Sexualité des personnes âgées

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Historiquement, la sexualité des personnes âgées est très marginalisée, et absente (ou présente avec des représentations négatives) des contenus bibliques, littéraires médiatiques et cinématographiques, où les aînés sont souvent dépeints comme sexuellement éteints ; en 2011, la sexualité, selon Lagrave, est encore un impensé de la vieillesse[1].

Avec le vieillissement démographique, la gérontologie gagne en importance, et l'exclusion progressive des personnes âgées de certaines sphères d'activité devient, l'objet d'une attention croissante. Mais, Bessin et al. notent[2], dans ce domaine, « les déprises sexuelles sont trop souvent occultées ». En 1998, J. Trincaz, dans une réflexion sur « les fondements imaginaires de la vieillesse dans la pensée occidentale » notait déjà que la sexualité de la personne âgée faisait l'objet d'un déni[3]. Jusqu'au début des années 2000, les études sur la sexualité à un âge avancé ont longtemps positionné l'âge comme impliquant une diminution de l'activité sexuelle, dont aux États-Unis[4] et en France[5]. Vieillir était surtout associé à une perte progressive du désir et supposément à une diminution ou disparition de l'activité sexuelle, en continuité avec le retrait progressif des activités sociales associé à la « déprise »[2]. Mais à la même époque, une certaine évolution semble se dessiner, qui toutefois, selon Trivalle (2006) reste ambivalente, selon lui car la sexualité des aînés continue de susciter gêne et incompréhension, notamment au sein des familles, où elle renvoie les enfants à leur propre vieillissement et à leur rapport intime à la sexualité[6].

La vieillesse, comme période asexuelle de la vie est une idée qui recule dans la société depuis les années 2000, comme en témoigne divers romans, autobiographies et autofictions d’écrivains et d’écrivaines contemporain(e)s[1], ou  pour ce qui concerne le cinéma  le film Septième Ciel d'Andreas Dresen (2008), qui illustre une sexualité assumée à un âge avancé[7]. La sexualité des personnes âgées est de plus en plus abordée dans la presse et les médias : On y fait la promotion d'une sexualité active et saine en âge avancé ; on aborde la hausse d'infections transmises sexuellement, la question de la sexualité et de la vie en institution, on conteste les présupposés d'asexualité supposée des personnes âgées, etc.[8],[9],[10]. Ces discours sont aussi confrontés aux injonctions sociales et culturelles « qui font de la conjugalité et du maintien de l'activité sexuelle les nécessaires indicateurs d'une vie épanouie », maintenant étendu aux aînés et renforcé par différents produits, médicaments et traitements disponibles[2]. Selon Antoine Darnaud (2013) « Les responsables des EHPAD doivent réfléchir aux conséquences de l'absence de formation des professionnels qui sont quotidiennement confrontés à l'expression de la sexualité des personnes âgées. Continuer à la garder cachée, taboue, confère un caractère répressif à l'établissement (...) »[11].

Le tabou sur la sexualité des personnes âgées (en EHPADs notamment) a fait que ce sujet y est resté longtemps invisibilisé, les études s'y rapportant ayant été difficiles car basées sur des témoignages souvent peu nombreux et anonymes[12]. Mais après, notamment, dans les années 1980 (avant l'apparition généralisée de l'Internet) une enquête de Bretschneider et McCoy (1988) montrant que même chez les plus âgées des personnes enquêtées, une grande partie des répondants disaient continuer à avoir des relations sexuelles (63 % des hommes de plus de 80 ans, et 30 % des femmes), la Recherche incite à se départir de l'image misérabiliste et biaisée de la sexualité des aînés[2],[13].

Depuis les années 2000, le sujet fait l'objet d'une revalorisation et d'une médiatisation progressive dans les discours scientifiques, culturels, médiatiques et sociaux[14].

Ainsi, une large étude internationale menée par E.O Laumann et al. (2004) auprès de 26 000 individus âgés de 40 à 80 ans dans 29 pays révèle que l'intérêt pour la sexualité demeure significatif chez les aînés : 79 % des hommes et 65 % des femmes de 60 à 69 ans, ainsi que 64 % des hommes et 37 % des femmes de 70 à 79 ans, déclarent s'y intéresser. Les pratiques sexuelles restent également présentes, avec 42 % des hommes et 23 % des femmes de 60 à 69 ans, et 26 % des hommes et 24 % des femmes de 70 à 79 ans, affirmant avoir des relations sexuelles au moins une fois par semaine[15], au profit d'une meilleure santé.

Selon Darnaud et al. (2013), même si,après la soixantaine notamment[16] et après la retraite[17], l'âge modifie le répertoire du plaisir sexuel[18], « les professionnels des institutions de soin ou d'hébergement savent bien que la sexualité est une réalité qui perdure toute la vie même si très peu d'établissements ont la volonté d'organiser un cadre de vie compatible avec le développement de relation sexuée. », mêmes si elles sont déniées ou annulées (plus ou moins inconsciemment) par l'ensemble des personnels qui y travaillent[11]. Dans les années 2000, plusieurs études ont confirmé ce fait. Même fragiles et malades en centre d'hébergement, comme la plupart des humains, les personnes âgées ont des désirs et des besoins sexuels qui concourent à leur désir de vivre[19]. Leur sexualité peut être moins active et moins intense en raison du manque de vitalité qu'induit l'âge, mais ceci ne signifie pas la fin de la vie sexuelle[19]. Une étude (2005) faite aux USA en centres d'hébergement de personnes âgées a conclu que la plupart des résidents voulaient maintenir une sexualité active[20]. Les conditions de vie et d'intimité dans l'EHPAD influent considérablement sur cette possibilité[21].

Plusieurs facteurs pourraient contribuer à prolonger ces changements, dont l'allongement de la durée de vie, l'arrivée des baby-boomers à l'âge de la retraite (papy-boom) et la transformation des mœurs, qui poussent à une acceptation plus large de la sexualité chez les séniors. Les études longitudinales américaines de Fisher (2010) montrent en effet une évolution vers des attitudes plus ouvertes, traduisant ce que certains qualifient de « seconde révolution sexuelle »[22]. Selon Bozon (2002), les baby-boomers, initiateurs d'une première révolution sexuelle dans les années 1960 pourraient apporter dans les EHPAD la continuité de leur liberté sexuelle antérieure[23] ; une dynamique qui a favorisé l'émergence d'une sexologie gérontologique décrite par Dupras et Ribes en 2008[24]. Elle vise à promouvoir une santé sexuelle rationnelle, mais cette approche, bien qu'importante, ne suffit pas à garantir une vie sexuelle épanouie. Une dimension spirituelle et subjective est nécessaire pour « réenchanter » la sexualité des aînés, en dépassant les normes sanitaires et les injonctions du « bien vieillir »[14].

Des études se sont aussi penché les aspects éthiques de la sexualité chez la personne âgée ou en fin de vie : L'encadrement social de la sexualité sénior repose aujourd'hui sur des dispositifs normatifs qui valorisent la santé sexuelle comme cadre de bonne conduite, une normalisation qui peut parfois conduire à une dépossession de la vie sexuelle individuelle, en imposant des comportements conformes à une figure idéalisée du senior sportif, actif et équilibré (un risque et que les aînés se conforment à ce modèle fictif, plutôt que de s'engager dans une démarche personnelle d'appropriation de leur sexualité ; la supposée libération sexuelle des aînés pourrait alors  paradoxalement  se transformer en une nouvelle forme de contrôle social, où la santé devient le vecteur d'une sexualité prescrite et régulée[14]. Selon André Dupras, face à ces enjeux, il faut interroger les modèles de santé sexuelle qui orientent les politiques publiques et les représentations sociales, afin de permettre aux personnes âgées de vivre une sexualité libre, choisie et adaptée à leurs désirs, hors des normes imposées. La reconnaissance de la diversité des parcours, des attentes et des plaisirs à l'âge avancé constitue une étape clé pour penser une sexualité inclusive et respectueuse du vieillissement[14].
Une autre question est celle du consentement quand, en raison de maladies neurodégénératives, la mémoire, la cognition ou la conscience sont altérées[25].

Certaines études quantitatives et qualitatives rapportent une amélioration de la satisfaction sexuelle avec l'âge, et la moitié des femmes seraient sexuellement actives jusqu'à un âge avancé, malgré une libido parfois faible[26]. Un autre exemple a trait aux veuves : certaines se distancient de toute sexualité après la perte du conjoint, d'autres trouvent un nouveau partenaire masculin, et d'autres encore refusent le cadre conjugal qui impliquerait de prendre soin d'un homme et développent des relations non cohabitantes, ou des relations avec d'autres femmes[27]. D'autres différences émergent par rapport au corps et à la sexualité : non seulement les femmes, mais les femmes lesbiennes et les hommes gays subissent une pression forte et source de frustrations face aux stéréotypes de beauté et aux stéréotypes de genre associés à la jeunesse[28],[29]. En général, la sexualité des gays, lesbiennes et bisexuels souffre d'une invisibilisation dans les institutions gériatriques[30],[31]. Vieillir hors couple est également parfois difficile[32].

Dans les hôpitaux et les Ehpads ou autres institutions accueillant des personnes âgées, où les corps et les esprits sont souvent diminués, ces personnes sont contraintes, outre par d'éventuels handicaps, par des horaires subis, par le bruit de fond des téléviseurs et les murs souvent mal insonorisés, les odeurs, les allées et venues parfois intrusives des soignants ; là, dans les chambres au lit d'une personne, l'intime et la sexualité peinent à s'exprimer, d'autant que ces personnes sont souvent nées à une époque o[33] où l'éducation sexuelle n'existait pas, ce qui les condamne souvent à la solitude affective et à la frustration sexuelle[34]. Ceci fait que dans cet environnement en particulier, la sexualité du 3e âge, quand elle existe est souvent cachée[35], et donc mal accompagnée, alors que les personnes âgées risquent aussi, plus que les autres, de voir leur partenaire mourir (veuvage) ou être gravement malade[36].

Processus biologiques, et besoin fondamental de la personne

La sexualité, par nombre de ses aspects se différencie de la procréation ; entre autres parce qu'elle ne se limite pas en âge. Les humains voient généralement leur libido baisser avec l'avancée en âge. Celle-ci baisserait plus rapidement pour les femmes que pour les hommes. (voir la page Sexuality in older age). Les recherches mentionnées ci-haut montrent toutefois que la question n'est pas aussi simple au niveau de l'expérience vécue.

Les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes doivent considérer la sexualité comme un besoin fondamental de la personne, à inclure donc dans le projet personnalisé, mais les infirmiers, aides-soignant(e)s notamment, et le personnel des EHPADs) peuvent être confrontés à des propos érotico-sexuels et à des situations qui heurtent, et susceptible de déclencher une réponse inappropriée. Les protocoles de réflexion au sein des équipes sont proposés pour réfléchir à ces questions afin de reconnaître chaque personne dans son humanité[37],[38].

Représentations et stéréotypes

Références

Voir aussi

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