Musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest
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Le musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest, ou musée du Poni, est un musée ethnographique situé à Gaoua au Burkina Faso.
Fondé par la religieuse et ethnologue française Madeleine Père, il présente une collection d'objets correspondant aux activités des habitants du pays lobi, dans une logique de patrimonialisation de leur culture. Il est souvent une étape dans les circuits touristiques des Occidentaux.
Fondation
Inauguré le , le musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest, ou musée du Poni, est fondé par la religieuse, assistante sociale et ethnologue française Madeleine Père, avec l'aide de l'UNESCO, du musée historique de Lausanne et de l'Institut de recherche pour le développement[1],[2],[3],[4]. Ce musée s'inscrit dans une perspective ethnographique inaugurée par l'ancien administrateur colonial Henri Labouret (1878-1959) — dont le portrait est exposé dans le musée — qui a publié en 1931 un premier livre définissant le peuple lobi[5].
En fondant ce musée, Madeleine Père, qui vit à Gaoua et dont l'activité professionnelle promeut des améliorations des conditions de vie, notamment des jeunes femmes, cherche aussi à conserver et transmettre la culture et la mémoire collective des Lobis. Selon Bertrand Royer, « le musée constitue d’une certaine manière le testament, non seulement scientifique, mais aussi politique et idéologique de l’ethnologue »[6]. Une partie importante du fonds est constitué d'objets collectés par Madeleine Père elle-même, avec ténacité et finesse, organisant et finançant les rites de désacralisation nécessaires pour que les habitants acceptent de déposer leurs objets rituels[7].
Le musée présente le mode de vie des différentes ethnies du Sud-Ouest du Bukina Faso : les Birifor, les Lobi, les Djan, les Pougouli, les Touni, les Gan et les Dagara[8],[4], ces ethnies constituant le rameau lobi du Sud-Ouest[4]. En ne faisant pas de différences entre elles, le musée propose une vision unitaire du peuple lobi[9],[10]. Par ses livres et par le musée qu'elle a fondé, Madeleine Père participe de la patrimonialisation du peuple lobi[11].
Description

Ce musée est installé dans un bâtiment colonial construit en 1920 pour servir de logement à des médecins[1] et situé près du gouvernorat, du commissariat et du tribunal, donc dans un espace qui symbolise le pouvoir et rappelle la colonisation[3]. Il comprend trois salles d'exposition, une véranda fermée destinée à accueillir des expositions temporaires, une bibliothèque, une réserve, un laboratoire, le bureau du conservateur et du secrétariat[1].
Les trois salles d'exposition sont organisées selon l'usage des objets exposés : une salle des femmes, une des hommes, une des cultes[9],[4]. Dans les salles d'exposition des activités féminines et masculines, les objets présentés sont des poteries, des vanneries, des colliers de perles, des armes, des flûtes en bois et sont accompagnés de photographies prises en 1934. La salle consacrée aux cultes renferme des statues de différents styles, des objets utilisés lors de séances divinatoires ainsi que des parures[12]. Le musée possède aussi sept balafons[13].
Dans la cour du musée, des maisons traditionnelles lobi et gan ont été construites[8],[4]. L'habitat lobi est fortifié, les trous dans les murs servant à tirer sur les ennemis. Des cases en paille, carrées pour les hommes et circulaires pour les femmes, représentent l'habitat gan[4].
Le développement du tourisme fait de ce musée une étape des visites guidées de ce territoire[14]. Les touristes sont surtout des Occidentaux[11],[4]. En effet, Gaoua est un point de départ ou d'arrivée d'un circuit touristique dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, pensé comme le « pays lobi »[15]. La visite guidée est volontairement didactique et constitue « une sorte d'introduction pour la visite qui se poursuit en dehors du musée, dans les « villages » situés en périphérie de Gaoua » pour les touristes qui cherchent des contacts avec la population[14],[16], qui met en scène ses activités pour eux[17]. La cour extérieure du musée est aussi un espace de contact avec les habitants. Au-delà de sa fonction patrimoniale, il est aussi un lieu de communication interculturelle[11].
Toutefois, la situation sécuritaire dégradée à partir de 2014 cause une baisse importante de la fréquentation touristique occidentale. Les autorités cherchent à développer un tourisme burkinabé, notamment scolaire[4].
Notes et références
- 1 2 3 Bognolo 1990, p. 9.
- ↑ Daniela Bognolo et Alfred Schwartz, « Madeleine Père, 1923-2002 », Journal des africanistes, vol. 73, no 2, , p. 165–169 (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Royer 2011, § 4.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Tarnagda 2022.
- ↑ Royer 2011, § 5.
- ↑ Royer 2011, § 7.
- ↑ Royer 2011, § 8.
- 1 2 Dibloni 2018.
- 1 2 Royer 2011, § 9.
- ↑ Royer 2015, § 7.
- 1 2 3 Royer 2011, § 10.
- ↑ Bognolo 1990, p. 11.
- ↑ Royer 2015, § 8.
- 1 2 Royer 2013, § 10.
- ↑ Royer 2013, § 9.
- ↑ Royer 2015, § 12.
- ↑ Royer 2013, § 11.
Voir aussi
Bibliographie
- Daniela Bognolo, « Le Musée provincial du Poni au Burkina Faso », Arts d'Afrique Noire, no 78, , p. 9-12 (lire en ligne).
- Victorien Dibloni, « Musée des civilisations des peuples du sud-ouest : Le musée de Madeleine Père », sur Bafujiinfos.com, (consulté le ).
- Bertrand Royer, « Le fil d'Ariane du patrimoine. Du musée ethnographique de Gaoua au site UNESCO de Loropéni (Burkina Faso) », Géographie et Cultures, vol. 71, , p. 109-125 (DOI 10.4000/gc.354, lire en ligne, consulté le ).
- Bertrand Royer, « De l'aménagement des circuits à la réinterprétation des lieux visités : invention d’un espace-temps touristique en pays lobi burkinabè », Via. Tourism Review, vol. 3, (DOI 10.4000/viatourism.1023, lire en ligne, consulté le ).
- Bertrand Royer, « Balafon et tourisme en pays lobi (Burkina Faso). Un « patrimoine vivant » au service du développement ? », dans Olivier Givre et Madina Regnault (dir.), Patrimonialisations croisées : Jeux d’échelles et enjeux de développement, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Nouvelles écritures de l'anthropologie », (ISBN 978-2-7297-1145-0 et 978-2-7297-0892-4, DOI 10.4000/books.pul.22806, lire en ligne), p. 35-52.
- Boubacar Tarnagda, « Musée du Poni : Un condensé de l'histoire des civilisations du Sud-Ouest », sur lefaso.net, (consulté le ).
