Luis Casado Escudero

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Luis Casado Escudero
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MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
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Autres informations
Membre de
42nd Infantry Regiment «Ceriñola» (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Grade militaire
Capitán (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflit

Luis Casado Escudero (Vigo, 1897 - Melilla, 1936), est un militaire espagnol, officier d’infanterie en poste en Afrique du Nord.

Après sa formation à l’Académie militaire de Tolède et une brève carrière en métropole, Casado Escudero fut muté en au Maroc espagnol, d’abord dans la zone de Ceuta, dans un corps de supplétifs, puis, en , dans un régiment d’infanterie à Melilla. C’est dans cette dernière fonction qu’il participa à la mise en place de l’emblématique camp d’Ighriben, position avancée d’un cordon de fortifications installé par le général Silvestre au lendemain de ses rapides conquêtes de l’été-hiver 1920 dans la partie du Rif à l’est de la baie d’Al Hoceïma. À partir de , sous l’impulsion d’Abdelkrim, la position d’Ighriben fut attaquée, puis cernée et enfin prise d’assaut par les troupes réunies des tribus rifaines réfractaires à la tutelle espagnole ; très peu d’hommes de la garnison survécurent à la débandade qui s’ensuivit, dont Casado Escudero, qui fut emmené prisonnier par les Rifains. Libéré en , il renoua, après une affectation en métropole où il fut promu au rang de capitaine, avec sa carrière marocaine à Melilla. Connu pour ses positionnements politiques républicains, il fut condamné à mort par les militaires putschistes, à la suite d’une procédure expéditive, aussitôt après le coup d’État nationaliste de .

Né en 1897 à Vigo, dans la province galicienne de Pontevedra, Luis Casado Escudero fut inscrit en à l’Académie d’infanterie de Tolède[1].

À l’issue de ses études, il reçut une première affectation dans le régiment Toledo no 35, en garnison à Zamora, avant d’être muté en dans la Police indigène de Ceuta, au Maroc espagnol, où il se vit assigner le poste d’Oued Laou. En , il alla occuper une place devenue vacante dans le régiment d’infanterie Ceriñola no 42, caserné à Melilla[1]. Sa feuille de service met en exergue son application et ses aptitudes, ainsi que sa maîtrise de l’anglais et du français.

Bataille d’Ighriben

À partir du , dans le cadre général de la guerre du Rif, et plus particulièrement à la suite des importantes conquêtes espagnoles réalisées dans le Rif au cours des mois précédents sous l’impulsion de Silvestre, Casado Escudero se trouvait avec sa compagnie en garnison dans la position d’Ighriben, créée (avec son concours) début [1] comme élément avancé d’une constellation de camps militaires fortifiés, dont celui d’Anoual était le centre stratégique. Déterminé à pousser prochainement à l’ouest jusqu’à la baie d’Al Hoceïma, Silvestre tendait à sous-estimer le péril que représentaient les cabilas rifaines réfractaires à la tutelle espagnole et liguées depuis peu sous la direction d’AbdelKrim.

La position d’Ighriben, défendue par 350 hommes sous les ordres du commandant Julio Benítez Benítez, fut assaillie par les troupes d’Abdelkrim à partir du et finit par être encerclée. Le , un dernier convoi d’approvisionnement réussit à atteindre le camp. La garnison se défendit avec acharnement, malgré les assauts, les obus rifains et le manque d’eau potable. Une ultime tentative de rupture de l’encerclement eut lieu le , sous les espèces de trois colonnes de secours marchant de concert, mais l’opération échoua. Le commandant en chef de la position reçut alors l’ordre de détruire le matériel de guerre et de se replier sur Anoual avec ses troupes[2]. Ce qui restait d’effectifs fut alors regroupé et une partie quitta le camp en avant-garde, tandis que Casado Escudero était en position avec une trentaine d’hommes, la plupart blessés, sur une colline proche pour couvrir la manœuvre d’évacuation, avant de prendre à son tour le départ pour Anoual[3]. Cette retraite se termina bientôt en débandade, et des 247 hommes de la garnison, seuls 36 survécurent, dont 11 (ou 12, 16 voire 36, selon d’autres calculs) parvinrent jusqu’à Anoual[4],[5],[6], certains avec l’esprit détraqué, privés de la faculté de parler, les yeux exorbités, la face grimaçante, etc. Quatre encore périrent après leur arrivée, pris de violents spasmes après s’être gavés d’eau au mépris des conseils donnés[7]. Tous les officiers avaient péri, à l’exception de Casado[8],[9],[10],[11], lequel, souffrant d’une blessure au pied gauche qui lui coûta deux orteils, fut fait prisonnier par les Rifains, en même temps que trois hommes de troupe de la garnison[9],[12].

Captivité et libération

Abdelkrim donna ordre de transférer le lieutenant Casado Escudero à Ajdir, conjointement avec d’autres officiers capturés dans le sillage de l’évacuation du camp d’Anoual. Casado Escudero allait y rester pendant 18 mois, soumis à humiliations et privations.

Le , les captifs espagnols d’Ajdir furent libérés, moyennement acquittement de la rançon réclamée par Abdelkrim, et embarqués sur le navire Antonio López. Après son arrivée à Melilla, Casado Escudero remit au colonel de son régiment le compte rendu de ce qui lui était arrivé entre le et le à Ighriben. À propos du commandant Benítez, décédé dans les affrontements, le lieutenant Casado indiqua que « le commandant dirigea la défense sans désemparer […], rehaussant le moral ; sa figure était admirée par tous les défenseurs, qui dès le premier moment avaient, en raison de sa fougue, mis en lui leur foi aveugle »[13]. Ce témoignage contribua à ce que la croix laurée de Saint-Ferdinand ait été décernée à titre posthume à Benítez. Casado Escudero publia ensuite un livre, qui parut la même année et dans lequel il relatait ses expériences à Ighriben[12].

Proposition de décoration

Casado Escudero (à droite) assistant en compagnie de la veuve et de la fille de Julio Benítez à l’inauguration du monument en l’honneur de ce dernier à Malaga en .

Casado Escudero sollicita la Medalla de Sufrimientos por la Patria (médaille en récompense des « souffrances endurées pour la patrie »), en justifiant sa demande par les blessures reçues à Ighriben. Dans le même temps, le commandant en chef de son régiment le proposait pour l’attribution de la Médaille militaire, requête qui fut appuyée par le conseil municipal de Zamora réuni en séance plénière le  ; le lieutenant Casado, bien que natif de Vigo, avait en effet d’étroits liens avec Zamora, d’où était originaire Serafina Méndez Hernández, qui devint son épouse en [6].

En , le commandant général de Melilla Enrique Marzo Balaguer mit en marche la procédure d’enquête contradictoire en vue de l’octroi de la croix laurée de Saint-Ferdinand à Casado. Cependant, toutes les démarches entreprises en ce sens furent vaines ; en particulier, le rapport d’enquête contestait la véracité des déclarations de Casado sur sa conduite à Ighriben, raison pour laquelle sa demande fut rejetée[6]. L’un de ceux qui émettaient des doutes à ce sujet était Francisco Franco, qui rédigea un rapport défavorable en 1925, sur la base de rumeurs et d’opinions négatives qu’il aurait recueillies en divers lieux, portant notamment que ses blessures n’étaient pas graves et que son comportement n’avait pas été héroïque, comme en témoignerait le fait qu’il s’était laissé capturer par les Rifains[14].

Affectations ultérieures

Casado Escudero quitta Melilla, pour retrouver à Zamora son ancien régiment Toledo no 35, auquel il restera affecté de à . C’est à Zamora qu’il se maria avec Serafina Méndez et qu’il fut promu capitaine en 1926[14]. En , il fut nommé à un nouveau poste au Maroc.

Coup d’État de juillet 1936 et exécution de Casado

En , Casado Escudero prêta le sement de fidélité à la République nouvellement proclamée. Il était affilié au Parti républicain radical et avait sollicité en son adhésion à la loge Catorce de Abril de Melilla[15] (le étant la date de proclamation de la république). Il figurait comme l’un des militants les plus actifs de l’Union militaire républicaine antifasciste (Unión Militar Republicana Antifascista, en abrégé UMRA) de Melilla et se réunissait avant le avec des groupes de militaires d’idées républicaines et avec des éléments de gauche[6]. L’UMRA avait succédé à l’UMA, fondée à Melilla en 1934, laquelle, se composant d’officiers républicains adoptant une posture républicaine et antifasciste de plus en plus marquée, prit nom de UMRA ou UMARA et avait pour objectif de contrecarrer l’Union militaire espagnole (UME), aux desseins putschistes, et de s’opposer aux menées factieuses dans les différents corps d’armée. Nombre de membres de l’UMRA allaient être assassinés dès les premiers jours suivant la rébellion militaire de . La Phalange avait créé à Melilla son propre comité militaire, réunissant des officiers phalangistes, pour la plupart membres de l’UME, qui s’affairaient à établir des contacts avec des officiers de rang intermédiaire dans toutes les garnisons, et dont les groupes avaient connu une considérable expansion au lendemain des élections de 1936[16]. La Phalange, qui était au fait de l’identité des militants de gauche et savait situer exactement les locaux des différentes sociétés révolutionnaires, non seulement allait concourir de façon directe à la répression (entre autres par des sacas) après le soulèvement, mais encore serait appelée à jouer un rôle important en siégeant aux conseils de guerre, dont la composition était déterminée notamment sur la foi des rapports sur les groupes favorables au nouveau régime, dont ceux fournis par la Phalange elle-même, ou en intervenant comme témoins à charge souvent peu scrupuleux[17].

Aussi les services de renseignement des putschistes avaient-ils connaissance également des penchants politiques de Casado Escudero[18], de sorte que celui-ci fut mis en détention sitôt le coup d’État déclenché le , condamné sans procès à la peine capitale et fusillé le dans le fort de Rostrogordo, près de Melilla[2],[15],[14] (dans un premier temps en effet, les verdicts de peine de mort étaient mis à exécution très peu de temps après la condamnation, comme dans le cas de Casado Escudero ou de l’aviateur Virgilio Leret)[19]. Par le truchement de son confesseur, Casado put faire parvenir des lettres à ses proches[20], dont une la veille de son exécution, leur demandant de « n’avoir jamais honte de moi »[2],[14].

Le parut dans la presse une information auparavant communiquée sur les ondes de Radio Melilla par le lieutenant-colonel Darío Gazapo, où celui-ci annonçait que le avaient été fusillés cinq officiers de la garnison qui, selon ses dires, étaient les meneurs de la révolution, citant nommément le capitaine Joaquín Fernández Gálvez, l’enseigne d’intendance Armando González Corral, le capitaine d’aviation Virgilio Leret Ruiz et le capitaine d’infanterie Luis Casado Escudero, et sollicitant le public de prier pour eux et pour leur salut[21].

Révision du procès (2007)

La Chambre militaire du Tribunal suprême, par une ordonnance du , a estimé que la sentence condamnant le capitaine Casado Escudero à être fusillé « ne peut en aucune façon être considérée comme une décision judiciaire et, moins encore, comme une sentence rigoureuse », mais seulement comme la simple « consignation écrite d’une action accomplie en marge de toute procédure judiciaire dictée par la législation alors en vigueur », la mort de Casado ayant été provoquée, selon le Tribunal, « par ceux qui, sans être aucunement habilité à donner leur aval et en dehors de quelque procédure légale que ce soit, se sont engagés dans une conduite éthiquement et juridiquement répréhensible »[22],[14].

En d’autres termes, et au rebours de conclusions hâtives selon lesquelles la Chambre militaire du Tribunal suprême aurait refusé de réviser la sentence de condamnation de Casado Escudero, le Tribunal suprême a en réalité statué qu’il n’y avait aucune sentence à réviser, attendu que Casado Escudero et ses camarades (nommément : le capitaine d’aviation Virgilio Leret, le capitaine du régiment de chasseurs no 7 Joaquín Fernández Gálvez, et l’enseigne d’intendance Armando González Corral, entre autres) n’ont pas été exécutés, mais assassinés, vu que leur exécution ne s’appuyait sur aucun jugement. En effet, selon la sentence, l’exécution du capitaine Casado avait été convenue lors d’une « réunion, tenue à Melilla le dans le bureau du commandant en chef de la circonscription Oriental, de quatorze chefs militaires » et au cours de laquelle, après que les participants eurent manifesté que leur but était de « juger l’action antipatriotique, antimilitaire et dissolvante exercée par le capitaine d’infanterie Don Luis Casado, tant antérieurement que postérieurement au moment historique du 17 du présent mois », et « après lecture et examen minutieux des antécédents et des informations recueillies à cette fin », se sont accordés à l’unanimité  sans parvenir à concrétiser l’imputation d’un quelconque délit  que « compte tenu de la gravité des charges retenues contre lui, il soit passé par les armes, pour l’exemple et comme châtiment de sa conduite déloyale, sur la seule base de l’attribution au susnommé capitaine de certaines idées politiques déterminées et plusieurs actions contre le soulèvement militaire survenu dans la ville de Melilla le et qui au surplus étaient niées par l’officier, finalement et regrettablement exécuté »[22].

Publications

  • (es) Igueriben: 7 de junio - 21 de julio 1921, Madrid, Imprenta G. Hernández y Galo Sáez, , 321 p. (rééd. Igueriben: 7 de junio - 21 de julio 1921, Madrid, Almena ediciones, , 203 p. (ISBN 978-8496170728)).

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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