Livre velu
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Le Livre velu, cartulaire municipal de Libourne, fut commandé par la Jurade municipale entre 1392 et 1479 pour matérialiser le pouvoir identitaire et politique de la commune. Appartenant au fonds d'archives de la Ville de Libourne, ce manuscrit est conservé, sous la cote Ms. AA1, dont il est une des pièces les plus précieuses. Son surnom de Livre velu fait référence à la chemise de la reliure, ajoutée pour protéger la peau tannée.
À la suite de la francisation de l'Aquitaine, devenant la Guyenne française en 1451, la Jurade de la ville de Libourne a groupé les chartes et privilèges créés depuis la fondation de la bastide en 1270, afin de conserver et légitimer les droits obtenus sous la souveraineté anglaise. Les jurats étaient principalement des riches marchands liés au commerce fluvial et maritime, siégeant au conseil municipal sous l'Ancien Régime, et cette commande de cartulaire municipal témoigne du pouvoir oligarchique de la ville libournaise.
La propriété sur le cartulaire a par ailleurs été revendiquée pour la première fois en 1476 par Johan Decazes (f°1v), puis par les maires successifs dont Bertrand de Sauvanelle (f°21r) en 1479. Depuis, le cartulaire est resté conservé à Libourne. Il était initialement stocké dans la Tour des Archives, mais son usage quotidien voire journalier a permis sa conservation du fait de son utilisation hors de la Tour des Archives lors du pillage et de l'incendie de la dite tour en 1548. Cet incendie a notamment détruit les originaux des chartes et les anciens privilèges octroyés par les rois d'Angleterre à la ville. En 1605, leur importance fut rendue par des lettres patentes d'Henri IV.
Sa conservation a fait l'objet de plusieurs inventaires non menés à bien ou non conservés depuis 1602. En 1719 sont constatés la soustraction de certains comptes et de nombreuses pertes ont lieu jusque 1756. Le dernier en date, le plus exhaustif, est celui de J.-B Burgade[1].
En 2009, une numérisation du Livre velu a été enregistrée sur la bibliothèque numérique de l'IRHT[2]. Elle est complétée par la numérisation de 2024 effectuée par les Archives municipales de Libourne dont la mise en ligne est prévue pour 2025.
- Livre velu f°1v et f°2r, 2009 (AM Libourne, AA1)
- Livre velu f°20v et f°21r, 2009 (AM Libourne, AA1)
- Livre velu f°93v et f°94r, 2009 (AM Libourne, AA1)
Description technique


La chemise du Livre velu est une seconde couvrure destinée à protéger la première. Changée en 1619, elle est en peau non rasée qui conserve la couleur fauve des poils de la chèvre ou du veau mort-né ayant servi pour cette reliure de grand format. Les feuillets sont en vélin, également en peau de veau mort-né. L'utilisation d'une peau aussi exceptionnelle est extrêmement rare pour un cartulaire laïc. Cette peau d'exception était prisée en raison de sa finesse et de sa blancheur.
Son format en codex rectangulaire vertical possède des bifeuillets de parchemin pliés, soit un pliage in-folio, communément aux manuscrits enluminés de grand format. Son plat est protégé dans les angles par quatre coins métalliques, et sa fermeture est assurée par deux boulons et deux fermoirs en métal.
Contenu du cartulaire
Ce manuscrit est rédigé en latin, en français et en gascon. Il est composé de 161 feuillets regroupés en 23 cahiers distincts qui contiennent les chartes, les anciens privilèges accordés à la ville par les rois d'Angleterre, un calendrier et des documents administratifs. Le cartulaire est régi par un agencement thématique et hiérarchique, où les documents qui le composent ont souvent été réorganisés pour faciliter son utilisation, de l'ordre du quotidien par le Maire, un des Jurats ou un Procureur-Syndic. Son usage quotidien est directement lié aux audiences tenues par la Jurade municipale.
Le cartulaire comporte :
- Les chartes de fondation : Elles précisent comment la ville a été établie, notamment par Édouard Ier d'Angleterre en 1270.
- Les privilèges commerciaux : Les habitants de Libourne jouissaient de droits particuliers, comme l'exemption de certains impôts, le droit de tenir des marchés et foires, et des avantages sur les routes commerciales fluviales de la Dordogne.
- Les règlements municipaux : Ces documents décrivent comment la ville était administrée, notamment le rôle des consuls et les responsabilités des citoyens.
- Les relations féodales : Le cartulaire détaille les liens entre Libourne et ses suzerains, en l’occurrence la couronne anglaise, souveraine pendant deux siècles de la Guyenne.
Autres cartulaires en Guyenne
En 2011, quarante-quatre cartulaires étaient recensés en Guyenne, dont treize en Aquitaine et trente-et-un en Midi-Pyrénées. Peu de cartulaires de Guyenne ont été numérisés et l'appellation de certains cartulaires n'est pas connue, tandis que quatre villes possèdent plusieurs cartulaires : Bordeaux, Dax, Cahors et Montauban.
