Lobectomie pulmonaire
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| Organe | poumon |
|---|---|
| Voie d'abord | thoracotomie et thoracoscopie |
| Indications | Cancer bronchique non à petites cellules |
| Première mondiale | années 1930 |
| CIM-9-CM Volume 3 | « 32.49 » |
| MeSH | « D011013 » |
Une lobectomie pulmonaire est un terme médical désignant l'ablation chirurgicale d’un lobe du poumon. Elle est le plus souvent réalisée pour traiter un cancer bronchique non à petites cellules (carcinome épidermoïde, adénocarcinome du poumon, tumeur neuroendocrine), et plus rarement pour une infection comme un aspergillome. L'intervention peut être réalisée soit par thoracotomie soit par thoracoscopie.
En cas d'envahissement de la paroi thoracique par la tumeur, une pariétectomie peut être associée à la résection pulmonaire.
La durée d’hospitalisation varie de 5 à 10 jours selon les complications post-opératoires qui nécessitent souvent une ou plusieurs nuits en soins intensif.
La première Lobectomie (ablation d'un lobe du poumon) en France et en Europe, fut réalisée à Béziers-France en 1924 par le grand chirurgien Paul Guibal (1873-1953, membre associé national de l'Académie de Chirurgie depuis 1919), sans les ressources actuelles des anesthésies modernes et des antibiotiques. Cette première ablation partielle du poumon, est toujours citée dans les traités classiques. Cet exploit de précurseur qui peut rendre modeste les plus orgueilleux des chirurgiens d’aujourd’hui et qui montre qu’à Béziers, il y a cent ans, la plus grande chirurgie et la plus probe, se pratiquait déjà, fut suivi de diverses publications scientifiques.
Les premières pneumonectomies (ablation de la totalité d'un poumon) ont été réalisées dans les années 1930.
Indications
Les lobectomies pulmonaires sont le plus souvent réalisées pour des cancers du poumon dits non à petites cellules, dont les plus fréquents sont les adénocarcinomes et les carcinomes épidermoïdes. Plus rarement, elles peuvent être réalisées pour traiter des lésions infectieuses : aspergillome, tuberculose multirésistante... Enfin, dans le contexte des traumatismes, elles peuvent réalisées en urgence pour assurer l'hémostase.
Bilan préopératoire
Le bilan préopératoire doit s'assurer de la faisabilité de l'intervention. L'imagerie doit être récente (tomodensitométrie de moins de 2 mois, et dans le cas d'un cancer TEP scanner récent) afin de ne pas méconnaître une progression des lésions qui modifierait le geste chirurgical, voire le contre-indiquerait. Le bilan fonctionnel doit s'assurer que la quantité de parenchyme pulmonaire restante permet d'assurer une bonne fonction ventilatoire en postopératoire sans oxygéno-dépendance. On étudie ainsi particulièrement, sur les épreuves fonctionnelles respiratoire, le VEMS et la DLCO, pour lesquelles des valeurs prédictives postopératoires sont calculées. Au besoin, une épreuve d'effort est réalisée et la VO2max postopératoire estimée.
Une consultation cardiologique est souvent réalisée, avec une échographie cardiaque et parfois une épreuve d'effort.
Le sevrage tabagique est conseillé plus d'un mois avant l'intervention.
La consultation d'anesthésie est à la fois l'occasion d'évaluer le risque médical lié à l'intervention et de proposer au patient une anesthésie locorégionale en complément de l'anesthésie générale.
Technique opératoire
Rappels anatomiques
Il existe cinq lobes pulmonaires chez l'être humain : trois à droite (lobes supérieur, moyen et inférieur) et deux à gauche (lobes supérieur et inférieur). À droite, il est possible de réaliser une bilobectomie, en retirant à la fois le lobe supérieur et le lobe moyen (bilobectomie supérieure) ou à la fois le lobe moyen et le lobe inférieur (bilobectomie inférieure).
Voies d'abord
Il existe deux grands types de voie d'abord utilisées pour les lobectomies pulmonaires : la thoracotomie, aussi appelée chirurgie ouverte, et la thoracoscopie. Cette dernière est aussi appelée VATS ou vidéo-chirurgie, et peut être réalisée de manière assistée par robot.
- Thoracotomie postéro-latérale.
- Thoracotomie latérale.
- Position des trocarts pour un abord thoracoscopique antérieur.
Résection pulmonaire
L'ordre de la ligature des vaisseaux (veine première ou non) ne semble pas influencer le taux de récidive[1].
Curage ganglionnaire et gestes associés
En cas de cancer, un curage ganglionnaire médiastinal est réalisé de manière systématique.
Afin d'éviter une pneumonectomie, il est parfois possible de réaliser une résection-anastomose de la bronche ou de l'artère. Les tumeurs devant être retirées en un seul bloc, on parle de lobectomie élargie lorsque tout ou partie d'un organe adjacent est emporté avec la tumeur : crosse de la veine azygos, péricarde, diaphragme... En cas d'envahissement de la paroi thoracique par la tumeur, on parle d'une pariétectomie associée. Il est à noter que l'envahissement complet de l’œsophage ou de l'aorte thoracique sont considérées comme inadaptées à une résection et sont une contre-indication chirurgicale.
Drainage
En fin d'intervention, un ou deux drains sont placés dans la cavité pleurale, entre le poumon et la paroi.
Anesthésie
L'anesthésie nécessite une intubation sélective, afin de travailler sur un poumon non ventilé. Non seulement l'intervention est techniquement facilitée, mais l'exclusion pulmonaire permet d'éviter le risque d'embolie gazeuse lors de la suture du parenchyme pulmonaire.
Monitorage per opératoire
Durant l'intervention, l'électrocardiogramme et la saturation en oxygène sont mesurés en continu. La pression artérielle peut être mesurée soit en continu par un cathéter artériel, généralement posé dans l'artère radiale, soit de manière intermittente par un brassard à tension.
Lorsque la durée opératoire prévue est supérieure à 3 heures, un sondage urinaire est également réalisé, à la fois pour éviter la constitution d'un globe urinaire et pour mesurer la diurèse.
La température corporelle est mesurée par un capteur soit intégré à la sonde urinaire, soit positionné dans l'oesophage.
Prise en charge de la douleur
La douleur post-opératoire est prise en charge de manière multimodale. Les antalgiques oraux ou injectables sont ainsi souvent complétés par une anesthésie péridurale lorsqu'une thoracotomie est réalisée, ou un bloc para-vertébral.
Une analgésie locorégionale (péridurale, bloc paravertébral) est le plus souvent proposée aux patients afin de mieux contrôler les douleurs post-opératoires[2]. L'anesthésie péridurale est considérée depuis longtemps comme la référence en termes de prise en charge de la douleur après thoracotomie[2]. L'anesthésie péridurale consiste à injecter un produit anesthésiant dans l'espace épidural, autour de la moelle épinière, afin de bloquer la transmission des informations douloureuses. Elle est réalisée avant l'intervention, afin de diminuer les besoins en morphine en peropératoire, et peut être laissée en place plusieurs jours après (en général au moins 48 heures[2]. En diminuant la douleur postopératoire, elle diminue les besoins (et donc les effets secondaires) en morphiniques, et diminue la fréquence des complications respiratoires, l'absence de douleur permettant une toux et un drainage bronchique plus efficace. Toutefois, son effet indésirable majeur, l'hypotension (causée par un bloc sympathique), limite son utilisation, en particulier chez les patients atteints de coronaropathie. Enfin, les patients sous traitement anticoagulant ou antiagrégant ne sont pas éligibles à la technique en raison du risque de saignement au point de ponction. Le taux d'échec de l'anesthésie péridurale en chirurgie thoracique est compris entre 10 et 32 % selon les études[2].
Le bloc paravertébral est une alternative récente à l'anesthésie péridurale. Il consiste à l'infiltration par un anesthésique local de l'espace paravertébral et des racines nerveuses innervant la paroi au niveau de la thoracotomie. En raison de ce caractère plus local[2], il n'entraîne pas d'hypotension. Le taux de complications moindre et la plus grande facilité de pose sous contrôle échographique lui ont conféré une popularité croissante. Son efficacité sur la douleur et la diminution des complications respiratoires est comparable à celle de l'anesthésie paravertébrale[3]. Cependant, les mêmes restrictions envers les traitements anticoagulants sont émises[4].
Surveillance post-opératoire
Modalités de surveillance
La surveillance est à la fois clinique, par les constantes, et radiologique, par des radiographies pulmonaires fréquentes.
Drainage
On évalue toutes les 8 heures la quantité de liquide ramenée par les drains, ainsi que sa couleur. Une production trop importante dans les heures suivant l'intervention doit faire rechercher un hémothorax, qui imposerait une reprise chirurgicale rapide. Le drain permet également de dépister une fuite aérique.
Kinésithérapie
En post-opératoire, la kinésithérapie est particulièrement importante. Elle diminue le risque d'infection pulmonaire en diminuant l'encombrement bronchique et les atélectasies. Elle peut être complétée au besoin par de la ventilation non invasive.
Durée d'hospitalisation
Cela varie en fonction de la récupération post-opératoire du patient et des complications liées à celle-ci. En terme général 5 à 10 jours sont nécessaires pour une lobectomie.