Les Misérables (film, 1913)
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Henri Étiévant
Léon Bernard
Émile Mylo
Delphine Renot
Maria Ventura
Mistinguett
| Réalisation | Albert Capellani |
|---|---|
| Scénario | Paul Capellani , d'après le roman éponyme de Victor Hugo |
| Acteurs principaux |
Henry Krauss Henri Étiévant Léon Bernard Émile Mylo Delphine Renot Maria Ventura Mistinguett |
| Sociétés de production | Société cinématographique des auteurs et gens de lettres (S.C.A.G.L.) |
| Pays de production |
|
| Genre | Film dramatique |
| Durée | 163 minutes (2 heures 43 minutes) |
| Sortie | 1913 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Les Misérables est un film muet français réalisé par Albert Capellani, tourné en 1912 et sorti en France en 1913.
Ce film de long métrage, produit par la Société cinématographique des auteurs et gens de lettres (S.C.A.G.L.), est une adaptation en quatre épisodes (Jean Valjean, Fantine, Cosette, Cosette et Marius) du roman éponyme de Victor Hugo, publié en 1862, et raconte l'histoire de Jean Valjean, alias M. Madeleine, alias M. Fauchelevent, forçat évadé envoyé au bagne pour avoir volé du pain, son évasion, sa reconversion en notable, et sa traque par l'inspecteur de police Javert.
Le film de Capellani est globalement fidèle au roman, dont il suit, à la différence de nombreuses autres versions cinématographiques, l’ordre chronologique. Première époque : Jean Valjean La mère de Jean Valjean meurt de faim. Jean Valjean vole un pain pour la sauver (dans le roman, c’est pour ses neveux qu’il commet ce délit). Jean Valjean est condamné au bagne de Toulon. Il parvient à s’évader (dans le roman, il a fait plusieurs tentatives infructueuses, ce qui lui a valu un allongement considérable d’une peine accomplie en entier). Jean Valjean arrive à pied à Digne. Chassé par les hommes, chassé par le chien qui lui refuse sa niche, il finit, sur la recommandation d’une pauvre femme, par trouver l’hospitalité chez l’évêque, lequel l’invite à souper et lui donne sa chambre pour la nuit. Réveillé tôt, l’ancien forçat vole les couverts en argent de son hôte et s’enfuit de la maison. Rattrapé par deux gendarmes, il est ramené chez l’évêque qui affirme devant eux que c’est lui qui a offert l’argenterie et que l’homme a « oublié » les deux chandeliers qu’il lui avait également donnés. Les gendarmes partis, l’évêque fait une prière pour Jean Valjean et lui remet un billet de recommandation pour son frère industriel à Montreuil-sur-mer pour que celui-ci lui procure un travail dans son usine de verroterie (variante du film par rapport au roman). À la sortie de la maison de l’évêque, Jean Valjean s’effondre en sanglotant (l’épisode du Petit Gervais, à qui Jean Valjean volera sa pièce d’argent, une récidive qui lui vaudrait la prison à vie, et qui explique l’acharnement de l’inspecteur Javert, est sauté). Le directeur de l’usine de Montreuil-sur-mer embauche Jean Valjean.
Deuxième époque : Fantine Jean Valjean a succédé au patron de l’usine (dans le roman, c’est lui qui a fondé l’entreprise). Il a pris le nom de Monsieur Madeleine et est devenu une personnalité influente et respectée de la ville, dont il est devenu maire. Fantine, une jeune ouvrière de l’usine, a placé son enfant chez Thénardier, un aubergiste qui, par une lettre, lui réclame de l’argent. Ne pouvant pas justifier son absence, ce qui serait avouer qu’elle est fille-mère, Fantine est renvoyée par Monsieur Madeleine (dans le roman, c’est par une surveillante qu’elle est renvoyée, une décision dont celui-ci n’est pas informé). Javert, ancien garde-chiourme du bagne de Toulon, qui a été promu inspecteur de police à Montreuil-sur-mer, a remarqué la forte ressemblance entre Monsieur Madeleine et Jean Valjean, forçat évadé. Fantine vend ses cheveux afin de finir de payer la pension de sa fille. Devenue la risée de ses camarades d’usine, elle déclenche une bagarre interrompue par la police (chez Victor Hugo, alors qu’elle fait le trottoir, c’est à un bourgeois qui lui avait lancé une boule de neige dans le dos qu’elle s’en prend). Javert veut mettre Fantine en prison pour trouble à l’ordre public, mais Monsieur Madeleine, qui a autorité sur lui, la fait remettre en liberté. Fantine raconte sa vie à Monsieur Madeleine, qui ignorait tout d’elle : la naissance de son enfant, son amant (le père), qui l’a quittée. Cet épisode offre à Capellani l’occasion de réaliser l’une des plus belles séquences de son film : l’écran est divisé verticalement en deux moitiés, la partie gauche montrant Monsieur Madeleine et Fantine qui lui fait le récit de sa vie, tandis que la partie de droite montre Fantine avec son bébé et son amant. Le réalisateur a choisi d’occulter le fait que dans le roman Fantine s’est prostituée. Monsieur Madeleine fait admettre Fantine, atteinte de phtisie, dans l’infirmerie de sa fabrique. Au risque de se trahir devant Javert, qui avait été frappé à Toulon par la force exceptionnelle, proprement herculéenne, du dénommé Jean Valjean, Monsieur Madeleine soulève par la force de son dos la charrette qui écrasait le père Fauchelevent, et lui sauve ainsi la vie. Javert, chez qui la conviction a remplacé le doute, dénonce Jean Valjean alias Monsieur Madeleine au procureur royal. Mais, ayant appris peu après que Jean Valjean, qui a été retrouvé, allait être bientôt jugé en cour d’assises, il offre sa démission à Monsieur Madeleine, qui la refuse. « Une tempête sous un crâne » : le film de Capellani reprend au roman le titre du chapitre dans lequel « Monsieur Madeleine » est en proie à un dilemme cornélien, mais déplace l’épisode de la « promesse faite à la morte » (celle qu’a faite Jean Valjean, sur le lit de mort de Fantine, de s’occuper de sa fille). De nouveau, Capellani utilise le procédé saisissant de la double image dans le même plan : assis, tourmenté, Jean Valjean imagine devant une cour d’assises dont la représentation occupe l’encadrement de la cheminée située derrière lui un innocent condamné à sa place. Jean Valjean a décidé de se dénoncer. Il vient faire ses adieux à Fantine mourante, laquelle lui apprend que sa petite fille, Cosette, est chez les Thénardier, des aubergistes à Montfermeil. Javert empoigne brutalement Jean Valjean en présence de Fantine, qui meurt d’une attaque (cet épisode mélodramatique ne figure pas dans le roman de Hugo). Avant d’être emmené, Jean Valjean murmure à l’oreille de la morte qu’il jure de prendre soin de sa fille. Il est conduit au poste de police mais parvient à s’échapper. Ici encore, le réalisateur adapte très librement la trame des Misérables.
Troisième époque : Cosette Les Thénardier avec leurs enfants, Éponine et Gavroche et des clients de leur auberge (dans le roman, le garçon, qui vit dans les rues de Paris, n’apparaît que plus tard). Cosette, leur domestique et souffre-douleur, manie un balai plus grand qu’elle (Capellani reprend ici la célèbre illustration de Gustave Doré). Éponine joue avec sa poupée tandis que Cosette nettoie la salle. La petite fille est envoyée chercher de l’eau à la source, dans le bois, alors qu’il fait nuit. En chemin, elle contemple derrière une vitrine de boutique une grande poupée en porcelaine. À la source, Jean Valjean prend le seau de la petite fille, et apprenant d’elle qu’elle travaille chez les Thénardier, il reconnaît Cosette. La voyant maltraitée à l’auberge, il lui achète la grande poupée. Puis il emmène Cosette après avoir donné une grosse somme d’argent à Thénardier. Sa femme l’ayant convaincu qu’il aurait pu obtenir beaucoup plus, il rattrape Jean Valjean, mais celui-ci le menace de son bâton et repart avec la petite. Jean Valjean vit avec Cosette dans une vieille maison à Paris. Intriguée par son allure suspecte, la concierge avertit la police. Javert, qui a été muté à Paris, s’occupe de l’affaire. Jean Valjean parvient de nouveau à lui échapper, emmenant Cosette avec lui. Cerné dans une impasse par les hommes de Javert, il escalade un mur, hisse la fillette par une corde, et tous deux se retrouvent de l’autre côté dans le jardin d’un couvent, où travaille comme jardinier le père Fauchelevent, qui, après son accident, avait obtenu cet emploi grâce à Monsieur Madeleine qui lui avait sauvé la vie. Flash-back sur la charrette soulevée par lui. Fauchelevent offre asile à Jean Valjean (qui pour lui est toujours Monsieur Madeleine) et à Cosette dans la cabane qu’il occupe au fond du jardin. À la mère supérieure du couvent, il présente Jean Valjean comme son frère et le fait accepter comme aide. Cosette sera élevée par les sœurs.
Quatrième partie : Cosette et Marius Les années ont passé. Sous le nom de Fauchelevent, Jean Valjean vit à Paris avec Cosette devenue jeune fille. Les Thénardier occupent un galetas et demandent la charité à Marius, un étudiant qui occupe une chambre voisine. Marius aperçoit Cosette assise sur un banc aux côtés d’un vieux monsieur au jardin du Luxembourg, il la regarde longuement et tombe amoureux d’elle, ce qui contrariera le vieux monsieur (Jean Valjean). Les Thénardier ont demandé la charité à Monsieur Fauchelevent, par l’intermédiaire de leur fille Éponine, qui mendie pour ses parents dans la rue. Monsieur Fauchelevent se rend chez les Thénardier accompagné de Cosette, et leur donne de l’argent. Dans la rue, Marius, qui rentrait chez lui, reconnaît la jeune fille du jardin du Luxembourg. Éponine, bien que secrètement amoureuse de Marius, lui donne son adresse. Ayant sauté par-dessus le mur, Marius se retrouve dans le jardin de la rue Plumet où habite Cosette avec son « père » et laisse un message sur le banc. Lorsque Cosette découvre le billet, il sort du buisson où il était caché et se montre devant elle. Jean Valjean s’aperçoit que Cosette a changé, et il en est bouleversé. Monsieur Gillenormand, vieil homme de l’Ancien régime, grand-père de Marius, reçoit de celui-ci une lettre lui demandant d’intercéder en sa faveur auprès du père de Cosette pour faire de celle-ci son épouse. Il refuse, car la jeune fille n’est pas « bien née ». Venu chercher la réponse, Marius quitte en colère la maison de son grand-père et décide de rompre avec lui. Les quartiers populaires de Paris sont en ébullition, les ouvriers et les étudiants républicains manifestent dans les rues et dressent des barricades à l’occasion des funérailles du général Lamarque (). Désespéré de ne pouvoir se marier avec la femme qu’il aime, Marius rejoint le rang des émeutiers et compte bien mourir avec eux. Dépêché pour les surveiller, Javert est reconnu comme un mouchard et fait prisonnier. Suit une belle séquence cinématographique de fusillade : les étudiants sont filmés de dos, ce qui confère une charge dramatique particulière à la scène. Marius remet à Gavroche, qui lui aussi, aux côtés des étudiants, entend démolir le régime de Louis-Philippe, un billet pour Cosette : s’il meurt, son corps devra être ramené chez Monsieur Gillenormand, son grand-père. Mais Jean Valjean intercepte le message, ce qui lui permettra de rejoindre la barricade où combat Marius, et ainsi de le sauver. Gavroche ramasse les cartouches des soldats morts, mais il finit par être atteint d’une balle. Jean Valjean a eu la garde de Javert et a été chargé de l’exécuter. Néanmoins, il lui laisse la vie sauve. Éponine, qui elle aussi a rejoint la barricade pour protéger Marius, meurt (le film ne montre pas que c’est à la suite d’une blessure qu’elle a reçue pour le protéger d’un tir qui le visait). La barricade est prise. Parmi les corps inertes, Jean Valjean reconnaît Marius, blessé et évanoui, il le charge sur son épaule, et s’enfuit du quartier à travers les égouts dans lesquels il est descendu. Variante par rapport au roman : Javert, qui a surpris Thénardier en train de dépouiller les morts de la barricade, le poursuit, mais perd sa trace. Autre épisode inventé par le réalisateur : Javert tombe sur Jean Valjean à la sortie des égouts et l’arrête. Jean Valjean lui demande un sursis, le temps de porter Marius chez son grand-père. Thénardier, qui a trouvé le billet sur lequel était inscrite l’adresse de celui-ci, et qui a l’intention de monnayer cher à Monsieur Gillenormand les informations dont il dispose, lui apprend sans le vouloir que le sauveur de son petit-fils est le père de Cosette. Javert, qui a manqué à son devoir en laissant échapper un forçat évadé, écrit une lettre réclamant une sanction, puis décide de se l’infliger lui-même en se jetant dans la Seine. Bouleversé par l’héroïsme de Jean Valjean, qui a sauvé son petit-fils adoré, Monsieur Gillenormand accepte de bon cœur à présent le mariage entre Marius et Cosette. Jean Valjean donne sa fortune (amassée du temps qu’il était le directeur de l’usine à Montreuil-sur-mer) à celle-ci. Le mariage a lieu. Thénardier, aussi obstiné dans son rôle de truand que Javert dans son rôle d’inspecteur de police, veut vendre le « secret » qu’il détient sur Jean Valjean. Effondré, Marius se rend chez celui-ci. Jean Valjean lui tend un billet où il avoue avoir été au bagne. Marius prie Jean Valjean de n’en rien dire à Cosette. Toute la fin du film présente des variations assez sensibles par rapport au roman de Hugo. La scène finale est particulièrement belle : tandis que Jean Valjean meurt, apparaît en arrière-plan et en surimpression la figure de l’évêque dont la prière (celle de faire de Jean Valjean un homme bon) a été exaucée.
