Louis André (général)
militaire et homme politique français
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Louis André, né le à Nuits-Saint-Georges[1] et mort le à Dijon[2], est un militaire français.
| Ministre de la Guerre | |
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Louis Joseph Nicolas André |
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Homme politique, militaire, officier, soldat |
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À partir de |
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Société de sociologie de Paris (d) () |
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Ministre de la Guerre de la IIIe République, de à , il mène de profondes réformes dans l'armée, et milite pour la reconnaissance de l'innocence du capitaine Dreyfus, finalement et officiellement reconnue par la Cour de cassation en .
Il est contraint à la démission, en 1904, à la suite de l'affaire des fiches, système de renseignements politiques destiné à empêcher ou à restreindre la promotion, dans l'armée française, des officiers présumés catholiques ou anti-républicain, organisé par le Grand-Orient de France.
Origines
Louis Joseph Nicolas André est né sous la monarchie de Juillet, dans une famille fortunée, très pieuse (cinq de ses cousins germains étaient dans les ordres) et orléaniste. Louis André adhère cependant, sous le Second Empire, au positivisme, et devient, à la même époque, républicain sous l'influence d'un cousin germain de sa mère, Eugène Carion.
Carrière

Louis André entre à l'École polytechnique en 1857 et poursuit sa formation militaire à l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz, dont il sortira 1er en 1861. Lieutenant au régiment d'artillerie à cheval de la Garde impériale, il est nommé capitaine en 1867 et entre à l'état-major particulier de l'artillerie en tant que chef d'escadron en 1877. Colonel en 1888, il est nommé général de brigade et commandant de l'École polytechnique en 1893.
En garnison au Mans de 1897 à 1899, poste auquel il avait été appelé par le général Mercier, qui dirigeait alors, dans cette ville, le 4e corps d'armée, il va se séparer de ce dernier, avec qui il était très lié, à propos de l'affaire Dreyfus. C'est en effet au Mans que le général André a été convaincu que Mercier, lorsqu'il était ministre de la Guerre, avait fait condamner en 1894 le capitaine Dreyfus au vu d'un dossier secret qui n'avait été communiqué ni au capitaine, ni à son défenseur. Et c'est au Mans que Louis André deviendra un militant dans l'Affaire (alors qu'il était, dira-t-il, « comme tout le monde, ou peu s'en faut, un antidreyfusard de la première heure »), à la suite du fameux « discours sur Byzance » prononcé par le général Mercier, suivi d'une manifestation aux relents antisémites de jeunes officiers de la garnison
Cet homme grand et maigre, était certes, malgré son passage dans la Garde impériale, républicain dès le Second Empire, mais il ne le manifestera publiquement, chose alors très rare dans l'armée, que lors des cérémonies du centenaire de l'École polytechnique, en 1894. Il avait été nommé commandant de l'École à la fin de 1893, Sadi Carnot, son condisciple de Polytechnique, étant alors président de la République. Il était positiviste et disciple d'Émile Littré[3]. Pour Émile Mayer, c’est « l’amitié de Sadi Carnot, président de la République, pour son camarade de promotion Louis André […] » qui explique l’accession au généralat de cet officier. Mais Louis André était, et depuis fort longtemps, un artilleur réputé dans l'armée : c'est lui qui avait mis au point les méthodes de pointage du canon lourd de campagne en acier De Bange, alors qu'il était directeur du cours pratique de tir d'artillerie à Bourges (1881-1886), où passaient tous les capitaines de cette arme avant de revenir dans leurs régiments pour diffuser leur savoir ; lieutenant-colonel, il présidait (1886-1888) la Commission d'expériences de Bourges lors de la mise au point des projectiles chargés en mélinite. Sa promotion au grade de général, même un peu tardive (il allait avoir 56 ans) est donc logique.
Le général André est nommé ministre de la Guerre par Waldeck-Rousseau, président du Conseil, le , en remplacement du général de Galliffet, démissionnaire. C'était en pleine affaire Dreyfus, quelques mois après le verdict de Rennes qui avait de nouveau condamné le capitaine, mais avec circonstances atténuantes, décision s'agissant d'une accusation de trahison. En accord avec le président du Conseil, il va s'attacher à rétablir la discipline dans l'armée où nombre d'officiers avaient pris position publiquement contre Dreyfus. Son premier acte sera de décider du remplacement de trois responsables de bureaux à l'état-major, ce qui va déclencher une vive réaction des généraux Jamont, vice-président du Conseil supérieur de la guerre, et Delanne, chef d'état-major de l'armée qui l'accuseront de « désorganiser l'armée ». Devant cette manifestation publique de désaccord, le général André va mettre immédiatement fin aux fonctions de ces deux généraux () qui occupaient alors les deux principaux postes de l'armée. Il déclarera ce jour-là à la Chambre des députés :
« Soyez certains, Messieurs, que la tâche que je me suis imposée est de maintenir à tous les degrés de l'échelle, et de rétablir, s'il en était besoin, la discipline militaire la plus absolue. »
Le général André, ministre de la Guerre de 1900 à 1904, a mené nombre de réformes : suppression de la dot des femmes d'officiers au moment de leur mariage ; fin des commissions de classement qui, composées uniquement de généraux, décidaient souverainement des promotions des officiers ; suppression des "inspections générales" dans les corps d'armée puisque, pour Louis André, l'inspecteur général des troupes ne peut être que celui qui les commande ; rattachement des régiments d'artillerie aux divisions d'infanterie, en lieu et place des corps d'armée, afin de favoriser la liaison de l'infanterie et de l'artillerie sur le champ de bataille ; amélioration de la santé dans l'armée ; réforme et libéralisation des établissements pénitentiaires ; port de la tenue bourgeoise en dehors du service ; fixation de la revue du le matin au lieu de l'après-midi, afin d'éviter les insolations ; importance du rôle social des officiers, comme le recommandait Lyautey, que Louis André fera passer général de brigade à 49 ans en . Le général André était à la fois un partisan de la colonisation et d'une armée forte face à l'Allemagne (discours au lycée du Mans de ), préfigurant ainsi la position que prendra Delcassé lorsqu'il sera ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905. C'est sous son ministère que les camps du Larzac, de Mailly et de la Courtine sont ouverts, celui de Sissonne faisant, lui, l'objet d'un agrandissement.
Le général André décide, en , que le 155 Rimailho en acier serait le nouveau canon lourd de campagne (en remplacement du 120). Il ne sera pas fabriqué en nombre suffisant par ses successeurs. Il porte à 3 000 le nombre de canons de 75 modèle 1897 que son prédécesseur, Galliffet, avait fait fabriquer à 2 000 exemplaires. Au début de la Grande Guerre, en 1914, l'armée française disposait de 3675 canons de 75, chiffre dû, pour l'essentiel, au général Galliffet et au général André.
Répondant à un fameux discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés (6 et ), tout en affirmant qu'il ne pouvait que respecter le verdict de Rennes, au nom de la "chose jugée", le ministre accepte de mener, à l'intérieur du ministère de la Guerre, une "enquête personnelle" pour savoir dans quelles conditions, et sur quelles pièces, Alfred Dreyfus avait été condamné à la déportation à perpétuité en . Aidé de son officier d'ordonnance, le capitaine Antoine Targe, il découvre en quelques semaines que Dreyfus avait été condamné d'après des pièces inventées ou falsifiées et que des documents favorables à l'accusé n'ont pas été fournis au conseil de guerre. Il démontre aussi que les "aveux" de sa culpabilité qu'aurait faits le capitaine Dreyfus le jour de sa dégradation (), ont été purement et simplement inventés par l'officier qui commandait, ce jour-là, le détachement de la Garde républicaine chargé de veiller sur le condamné, ces "aveux" étant validés par écrit avec la signature du général Gonse, sous-chef d'état-major de l'armée. Fort de ces découvertes, le général André obtient, avec quelques difficultés, du gouvernement Combes, que ces éléments nouveaux soient transmis à la Cour de cassation. Pour lui, l'honneur de l'armée nécessitait qu'elle reconnaisse ses erreurs dans l'Affaire. La Cour de cassation, après une enquête complète et rigoureuse de plus de deux années, innocente définitivement le capitaine Dreyfus le [4].
Chute et retrait de la vie publique
Pierre Waldeck-Rousseau, en nommant Louis André au ministère de la Guerre en , lui a donné pour tâche de « rapprocher le corps des officiers de la nation républicaine. »
Le général André a mis en place dans le plus grand secret un système de discrimination massif des officiers en fonction de leurs opinions politiques, sans doute inspiré des « papiers Gambetta » : à chacun des officiers de l'armée française serait attribuée une fiche individuelle recensant ses opinions politiques, censées être un gage de sa fidélité au gouvernement. La collecte de ces informations s'appuierait sur deux réseaux : le Grand Orient de France, appuyé sur ses loges dans les villes de garnison, et les préfectures[5].
Loin de s'en tenir à recueillir les opinions politiques, les loges s'attachent aussi aux pratiques religieuses des officiers, visant les Catholiques : "Va à la messe", "A assisté à la communion de sa fille." Serge Berstein comptabilise 18 818 fiches rédigées avec la complicité du Grand Orient de France entre le 1er septembre 1901 et le 30 octobre 1903[6], ce qui a sans doute conduit à ficher la majorité des 27 000 officiers en activité à l'époque[6].
Ces fiches servent ensuite à classer les officiers dans deux dossiers. Les officiers catholiques et nationalistes, à écarter des promotions, sont rangés dans le dossier Carthage (selon le mot de Caton l'Ancien, Delenda Carthago: "Il faut détruire Carthage") ; au contraire, les républicains et libre-penseurs sont placés dans le dossier Corinthe (référence à Non licet omnibus adire Corinthum, "Il n'est pas donné à tous d'aller à Corinthe"), pour que le cabinet André favorise leur avancement[7]. Le Grand Orient proteste d'ailleurs par lettres à propos des nominations effectuées lorsqu'il a fourni des informations défavorables.
Quand ce système est révélé dans la presse en octobre 1904, il provoque une indignation d'ampleur nationale. La Chambre des députés est le théâtre d'un débat houleux à l'issue duquel Louis André est giflé par le député nationaliste Gabriel Syveton[6]. Devant l'ampleur du scandale, Louis André démissionne le , après quatre années passées au ministère de la Guerre.

Notons que certains officiers qui avaient fait l'objet de fiches défavorables ont pourtant été promus par le général André. L'exemple le plus frappant est celui du futur général Lanrezac. Sa fiche indiquait qu'il "mangeait des Juifs à chaque repas" lorsqu'il était en poste à Alger et qu'à l'École de guerre où il enseignait, il était "le centre de la propagande antidreyfusarde, cléricale et antiministérielle... et se livrait à de violentes attaques contre M. Waldeck-Rousseau et les autres ministres." Mais il était l'un des meilleurs tacticiens de l'armée avant 1914. Aussi le général André, qui l'a nommé commandant en second de l'École de guerre puis colonel en 1901, lui confie-t-il le commandement du 119e régiment d'infanterie en 1902. En , il le nomme à la tête de la 12e brigade d'infanterie (6e division d'infanterie).
Mort en 1913 à Dijon, le général André n'a pas connu la Grande Guerre. Il a été accusé par certains historiens d'être responsable du limogeage des généraux effectué par le général Joffre au début des hostilités. En effet, son système de fichage, faussant systématiquement l'avancement entre 1900 et 1904, a pu dégrader le niveau du haut-commandement en favorisant l'avancement des officiers retenus dans le fameux dossier Corinthe[8] pour leurs opinions politiques plutôt que leur compétence militaire. Notons par exemple le cas de Maurice Sarrail : républicain engagé, très engagé dans les réseaux francs-maçons, il est promu rapidement sous le gouvernement André. Quand la guerre arrive, nommé général, son commandement mène à de sanglants échecs, jusqu'à ce qu'il soit limogé en juillet 1915.
On relève pourtant que d'autres facteurs peuvent aussi expliquer les limogeages. Par exemple, beaucoup de généraux de 1914, sauf quelques coloniaux, n'avaient jamais connu la guerre et la limite d'âge de leur grade était beaucoup trop élevée (62 ans pour un général de brigade, 65 ans pour un général de division).
En dépit du système de fiches mis en place par le général André, certains soutiennent qu'il a plutôt bien préparé l'armée française au conflit qui se déclenche en 1914 : importance de l'artillerie de campagne avec le 75 qui a fait merveille pendant la Grande Guerre (l'artillerie lourde, avec le 155 Rimailho, n'est pas développée par ses successeurs, car la direction de l'artillerie du ministère ne croyait pas à son importance) ; liaison nécessaire entre l'infanterie et l'artillerie sur le champ de bataille ; importance donnée au rapprochement des officiers avec la société civile ; amélioration de la situation du conscrit.
Son heure de gloire reste son action pour faire reconnaître l'innocence du capitaine Dreyfus.
Le général André est à l'origine de la loi du qui abaisse la durée du service militaire de trois à deux années.
Le , les congressistes du Parti républicain, radical et radical-socialiste le nomment par acclamation membre du comité exécutif de cette formation politique[9].
Son fils, le général de division Lucien André (1878-1969), polytechnicien, était comme son père artilleur. Il commandait l'artillerie de l'armée des Alpes en 1940, au moment de l'attaque italienne.
Louis André est enterré au cimetière des Péjoces à Dijon.
Grades
- : Sous-lieutenant, école d'application du génie et de l'artillerie[10].
- : lieutenant, 9e régiment d'artillerie.
- : capitaine, 7e régiment d'artillerie.
- : chef d'escadron, 34e régiment d'artillerie.
- : lieutenant-colonel, état-major particulier de l'artillerie (illisible).
- : colonel, état-major particulier de l'artillerie (illisible).
- : général de brigade, École Polytechnique.
- : général de division, État-major général de l'armée.

