Malcolm Cecil

bassiste de jazz, producteur musical et ingénieur du son britannique From Wikipedia, the free encyclopedia

Malcolm Cecil (né Malcolm Ian Cecil le 9 janvier 1937 à Londres, mort le 28 mars 2021 à Malden) était un bassiste de jazz, producteur musical et ingénieur du son britannique.

Décès
Nom de naissance
Malcolm Ian Cecil
Nationalité
Faits en bref Naissance, Décès ...
Malcolm Cecil
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Malcolm Ian Cecil
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Années 1950 - 2020
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Membre de plusieurs groupes d'Outre-Manche (Jazz Couriers (en), Emcee Five, Blues Incorporated, BBC Radio Orchestra (en)), il se produit avec de très nombreux artistes de la scène jazz (Don Rendell, Johnny Griffin, Stan Getz, Roland Kirk, Sonny Stitt ou encore Stan Tracey) notamment via des prestations au Ronnie Scott's.

En 1968, devenu ingénieur après son passage à la Royal Air Force, il rejoint les États-Unis où il rencontre Robert Margouleff et travaille avec lui au sein du projet musical TONTO's Expanding Head Band basé sur un concept d'instrument combinant plusieurs synthétiseurs et différents modules électroniques qu'ils nommeront le T.O.N.T.O.

Considéré comme l'un des pionniers du synthétiseur[1], Cecil accèdera à une certaine popularité au milieu des années 1970 grâce à une collaboration fructueuse avec Stevie Wonder pour quatre albums (Music of My Mind, Talking Book, Innervisions et Fulfillingness' First Finale), période durant laquelle Wonder engrangera de nombreux succès commerciaux et récompenses[2], le duo Cecil-Margouleff recevant un Grammy Award en 1974.

Durant les décennies 1970, 1980 et 1990, Cecil travaillera avec des dizaines d'artistes tels les Isley Brothers, les Doobie Brothers, Quincy Jones, Joan Baez ou encore Gil Scott-Heron, mettant ses représentations musicales entre parenthèses, événements qu'il reprendra ponctuellement durant les dernières années de sa vie lors de festivals, conférences et salons dédiés à la musique électronique.

Biographie

Enfance

Né le 9 janvier 1937[3] dans le quartier de Cricklewood au nord-ouest de Londres[4], Malcolm Ian Cecil[5] est élevé dans une famille d'artistes portée sur la musique. Son grand-père, originaire du Bronx et combattant de la première guerre mondiale durant laquelle il rencontrera l'infirmière qui deviendra son épouse[6], est organiste pour les films muets dans les cinémas de Times Square[4]. Sa mère, Edna Aarons, est une accordéoniste professionnelle[7], joue du piano et du violon[8], et se produit dans plusieurs groupes dont l'un composé uniquement de femmes et avec lequel elle divertira les troupes durant la seconde guerre mondiale[9]. Son père, David Cecil, joue du saxophone, est promoteur de concerts (il encadre les différents groupes de son épouse[8]) et est clown professionnel sous le nom de scène Windy Blow[9]. Le couple divorce alors que Malcolm n'a que deux ans[7].

Malcolm prend ses premiers cours de piano vers 3[9] ou 4 ans[10] mais n'y prend pas goût[6]. Il s'intéresse à la radio amateur dès l'âge de 9 ans[3] puis découvre la batterie à 13 ans et passe à la contrebasse autour de 15[7] ou 16 ans, passant 'pro' après quelques mois[10].

Des débuts dans le jazz en Angleterre

Il entame un baccalauréat en sciences physiques pendant un an au London Polytechnic (aujourd'hui l'Université de Westminster) à la demande de ses parents[10]. En soirée, il accompagne différents groupes de jazz dont ceux du saxophoniste Don Rendell, du pianiste Dill Jones (en), du batteur Tony Crombie (en)[7], ou encore le Lenny Best Quartet et le Tommy Whittle (en) Octet[10]. Prenant comme référence les jazzmen américains Bill Evans, Milt Jackson, Gil Evans, Cecil suit également Dizzy Reece lors d'une tournée au Portugal[10].

Le club de jazz de Ronnie Scott, où Cecil rencontrera de nombreux artistes renommés au début des années 1960 (ici, devanture de 2016).

En 1957, il devient l'un des membres du quintet Jazz Couriers (en), fondé par les musiciens Tubby Hayes et Ronnie Scott[11], et en restera membre jusqu'à leur dissolution en 1959, date à laquelle Scott crée le club de jazz qui portera son nom[12] et où le suit Cecil durant les premières années de la décennie 1960[13], lui donnant l'occasion de rencontrer Johnny Griffin, Stan Getz[14], Roland Kirk[7], Sonny Stitt[4], le Stan Tracey Trio[15], Annie Ross[16] ou encore J. J. Johnson[9]. Cecil fonde le groupe Emcee Five en 1959, qui inclura les frères Carr (Mike et Ian) à partir de 1960[15] puis le batteur Ronnie Stephenson[10]. Entre temps, il rejoint la Royal Air Force (de 1958 à 1960) et devient ingénieur : le poste d'opérateur radar qu'il y occupe lui permet de perfectionner ses connaissances en électronique[9] voyageant du Somerset au nord-est de l'Angleterre[7].

De retour à Londres en février 1960, il joue avec le Peter King Quartet durant 3 mois, accompagne en tournée Miles Davis et Carmen McRae[10] et rejoint Vic Ash et Harry Klein (en) au sein du groupe Jazz Five[7]. Il est engagé par Freddie Redd en tant que musicien/acteur pour l'adaptation (en) théâtrale londonienne du film The Connection et remplace Ashley Kozak (en) dans le groupe de Dick Morrissey[10]. En 1961, il travaille avec Cyril Davies et Alexis Korner aux débuts du groupe Blues Incorporated[7] (où il croisera des Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts débutants[17]). Bien que consultant en électronique à temps plein, il continue ses représentations, avec entre autres Bobby Wellins, Chris Barber[15] ou le guitariste jamaïcain Ernest Ranglin[14].

En 1964, il devient le bassiste principal du BBC Radio Orchestra (en), travaillant pour l'émetteur en journée (notamment en collaboration avec Robert Farnon[6]) et dans les clubs en soirée[4]. Ses compétences en électronique le font participer à la construction du studio d'enregistrement du Marquee Club de Londres, où, par la suite, il réalisera des essais de captation en direct pour les Who[6], résidents du club[4]. Toujours en 1964, il lance le club de jazz Downbeat à Newcastle avec le manager Mike Jeffery (qui sera plus tard le manager de Jimi Hendrix)[7] à la demande duquel il enregistrera une représentation d'un jeune groupe, The Animals, session durant laquelle ils joueront une version démo de House of the Rising Sun qui inspirera plus tard la version qui les rendra célèbres[6].

Le départ pour les États-Unis et la découverte du Moog

En 1967, un médecin lui annonce que ses poumons sont en mauvais état (principalement en raison d'un emploi du temps effréné et de son mode de vie festif[4]). Il lui devient difficile de jouer de la contre-basse, l'imposant instrument étant devenu lourd à manipuler[4]. Il réduit ses prestations musicales, abandonne sa place au Ronnie Scott's (où il est remplacé par Dave Holland), et se recentre sur l'installation de sonorisations dans les clubs[7]. On lui annonce qu'il ne lui reste que 3 ans à vivre[6],[7] et lui conseille de partir pour un climat plus chaud[9] : après une opération chirurgicale[4], il quitte l'Angleterre avec sa femme et son fils pour rejoindre brièvement l'Afrique du Sud où il reprend quelques prestations musicales[9]. Mais l'apartheid rend la collaboration musicale presque impossible, les musiciens blancs et noirs ne pouvant jouer ensemble[6]. Ils se rendent en bateau à San Francisco puis s'installent à Los Angeles où Cecil se produit avec la chanteuse de cabaret Lainie Kazan[4] tout en travaillant comme consultant aux studios de Pat Boone, mettant en place le premier studio 16 pistes de la ville[8].

La famille déménage finalement à New York[3] et Cecil trouve un emploi d'ingénieur de maintenance chez Mediasound (en), un studio d'enregistrement construit dans une église désacralisée de la 57ème rue, au-dessus duquel avaient été construits plusieurs appartements. Résident ainsi au-dessus de son lieu de travail et tout en continuant à se produire les scènes de jazz locales (notamment avec le guitariste Jim Hall[18]), Cecil passe plus de temps dans les studios que ne le prévoit son contrat : il y découvre une quantité d'éléments techniques qui l'interpellent et finit par rencontrer Robert Margouleff[6], le musicien résident au synthétiseur et spécialiste du Moog. Cecil raconte[19] :

Bob Margouleff avait appris à utiliser le Moog de façon autodidacte, en expérimentant l'instrument. Il avait le point de vue d'un musicien. Techniquement, il n'y connaissait pas grand chose mais il avait un don pour entendre et produire des sonorités. Un soir, alors que je réglais les problèmes apparus en journée et que Bob travaillait sur son instrument, il me demanda un coup de main pour configurer la table de mixage. Je lui dis : "Je veux bien t'aider, mais en échange, peux-tu me montrer comment utiliser ce truc?". Et c'est ainsi que tout commença.

Lors de soirées et concerts avec John McLaughlin plusieurs années auparavant en Angleterre, il avait travaillé à la création de signatures rythmiques avec le guitariste anglais, mais la difficulté de reproduire ces effets l'avait alors éloigné de ce type de constructions musicales : Cecil voit dans le Moog un instrument avec lequel il peut recréer tout ce qu'il souhaite[20]. C'est ainsi que dès 1968, Cecil et Margouleff entame la construction d'un instrument qu'ils nomment le TONTO, acronyme de "The Original New Timbral Orchestra". Conçu autour d'un Moog III, celui-ci se voit adjoint des dizaines d'éléments à travers le temps[3] (des modules Oberheim Xpander, deux ARP 2600, plus de 70 modules synthétiseurs Serge (en),...[19]) et devient le plus grand synthétiseur analogique multitimbral du monde[21]. Le duo fonde simultanément le TONTO's Expanding Head Band, un groupe musical qui produira deux albums en 1971 et 1974, Zero Time (en) et It's About Time (en).

La rencontre avec Stevie Wonder

Stevie Wonder travaille avec le duo Malcom-Margouleff de 1971 à 1974.

Leur premier album Zero Time (en) interpelle par ses sonorités électroniques. Il attire Stevie Wonder qui, en fin de contrat à la Motown, cherche une liberté créatrice qu'il pense trouver avec l'instrument qu'il entend[14].

L'auteur-compositeur-interprète rencontre le duo d'ingénieurs dès 1971 et découvre un instrument qu'il ne quittera pas pendant quatre ans, le trio ainsi formé développant quatre albums : Music of My Mind, Talking Book (pour lequel le duo d'ingénieurs reçoit le Grammy Award du Best Engineered Recording - Non Classical (en)), Innervisions et Fulfillingness' First Finale.

Durant le processus de création de Talking Book, le trio quittera les studios Mediasound en raison de contraintes horaires et d'obligations commerciales : Margouleff obtiendra une entrée aux studios Electric Lady de son ami de John Storyk (en) , qui avait fondé ce dernier pour Jimi Hendrix[18]. Le trio s'établira ensuite à Los Angeles, aux studios Record Plant[22].

Cecil et Margouleff sont également crédités sur Syreeta (1972) et Stevie Wonder Presents Syreeta (1974), deux albums de Syreeta Wright, chanteuse mariée à Wonder à l'époque[3], et sur l'album Perfect Angel (1974) de Minnie Riperton, autoproduit par Stevie Wonder[23]. En 1974, l'album Fulfillingness' First Finale marque la fin du trio en raison de désaccords quant aux répartitions des royalties[18],[24].

Les deux ingénieurs retrouveront indépendamment le chanteur par la suite (Cecil sur Jungle Fever en 1991 et Margouleff en 1995 sur Conversation Peace)[25].

L'après Wonder

En 1975, Margouleff et Cecil se séparent également, le souhait de perpétuer les développements du TONTO devenant onéreux. Margouleff préfèrant se recentrer sur la production musicale, Cecil lui rachète les parts du TONTO et devient ainsi l'unique propriétaire de l'instrument[19].

Gil Scott-Heron collabore avec Malcolm Cecil sur la majorité de sa discographie.

Le succès des albums de Wonder rende le TONTO populaire et Cecil reste très demandé durant toute la décennie 1970[26]. Il continue à travailler avec de nombreux artistes parmi lesquels les Isley Brothers, Billy Preston, T. Rex, les Doobie Brothers, Quincy Jones, Bobby Womack, Stephen Stills, Dave Mason, Joan Baez, ou encore Steve Hillage. L'artiste Gil Scott-Heron, qui considère Cecil comme un génie créatif[27], travaille avec lui et le claviériste Brian Jackson à la réalisation de plusieurs albums, dont 1980 (en) sur la couverture duquel apparait le TONTO en arrière-plan.

Cecil sort son seul album solo en 1981, Radiance, qu'il considère comme une récréation, lassé de toutes ses productions R&B. Adepte du Tai Chi, il cherchait des rythmes plus lents et apaisants. Il voulait avant tout se retrouver dans sa propre musique, sans jamais penser à une diffusion à grande échelle. C'est la raison pour laquelle il continuait à travailler pour une série d'artistes, tant en production qu'en tant qu'ingénieur : conserver des revenus suffisants lui permettait une liberté créatrice avec son instrument[19].

À la fin des années 1980, la famille s'installe à Los Angeles où Cecil travaille dans l'industrie cinématographique[4]. En 1992, le jour de son anniversaire, il reçoit un appel de John Helliwell, saxophoniste de Supertramp et voisin de Malcolm, l'invitant à l'accompagner pour une représentation. Cecil ne joue plus, mais l'insistance d'Halliwell le pousse à reprendre sa contre-basse, remettant ainsi un pied dans les concerts[4]. Le couple revient à New York durant la seconde moitié des années 1990, Cecil ayant obtenu un emploi chez TVT Records, pour qui il enregistrait les titres de Gil Scott-Heron. En 2002, ils s'installent définitivement à Saugerties[4], dans le village de Malden, et Cecil devient enseignant au Columbia–Greene Community College (en)[28]. En 2004, il travaille à la remasterisation d'enregistrements rares de jazz initialement destinés à la radiodiffusion, conservés par Gene Norman (en) du Crescendo (en)[6].

Le TONTO, exposé au National Music Centre de Calgary (Canada).

Le TONTO est conservé dans une grange aménagée appartenant à Cecil dans la ville de Saugerties, à proximité du fleuve Hudson, dans l'État de New York[9]. Mais devenu trop coûteux à entretenir, Cecil cherche à le vendre, tout en souhaitant des garanties quant au devenir de son instrument. C'est finalement en 2013 que le TONTO est acquis par le National Music Centre (en) de Calgary en Alberta. John Leimseider, électronicien de l'institut, le restaure pendant plus d'un an. Le musée tiendra une semaine commémorative en 2018[29] fêtant les 5 ans de l'acquisition de l'instrument par le NMC, événement durant lequel Cecil réalisera une démonstration avec le duo A Tribe Called Red[9].

À la veille du confinement dû à l'épidémie de Covid-19, il effectuait encore des prestations, tant en bassiste lors de différentes soirées jazz locales[28] (notamment au Colony Cafe de Woodstock et au centre des Arts de Kleinert/James[4]) que lors de festivals (ShoutOut Saugerties Music Day[17]) ou de concerts de musique électronique[30]. Il monte ainsi le duo jazz-ethnic-folk fusion Superstrings avec le violoniste russe Valeriu Glava[31],[4].

Quelques temps avant sa mort, Cecil avait encore plusieurs projets : une réédition de l'album de Gil Scott-Heron The Mind of Gil Scott-Heron (une composition mêlant musique et poésie avec la fille de celui-ci), une pièce de théâtre intitulée Third Person, ou encore le projet d'utiliser son album Radiance avec des textes lus par Mohamed Ali, afin de commémorer les 5 ans de la mort du boxeur[17].

Vie privée

Malcolm était marié à Poli Franks, sculptrice[32]et peintre[4], avec qui il eut un fils, Milton[5], connu sous le nom de DJ Moonpup.

Amateur de science-fiction[10], Cecil expliquera[4] que durant toute sa carrière, il aura toujours essayé de croiser les domaines de l'électronique et de la musique.

Cecil meurt le 28 mars 2021 à l'âge de 84 ans, à Malden-on-Hudson[17], à la suite d'une longue maladie[3].

Prix et récompenses

  • En 1997, Cecil reçoit le prix 'Unsung Hero' de la part du magazine Q pour l'ensemble de sa carrière[34].

Discographie (non exhaustive)

Crédits partiels issus de AllMusic[35] et Discogs[36], sauf mention complémentaire.

En solo

  • 1981 : Radiance[37]

En tant que TONTO's Expanding Headband

  • 1970: Caldara - A Moog Mass (le duo n'est pas encore nommé, mais l'album contient la voix de Cecil et des interludes créés par Margouleff)[38]
  • 1971: Zero Time (en)
  • 1974: It's About Time (en)
  • 1996: Tonto Rides Again (une réédition de Zero Time (en) accompagné de titres issus de It's About Time)
  • 2006: Tonto's Expanding Head Band (une remasterisation de Tonto Rides Again, avec une piste bonus)

Comme musicien

Production et ingénierie

Pour Stevie Wonder

Autres

Bibliographie

  • (en) Ernie Riedout, Keyboard Presents Synth Gods, Backbeat, , 202 p. (ISBN 978-0879309992)

Notes et références

Liens externes

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