Lilian Lenton
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Lilian Lenton, née le à Leicester et morte le à Twickenham, est une suffragette anglaise, décorée plus tard par la Croix-Rouge française pour son service comme infirmière pendant la Première Guerre mondiale[1].
Elle commet des crimes, notamment des incendies criminels, pour la cause des suffragettes. En 1970, elle est invitée à inaugurer le Mémorial des suffragettes (en).
Lilian Ida Lenton naît le à Leicester [2], dans les Midlands de l'Est, en Angleterre.
Elle est l'aînée des cinq enfants d'Isaac Lenton, charpentier, et de son épouse Mahalah Lenton, femme au foyer[3],[4]. Après ses études, elle se forme à la danse, mais, après avoir entendu Emmeline Pankhurst parler, elle décide de s'engager dans le mouvement des suffragettes dès qu'elle aura 21 ans, âge de la majorité[5].
Lenton et sa mère échappent au recensement de 1911 dans le cadre du boycott des suffragettes[6]. À l'âge de 21 ans, elle rejoint la Women's Social and Political Union et, avec d'autres membres, participe à une campagne de bris de vitrines en . Elle est emprisonnée pendant deux mois sous le pseudonyme d'Ida Inkley[7].
Notoriété
Début 1913, avec Olive Wharry, elle entreprend une série d'incendies criminels à Londres et est arrêtée en , soupçonnée d'avoir incendié le salon de thé des jardins de Kew[8]. À la prison de Holloway, elle entame une grève de la faim de deux jours avant d'être alimentée de force, ce qui lui cause une pleurésie grave, due à l'inhalation de nourriture[3]. Il fallut deux médecins et sept gardiens pour la maîtriser. Elle est ensuite rapidement et discrètement libérée[3].
Son cas suscite l'indignation du public, indignée d'autant plus que le ministre de l'Intérieur, Reginald McKenna, nie qu'elle ait été nourrie de force et affirme que sa maladie est en réalité due à sa grève de la faim[3]. Cependant, des documents du Bureau de l'Intérieur montrent qu'elle a bien été gavée le [9].
Dans une lettre au Times en 1913, Victor Horsley, chirurgien renommé, affirme : « … la tentative du ministre de l’Intérieur de nier que Mlle Lenton ait failli mourir sous l’effet du gavage est dénuée de sens… elle était attachée à une chaise et sa tête était tirée en arrière par les cheveux. La sonde a été enfoncée dans son nez à deux reprises… après la seconde introduction, lorsque la nourriture a été versée, elle a été violemment étouffée. ». Afin d’éviter un tel embarras politique[10], le gouvernement fait adopter en toute hâte sa loi du chat et de la souris en , qui prévoit que les suffragettes en grève de la faim peuvent être libérées sous licence temporaire pour se rétablir, après quoi les forces de sécurité pouvaient les arrêter de nouveau[11].

En , Lenton est arrêtée à Doncaster et inculpée sous le nom de May Dennis pour s'être trouvée dans une maison inhabitée qui a été incendiée. Elle est libérée de la prison d'Armley à Leeds après quelques jours ; cette fois-ci, on ne tente pas de la gaver. Son complice dans cet incendie criminel est un journaliste local de 18 ans nommé Harry Johnson, qui est condamné à 12 mois de travaux forcés à la prison de Wakefield[7].
En , alors que la police de Leeds recherche Lenton, un plan élaboré est mis au point. Pendant son séjour chez Frank Rutter (en), directeur de la galerie d'art de Leeds[12], Lenton s'échappe dans une camionnette de livraison conduite par Leonora Cohen, déguisée en boulanger. Lenton échange sa place avec Nora Duval, déguisée en garçon de courses[13], lisant une bande dessinée et mangeant une pomme. Des taxis la conduisent à Harrogate, puis à Scarborough, d'où elle s'enfuit en France à bord d'un yacht privé[10].
Le Bureau des casiers judiciaires diffuse une photographie de surveillance d'elle, prise secrètement dans la cour de promenade de la prison de Holloway. La notice descriptive indique qu'elle mesure 1,57 m, a les yeux et les cheveux bruns. Lenton déclare plus tard : « Chaque fois que j'étais hors de prison, mon objectif était d'incendier deux bâtiments par semaine… Il s'agissait de créer une situation absolument intenable dans le pays, de prouver qu'il était impossible de gouverner sans le consentement des gouvernés. » Elle est arrêtée en alors qu'elle récupère un vélo à la consigne de la gare de Paddington[14] et, pendant sa détention provisoire, elle entame une grève de la faim et de la soif, pour laquelle elle est de nouveau alimentée de force. Sa santé étant à nouveau gravement affectée par ce traitement, elle est libérée sous condition pendant cinq jours et placée sous la garde de Mme Diplock, à Londres, mais elle s'enfuit à nouveau[7].
Lenton est de nouveau arrêtée le , accusée d'avoir incendié une maison à Cheltenham. Reconnue grâce à sa photo de surveillance, elle est emprisonnée et entame une nouvelle grève de la faim et de la soif. Libérée à 11 heures du matin et confiée à Mme Impey de Birmingham, elle s'échappe une fois de plus et reste en fuite jusqu'au début du mois de , date à laquelle elle est de nouveau arrêtée à Birkenhead. Placée en détention provisoire en attente de son procès aux Assises de Leeds pour l'incendie criminel commis à Doncaster, elle reprend une grève de la faim et de la soif jusqu'à sa libération le [7]. En raison de la fréquence de ses évasions, Lenton est surnommée la « petite, rusée et insaisissable Pimpernel »[15]. Elle reçoit une Hunger Strike Medal « pour sa bravoure » de la WSPU.
La Women's Social and Political Union suspend sa campagne militante en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, afin de se concentrer sur l'effort de guerre. Pendant cette période, les femmes occupent des emplois traditionnellement masculins, prouvant ainsi qu'elles peuvent les accomplir tout aussi bien et faisant taire l'un des derniers arguments contre le suffrage féminin. Après la guerre, la loi de 1918 sur la représentation du peuple (Representation of the People Act 1918) accorde le droit de vote aux femmes chefs de famille, ou aux épouses de chefs de famille, âgées de 30 ans et plus. Lenton n'est pas convaincue par cette concession et déclare plus tard dans un documentaire de la BBC : « Personnellement, je n'ai pas voté pendant très longtemps car je n'avais ni mari ni meubles, bien que j'aie plus de 30 ans. »[16]
Lenton a 30 ans en 1921. Les femmes obtiennent l'égalité des droits de vote avec les hommes, notamment en abaissant l'âge de vote à 21 ans, par la loi de 1928 sur la représentation du peuple (égalité du droit de vote), alors qu'elle a 37 ans.
Dernières années

Juste avant la Première Guerre mondiale, Lenton rencontre l'écrivain D.H. Lawrence alors qu'elle fuit la police et se réfugie dans le Lake District. Il lui est présenté comme « un homme qui n'a qu'un seul sujet de conversation : le sexe »[17]. Pendant la Première Guerre mondiale, Lenton sert en Serbie au sein des Scottish Women's Hospitals et reçoit une médaille de la Croix-Rouge française. Après la Révolution russe, elle voyage en Russie avec sa camarade suffragette Nina Boyle[18]. Lenton travaille ensuite à l'ambassade britannique à Stockholm. Elle est conférencière pour le Save the Children Fund et, de 1924 à 1933, conférencière et organisatrice de voyages pour la Women's Freedom League, ainsi que rédactrice du Bulletin de la Ligue pendant plus de 11 ans. Après avoir travaillé en Écosse dans le domaine de la protection animale, Lenton devient secrétaire financière du Syndicat national des enseignantes jusqu'en 1953[7].
En 1955, elle apparait avec d'autres anciennes suffragettes dans un reportage de la BBC, près de la statue de Mme Pankhurst, pour commémorer le 37e anniversaire du droit de vote des femmes[19]. Elle est de nouveau filmée en 1959 pour évoquer la loi du Chat et de la Souris. Ce reportage est diffusé en . Enfin, elle est interviewée par la BBC en , au cours duquel elle parle de sa rencontre avec D.H. Lawrence. Elle confie lors de cet entretien que le seul livre de cet auteur qu'elle a lu depuis leur rencontre est L'Amant de Lady Chatterley, ajoutant : « Ce devait être une édition expurgée, car je ne me souviens de rien de particulier. »[17].
En 1970, en tant que trésorière de la Suffragette Fellowship, Lenton inaugure le mémorial des suffragettes dans les jardins de Christchurch, à Westminster, dédié à toutes les femmes qui se sont battues pour obtenir le droit de vote[20].
Lilian Lenton décède le à Twickenham[2], au sud-ouest de Londres, à l'âge de 81 ans. Elle ne s'est jamais mariée[15].