Loi du 10 mars 1900 sur le contrat de travail
From Wikipedia, the free encyclopedia
La loi du 10 mars 1900 sur le contrat de travail est la première loi qui témoigne en Belgique d’une avancée pour le mouvement ouvrier. Les ouvriers, souhaitant voir leurs conditions de travail s’améliorer, expriment une inlassable volonté de changement au travers d’émeutes et luttes sociales. Notamment sous l'impulsion des événements sociaux de 1886, des initiatives sont prises par le pouvoir politique. Progressivement on assiste à l’élaboration d’une véritable législation sociale[1].
Contexte historique
La révolution industrielle
La révolution industrielle joue un rôle considérable dans la transformation des structures socioéconomiques de la société belge au XIXe siècle[2].
Cette révolution bouleverse les relations entre individus, le comportement des classes sociales, la place de chacun dans la société et modifie les conditions de la production[1]. Le salariat devient au cours de cette période la condition de tous ceux qui ont mis leur force de travail au service d’une entreprise.
L’essor du mouvement ouvrier
L’émergence du mouvement ouvrier est lente et doit faire face à la difficulté de se structurer. Mais les énergiques revendications ouvrières portent leurs fruits[2]. Les grandes émeutes ouvrières de mars 1886, produites par une exaspération sociale, sont l’impulsion nécessaire à l’élaboration d’une législation protectrice des travailleurs[3]. Ces émeutes spontanées, souveraines et violentes marquent l’histoire sociale de leur empreinte.
L’organisation d’un mouvement ouvrier prend forme et se structure en 1885 par la création du Parti ouvrier belge.
Contexte juridique
La situation juridique de l’ouvrier au XIXe siècle
La situation juridique de la classe sociale ouvrière est inégalitaire au XIXe siècle, peu de dispositions consacrent les relations entre ouvriers et patrons.
L’État belge est peu interventionniste en la matière, se refusant toute disposition légale prohibitive sous couvert de libéralisme[3]. Les patrons ont le pouvoir de négocier les salaires, les conditions et le temps de travail.
Le Code civil belge est extrêmement bref dans le domaine[3] et place expressément l'ouvrier dans une situation juridique inférieure. Quant aux coalitions, grèves et manifestations, elles sont expressément prohibées par le Code pénal.
L’ouvrier est juridiquement lié par l’obligation de posséder un livret ouvrier qui retrace l’ensemble de ses engagements et emplois. Le livret obligatoire constitue une arme aux mains du patronat[2] permettant de contrôler les ouvriers, présumés fauteurs de troubles et porteurs de désordre dans la cité.
Cette situation juridique inférieure se dissipe progressivement à partir de la fin du XIXe siècle. La pression des événements et des groupes sociaux contraint le législateur à écrire le droit.
L’émergence de la législation sociale à la fin du XIXe siècle
Au milieu du XIXe siècle, on assiste à une prise de conscience de la situation des ouvriers mais les actions se révèlent trop peu courageuses[3].
Pourtant, à la suite des émeutes, la nécessité de protéger les plus faibles s’impose. Le message du discours du Trône de Léopold II, le , est source d’une rupture avec la politique sociale antérieure : « La situation des classes laborieuses est hautement digne d'intérêt et ce sera le devoir de la législature de chercher, avec un surcroît de sollicitude, à l'améliorer. Peut-être a-t-on trop compté sur le seul effet des principes d'ailleurs si féconds de la liberté. Il est juste que la loi entoure d'une protection plus spéciale les faibles et les malheureux ».
L’interventionnisme timoré de l’État, qui se limitait jusqu'ici à prohiber les abus les plus scandaleux, est en phase de changer. Le gouvernement crée une Commission du travail qui s’intéresse à la situation ouvrière et propose des textes de lois[13]. Le législateur adopte une série de normes[N 1] pour accorder une meilleure protection aux ouvriers.
Au travers de différentes réformes, les lois et règlements s’attaquent au principe de l’autonomie des volontés, donnant progressivement naissance à une nouvelle discipline juridique : le droit du travail. C’est le début de l'État-providence, c’est-à-dire que l’État prend en charge la protection sociale.