Littérature chinoise classique
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La littérature chinoise classique (206 av. J.-C. – 1911) — couvrant la période s'étendant des Han à la chute de la dynastie Qing — se caractérise par une profonde mutation stylistique, philosophique et thématique. Durant deux millénaires, l'émergence de genres majeurs tels que la poésie, l'historiographie, la fiction e l'essai a été intrinsèquement liée à l'influence du confucianisme, du taoïsme et du bouddhisme[1].
Dynasties Qin et Han (221 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.)
Sous la dynastie Qin, l'empereur Qin Shi Huang a instauré l'unification du système d'écriture, facilitant ainsi la transmission des textes. Toutefois, son règne fut également marqué par une politique de répression intellectuelle, notamment par la proscription d'ouvrages et l'exécution de lettrés. L'avènement de la dynastie Han a permis un essor littéraire considérable. La poésie de Chu a évolué vers le fu ((zh)), une forme de poème en prose rimée souvent structurée sous forme de dialogue. Parallèlement, le yuefu ((zh)) s'est affirmé comme un genre poétique d'inspiration populaire, tirant son nom du Bureau de la Musique chargé de recueillir les chants folkloriques. Dans le domaine de la prose, les Shiji de Sima Qian constituent une œuvre historiographique monumentale dont la méthodologie a durablement influencé l'écriture de l'histoire en Chine[1].
Période des Six Dynasties et dynastie Sui (220-618 apr. J.-C.)
Cette période de fragmentation politique et de mutations sociales fut marquée par l'introduction du bouddhisme en Chine, laquelle exerça une influence pérenne sur la création littéraire. La poésie s'affirma alors comme un vecteur d'expression des sentiments personnels et de la réflexion métaphysique. Parallèlement, la prose s'enrichit de traités et d'essais explorant tant les dimensions temporelles que spirituelles de l'existence[1].
Dynastie Tang (618-907 apr. J.-C.)
Considérée comme l'âge d'or de la poésie classique, la dynastie Tang fut illustrée par des auteurs tels que Li Bai et Du Fu, dont l'œuvre concilie l'observation de la nature et l'analyse des vicissitudes humaines. La prose de cette époque se distingua par l'essor de l'essai et du récit court (chuanqi), traitant de thématiques variées allant de la spéculation philosophique au registre du fantastique[1].
Dynastie Song (960 – 1279 apr. J.-C.)
Sous la Dynastie Song, le paysage littéraire se diversifie avec l'essor du ci, une forme de poésie lyrique aux mètres irréguliers privilégiant l'expression des sentiments intimes. La prose tend alors vers une forme plus vernaculaire (baihua), reflétant les mutations sociales de l'époque à travers le récit du quotidien et des préoccupations populaires[1].
Dynastie Yuan (1279 – 1368 apr. J.-C.)
La période de la Dynastie Yuan, marquée par la domination mongole, voit l'apogée du théâtre chinois. Le Zaju, forme dramatique composite alliant déclamation, chant et danse, devient le genre majeur. Parallèlement, la fiction en prose connaît une structuration décisive, posant les jalons narratifs des grands romans classiques des époques ultérieures[1].
Dynastie Ming (1368-1644)
La période Ming marque l'avènement du roman classique chinois. Le développement de la prose narrative s'illustre à travers des œuvres majeures telles que les Les Trois Royaumes ou Au bord de l'eau, qui explorent des thématiques historiques, sociales et épiques. L'essor de la littérature en langue vernaculaire (baihua) a favorisé une démocratisation des textes, rendant la production littéraire plus accessible au-delà des cercles de lettrés traditionnels[1].
Dynastie Qing (1644-1911)
Sous la dynastie Qing, le genre romanesque atteint son apogée, notamment avec la publication du Le Rêve dans le pavillon rouge, chef-d’œuvre de la littérature sociale et psychologique. Parallèlement, la poésie et la prose de cette époque témoignent des mutations sociopolitiques et de l'influence croissante des puissances occidentales. Cette période de transition intellectuelle se caractérise par une tension entre la préservation des traditions classiques et l'émergence de nouveaux courants de pensée face à la modernité[1].
Liste des textes
Wei, Jin et les dynasties du Nord et du Sud (220-589)
Wei, Jin et les dynasties du Nord et du Sud (220-589)[2] :
- Daode Zhenjing Zhu (Commentaire du Dao De Jing) – Wang Bi (226-249). Commentaire exégétique majeur dont l'approche métaphysique du taoïsme a structuré durablement la pensée chinoise médiévale[3].
- Shishuo xinyu (Nouveaux récits des contes du monde) – Liu Yiqing. Recueil d'anecdotes et de traits d'esprit concernant les lettrés et les dignitaires de l'époque Wei-Jin, remarquable pour sa concision stylistique[4].
- Yanshi Jiaxun (Instructions familiales du clan Yan) – Yan Zhitui. Ouvrage didactique et moral définissant les principes d'éducation et les normes de conduite destinés à la lignée des Yan[5].
- Le Cœur de la littérature et la Sculpture des dragons (Wenxin Diaolong) – Liu Xie. Œuvre séminale de la critique littéraire chinoise, ce traité propose une analyse exhaustive de la prosodie, du style et de la théorie esthétique de l'époque médiévale[6].
- Baopuzi (Le Maître qui embrasse la simplicité) – Ge Hong. Texte majeur du corpus taoïste traitant d'alchimie, de quête d'immortalité et de rituels ésotériques. L'ouvrage est divisé entre une section « interne » (consacrée à la transcendance) et une section « externe » (traitant de questions éthiques et sociales)[7].
- Renwuzhi (Traité des personnalités) – Liu Shao. Étude systématique consacrée à la classification des tempéraments et des aptitudes humaines, utilisée comme manuel de référence pour le recrutement des fonctionnaires impériaux[8].
- Jinlouzi (Le Maître du Pavillon d'Or) – Xiao Yi. Recueil encyclopédique de réflexions portant sur la littérature, la cosmologie e la gouvernance, offrant un témoignage précieux sur l'érudition de la dynastie Liang[9].
- Shuijing Zhu (Commentaire sur le Classique des rivières) – Li Daoyuan. Un traité géographique monumental offrant une description détaillée de l'hydrographie chinoise à partir d'un texte plus ancien, le Shuijing. L'ouvrage est une référence majeure pour l'étude de la topographie historique[10].
- Shenxian Zhuan (Biographies des Immortels) – Ge Hong. Recueil de récits hagiographiques consacrés aux figures mythologiques et aux maîtres taoïstes. L'œuvre expose les méthodes d'ascèse et de quête de l'immortalité caractéristiques de la pensée de l'époque[11].
- Sanguozhi (Chroniques des Trois Royaumes) – Chen Shou. Texte historiographique de référence portant sur la Période des Trois Royaumes. Cette chronique a constitué la source historique principale du célèbre roman épique ultérieur, l'Histoire des Trois Royaumes[12].
- Gaoshi zhuan (高士傳, Biographies d'éminents lettrés) : Recueil biographique consacré aux figures d'ermites et d'intellectuels, illustrant le concept du retrait de la vie publique au profit de l'intégrité morale[13].
- Shenyi jing (神異經, Livre des merveilles divines) : Ouvrage relevant du registre du merveilleux, recensant des phénomènes surnaturels, des entités spirituelles et des créatures de la mythologie chinoise[14].
- Dongming ji (洞冥記, Chroniques de la pénétration du mystère) : Œuvre de fiction fantastique imprégnée de métaphysique taoïste, relatant des événements extraordinaires et des explorations de l'invisible[15].
Dynasties Sui et Tang (581-907)
- Qunshu Zhiyao' (Éléments essentiels de la gouvernance tirés des classiques; (zh)) : Compilé en 631 sous le règne de Tang Taizong, cet ouvrage est une anthologie de textes confucéens destinés à l'édification des souverains et à la définition des principes d'administration de l'État[2],[16]
- Yiwen Leiju' (Collection encyclopédique de littérature et d'art; (zh)) : Achevé en 624, ce recueil encyclopédique majeur classifie des citations issues de classiques et de sources historiques, jouant un rôle crucial dans la transmission des textes anciens[17].
- Tongdian' (Institutions générales; (zh)) : Œuvre monumentale de Du You (801) consacrée à l'histoire institutionnelle. Elle analyse l'évolution des structures politiques, économiques et juridiques de la Chine de l'Antiquité jusqu'au milieu de la période Tang[18].
- Yilin' (Forêt d'idées; (zh)) : Anthologie rédigée entre 770 et 800, regroupant des aphorismes e des réflexions philosophiques tirés d'ouvrages classiques de l'antiquité chinoise[19].
- Huangdi Yinfu Jing' (Classique de l'harmonie cachée de l'Empereur Jaune; (zh)) : Texte taoïste datant de la première moitié du VIIIe siècle, traitant de la stratégie et de l'harmonie entre l'action humaine et les cycles de la nature[20].
Dynasties Song et Ming (960-1644)
Dynasties Song et Ming (960-1644)[2] :
- Sishu Zhangju Jizhu' (Commentaires sur les Quatre Livres) – Zhu Xi (Song du Sud, 1150-1200). Somme exégétique du néoconfucianisme proposant une analyse didactique du Lunyu, du Mencius, de La Grande Étude et de L'Invariable Milieu[21].
- Classique des trois caractères' (Sanzijing). Manuel d'instruction primaire présentant les principes de la morale confucéenne sous une forme versifiée de trois caractères[22].
- Lunyu Zhushu' (Commentaires et gloses des Entretiens). Ouvrage de référence consacré à l'interprétation philologique et doctrinale du Lunyu[23].
- La Pérégrination vers l'Ouest' (Xiyouji) – Wu Cheng'en. Chef-d'œuvre de la fiction classique relatant le voyage du moine Xuanzang vers l'Inde, mêlant épopée mythologique e critique sociale[24].
- Les Trois Royaumes' (Sanguo Yanyi) – Luo Guanzhong. Roman historique retraçant les luttes de la période des Trois Royaumes, entre rigueur factuelle et idéalisation épique[25].
- Jin Ping Mei' (Fleur en fiole d'or). Roman de mœurs réaliste illustrant la corruption et la déliquescence éthique de la société de la fin des Ming[26].
- Fengshen Yanyi (L'Investiture des dieux) : Roman mythologique appartenant au genre shenmo. L'intrigue retrace la chute de la dynastie Shang et l'avènement des Zhou, en dépeignant l'implication de divinités et d'êtres immortels dans les affaires humaines[27].
- Guangyun : Dictionnaire de rimes compilé sous la dynastie Song du Nord à partir de travaux antérieurs de l'époque Tang. Il représente une source fondamentale pour l'étude de la phonologie historique du chinois[28].
- Xiaojing Zhushu : Commentaire classique du Classique de la piété filiale (Xiaojing). Cet ouvrage confucéen explicite l'importance de la piété filiale en tant que fondement des relations sociales et des structures familiales[29].
- Taiping Yulan : Importante encyclopédie de type leishu commandée par l'empereur Taizong des Song. Elle compile des textes historiques, philosophiques et littéraires couvrant la période allant de l'Antiquité au début de la dynastie Song[30].
- Taiping Guangji : Recueil de récits et de légendes populaires, principalement axé sur le surnaturel et l'anecdotique. L'ouvrage constitue un corpus majeur pour l'analyse de la fiction courte et de la culture populaire de la Chine médiévale[31].
- Zhuzi Yulei (朱子語類) : Recueil des propos et enseignements du philosophe néoconfucéen Zhu Xi (1130-1200). Cet ouvrage a durablement structurato la pensée chinoise et le système des examens impériaux[32].
- Song Jingwen Gong Biji (宋景文公筆記) : Série de notes et d'observations historiques et philosophiques de Song Qi (宋祁), lettré et haut fonctionnaire sous la Dynastie Song[33].
- Qijing (棋經), v. 1010-1063 : Manuel classique consacré au jeu de Go (Weiqi), détaillant les stratégies, les techniques et les fondements théoriques de la discipline[34].
- Yuli Zi (郁離子) : Œuvre philosophique à portée allégorique rédigée par Liu Ji. À travers un ensemble de fables et de paraboles, l'auteur y développe une réflexion sur l'éthique et la gouvernance politique[35].
Dynastie Qing (1644-1912)
Dynastie Qing (1644-1912)[2] :
- Mozi Jiangu (墨子閒詁), 1893 – Sun Yirang. Commentaire philologique approfondi du Mozi (Ve av. J.-C.). L'ouvrage synthétise les principes de méritocratie, d'utilitarisme et de non-agression propres au moïsme[36].
- Hong Lou Meng (紅樓夢), 1780-1792 – Titré en français Le Rêve dans le pavillon rouge, ce récit figure parmi les Quatre livres extraordinaires de la littérature chinoise. Il dépeint l'ascension et la chute d'une lignée aristocratique, offrant une analyse des structures sociales et spirituelles du XVIIIe siècle[37].
- Quan Tang Shi (全唐詩), 1705 – Recueil monumental de la poésie de la dynastie Tang (618-907) compilé sous les Qing. Il demeure la source de référence majeure pour l'étude de la versification classique[38].
- Kangxi Zidian (康熙字典), 1710-1716 – Dictionnaire de référence élaboré sous le règne de l'empereur Kangxi. Il a codifié la langue chinoise et influencé la lexicographie durant plusieurs siècles[39].
- Rulin waishi (儒林外史), 1750 – Chronique indiscrète des mandarins. Roman satirique dénonçant l'hypocrisie de la bureaucratie et les dérives du système des examens impériaux[40].
Notes et références
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « Chinese literature », sur Encyclopædia Britannica
- 1 2 3 4 « Post Han »
- ↑ « Dao de zhen jing zhu »
- ↑ « Shi shuo xin yu »
- ↑ « Yan shi jia xun »
- ↑ « Wenxin Diaolong », sur Chinese Text Project
- ↑ « Baopuzi », sur Chinese Text Project
- ↑ « Renwuzhi », sur Chinese Text Project
- ↑ « Jinlouzi », sur Chinese Text Project
- ↑ « Shui Jing Zhu »
- ↑ « Shen Xian Zhuan »
- ↑ « Sanguozhi »
- ↑ « Gaoshi zhuan », sur Chinese Text Project
- ↑ « Shenyi jing », sur Chinese Text Project
- ↑ « Dongming ji », sur Chinese Text Project
- ↑ « Qunshu Zhiyao », sur ctext.org
- ↑ « Yiwen Leiju », sur ctext.org
- ↑ « Tongdian », sur ctext.org
- ↑ « Yilin », sur ctext.org
- ↑ « Yinfujing », sur ctext.org
- ↑ « si-shu-zhang-ju-ji-zhu »
- ↑ « three-character-classic »
- ↑ « lunyu-zhushu »
- ↑ « xiyouji »
- ↑ « sanguo-yanyi »
- ↑ « jinpingmei »
- ↑ « Fengshen Yanyi », sur Chinese Text Project
- ↑ « Guangyun », sur Chinese Text Project
- ↑ « Xiaojing Zhushu », sur Chinese Text Project
- ↑ « Taiping Yulan », sur Chinese Text Project
- ↑ « Taiping Guangji », sur Chinese Text Project
- ↑ « Zhuzi Yulei », sur Chinese Text Project
- ↑ « Song Jingwen Gong Biji », sur Chinese Text Project
- ↑ « Qijing », sur Chinese Text Project
- ↑ « Yulizi », sur Chinese Text Project
- ↑ « Mozi Jiangu »
- ↑ « Hongloumeng »
- ↑ « Quantangshi »
- ↑ « Kangxi Zidian »
- ↑ « Rulin Waishi »