Line Chamberland
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Titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l'Université du Québec à Montréal (2011-2020) |
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Line Chamberland, née en 1950, est une militante lesbienne et féministe, enseignante et chercheure en sociologie canadienne. Elle joue un rôle important dans l’émergence des études gaies et lesbiennes francophones du Québec. En mai 2024, elle reçoit l'insigne de l'Ordre de Montréal à titre d'officière pour son engagement militant et son travail scientifique[1].
Jeunesse et formation
Née et ayant grandi dans la région de Québec[2], Line Chamberland s'implique dès les années 1970 dans les mouvements sociaux, période au cours de laquelle elle commence à vivre son lesbianisme. Elle s'interroge alors sur la signification politique et identitaire du lesbianisme. Ces questionnements l'amènent à s’intéresser à l’expérience des femmes lesbiennes des générations précédentes, à une époque antérieure aux mouvements féministes et gais, où chacune devait trouver ses propres repères[3].
Détentrice d’un baccalauréat obtenu à l'Université Laval[4], elle enseigne la sociologie au cégep tout en complétant une maîtrise en sociologie à l'Université de Montréal en 1982[3]. Puis, elle prépare une thèse sur l'expérience lesbienne à Montréal dans les années 1950-1960[3]. Soutenue en 1994, celle-ci est publiée sous le titre Mémoires lesbiennes. Le lesbianisme à Montréal entre 1950 et 1972 aux Éditions du Remue-ménage [5]. L'année 1972 comme limite temporelle marque une période importante de changement au Québec, alors que les premières organisations lesbiennes et gaies voient le jour, entraînant une transformation des sous-cultures lesbiennes[5].
Militantisme
Line Chamberland s'installe à Montréal en 1973, pendant une période d'effervescence militante marquée par l'émergence des premiers groupes féministes et des réseaux lesbiens. Elle s'implique dans ces deux mouvements, vivant le lesbianisme et le féminisme comme des engagements politiques et personnels[6].
De surcroît, elle collabore régulièrement avec la revue Treize, par et pour les lesbiennes, qui paraît entre 1984 et 2008, contribuant notamment à faire connaître l'histoire des lesbiennes du XXe siècle au Québec[6].
Son militantisme s'étend également au mouvement syndical en 1988. Elle prend part à la formation du premier comité des gais et lesbiennes de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), où elle mène une recherche sur les réalités des personnes LGBTQ+ en milieu de travail[7]. Cette implication éveille chez Chamberland un intérêt pour l’exclusion et l’inclusion des personnes LGBTQ+ en société, thématique qui demeura présente dans ses recherches ultérieures[3].
À partir des années 1990s, elle participe à de nombreux autres projets: organisation de conférences auprès d’associations gaies et lesbiennes, féministes, étudiantes, syndicales, d'expositions[4]... Elle est invitée d'honneur à la Fierté Montréal en 2012[8]. Reconnue pour son engagement auprès de la communauté LGBTQ+, elle reçoit notamment le prix « Arc-en-ciel » dans la catégorie Personnalité par excellence en 2010, ainsi que le prix «Honoris» en 2013, tous deux décernés par le Conseil québécois LGBT[4].
Carrière
Les études gaies et lesbiennes peinent à émerger au sein des universités francophones jusqu'aux années 2000. Line Chamberland effectue alors plusieurs allers-retours entre l'université et l'enseignement collégial en réalisant des projets sur l'histoire et l'expérience des lesbiennes québécoises. Tout au long de son parcours professionnel, rendre accessibles les connaissances académiques fut sa priorité[9].
C’est pendant qu'elle enseigne au Cégep Maisonneuve qu’elle est sollicitée par le Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) et l'Université du Québec à Montréal (UQAM) pour participer à une recherche portant sur l'accueil et l'intégration des lesbiennes aînées dans les centres pour personnes âgées, une collaboration qui marque son entrée dans la recherche universitaire[3].
Elle participe ensuite au Groupe de travail mixte contre l'homophobie, notamment aux côtés du chercheur Bill Ryan. Cette expérience lui révèle la complémentarité entre le terrain communautaire et la recherche académique. Les organismes, témoins directs des discriminations, manquent souvent de données probantes pour les documenter, tandis que les chercheurs peuvent valider ces constats et fournir aux pouvoirs publics les bases nécessaires à la justification des politiques publiques. C'est de ce constat que naît l'idée d'une chaire de recherche dédiée aux réalités des personnes de minorités sexuelles ainsi qu’aux impacts de l'homophobie, de la transphobie de l’hétérosexisme[3]. Le rapport de consultation du Groupe de travail mixte recommande au gouvernement du Québec d’appuyer une telle initiative[10].
Chamberland devient professeure au Département de sexologie de l'UQAM en 2009 et mène divers projets de recherche auprès des communautés LGBTQ+[2]. En 2011, elle fonde et devient titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie, financé par le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie 2011-2016 du gouvernement du Québec[11],[12],[13]. Au moment de sa création, la Chaire était la première en son genre au Canada et la deuxième en Amérique du Nord[12],[14],[15]. La Chaire conduit ses activités en collaboration avec plusieurs partenaires issus de différents milieux, dans le but de contribuer au développement des connaissances sur les réalités des personnes LGBTQ+[11],[16] et de lutter contre l'homophobie[17]. Elle est renommée Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres en 2020[11].
Line Chamberland s'intéresse aux différentes formes d'exclusion sociale des personnes marginalisées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, dans le milieu de travail, le milieu scolaire et les services sociaux et de santé[4]. Elle travaille également sur la thématique du vieillissement et de l'inclusion des personnes aînées LGBTQ+[4]. Elle est membre de l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF)[18] du Réseau québécois en études féministes (RéQEF)[19]. En 2016, elle obtient une subvention de 2.5 millions de dollars du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour réaliser le projet de recherche partenariale Savoirs en actions sur l’inclusion et l’exclusion des personnes LGBTQ au Québec. À travers ce projet partenariat et intersectoriel, Line Chamberland mobilise un grand réseau d'universités, d'organismes communautaires et d'institutions gouvernementales et para-gouvernementales[20].
Chamberland prend sa retraite en 2020, se retirant simultanément de l'enseignement et de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres. Elle demeure active dans le milieu de la recherche en offrant son expertise aux étudiantes et étudiants des cycles supérieurs[21].
Publications principales
Chamberland, L., Désy, C. et Saint-Martin, L. (dir.). (2016). Féminismes et luttes contre l’homophobie. De l’apprentissage à la subversion des codes. Montréal, Québec : Cahier de l’IREF, UQAM.
Chamberland, L. et Dorais, M. (dir.). (2013). «L’homophobie, les tentatives de suicide et la résilience chez les jeunes LGBTQ», Service social, 59(1). Québec : École de service social, Université Laval.
Chamberland, L., Lebreton, C., avec la collaboration de Bernier, M. (2012). Stratégies des travailleuses lesbiennes face à la discrimination. Contrer l’hétéronormativité des milieux de travail. Montréal, Québec : Cahiers de l’IREF, UQAM.
Chamberland, L. et Saewyc, E. (dir.). (2011). "Stigma, Vulnerability, and Resilience: The Psychosocial Health of Sexual Minority and Gender Diverse People in Canada/Stigmatisation, vulnérabilité et résilience : la santé psychosociale des minorités sexuelles et de genre au Canada", Canadian Journal of Community Mental Health/Revue canadienne de santé mentale communautaire, 30(2), p. 1-5/7-11.
Chamberland, L., Frank, B. et Ristock, J. (dir.). (2009). Minorités sexuelles et constructions des genres. Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec.
Chamberland, L. (dir.). (2008). "Homosexualités et politique au Canada et au Québec". Bulletin d’histoire politique, 16(2-3), printemps.
Chamberland, L. (dir.). (1997). "Homosexualités : enjeux scientifiques et militants". Sociologie et sociétés, XXIX(1).
Chamberland, L. (1996). Mémoires lesbiennes. Le lesbianisme à Montréal entre 1950 et 1972. Montréal, Éditions du Remue-ménage. Réédition en 1998.