Lobi (peuple)

groupe familial lobi avec un grand honneur From Wikipedia, the free encyclopedia

Les Lobi constituent un peuple d'Afrique de l'Ouest présent au sud-ouest du Burkina Faso, au nord-ouest du Ghana et au nord-est de la Côte d'Ivoire. Leur origine est connue au travers de récits oraux, leur migration serait partie de l'actuel nord Ghana, traversant la région de Wa et la Volta noire, au XVIIIe siècle.

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Lobi
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Potière lobi à Gaoua
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Aujourd'hui, les populations du rameau Lobi sont essentiellement connues et appréciées pour leur art du statuaire et leurs autels. Pourtant, leur culture ne se limite pas à cet aspect formel et matériel. Leur cosmogonie et cultes sont autant d'éléments originaux dans la mosaïque de cultures des groupes de populations d'Afrique de l'Ouest.

Selon la classification de Baumann et Westerman dans leur livre Peuples et civilisations d’Afrique (1948), les Lobi appartiennent aux peuples paléonégritiques, ils représentent une culture archaïque remontant à la préhistoire.

Langues

Leur langue est le lobiri, une langue gur dont le nombre de locuteurs était estimé à plus de 440 000 au début des années 1990. On en dénombrait environ 286 000 au Burkina Faso (1991) et 156 000 en Côte d'Ivoire (1993)[1]. Le dioula et le français sont également utilisés.

Population

Les Lobi représentent environ 4 % de la population du Burkina Faso[2] et 1,8 % de celle de la Côte d'Ivoire[3].

Actuellement, les Lobis se concentrent à Bouna (Côte d'Ivoire), Diébougou et Gaoua (Burkina Faso), et enfin Lawra, Wa et Kampté (Ghana)[4].

Histoire

L'histoire ancienne des Lobi est mal connue en raison de l'absence de sources écrites, et du relatif isolement géographique du pays Lobi qui se trouve en dehors des principaux axes commerciaux de la région ouest africaine[5].

S. Hien leur prête une origine lointaine en Égypte ancienne du fait de la ressemblance esthétique de leurs statuaires avec l'art égyptien ancien, ou encore du Tchad ou du Bénin de par les similarités linguistiques et architecturales entre le peuple Lobi et les différents peuples de ces régions[6].

Autour de 1770, des groupes Lobi, venant du Ghana, traversent le fleuve Volta noire (Mouhoun) par vagues successives pour s'installer sur ce qui sera par la suite désigné comme le « pays Lobi », un territoire situé au Nord-Est de l'actuel Côte d'Ivoire et au Sud Ouest du Burkina Faso. Ils paraissent avoir commencé à traverser la Volta noire en deux points principaux, vers Talière, dans l'arrondissement de Nako [7], et Momo quartier de Batié-Nord. Ils se sont divisés en deux groupes : les Lobi de Nako, au nord, sont dit Lobi de la « plaine » (pábúlódárá), et ceux de Batié-Nord, plus au sud, sont dits de la « montagne » (gõgõdárá) [8]. Ils entrent en contact avec d'autres peuples déjà présents dans la région tels que les Gan ou Kan. Gaoua signifierait d'ailleurs selon les sources " La route des Gan ; Kan Ouara "route", mal retranscrit par les colons européens en "Gaoua" [9]; les Koulango avec lesquels ils entretiennent une relativement bonne cohabitation [10] et surtout les Teésè ou Téguéssié (appelé Thuúnà par les Lobi), les plus anciens occupants, qui sont aujourd'hui encore les Maîtres de la terre [11].

D'après Maurice Delafosse, les Lobi, venant du Kipirsi, firent sans doute vers le XIVe siècle leur apparition dans leur pays actuel. D'un caractère guerrier, c'est à main armée qu'ils occupèrent les régions qui avoisinent Gaoua [12].

Société

Habitat

La société Lobi est de type acéphale (aucune autorité politique centralisée). Les Lobi pratiquent la polyginie et vivent dans des constructions en terre (banco), parfois gigantesques, compte tenu du nombre important d’épouses et d’enfants qui les occupent. Les murs sont composés de 5 ou 6 bandes de terre (gôbé) [13], d’une cinquantaine de centimètres (peut être en rapport avec la construction du Monde par Thãgbá [14]. Le toit en terrasse permet aussi l’accès à toutes les pièces, au moyen d’ouvertures, et à l’aide d’échelles (nãcél) placées à l’intérieur. Il s’agit de troncs d’arbres, fourchus au sommet, où des entailles sont pratiquées, pour former un escalier rudimentaire [13].

Ces constructions (sukala ou còna), espacées d'une centaines de mètres au sein d'un espace villageois (dií), ressemblent à des châteaux-forts, n’ayant qu’une seule entrée (lõfenυò), qui n'est jamais orientée à l'est, d'où vient tout ce qui est mauvais : la pluie, le vent, le malheur (c'est à l'est aussi que se trouve le pays des morts [13] ). Cette entrée basse et évasée en haut, dessert une cour qui donne accès à de nombreuses pièces occupées par des membres d'une famille étendue (cuòr), composée du chef de famille (còdaárkuùn), ses femmes et les familles des fils, ses filles mais pas leurs enfants, qui appartiennent toujours au patriclan (kuòn) du père, et tous les biens de la maisonnée [15]. Chaque épouse dispose d'une pièce, khér duù [16], où elle loge avec ses enfants et où elle a un foyer (kòthirè) pour sa cuisine [17] .

Organisation socio-religieuse

Ces familles étendues (cuòr) sont réparties sur un ensemble territorial (dií), placée sous le contrôle d'une divinité le dithíl(véritable propriétaire de cet espace) [18], où se regroupent des personnes ayant des liens de parenté utérine et/ou agnatique. Le dithíl (autel de la terre) appartient à l'ancêtre fondateur dithíldaàr, qui l'a négocié avec les anciens occupants de cette terre, très souvent les Teésè (Thuúnà) qui se sont chargés de son l'installation [19] [20].

Le dithíl et le titre de dithíldaàr (chef et prêtre de la Terre) se transmet de père à fils [21], avec l'accord unanime du còdaârkòna [22], l'instance politique chargée de résoudre tous les problèmes du village. Elle est composée des chefs de famille de chaque cuòr, les còdaárkuùn, qui se réunissent devant le dithíl pour tout ce qui est en rapport au sacré, et chez le dithíldaàr pour les affaires temporelles [22]. Le dithíldaàr cumule souvent le rôle de chef de village (dìdaár) et l'administration coloniale le nommait pour servir de porte parole et récupérer l'impôt [23]. Le dithíl protège les habitants ou les punit de maladie ou de morts s'ils ne respectent pas les interdits (Sõsír) [24].

Les grandes effigies en terre cuite situées devant la maison, contiennent souvent des reliques ou des objets ayant appartenu à des ancêtres (masculins ou féminins)[17].

Mariage

La polyginie est une pratique courante chez les Lobi. La première épouse des fils, en commençant par l'aîné, est choisie par le père (thirԑ) parmi ses nièces ou petites nièces utérines du même matriclan (caàr). Ainsi le petit-fils portera le même matronyme que son grand-père. C'est le mariage par demande khἑr yaàlἑ [25] , qui nécessite des démarches et des négociations. Il peut être initié dès la naissance de celle-ci voire bien avant [26]. Chaque année, pendant un maximum de 4 ans, les parents du jeune homme enverront, au moment de la récolte, un panier de mil à la jeune femme. Elle le fera germer et préparera le taàn (bière de mil). Cette bière sera vendue et le bénéfice servira à financer la fête de mariage. Le jour du mariage, les femmes de la famille accompagneront l'épouse à la maison du mari (cuòr) avec tous les produits nécessaires au repas de fêtes, ainsi que tous les ustensiles de cuisine, qui seront placés dans la khér duù [16], pièce de la sukala, où elle logera avec ses enfants [27] [28].

La seconde épouse peut également être choisie parmi les nièces utérines, mais le fils peut également en rechercher une, quitte à enlever une femme mariée (avec son consentement tacite) [29]. C'est le mariage par enlèvement khἑr tir[30]. Cela commence par une cour assidue lors de rencontres sur les marchés ou les fêtes. Puis l'homme l'emmène et la confie à sa mère jusqu'à l'accord de ses parents ou du mari, si elle est mariée. Ce dernier cas, l"ancien mari voulant récupérer le montant de la compensation qu'il a versé lors de son mariage, pouvait engendrer des conflits meurtriers entre les familles ou des village entiers [31].

Une compensation sous la forme de bétail (bœufs, moutons…) et de temps de travail par le futur mari, est donnée à la famille de l'épousée. Le mari obtient le droit exclusif des rapports sexuels[32].

L'installation définitive chez l'époux ne se fera qu'après la naissance de son premier enfant (lorsqu'il pourra se tenir en position assise). Le soir, où l'état de grossesse est avérée, la femme est conduite chez son époux, afin d'y passer la nuit. À son réveil, sa tête est rasée, puis elle retourne dans sa famille. L'accouchement se fait en position assise sur une pierre. Avant de laver le nouveau né, son père lui souffle une poudre destinée à le maintenir en vie[33].

Chaque Lobi (fille ou garçon) appartient à trois structures lignagères :

le caàr (pluriel:càrà) : groupe matrilinéaire, les rattachant à une ancêtre par une suite généalogique de femme [34], composée de quatre matriclans : les Hien et les Dá (qui forment un alliance clanique), et les Kambiré/Kambou et les Somé/Palé/Sib (qui forment la deuxième alliance clanique [35]) ;
le kuòn [36] : groupe patrilinéaire (entendu dans le sens de procréation), comprenant une centaine de noms connus de patriclans, le rattachant au premier ancêtre masculin ayant traversé la Volta noire ;
et le còdaár [37]: groupe initiatique correspondant au matriclan du père, se rapportant à l'initiation et réunissant des personnes unies dans la même fraternité spirituelle (vúl) [38].

À sa naissance, chaque enfant sera présenté aux thìlà (esprits - divinités) de sa famille (cuòr) et placé sous la protection de la divinité personnelle (hírathíI) du chef de famille (còdaárkuùn)[39]. Il portera le nom du matriclan auquel appartient sa mère, et comme prénom son rang de naissance : Sié (1er), Sansan (2e), Ollo (3e), Koko (4e), Bêbê (5e), Thò (6e) ... pour les garçons et Yéri, (1re), Oho (2e), Ini (3e), Kpini ou Cessere (4e) ... pour les filles [33].

Ce n'est qu'au cours du rite d'initiation au Djôrô, qu'il connaîtra le nom du patriclan (kuòn) ou sous patriclan (thikuòn), auquel il appartient [40]. Ce lignage, remontant à l'ancêtre ayant le premier traversé la Volta noire (Mouhoun), est secret et sacré. Chaque Lobi sera également intégré au còdaár (groupe initiatique du fondateur du village [37]) lors de cette première initiation et obligé de respecter tous ses interdits [41]. Des nouveaux prénoms remplacent ceux de rang donnés à la naissance[42]. Ils peuvent être une supplique adressée aux ancêtres, implorant de leur part une protection. Ils contiennent toujours en un mot, un épisode souvent dramatique de l'histoire de la famille ou d'un de ses membres. Ces prénoms lancent presque toujours un défi à des voisins malveillants [43].

La dissolution du mariage est effectif, après le départ de la femme, soit de son plein gré ou renvoyer par le mari. Celui-ci peut demander le remboursement de la compensation à son nouveau mari. Les enfants restent toujours avec le père [27] [44].

Les fils demeurent sous la dépendance économique du père, pendant de nombreuses années après le mariage. Il n'obtiendra son émancipation qu'après la remise de la houe (sũgbúrè), associée à la terre des ancêtres, par son père[45].

Funérailles (bií)

Lors d'un décès, un poulet est sacrifié pour consulter les ancêtres et savoir s'ils acceptent de procéder à l'enterrement. Le poulet devra mourir sur le dos, dans le cas contraire, il sera sacrifié autant de poulets que nécessaire. Ensuite, les cris funèbres des femmes (húlébè) retentissent. Tous les habitants du village (dií) et des villages voisins se rendent à la maison mortuaire pour présenter leurs condoléances. La toilette du cadavre est faite par les femmes avant de l'enduire de beurre de karité et de le vêtir de ses plus beaux habits. Ensuite, le corps est enroulé dans une natte et posé sur une civière portée par deux hommes khí heéna[46]. L'interrogatoire du défunt commence, afin de déterminer les causes du décès, qui ne peut survenir qu'à cause d'une faute grave ou par une malédiction. Le premier interrogatoire khikpiér[47] est fait par le dithíldaàr (chef et prêtre de la Terre) pour déterminer si cette faute a été faite contre la Terre du village (dithíl). Le second est fait par le còdaárkuùn (chef de famille), qui interrogera la houe (sũgbúrè) du défunt. Pendant ces interrogatoires, les porteurs de la civière, circuleront parmi les participants et, sous l'influence irrésistible du cadavre, se dirigeront vers les personnes présentes, en inclinant la civière vers la droite dans la cas d'une réponse affirmative et vers la gauche dans le cas contraire. Puis un poulet est de nouveau sacrifié pour confirmer ou infirmer les réponses. Le cadavre est ensuite adossé à un arbre et les cérémonies commencent avec des chants relatant les bonnes ou mauvaises actions (alternance de louanges et d'insultes) du défunt ou de la défunte. Les actes de la vie courante des défunts sont mimés (pour un homme des scènes de chasses ou de guerre. Parfois une flèche est plantée devant un groupe ennemi et des combats meurtriers peuvent se dérouler pendant les funérailles [48]. Les cérémonies qui durent plusieurs jours sont accompagnées de la musique d'un balafon à 14 lames (Ioli boua) et de deux tambours (Gbori) [49]. Pendant ce temps, les fossoyeurs (kàdὑ) creusent la tombe, sous la supervision du kàdὑ kòtin (chef fossoyeur). Cette tombe n'a qu'une petite ouverture circulaire vers l'extérieur, permettant de passer le mort en position debout. La chambre funéraire est circulaire et possède un banc où sera déposé le cadavre. L homme est positionné sur le côté droit avec la main droite sous la tête et la femme sur le côté gauche avec la main gauche sous la tête. Les jambes sont repliées en « chien de fusil ». L'arc et le carquois pour l'homme et le bâton et la ceinture de reins sont enlevés et conservés dans la maison du défunt. Ainsi, les défunts restent toujours présents et participent à la vie quotidienne de la famille, en attendant les secondes funérailles (bòbuùr) [50] [51] [52].

Secondes funérailles (bòbuùr)

Les secondes funérailles (bòbuùr), auront lieu plusieurs mois plus tard. C'est l'occasion de nombreux déplacements dans le pays. Elles réunissent un très grand nombre de personnes, dont des parents éloignés n'ayant pas pu se rendre à l'enterrement. Le défunt peut maintenant rejoindre ses ancêtres, en traversant le fleuve Mouhoun (Volta noire) vers l'est et le pays des morts (khĩdi dυò). Ces cérémonies durent plusieurs jours et sont accompagnées de musique, de chants, de danses, de repas et de consommation de bière de mil (taàn ou dolo). Ce n'est qu'après ces secondes funérailles que les héritiers pourront se partager les biens sacrés ou de production du défunt ou de la défunte [53].

Le bobour est comme une fête qui accompagne le défunt. Chez les Lobi, après la mort du chef de famille, d'un vieux ou d'une vieille, son âme ne quitte pas définitivement la famille, dans ce cas, la personne qui doit continuer les funérailles doit inviter trois fois un devin pour «charlater». Connaître la cause de sa mort et savoir si tu dois continuer avec le "bobour" ou pas. S'il dit non un autre parent plus proche poursuivra. (Binaté Kambou de Gbomblora).

Ancestralisation

Dans la croyance des Lobi, les êtres humains ont deux corps. Le corps matériel meurt, mais son double immatériel, le thuú[54] [55], reste présent. Après la mort, celui-ci retraversera le fleuve Miir ou Mouhoun (Volta noire) à bord d'une pirogue, pour retourner au pays des ancêtres, actuellement le Ghana, pays d'origine. Ce passage a lieu lors des secondes funérailles, le bòbuùr.

Après une période de 10 à 15 ans, les aïeux maternels, des personnes importantes et puissantes, mortes âgées, des grands pères ou grands mères qui ont franchis toutes les étapes du processus d'ancestralisation (interrogatoire du mort, deuxième funérailles, etc.) et sont devenus des ancêtres reconnus dans "le pays des morts", peuvent être matérialisés[56].

Lobi statues en bois couple pour divination. Hauteur 39 et 35 cm.

La consultation d'un devin buórdaár (diseur de choses cachées) est la première étape. Celui-ci après avoir interroger un couple de statuettes divinatoires, lui confirmera qu'un de ses ancêtres souhaite passer du monde invisible au monde visible. Le consultant devra faire sculpter par un professionnel (thíteldaár), ou bien sculpter lui-même (en respectant les dimensions et les attitudes qu'il tient du buórdárá), une statuette d'apparence humaine ou animale [57]. Elle servira de nouveau corps visible. Elle peut être en banco (mélange de terre crue et de paille), auquel cas elle peut atteindre des grandes proportions, ou bien en bois. La représentation anthropomorphique en bois est la plus complexe, la plus élaborée et la plus courante. Leurs représentations, en position debout, les jambes fléchies et les bras le long du corps, sont placées dans le Thìlduù, autel situé à l'intérieur de la maison (sukala), qu'un homme ne peut aménager qu'après le décès de son père et qu'il soit lui même grand-père d'un initié au Djôrô[55].

Chaque statue est le réceptacle d’un esprit thíl (pluriel : thìlà) [59], Ce sont des médiateurs entre les hommes et Thãgbá (Entité suprême). Ces statues d'ancêtres nommées thìlbià (singulier thìlbuù), qui veilleront sur sa descendance, devront être servies et honorées. Elles exigent le respect des interdits qu'elles prescrivent, comme l'interdiction de manger ou chasser certains types d'animaux, sous peine de maladie ou de mort, pour la personne ou un membre de sa famille[60].

Le possesseur (thíldaár) de cette statuette (thìlbuù) devra veiller ensuite à son bien être et le nourrir au moyen de sacrifice d'animaux : poussins, poulets, chèvres, moutons, bœufs, antilopes, ou de libations de taàn ou dolo (bière de mil), selon les besoins et les résultats escomptés. Le sang versé sur ces thìlbià , engendre au fil du temps une patine sacrificielle plus ou moins épaisse [61].

Religion

Cosmogonie

Les Lobi sont animistes, Thãgbá est l'Entité suprême, créateur de la terre et de toute vie : humaine, animale, végétale ou surnaturelle. Maître du ciel et de la foudre. Il l’a créée par couches successives, cousues les unes aux autres et soutenue, pour qu’elle ne tombe pas, par les kòteé (divinités) [62]. Génies de la brousse, effrayants et invisibles, dépeints comme des créatures de petites tailles, très poilues avec des cheveux rouge, à l’humeur fantasque pleine d’une rouerie menaçante, qui séjournent principalement dans la montagne, les cours d'eau, les arbres et la brousse [63]. Ils sont de deux nature : les kòteé-puú (les kòteé "pourris"), en apercevoir un, est généralement un signe néfaste qui peut conduire la personne à la folie et la condamner à errer plusieurs jours dans la brousse[64] ; et les kòteé-bouo (les kòteé "bons") auxquels est attribué la possibilité de se révéler pour transmettre à l'homme un savoir particulier, qui le fera exceller à l'intérieur du groupe, en lui confiant un rôle particulier dans la société [65].

Cultes

Des statuettes de dimensions variables figurent souvent un geste ou un thème particulier : une femme avec un enfant, une figurine avec une main (droite pour les hommes et gauche pour les femmes) sur le menton ou les bras levés, etc.). Elles sont conçues pour résoudre une situation provoquée par la présence d’un thíl (esprit) inconnu, capable de porter préjudice à la personne concernée. Ce sont les bùthìba (singulier bùthìb). La grande statue façonnée la première pour donner au plus vite un support à l’esprit (Thil), est dénommée bùthìb kõtín [66].

Le rôle des féticheurs thíldaár (pluriel thíldárá) ou sorciers dihintindar (le maître du monde obscur) ou sirdar » (celui qui possède le Sir), qui utilisent ces bùthìba, consiste à contenir la puissance du thil (esprit) dans un domaine rituel précis. Ces guérisseurs ou sorciers ont des procédés s’appuyant sur un ensemble de bùthìba associées à une catégorie d’esprits (thìlà) ayant des accointances avec les kòteé. Les kòteé jouent donc un rôle particulier par rapport au savoir-faire des thíldárá (féticheurs) en raison de leurs bonnes relations avec les esprits (thìlà) que ces derniers maîtrisent, et auxquels les kòteé transmettent leurs connaissances sur les plantes médicinales [67].

Djôrô (initiation)

Le culte principal du matriclan du père (còdaárthíl) est le Djôrô. Ce rite d'initiation des enfants (filles et garçons) commémore la première traversée de la Volta noire, lors de la migration des Lobi du Ghana vers le Burkina Faso. Il se déroule tous les sept ans sur les bords de la Volta noire (Mouhoun). Il y en a trois qui se déroulent à des dates différentes : celui de Nako (Djôrô de la plaine) initié par les Pwa ; celui de Batié-Nord (Djôrô de la montagne) [68] initié par les Birifor, et le plus récent, celui de Gbomblora [69]. Henri Labouret a assisté au Djôrô de Nako en 1922, et en a fait un compte rendu dans son livre Les tribus du rameau Lobi édité en 1931 [70].

Cette cérémonie est dirigée par le kõtin yυὑ[71] , descendant du fondateur du culte, secondé par un kõtin (pluriel : kõtina) et un collège de représentants (kõtina) des différentes succursales de la région [72].

Lobi femme faisant le serment de garder le secret du Djôrô.

Tous les enfants filles et garçons ont l'obligation d'y participer dès qu'ils ont atteint l'âge de sept ans. Ainsi à chaque période d'initiation, des jeunes entre 7 et 13 ans, appelés jakὑma, le subissent. Ils font le serment solennel de ne jamais, sous peine de mort, dévoiler les secrets de l'initiation [73].

À leurs secondes participations à l'initiation au Djôrô, les initiés (jòrbè), tout en complétant leurs initiations, instruisent les nouveaux initiés (jakὑma). Il faut attendre la quatrième initiation pour être pleinement initié. Chaque nouvelle participation permet de monter dans la hiérarchie par l'obtention d'un grade [74].

À compter du 6e degré, après l'acquisition du statut d'adulte (accordé à tout initié vers 15 à 17 ans), celui-ci aura accès à un certain nombre d'enseignements spécialisés, transmis dans le cadre de l'initiation. Seules les personnes ayant atteint ou dépassé ce sixième degré initiatique peuvent être honorées, pendant les secondes funérailles (bòbuùr) [75], comme de futurs ancêtres [56].

Le stade ultime est réservé au doyen de lignage qui a participé à neuf initiations au moins et se trouve, en position d'intercesseur auprès des ancêtres du lignage. Ce statut de quasi-ancêtre est accordé lors d'une cérémonie particulière appelée bòbuùr khaà (amer) [75], comme de futurs ancêtres [74] .

Lobi homme portant un enfant pour l'initiation au Djôrô

Le Djôrô est une période d' initiation de 15 jours, qui se déroule principalement à Gbomblora avec un détachement à Nako. Les non initiés viennent du Ghana, de la Côte d' Ivoire et de partout dans le monde. Ils sont mis nus et marchent jusqu' au fleuve Mouhuon (Volta noire) qui sépare le Burkina Faso du Ghana, d' où ils sont originaires. Leurs aîné(e)s, dernièrement initié(e)s, les encadrent et enseignent les leçons de vie, les totems, les clans. Ils vont rester cacher dans la forêt pendant 15 jours. Ils vont apprendre à danser le Djôrô et le Biir.

Puis le chef coutumier organisera une fête de danse de Djôrô et de Biir dont ils seront les acteurs, puis les parents pourront ramener leurs enfants et leur donner un nouveau nom.

En pays Lobi, à la naissance, tous les enfants sont appelés Sié, Sansan, Ollo, Bêbê, Thô, Koko, Mannan… et les filles Yeri, Ôhô, Ini, Iminni… Ce nom est remplacé par un nouveau nom, donné par ses parents, après l'initiation Djôrô. Il se terminera par «  » si c' est un garçon et par « ra », « nan » « mi » si c' est une fille.

Tout le monde, quelle que soit sa personnalité, doit faire le Djôrô et obtenir de ses parents un nouveau nom qui a une signification.

Les personnes non-initiées, quel que soit l'âge, sont des enfants pour les Lobi. (Binaté Kambou de Gbomblora)

Les statues (thìlà) sont conservées dans une Còkõtína, grande maison initiatique où sont déposés les objets sacrés, utilisés uniquement lors des cycles initiatiques, tel le Djôrô.

Buórthíl

Le culte des ancêtres le plus répandu chez les Lobi est le buórthíl (buór ou buúr : murmurer deviner ; thÍI : puissance) car il permet l'initiation à la fonction de buórdaár (devin) « Diseurs de choses cachées ». La participation à cette initiation révélera le potentiel d'un individu à le devenir. Il devra alors consulter d'autres devins buórdará qui le lui confirmeront et le conseilleront. Il ne peut refuser sous peine de maladie ou de mort d'un membre de sa famille. Sa représentation, buórthíl kòtín, est conservée dans une chambre secrète, murée en dehors des périodes d'initiation [76].

Les devins (buórdará) sont très nombreux au pays Lobi. La population les consulte très fréquemment pour connaître les causes de maladies inexpliquées ; interpréter de mauvais rêves ou connaître la volonté des ancêtres sur des sujets précis [77].

Thílkuùr

Thílkuùr, entité à deux esprits, est représentée par une statue à deux têtes, il peut provoquer, chez les femmes fécondes, la gestation d’un « revenant », un bìsana puú (enfant pourri), émanant de petits enfants décédés avant d’avoir été initiés au rituel collectif du Djôrô[67].

Kòpèmaà (bùthìb) avec un búlábìr sur la tête. H 36 cm.

Les fausses couches seraient provoquées par ces bìsana puú (enfants pourris), qui poursuivent notamment les jeunes filles promises pour s’emparer du corps de leur premier enfant. Leurs actions répétées peut conduire à la stérilité. En cas de grossesse, elles consultent le buórdárá (devin), qui ayant constaté la présence d'un bìsana puú, l'enverra chez un huõthíldaár spécialisé dans le bàbiséré (tous les cultes et pratiques liées à la natalité), et qui maîtrise la puissance Kòpèmaà «aider le mari», représentée par une figurine féminine avec une petite poterie sur le tête. Ce récipient symbolise le búlábìr, autel portatif installé dans la chambre de l’épousée et préparé à son intention pour que son aïeule maternelle protège sa fertilité. Le búlábìr contient un mélange de beurre de karité et d’autres substances, ainsi que des racines amères et une représentation en terre, de forme vaguement humaine, fournies par le Huõthíldaár[67].

Kòthíl

Le culte du patrilignage (kuòn) est le kòthíl, l'autel est représenté par un grand caillou reposant sur quatre piquets en bois plantés dans le sol et sur lesquels il est solidement attaché au moyen de cordes végétales. C'est le protecteur chargé d'en sauvegarde de l'unité. Il joue un rôle particulier dans l'initiation au Djôrô [78].

Wáthíl

Un culte est rendu à l'ancêtre féminin du matriclan (caàr). Un autel lui est dédié, le wáthíl[79]. Il est chargé de tous les problèmes des utérins en réparant les fautes graves contre les ancêtres [80]. L'autel principal, le wáthíl kòtín peut se trouver dans la grande maison du matriclan ou en brousse lorsque la maison qui l'abritait a été détruite. Mais l'endroit reste connu et vénéré. Seuls les trois chefs religieux, le khàldaár (sacrificateur) le nὺtine (qui partage la viande sacrée) et le wáthíldaár (prêtre du wáthíl) peuvent y aller [81].

Kὑthíl

Un culte est rendu au dieu de la guerre le kὑthíl (kὑ : tuer; thíl : puissance), il en existe plusieurs suivant le matriclan. Celui des Lobi de la plaine est gbil (immortel en lobiri) et celui des Lobi de la montagne est kὑkethíl, il est très puissant et favorise les actions magiques des initiés à ce culte [82].

Pôthîl

Les eaux font l'objet d'un culte le pôthîl ( : de pònii : cours d'eau ; thíl : puissance). Elles sont peuplées d'êtres humains avec la peau blanche (ce qui a conduit les Lobi, en voyant les premiers colonisateurs blancs, à les considérer comme des divinités). Les animaux vivants dans l'eau sont sacrés, notamment l'hippopotame sípòé [63]. Il joue un rôle central dans la cérémonie d'initiation au Djôrô.

Période coloniale

À la fin du XIXe siècle, les colons européens, français et britanniques commencent à arriver en pays Lobi. Afin de « légitimer » leurs présence et s'approprier un maximum de territoires selon les modalités de la conférence de Berlin achevée le 26 février 1885, qui définissaient les conditions juridiques du partage de l'Afrique entre les grands empires coloniaux européens. Les Français et les Britanniques multiplient les expéditions militaires dont le but est de faire signer des traités de protectorat aux chefs des peuples autochtones. Dans cette entreprise, ils se heurtent à une première difficulté ; l'organisation sociale des Lobi qui n'est pas constituée de manière hiérarchique et n'a donc pas d'homme ou de femme à sa tête à qui faire signer un traité.

Début 1897, la région Niger-Volta est créée sous le commandement militaire et administratif du Chef de bataillon Caudrelier. La colonne Volta, forte de 4 compagnies (520 hommes), quitte San dans les premiers jours de mai, afin de reconnaître la région, briser au besoin les résistances locales et y faire régner l'ordre et la paix. Sa destination était Bouna en suivant la vallée de la Volta. La colonne arriva sans difficulté à Sono, où elle fonda un poste [83]. Sa mission : préparer l'implantation des Français, avant les Anglais.

Le , le commandant Caudrelier parvient à Boromo, où il établit un second poste. À ce moment, comme les Bobo de la région de Ouarkoye s'agitent et tentent de couper ses lignes de ravitaillement, il retourne à Sono, organise une petite expédition et détruit Ouarkoy le 2 juin 1897, puis parcourt les cantons voisins en délimitant les zones d'actions des trois nouveaux postes : San, Sono, Boromo. Continuant son action vers le Sud, il repart pour Boromo avec Diébougou pour objectif où il établit un poste le 26 mai 1897 [84].

Le capitaine Gabriel Marius Cazemajou (1864 -1898), à la tête d'une cinquantaine d'hommes armés, est le premier français à entrer dans le « pays Lobi » situé au sud-ouest de la Haute-Volta (Burkina Faso). Il quitte Lanfiéra le 11 avril 1897 et emprunte la Volta noire. Il arriva à Diebougou le 26 juillet 1897 et se présenta seul au village. Il demanda à voir tous les habitants du village, à qui il serra la main. Ce geste fut considéré comme un acte magique [85].

Bulletin du Comité de l'Afrique française N° 8 1903

Le 14 juin 1898, une convention est signée entre Français et Britanniques attribuant la rive droite de la Volta aux Français. L'administration coloniale n'arrivant pas à faire signer ces traités, elle choisit de s'imposer par la force et la violence, notamment en incendiant les fermes et les récoltes. Mais l'AOF dispose de peu d'informations sur le peuple qu'elle combat, l'habitat dispersé et l'absence de pouvoir centralisé du peuple Lobi rendent ses attaques peu efficaces malgré une puissance de feu beaucoup plus importante que ceux qu'elle combat. Commence donc une guérilla qui durera plus de trente ans entre l'administration coloniale française et les foyers de résistances Lobi. Les différents clans Lobi mettront leurs conflits entre parenthèses durant la lutte contre la domination coloniale et feront front commun. Ne pouvant pas attaquer la gente militaire française de front en raison de la disproportion de force face à l'artillerie lourde française, les Lobi mènent des embuscades simultanées contre les colonnes françaises utilisant la géographie du territoire à leur avantage (collines escarpées, pentes aux herbes hautes propices aux attaques rampantes, forêts…). Leurs armes de prédilection étaient les flèches empoisonnées, mais ils avaient aussi recours à des pièges camouflés ou à des "armes biologiques" telles que l'essaim d'abeilles lâché contre la colonne du lieutenant Schwartz à Niobini en 1902. Les colonisateurs français réagiront à ces attaques par une violente répression notamment la pendaison systématique des résistants sur la place publique de Gaoua[86].

Habité par des populations de Lobi, Oulé, Birifor, Dagari, Bougouri (Pougouli), de caractère farouchement indépendant et belliqueux, un important foyer de dissidence subsistait dans la région de Gaoua et de Diébougou. À part l'occupation des postes de Diébougou et de Lokhosso, l'action militaire s'était bornée à des reconnaissances et tournées à faible portée et sans résultat durable. Parmi celles-ci, on peut citer l’ affaire de Kombou du 16 janvier 1899, où les lieutenants Modest et Schwartz, de la 8e compagnie de Diébougou (capitaine Tiffon commandant la compagnie) se heurtent à une défense sérieuse du village, qui coûte 2 tués (dont le sergent Thouron), 1 disparu et 12 blessés. Du 23 au 26 avril 1899, le capitaine Ciffon, commandant la 8e compagnie, organise une colonne pour châtier le village de Kombou. En mai, la 18e compagnie de Bobo (capitaine Marchaise avec le sous-lieutenant Goguelu) fait une expédition punitive contre les villages de Simona, Nampéla, Toro près de Koury qui coûte 1 tirailleur tué [87].

Témoignage capitaine Ciffon, commandant du cercle Lobi rapport politique mai 1899 : « Je suis persuadé que nous pouvons obtenir la soumission du peuple Lobi sans employer la force, qui dans la plupart des cas ne donne aucun résultat appréciable et toujours ruine la pays[88.1]. »

À partir de 1901, les Lobi et les Birifor sont en état de rébellion permanente, chaque tournée de recensement ou d'impôt devient une expédition militaire.

En janvier-février 1901, le capitaine Ruby, commandant la 8e compagnie à Diébougou, organise une reconnaissance importante dans le Sud du Lobi. La concentration a lieu à Lokhosso. Au cours de sept engagements avec les rebelles, la colonne a 6 blessés dont 4 tirailleurs, elle inflige à l'ennemi des pertes s'élevant à 16 tués et 30 blessés environ.
Durant l'année 1901 les expéditions punitives se multiplient contre les villages Lobi de Nako, Intoyéri, Nakoni, Diboulou, Boumi, Sanaba, Ouarakuy, Daboura, Solenso, Béma, Molé, Konka, Fini, Kondougou. Tous ces efforts n'amènent que des résultats strictement locaux et sans lendemain [89].

Le , la création du poste de Gaoua [91], au centre du pays Lobi et le transfert dans ce poste de la 8e compagnie de tirailleurs sénégalais, permettent une surveillance plus directe, mais d'autre part exaspèrent les populations par les prestations et les travaux de routes qui leur sont imposés [92].

Témoignage du capitaine Ruby, rapport du 22 mai 1902 : « Les premiers jours de l'occupation de Gaoua et les premières opérations de ravitaillement se firent sans difficulté. Les villageois immédiatement voisins, commencèrent à apporter au bivouac, quelques paniers de mil et quelques animaux représentant environ 1/5ème de ce qu'il leur était demandé. Mais bientôt les difficultés et les refus d'obéissance ne tardèrent pas à se produire[88.2]. Les reconnaissances sont assez mal reçues; à Nioberi, les cavaliers de pointe tombent dans une embuscade tendue par les Lobi à l'aide d'essaims d'abeilles misent en furie. 3 cavaliers sont mis hors de service pour plusieurs jours et perdent leurs montures que l'on retrouve deux jours après[88.3]. Bien que de beaucoup les plus fort, nous ne leur voulons pas de mal, ils ont tout intérêt à se soumettre à nos volontés qui n'ont rien d'excessives, ni exagérées puisque toute tentative sérieuse de rébellion et d'agression de leur part est immédiatement réprimée d'une façon absolue et sévère, sans perte appréciable chez nous[88.4]».

En 1903, conformément aux instructions reçues, le capitaine Pelletier inaugure une « politique d'apprivoisement », dont les effets sont longs à se faire sentir. C'est seulement à partir de 1906 qu'une amélioration se produit dans les rapports entre l'autorité coloniale et les Lobi [92].

Témoignage de Youl Bonlarè de Bonko, extrait film de Frédéric Savoye et Wolimité Sié Palenfo « Mémoire entre deux rives »[88]:

« Les blancs ont fait venir des militaires, ici à Bonko. Quand ils sont arrivés à Bonko, tout le monde avait déjà décampé. Parmi eux il y avait un homme très courageux. C'est surtout lui qu'ils cherchaient. Arrivés chez lui, ils ont trouvés sa femme. Tous les autres avaient fui la maison. Ils ont tué la femme, puis lui ont coupé un bras (droit), qu'ils ont fait porter par une autre femme qui s'appelaient Kpètèna. Elle tenait le bras coupé pour parader devant les villageois. C'est là qu'ils ont compris que s'ils ne se soumettaient pas, les blancs allaient les exterminer[88.5]. ».

Témoignage de Wahirena Kambou , extrait film de Frédéric Savoye et Wolimité Sié Palenfo « Mémoire entre deux rives »[88] : « Nous sommes parties de Gaoua. Nous étions nues, nous n’avions pas de pagne. Nous avons marché jusqu’à Banfora (199 kilomètres)[93]. Là nous avons pris un train qui n’avait pas de toit et qui secouait beaucoup. C‘est là-dedans qu’on nous a mis. La pluie nous a battus, battus jusqu’à Agboville (670 km). Arrivés à Agboville, ils nous ont amenés aux champs pour la récolte du café. Quand tu ne remplissais pas entièrement ton panier, on le jetait par terre. Il fallait que ton panier soit plein, pour ensuite le porter et le verser dans la machine. Tous les jours c’est pareil. Parmi ceux qui ne supportaient pas, certains ont fui, d’autres sont morts[88.6]. On ne nous payait pas. Le jour de notre retour, ils nous ont donné 30 francs chacun (0,05 €). Des morceaux de couvertures militaires c’est ça que nous portions. Comme nous étions partis nus, ils nous ont donné un morceau de couverture militaire, que nous portions autour des reins jusqu’aux cuisses pour travailler. Même déchirée, c’est avec ça que tu travaillais. Le jour de notre retour, ils nous ont donné un morceau de couverture militaire et 30 francs chacun[88.7]».

Le 10 juin 1914, Henri Labouret prit la direction du « Cercle du Lobi » [94]. Persuadé que seule la force viendrait à bout de la résistance, il inaugura une période de répression féroce face à l’insoumission persistante des Lobi dans la région de Gaoua [95].

Témoignage de Dadié Kambou, chef de terre de Doumbou. extrait film de Frédéric Savoy et Wolimité Sié Palenfo « Mémoire entre deux rives »[88] :

« C'est Kagninè qu'ils ont tué. Ils l'ont fusillé de l'autre côté, sur la colline. Le garde qui est venu a été fléché. La flèche a enlevé son chapeau. Il est reparti. Le commandant l'a fait asseoir là-bas. Il a donné les obus. Ils ont sorti le canon et ont bombardé la maison. Ils ont tué les gens dans la chambre des fétiches où ils s'étaient réfugiés. La maison s'est effondrée sur eux. Ils ont trouvé trois rescapés, les autres étaient morts[88.8].

Témoignage de Dadié Kambou, chef de terre de Doumbou, extrait film de Frédéric Savoye et Wolimité Sié Palenfo « Mémoire entre deux rives »[88]:

« Coup de poing...(commandant Henri Labouret) c’est lui qui nous possédait. Quand il cognait un caillou, il le mettait en prison. Il te faisait ramasser le caillou pour aller le mettre en prison. C’était lui le commandant. C’est pour ça qu’on l’appelait Coup de poing. Coup de poing en son temps nous a fait souffrir. Si coup de poing nous trouvait ici, il nous faisait dégager d’un coup de pied[88.9]. »

« Le jour de marché, les gens étaient contents et oubliaient leurs problèmes, puisqu’on leur disait qu’ils pouvaient fréquenter le marché sans crainte. Quand celui-ci battait son plein, on sortait le « bandit ». On le suspendait sur le kapokier de Gaoua. Puis on lui bandait les yeux. Il était suspendu de[88.10]manière à attirer l’attention des gens et à imposer le silence. Puis ils tirent dessus pour le faire monter très très haut et il tourne et ils tiraient. »

À cette époque, les Lobi ne se séparaient jamais de leurs arcs et carquois, même pour aller cultiver leurs champs. Les vols, les rapts, les assassinats, les conflits entre villages, étaient responsable de nombreux morts parmi la population Lobi [96], où le concept de vengeance était enraciné. Un simple vol pouvait, si aucun arrangement n’était trouvé, aboutir à l’assassinat du responsable. Puis la famille de ce dernier devait absolument le venger et tuer un membre de la famille du responsable (homme, femme ou enfant), ce qui finissait par engendrer des meurtres en cascades[88.11].

En 1917, Henri Labouret durcit l’interdiction de porter des armes dans les lieux de rassemblement, principalement sur les marchés et lors des funérailles, et mena une campagne de désarmement total, interdisant le port des arcs et carquois [97] (il conseilla de procéder avec prudence, car interdire d'emblée l'arc et le carquois que les Lobi, portaient en guise de parure virile, c'était préparer inévitablement une révolte). Pour contourner la difficulté, il proposa que la source de ravitaillement en dards de flèches fut tarie. Il sollicita une décision du gouverneur qui punirait de sanctions la confection des dards et d'une manière générale tous travaux de réparation d'armurerie. Le même texte devait imposer l'arrachage des pieds de Strophantus et interdire la culture, le commerce et la détention de poisons végétaux [98].

En 1919, 7 cavaliers auxiliaires, envoyés en mission de désarmement, furent massacrés par les habitants du village de Huéo. En représailles, le 4 mars 1919 au petit matin, une compagnie de 184 hommes attaquèrent le village. Le soir, le village était complètement détruit faisant 30 morts chez les habitants et 9 blessés parmi les tirailleurs [97].

Le 28 décembre 1928, le « Cercle de Batié » fut créé afin de préparer la répression avec méthode dans la région de Batié et Kampti. Les Lobi attaquaient et tuaient les chefs de cantons, choisis parmi eux, par l’administration coloniale.

Le 15 décembre 1929 à 5h30, le capitaine Thore, commandant une colonne punitive, installa un dispositif de feux puissants devant le village de Domatéon. La méthode employée pour châtier les « rebelles » Lobi, consistait à encercler le village au petit matin, le soumettre au feu de l’artillerie (canons de 80 mm, alimentés en obus explosifs ou à mitraille) et de l’infanterie, les terrasses des maisons (sukala), où se regroupaient les guerriers pour tirés des flèches empoisonnées sur les assaillants. Puis après avoir posté des tirailleurs devant l'unique entrée de la maison, ils escaladaient les terrasses et jetaient des grenades suffocantes à fragmentation par les ouvertures [99]. Les Lobi qui s’en échappaient étaient tués ou faits prisonniers. Aucun décompte des pertes subies chez les Lobi lors de cet affrontement n’a été noté dans son rapport, les qualifiant de considérables [98].

Mais la résistance armée n'est pas l'unique moyen de résistance des lobis qui emploieront aussi des moyens économiques en refusant de changer leurs cauris pour la monnaie ainsi que des moyens religieux et culturels : il mettront par exemple " une bouche sur la voie des "Blancs" [100], selon la formule employée, c'est-à-dire une forme de malédiction sur toute personne qui choisirait de collaborer avec le colonisateur et d'adopter son mode de vie[101].

Ethnonymie

Selon les sources et le contexte, on observe différentes formes : Lober, Lobiri, Lobis, LobiMiwô[102].

L'étymologie du mot lobi est sujette à débats. Selon l'étymologie habituellement retenue, le nom de ce peuple serait construit à partir de lou forêt ») et bi enfants »), ce qui donnerait « les enfants de la forêt »[4].

Toutefois, Jacques Becuwe, promoteur de la génético-typologie[103] appliquée aux langues africaines, considère que cette approche invalide sans ambiguïté cette étymologie. Selon lui, lobi dérive de lo entrer ») et bi unité d'un ensemble discret d'éléments unis par des caractéristiques communes », dont le pluriel est ). Lobi signifierait donc « ceux qui sont entrés .. (les premiers) dans le monde ou dans l'espace de référence culturel et cultuel » [104].

Par ailleurs, l'étymologie populaire faisant le lien entre lo et lou est invalidée par le fait que la consonne l est glotalisée 'l pour le mot 'lobi alors qu'elle ne l'est pas pour Lou la forêt

C'est la méconnaissance de la langue, de l'étymologie des mots et du processus de simplification qui a trop souvent amené les sociologues et anthropologues à proposer des rapprochements et traductions, satisfaisants pour l'esprit mais hélas linguistiquement erronés, y compris d'ailleurs en relation avec l'histoire du peuple Lobi et sa vision originelle du monde.

Historiquement, les Lobi se sont forgé une réputation de « guerriers », mais aussi de chasseurs d'éléphants. Ils auraient servi de modèle au peuple Oulé du roman Les Racines du ciel de Romain Gary.

Autorités traditionnelles

Avant la période coloniale (XIXe siècle), l'organisation sociale et politique des Lobis se caractérise par l'absence d'un pouvoir centralisé. Deux figures d'autorité se distinguent au sein de la communauté : "Le chef de la Terre", intermédiaire entre les esprits et les humains et, en conséquence, responsable religieux qui dirige les cérémonies telles que les mariages et les enterrements mais qui n'a pouvoir hiérarchique, et le "Chef de l'Arc" qui est en quelque sorte chef de guerre, et dirige durant les conflits armés et la chasse[107].

Le , à Bouna, Sib Virkoun a été intronisé chef central des Lobi de Côte d’Ivoire. Cette nomination est très contestée et une partie de la population ne le reconnaît pas et soutient un autre chef des Lobi, également basé à Bouna, Hien Binsaré[108],

Personnalités

  • Général ivoirien Lassana Palenfo[109]
  • Générale Palé/Kambilé Directrice Générale Adjoint de la Police Nationale de Côte d’Ivoire
  • Kambile Sansan, Ministre Ivoirien de la Justice
  • Hien Sié Yacouba , Directeur Général du Port autonome d'Abidjan
  • Général Dah Sié Directeur Général des Douanes de Côte d’Ivoire
  • Welté Palé ancien ministre de Haute-Volta(actuel Burkina)
  • Colonel Daprou Kambou, mathematicien, ancien ministre de l'Equipement du Burkina Faso
  • Victorien Marie Hien journaliste
  • Nani Palé musicien balafoniste de renom
  • Colonel Noufé Sié, ancien CEMGN de la Côte d’Ivoire
  • Moses Kambou, Universitaire, professeur Université de Ouaga/Burkina Faso et Lagon University/Ghana
  • Colonel Dah Belmoko, ancien officier supérieur des forces armées voltaiques(Burkina Faso)
  • Colonel Kilmite Hien, ancien ministre Burkina Faso
  • Kassoum Kambou, Magistrat et ancien Président de la Cour Constitutionnelle du Burkina Faso
  • Noufé Sansan, Sénateur ivoirien
  • Colonel Kansié, premier pilote militaire de Haute-Volta(Burkina Faso) et ancien Maire de Tiankoura
  • Dominique Kambou, ancien Deputé, Burkina Faso
  • Colonel Hien Tiôboun, premier officier de la Gendarmerie Nationale du Burkina Faso
  • Jean Kambiré, chroniqueur sportif et ancien deputé de la Côte d’Ivoire
  • Sa Majesté Kaarbu, dignitaire de Lawra/Ghana, ancien ministre et ancien Diplomate ghaneen
  • Prof. Sib Sié Faustin, Premier atomisticien universitaire burkinabe
  • Oussé Albert: Chef de Canton de Gaoua et l'un des chefs coutumiers les plus représentatifs du peuple Lobi
  • Benoit Kambou: professeur de Droit, ancien ambassadeur du Burkina Faso au Tchad
  • Kambou Sié Melvin, grand streamer de jeux vidéo et élève
  • kambou Banlo Ancien gendarme du Burkina Faso; originaire de province de la Bougouriba dans la région du Djoro; cadre de sociétés minieres et essayiste politique il a une large et profonde connaissaince en politiques securitaires et en geopolitique; auteur de deux livres dont / MENTALITES ET DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE: Les combats des États de l'Alliance du Sahel; et L'AFRIQUE DANS UNE EVENTUELLE TROISIEME GUERRE MONDIALE: et si les africains s'orientaient à travers l'Étoile Polaire du Sahel

Notes et références

Voir aussi

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