques-Pascal Virebent, avec un projet adopté en 1823[3].

Le projet est finalement confié à Urbain Vitry en 1825[4]. En 1826, la municipalité de Toulouse achète un terrain à l'hôpital de La Grave, sur la rive gauche de la Garonne, pour permettre la construction d'un complexe de grande ampleur, hors des remparts de la ville, avec une bonne évacuation des déchets mais un risque d'inondation[5]. Les travaux débutent en 1827, avec la pose de la première pierre, et se terminent en 1831[6]. L'ensemble ouvre officiellement en 1832, même si la cour du bâtiment central n'est couverte qu'en 1835, et les anciens abattoirs sont alors détruits[7]. Urbain Vitry est remarqué pour ce travail, devenant notamment architecte en chef de la ville de Toulouse[8], et il en reprend la formule pour d'autres projets[9].

Au cours des XIXe siècle et XXe siècle, plusieurs vagues de travaux ont lieu, à commencer par la construction d'un mur de protection en 1838, sans doute remplacé par des digues dans les années 1950, puis l'aménagement d'une place vers la Garonne en 1842[10]. En 1913, la démolition et la reconstruction des abattoirs, jugés insalubres, sont décidées, avant d'être abandonnées après la Première Guerre mondiale[11]. Un projet de réhabilitation sanitaire et d'extension est décidé en 1927 sous la direction de Jean Montariol, avec une nouvelle inauguration en 1930[12].

L'activité des abattoirs se poursuit jusqu'en 1988, avant une fermeture motivée pour des problèmes structurels et sanitaires, ainsi que de pollution des eaux de la Garonne[13]. L'ensemble architectural fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le [14],[15].

Les précédentes institutions d'art moderne et contemporain

Le musée des Augustins

Le musée des Augustins est le musée des Beaux-Arts de Toulouse, fondé en 1795. La collection du musée se concentre sur les arts européens du XIIe siècle au début du XXe siècle[16], les acquisitions ne se portant pas sur l'art moderne et les avant-gardes artistiques entre 1865 et 1950[17]. L'institution fait néanmoins l'acquisition d'une trentaine d'œuvres contemporaines entre 1948 et 1968, auxquelles s'ajoutent une cinquantaine entre 1969 et 1984[18], sous l'impulsion des conservateurs Paul Mesplé puis Denis Milhau[17].

Le Fonds régional d'art contemporain Midi-Pyrénées

Le Fonds régional d'art contemporain (ou FRAC) de la région Midi-Pyrénées est créé en 1984 afin de promouvoir l'art contemporain à l'échelle régionale, en complément aux initiatives nationales comme le Fonds national d'art contemporain et le Centre national des arts plastiques, par la constitution d'une collection et la production d'expositions, sans être un musée[19].

Les premières acquisitions du FRAC Midi-Pyrénées se concentrent sur des artistes méditerranéens, notamment français, italiens et espagnols ou catalans[20], au gré des expositions régionales[20]. La commission consultative est composée de personnalités régionales de l'art, comme l'écrivain Félix Castan ou les représentants de musées toulousains Alain Mousseigne et Jean Dieuzaide, ainsi que des spécialistes internationaux, comme l'historien de l'art Daniel Giralt-Miracle (es)[21]. La première exposition Chefs-d'œuvre et hors-d'œuvre : des idées qui font recette, en 1985, présente ces premières acquisitions[20].

L'artothèque de Toulouse

L'artothèque de Toulouse est créée en 1985 comme un service de la bibliothèque municipale et est installée dans la rue Croix-Baragnon[22]. Sa principale activité est le prêt d'œuvres, aux particuliers comme aux structures publiques comme des écoles, avec un fonds composé d'estampes et de photographies contemporaines[23]. Elle organise également de nombreuses expositions, dans ses locaux ou en collaboration avec d'autres institutions, comme la galerie du Château d'eau, jusqu'à sa fermeture en 1993[23].

Le musée d'Art moderne et contemporain

Le musée d'Art moderne et contemporain de Toulouse est fondé en 1984 : il ne possède alors aucun espace attitré, mais un fonds se crée par l'acquisition d'œuvres[20]. L'institution est dans un premier temps installée au sein du couvent des Jacobins, où elle expose, ainsi qu'au sein du palais des Arts de Toulouse[20]. Le FRAC Midi-Pyrénées participe également lors d'expositions par le prêt d'une partie de sa collection[20]. Le directeur est Alain Mousseigne, précédemment conservateur du musée des Augustins[20].

La collection se crée par des achats d'œuvres, auprès de galeristes ou à l'occasion d'expositions locales, ainsi que de dons[20]. Par la suite, elle est enrichie par les dépôts de la collection moderne du musée des Augustins[20] puis des estampes et photographies de l'artothèque, qui deviennent ainsi des œuvres muséales[24]. Trois collections privées augmentent également le fonds : celle du galeriste Rodolphe Stadler, celle du couple Celia et Anthony Denney et de la quasi-totalité de celle de Daniel Cordier, déposée par le musée national d'Art moderne[25],[26].

Le Centre régional d'art contemporain de Labège

Le Centre régional d'art contemporain (ou CRAC) de Labège est un centre d'art contemporain créé en 1985, en réponse à la création de structures similaires en France[27]. Il est également dirigé par Alain Mousseigne, à partir de 1988[28], avant l'absorption de l'institution par les Abattoirs[27].

Le projet unificateur des Abattoirs

La nef du bâtiment principal des Abattoirs en 2011.

La réalisation d'un « Espace d'art moderne et contemporain de Toulouse et Midi-Pyrénées » sur le site des anciens abattoirs est décidée en 1991, avec la création d'un syndicat mixte entre la ville de Toulouse et l'ancienne région Midi-Pyrénées et le soutien du ministère français de la Culture[29], sous la direction de Jack Ligot[27]. Cette transformation d'un lieu patrimonial en espace d'art contemporain correspond à d'autres exemples, comme le Castelvecchio à Vérone, le musée Tàpies à Barcelone ou le CAPC à Bordeaux, et tranche avec la politique de démolition de Toulouse depuis la Révolution française[30]. L'objectif est également de redynamiser le quartier de Saint-Cyprien et la ville de Toulouse dans son ensemble[27].

En 1995, trois structures sont réunies : le musée d'Art moderne et contemporain de Toulouse, le FRAC Midi-Pyrénées et le CRAC de Labège[29]. La création de cette institution répond au constat, fait au début des années 1980, du manque d'un musée d'art contemporain à Toulouse, en dehors des expositions réalisées par le musée des Augustins[31]. L'idée de fusionner les différentes structures locales en un projet unique est l'initiative d'Alain Mousseigne, qui devient le premier directeur de l'institution[27].

En 1995, un concours est lancé pour la maîtrise d'œuvre du projet[29]. Celui des architectes Antoine Stinco et Rémi Papillault est retenu, les travaux commençant en 1997[32]. Les Abattoirs ouvrent officiellement en 2000[27]. Cette dénomination est conservée afin de ne donner la priorité à aucune des trois structures (musée, FRAC et centre d'art) à l'origine de l'institution[33].

Alain Mousseigne dirige les Abattoirs de leur fondation jusqu'en 2012, où son départ coïncide avec la fermeture de l'institution pour travaux[34],[35]. Son successeur, Olivier Michelon, occupe le poste de 2012 à 2016 : il gère également la programmation du FRAC Midi-Pyrénées[35],[36], auparavant dirigée indépendamment par Pascal Pique[34]. Sa successeuse est Annabelle Ténèze, à partir de 2016[37] ; elle est à son tour remplacée par Lauriane Gricourt, déjà conservatrice au sein de l'institution, en 2024[38].

Bâtiment et muséographie

Le bâtiment originel d'Urbain Vitry est, dans le premier jet réalisé en 1825, un ensemble monumental, sobre et ouvert[39]. Le deuxième projet de est composé d'un grand échaudoir central, composé de treize travées symétriques de part et d'autre d'une cour, autour duquel sont placés plusieurs bâtiments périphériques, dont un hémicycle isolé pour l'abattage des porcs[40]. La brique est laissée apparente[40]. Un troisième projet définitif en décembre de la même année ajoute un système de couvrement composé d'arcs en brique, moins coûteux qu'une charpente en fer[41]. Le plan des abattoirs semble influencé par celui de la basilique Saint-Sernin : si aucun écrit d'Urbain Vitry ne le confirme, il peut y avoir un parallèle entre la fonction du nouveau bâtiment et le martyr de Saturnin de Toulouse, tuer par un taureau[42].

Le projet choisi en 1995 est une restitution de l'architecture originelle, avec peu de modifications des structures[43], réversible conformément aux attentes pour un monument historique[44]. Les bâtiments périphériques accueillent des locaux destinés au public, une bibliothèque, des espaces techniques ou administratifs[43]. Le bâtiment principal accueille l'espace d'exposition ainsi que les réserves, un auditorium et une librairie : il est composé d'une nef centrale accompagnée de collatéraux, au-dessus desquels se trouve deux espaces à l'étage, communiquant par des passerelles[45]. Un grand escalier relie ces niveaux au sous-sol, composé de deux salles, dont la plus grande accueille un monumental rideau de scène de Pablo Picasso, et de réserves[45]. L'œuvre de Picasso est présentée de manière alternée pendant six mois, avant une période de repos sans lumière, sur un plan incliné, derrière une cimaise mobile permettant l'accrochage d'autres œuvres ; la muséographie reprend la forme d'un théâtre, avec plusieurs vues en fonction des niveaux, ou d'une crypte de basilique[46]. Les différents espaces d'exposition sont modulables[47] : les collections des Abattoirs sont présentées « par roulement », de manière mobile[48]. Cependant, par accord avec Daniel Cordier, 350 m2 doivent être attribués à sa collection[49]. L'institution s'ouvre sur la ville, notamment sur la Garonne avec le jardin Raymond-VI[50].

Notes et références

Voir aussi

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