Henri Labouret
ethnologue français (1878-1959)
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Henri Labouret, né le à Laon et mort le à Paris, est un militaire et administrateur colonial français. Après une carrière militaire puis administrative en Afrique-Occidentale française (AOF), il devient l'une des figures de l'africanisme français de la première moitié du XXe siècle, comme ethnologue et linguiste, spécialiste des sociétés et des langues d'Afrique de l'Ouest[1].
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École nationale des langues orientales vivantes (- École coloniale (d) (- |
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Biographie
Henri Labouret est le fils d'Émile Adolphe, avoué, et de Marie Albertine Millet [2]. Il se marie avec Louise Gabrielle Rose Terrasson de Fougères [3], le 22 octobre 1926 à Rochemaure (Ardèche).
Carrière militaire
Henri Labouret s’engage le 29 octobre 1897. Il est incorporé au 2e régiment d’infanterie comme soldat de 2e classe. Il est mis en disponibilité le 17 septembre 1898 en tant qu'étudiant en droit. Il est nommé caporal le puis sergent le 26 août 1901. Il reprend le service actif le 15 novembre 1901 dans le même régiment. Il intègre l’École militaire d’infanterie à Saint-Maixent le 5 avril 1907, comme élève-officier. Le , il est affecté au 5e régiment d'infanterie coloniale avec le grade de sous-lieutenant. Le 21 mars 1910, il est affecté au 4e régiment de tirailleurs sénégalais, et est promu lieutenant le . Puis il est transféré au 1er régiment de tirailleurs sénégalais le et au 22e régiment d’infanterie le 18 avril 1911 [4].

Le 21 mars 1910, Henri Labouret est incorporé comme sous-lieutenant au 4e régiment de tirailleurs sénégalais qui opère dans le pays Abbey et dont l’objectif est de soumettre les Yaourés, les Ayahous, les Kodès et une partie des Nanafouès. Il obtient le grade de lieutenant le et est incorporé au 1er régiment de tirailleurs sénégalais le . Lors de la campagne contre les Agbas (du 1er juillet au ), avec le lieutenant de Bazelaire et 3 sous-officiers européens, sous les ordres du capitaine Posth, à la tête de 100 tirailleurs de la 10e compagnie, il quitte Dimbokro le et se dirige vers Aoussoukro. Après avoir désarmé les tribus Satiahiry-Nassian et Satiahiry-Ahuakréfoué, il participe au combat contre les Guinas et les Assikafoués sur la rive droite du N’Zi. Ceux-ci sont dispersés et leurs campements sont détruits. Le 23 juillet 1910, sous les ordre du capitaine Garnier, il quitte Aoussoukro et arrive le 25 juillet à Nangokro. Il combat les Halis-Apasa Mankanfoués et les Mongas qui sont désarmés, puis rejoint la colonne du chef de bataillon Maritz à Dida Moessou où un poste provisoire est installé le 28 juillet. Le 20 août 1910, il quitte Dida Moessou pour combattre les Agbas du sud à Assiékokoré. Les 8 et 9 septembre 1910, il traverse le N’Zi à Kokokro. Le village d’Akpokro est pris le 10 septembre, et Attenson le 17 septembre. Du 24 au 30 septembre, les villages Pandanfoués sont occupés. Les Kougrafoués et les Abbeys-Dolofoués sont soumis à la fin du mois d’octobre, et les Guinas et les Satiahiris rendent leurs armes. Le 1er décembre, tout le territoire Agba est soumis et l'ensemble de la colonne retourne à Dimbokro [5].
Le 23 janvier 1911, au bivouac de Sibounou, il est grièvement blessé par une balle qui pénètre dans l'avant-bras droit et ressort dans le dos, à droite de la colonne vertébrale. Il est rapatrié et hospitalisé à l’hôpital militaire du Val de Grace. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le 20 mai 1911 [4].


En janvier 1912, Henri Labouret, lieutenant d'infanterie colonial, est muté en Afrique-Occidentale française [6]. Il est affecté à l'administration coloniale, comme commis aux affaires indigènes et réside à Diebougou [7], comme commandant du « Cercle Lobi » [8]. La région pacifiée est peuplée en majorité de Dagari [9]. Il apprend les langues Birifor et le Dian [10].
En juin 1914, son séjour est prolongé [11] et il est affecté avec le grade de capitaine, au commandement du Cercle de Gaoua, en remplacement du capitaine Gateau. Il occupe ce poste jusqu'en août 1924, avec une coupure pour un séjour en France de mai 1920 à juillet 1921 [12]. Cette région, peuplée de Lobi et Birifor, était l'une des dernières régions non « pacifiée » en Afrique-Occidentale française [9]. Il apprend le Lobiri [10].
Rapport du capitaine Labouret du 15 septembre 1917 (ANSI,Abidjan, 5E-E10 L'indigène Lobi demeure arrogant, tue nos partisans, nous refuse ses services et ses denrées... Nous ne sommes réellement maîtres que du sentier que nous parcourons momentanément et du poste que nous occupons [13].
Dans le cadre de la guerre du Bani-volta, de novembre 1915 à mai 1916, il participe à une campagne de répression suite à une révolte à Dedougou [14].
Pacification du pays Lobi 1912-1924


Henri Labouret installa une nouvelle politique, en découpant le pays Lobi en chefferies de villages et de canton et en nommant les chefs de terre (dithíldaàr [15]) comme chefs politiques [9]. Il instaura la traque des agitateurs et infligea des punitions sévères dont la peine de mort [16].

Les Lobi et Birifor ne se séparaient jamais de leurs arcs et de leurs flèches (empoisonnées). Les vols, les rapts, les homicides entre ces populations belliqueuses, où le concept de vendetta était enraciné[17], dégénéraient en homicides en cascades [19]. Il y mena une répression féroce, destruction des maisons, des récoltes, emprisonnement et sévices [17]. La méthode utilisée pour soumettre les « rebelles » était la suivante : la colonne arrivait au petit jour et encerclait le village ou la maison (Sukala). Un feu nourri se déchaînait sur les habitants retranchés sur le toit terrasse de leurs maisons (d’où ils fléchaient les assaillants), en les obligeant à se retrancher à l’intérieur. Puis des tirailleurs escaladaient la maison, et lançaient des grenades suffocantes ou à fragmentation. Ceux qui s’échappaient étaient tués ou faits prisonniers et les maisons détruites par des tirs d’obus [20].

En 1915, dans le village de Dankana, qui refusait de pays l'impôt, le travail forcé et la fourniture de vivres et de matériaux, 24 chefs de familles sur 40 furent faits prisonniers et amenés à Gaoua. À un bivouac à Batié le 13 mars, Henri Labouret intervint pour ramener le calme. Le lendemain, lors de leurs transferts vers la prison de Gaoua, sous le commandement d'un caporal et de 12 tirailleurs, 5 prisonniers s'échappèrent, 4 furent tués et le 5e réussit à s'échapper [21] [22].
À partir de 1917, il durcit l'interdiction du port des arcs et carquois instituée en 1913, mais conscient que cette interdiction provoquerait des révoltes (les Lobi les portant comme une parure virile), il interdit la fabrication de flèches empoisonnées [25], en procédant à l'arrachage des pieds de Strophantus et à l'interdiction de la culture, du commerce et de la détention de poisons végétaux, ce qui provoqua des rébellions jusqu'en 1922 [26].
Le 20 avril 1918, il composa une colonne de 50 tirailleurs et 10 cavaliers auxiliaires, pour punir les habitants du village de Koudio, qui attaquaient les villages de Malba et de Dia. Les prisonniers furent transférés à Gaoua et déférés au tribunal sous l'inculpation de meurtres [27] [28].
En 1919, sept cavaliers auxiliaires, en campagne de désarmement au village de Huéo dans le canton de Ponalatéon, furent massacrés. En représailles, une colonne de répression de 184 hommes encercla le village au petit matin du 4 mars et tuèrent 30 personnes. D’août à septembre 1920, il mena une campagne de désarmement dans la région de Kampti, qui fit 34 morts, 12 blessés et 295 prisonniers. Ils saisirent 645 bœufs et 651 moutons [29] [30].
Le , le Cercle du Lobi passe de l'administration militaire, à une administration civile. En février 1922, le commandant supérieur en Afrique Occidentale Française à Dakar, se déplaça personnellement à Gaoua pour donner l'ordre d'évacuation des militaires et, en 1924, Henri Labouret est rappelé en France [14].
Carrière d'enseignant et de chercheur

En janvier 1921, Henri Labouret est élu, à l'unanimité, membre titulaire de la Société des américanistes [31], et est nommé au Conseil lors de la séance du 8 novembre 1938 [32]. Il participe a la séance constitutive de la Société des africanistes [33]du . Membre du conseil et de la commission des publications, il contribue activement au développement de cette société savante[34]. Dans les années quarante, Il participa activement à la création de la section des sciences sociales au sein de l’Office de Recherches Scientifiques des Colonies (ORSC) [35].
Au cours de ses séjours en Afrique, il apprend plusieurs langues africaines, dont le mandingue, le peul ainsi que des langues du pays lobi, et mène des enquêtes ethnographiques sur les populations locales. Ses travaux de terrain portent particulièrement sur les structures sociales, les coutumes et les langues des sociétés ouest-africaines. Il est notamment reconnu pour ses travaux consacrés aux Lobi, aux Mandingues et aux Peuls, ainsi que pour ses réflexions sur les transformations du fait colonial [34].
Lors de son séjour en France en 1920-1921, il donne plusieurs conférences accompagnées de projections et de présentations d'objets. Le 11 décembre 1920, à l'Institut d'ethnographie « Mutilations des lèvres et des dents chez certains primitifs africains [36]»; le 15 décembre, à l'Institut français d'anthropologie « Sociétés secrètes parmi quelques peuplades du Soudan français »; 17 décembre, à la Société d'anthropologie « Cultes agraires en Afrique Occidentale française »; 31 décembre et le 6 mars 2021, à la Société française d'ethnographie « Origine des objets de parures chez certains primitifs africains [36]» et « Langage tambouriné et langage sifflé [36]»; et le 20 avril, à l'Institut français d'anthropologie « Divination en Afrique noire [37] » [36].
Dans la Revue d'ethnographie et traditions populaires de 1920, il publie deux articles sur « Le mystère des ruines du Lobi [36]» et « Mariage et polyandrie parmi les Dagari et les Oulé [36]».
Henri Labouret (administrateur des colonies) est nommé professeur de Dialectes de l’Afrique occidentale française à l’École coloniale, par arrêté du Ministre des colonies Albert Sarraut du 23 octobre 1923 [38]. Il est chargé des cours de dialectes et coutume de l’Afrique-Occidentale française (1926-1927), en remplacement de Maurice Delafosse (décédé), sur décision du Ministre des colonies Émile Borel du 27 décembre 1926 [39]. Il est nommé à la nouvelle chaire Élément d’ethnographie générale section Dialectes et coutume de l’Afrique, par arrêté du Ministre des colonies Émile Borel du 9 juillet 1927 [40]. Il remplacera également Maurice Delafosse, dont il était l'élève, à la chaire de langues soudanaises de l’École des langues orientales vivantes et comme Directeur technique et scientifique à Institut international pour l’étude des Langues et des Civilisations africaines, par décision du Conseil exécutif du 13 décembre 1927 [41],[42],[43].
De 1932 à 1942, Henri Labouret enseigne à l’École nationale de la France d'outre-mer, il dispense de nombreux cours dont : Ethnographie générale; Ethnographie détaillée et droit coutumier en Afrique Occidentale Française et Madagascar ; Histoire indigène de l’Afrique française et de Madagascar ; Dialectes de l’Afrique Occidentale Française [44],[45]. À partir de 1938 s’ajoutent les cours d’Ethnologie et sociologie générale ; Afrique noire et les Devoirs de l’administrateur colonial en collaboration avec M. Chassaing [46]. Pour l’année scolaire 1941-1942, il est chargé des cours d’Études des méthodes coloniales françaises et étrangères ; Devoir de l’administrateur colonial en collaboration avec M Chassaing ; Histoire indigène de l’Afrique noire et de Madagascar en collaboration avec M Gerbinis et Éléments de linguistique africaine [47.1].
Lors du Congrès de l'Institut international des langues et des civilisations africaines du 16 au 19 octobre 1931, il participe à une discussion concernant la nature et la méthode pour poursuivre les études ethnologiques en Afrique [48.1]. Le 30 juin 1931, il prononce son discours « Les qualités d’ethnologue chez l’administrateur » au Congrès des Administrateurs se tenant lors de l’Exposition coloniale [49].
Le 11 novembre 1941, Henri Labouret (Gouverneur honoraire des colonies, professeur à l’école nationale de France et d’outre-mer) est nommé, par le secrétaire d’État au colonies Charles Platon, membre du conseil de perfectionnement de l’école nationale de la France d’outre-mer [47.2].
Henri Labouret a accompli, de juillet à décembre 1932, une mission en Afrique-Occidentale française, subventionnée par le Ministère de l’Éducation nationale et l’Institut international des Langues et Civilisations africaines, patronnée par le Ministre des colonie, Albert Sarraut et le Gouverneur générale de l’AOF. Son objectif était de recueillir des informations sur les sociétés au Sénégal, au Soudan et en Guinée [48.2]. Il rapportera de nombreux enregistrements destinés au Musée de la parole [50], une collection d’objets pour le Musée d’Ethnographie du Trocadéro et 158 mensurations d’indigènes pour le Laboratoire d’Anthropologie pour le Muséum national d’Histoire naturelle [33.1].
Puis une deuxième mission au Cameroun en 1934, durant cette mission de six mois, il a collecté plus d'un millier d'objets, principalement des pièces d'usage courant, dont une partie a été donnée au Musée d'Ethnographie du Trocadéro [51].
Mis à la retraite comme gouverneur honoraire en 1935, il poursuit néanmoins ses activités scientifiques jusqu'à sa mort en 1959 [34] [52].
Distinctions
Henri Labouret est nommé
Chevalier de la Légion d'honneur, par décret du Ministère de la guerre le 20 mai 1911 puis promu
Officier de la Légion d'honneur, en tant qu'administrateur en chef des colonies, par décret du Ministère des colonies du 21 octobre 1932[4].