Manifestations anti-migrants de 2025 au Royaume-Uni

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Manifestation à Aberdeen, le 6 septembre.

À partir de , un mouvement de manifestations anti-migrants se déroule au Royaume-Uni. Elles ciblent une trentaine d'hôtels hébergeant des demandeurs d'asile. Déclenchées par la mise en examen d'un demandeur d'asile éthiopien accusé d'agression sexuelle, ces manifestations s'inscrivent dans le contexte de l'engorgement du système d'asile britannique, plus de 100 000 demandeurs d'asile étant hébergés par l'État, dont un tiers dans des hôtels.

Les manifestations sont notamment organisées par le parti nationaliste blanc Homeland Party et soutenues par Reform UK de Nigel Farage. Elles réclament une campagne de « remigration ». La ville d'Epping devient un foyer de tensions particulièrement intense, avec des rassemblements quotidiens devant l'hôtel Bell. Des contre-manifestations antiracistes ont régulièrement lieu.

Face à ce mouvement, le gouvernement travailliste annonce des mesures supplémentaires de lutte contre l'immigration clandestine et une réforme du système d'appel des demandes d'asile, tandis que plusieurs collectivités locales engagent des actions judiciaires pour contraindre le gouvernement à reloger les demandeurs d'asile hébergés dans leurs circonscriptions.

Le , une manifestation baptisée « Unite the Kingdom », organisée par l'activiste d'extrême droite Tommy Robinson, rassemble environ 110 000 personnes. Elle est considérée par le groupe d'influence antiraciste Hope not Hate (en) comme la plus importante manifestation d'extrême droite de l'histoire britannique.

En parallèle de ce mouvement a lieu la campagne « Operation Raise the Colours », qui encourage l'installation sauvage de drapeaux britanniques dans l'espace public.

Évolution de la politique d'hébergement des demandeurs d'asile

Initialement, le gouvernement britannique logeait les demandeurs d'asile dans des maisons et appartements privés via des contractants, les hôtels n'étant utilisés qu'en dernier recours. En raison de la pandémie de Covid-19, le gouvernement conservateur a déplacé les demandeurs d'asile vers des hôtels pour respecter la distanciation sociale, et a également cessé de renvoyer dans leur pays d'origine les personnes dont la demande d'asile a été refusée. Ces mesures, qualifiées de temporaires, ont maintenu dans les hébergements gouvernementaux des personnes qui auraient normalement dû les quitter[1],[2].

Engorgement du système d'asile

Parallèlement, l'augmentation rapide des traversées de la Manche en petites embarcations à partir de 2021, combinée au ralentissement du traitement des demandes d'asile, a créé un engorgement du système. Le nombre de demandeurs d'asile ayant droit à un hébergement gouvernemental a atteint un pic de 119 000 en , contre 45 000 en . En , 103 684 demandeurs d'asile sont encore hébergés par l'État, dont environ un tiers dans des hôtels[1].

Le gouvernement travailliste, arrivé au pouvoir en , a hérité de cette situation et réussi à réduire le nombre de demandeurs d'asile en hôtels de 50 500 à 32 300 en accélérant le traitement des dossiers. Toutefois, selon les experts de l'Observatoire des migrations de l'université d'Oxford, la demande d'hébergement pour demandeurs d'asile dépasse toujours l'offre de logements à long terme dans un contexte de pénurie générale de logements au Royaume-Uni[1].

Climat politique

Dans ce contexte, l'immigration devient la première préoccupation des électeurs britanniques, allant jusqu'à dépasser les questions économiques dans les sondages d'opinion[3].

Durant l'été 2024, des émeutes organisées par des groupuscules d'extrême droite ont lieu dans plusieurs villes d'Angleterre et d'Irlande du Nord à la suite de l'attaque au couteau à Southport par un britannique d'origine rwandaise[4].

Déclenchement des manifestations

Un mouvement de manifestations anti-migrants est déclenché en à la suite de la mise en examen de Qais al Aswad[5], demandeur d'asile éthiopien de 38 ans accusé d'agression sexuelle sur une adolescente de 14 ans[4],[6],[1]. Il est condamné le [5].

Déroulement

Les rassemblements visent une trentaine d'hôtels hébergeant des demandeurs d'asile[2] à travers tout le Royaume-Uni[7]. Les manifestants réclament une campagne massive de « remigration ». Ils tentent parfois d'empêcher l'accès aux établissements, ce qui provoque des heurts avec des contre-manifestants antiracistes[8].

L'hôtel Bell en 2019.

La ville d'Epping, au nord de Londres, est notamment le théâtre de manifestations quotidiennes devant l'hôtel Bell. Les rassemblements opposent plusieurs centaines de manifestants anti-migrants à des contre-manifestants soutenus par des associations antiracistes, sous surveillance policière[4],[6]. Les manifestants réclament le départ de tous les demandeurs d'asile de l'établissement, une demande officiellement appuyée par le conseil municipal conservateur d'Epping[4].

Au , au moins 18 personnes ont été arrêtées et huit policiers blessés depuis le début du mouvement[6].

La manifestation du , intitulée « Unite the Kingdom », rassemble environ 110 000 personnes selon les estimations policières, est ainsi considérée comme la plus importante manifestation d'extrême droite de l'histoire britannique par le groupe d'influence antiraciste Hope not Hate (en)[9],[10]. Elle demeure cependant moins large que les manifestations contre la guerre à Gaza en 2023, contre le Brexit en 2019, ou contre la guerre d'Irak en 2003[11]. En plus du mot d'ordre anti-migrants, la manifestation rend également hommage au militant conservateur américain Charlie Kirk, récemment assassiné. Des violences ont lieu à l'égard de la police[9],[10].

Organisation

Le parti nationaliste blanc Homeland Party contribue à l'organisation des manifestations d'Epping[1], puis également celles d'une vingtaine d'autres villes[12],[13]. Les mobilisations sont alimentées par des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux par des militants d'extrême droite[14].

L'activiste d'extrême droite Tommy Robinson organise le la plus grande manifestation depuis le début du mouvement[9].

Operation Raise the Colours

Drapeaux accrochés sur un immeuble à Seacroft.

Parallèlement aux manifestations, une campagne en ligne lancée par des militants d'extrême droite baptisée Operation Raise the Colours encourage l'installation sauvage de drapeaux britanniques et anglais sur les lampadaires et infrastructures urbaines à travers le pays[15],[16]. Il s'agit d'une pratique habituellement rare au Royaume-Uni, surtout observée lors d'événements sportifs, royaux ou militaires[15],[16].

Si certains conseils municipaux retirent ces drapeaux par mesure de sécurité[15],[16], le Premier ministre Keir Starmer exprime initialement son soutien aux « personnes qui sont fières de notre drapeau, de notre histoire et de nos valeurs »[15], avant de dénoncer le détournement de ces drapeaux comme « symboles de violence, de peur et de division »[10]. L'initiative est saluée par Nigel Farage de Reform UK et le conservateur Robert Jenrick[16]. Plusieurs habitants, notamment ceux issus de l'immigration ou de minorités, y voient une forme d'intimidation[11],[16],[17].

Soutiens

Les manifestations sont soutenues par le parti Reform UK de Nigel Farage[4],[3],[12] et par plusieurs groupuscules islamophobes[4], dont Britain First[8].

Lors de la manifestation du , Elon Musk apporte son soutien à l'événement et s'adresse à la foule par vidéo[9]. Plusieurs personnalités d'extrême droite européennes y prennent également la parole, notamment l'homme politique français Éric Zemmour et l'homme politique belge Filip Dewinter[10].

Réactions gouvernementales

En réponse à cette situation, le gouvernement britannique annonce le un financement supplémentaire de 100 millions de livres sterling pour lutter contre les traversées de la Manche, incluant l'embauche de 300 agents supplémentaires pour la National Crime Agency et l'utilisation de l'intelligence artificielle pour évaluer l'âge des demandeurs d'asile se déclarant mineurs[8].

Le , la ministre de l'Intérieur Yvette Cooper annonce une réforme du système d'appel des demandes d'asile visant à réduire l'accumulation des recours en attente. Un organisme indépendant composé d'arbitres professionnels doit être créé pour accélérer le traitement des appels[2],[7].

Actions judiciaires

Analyses

Références

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