Marcel Gauchet

historien, philosophe et universitaire français From Wikipedia, the free encyclopedia

Marcel Gauchet, né en 1946 à Poilley (Manche), est un historien, philosophe et sociologue français.

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Philosophe, historien, directeur des étudesVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Rédacteur en chef Le Débat, mai 1980 - septembre 2020 ...
Marcel Gauchet
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Le Débat
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Œuvres principales
Le Désenchantement du monde (1985)
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Disciple de Claude Lefort, il est d'abord proche du marxisme antistalinien et engagé à gauche, avant de développer une œuvre influencée par la philosophie politique libérale.

Il se distingue par ses travaux sur la religion, les droits de l'homme, la démocratie et l'histoire, et par la popularisation de certaines formules restées célèbres, comme la « fracture sociale » ou le « désenchantement du monde », empruntée à Max Weber.

Directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales (Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron), il a été rédacteur en chef de Le Débat (Gallimard), l'une des principales revues intellectuelles françaises fondée avec Pierre Nora en 1980, qui a disparu en 2020.

Biographie

Enfance

Marcel Gauchet est né en 1946 à Poilley (dans la Manche)[1]. Fils d'un cantonnier gaulliste et d'une couturière catholique, il reçoit une éducation religieuse (il est servant d'autel), ainsi que républicaine, à l'école publique.

En 1961, il entre à l’école normale d’instituteurs de Saint-Lô[2], puis suit une formation de professeur des collèges. En 1962, il rencontre Didier Anger, membre actif de l'École émancipée qui l'introduit auprès des antistaliniens. Il découvre la revue Socialisme ou barbarie[3]. Son premier acte militant intervient lors de l'affaire de la station de métro Charonne.

Il intègre ensuite le lycée Henri-IV à Paris afin de préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud[2], ne s'y sent pas à son aise et revient enseigner dans la Manche[3].

Carrière universitaire

Il reprend des études universitaires. Sous la direction de Claude Lefort, son professeur à l’université de Caen[2] de 1966 à 1971, il rédige un mémoire de DES sur Freud et Lacan. Claude Lefort l'oriente vers la philosophie politique[2] qui l'amène à préparer trois licences en parallèle : philosophie, histoire et sociologie. Il essaye de se détacher de l'analyse marxiste qui influence encore beaucoup Claude Lefort[3].

À Caen, Jean-Pierre Le Goff et Alain Caillé sont ses condisciples. Sur le campus, les offres politiques sont radicales. Le Goff choisit l'anarchisme situationniste. Marcel Gauchet milite avec lui. Durant Mai 68, Marcel Gauchet adhère à la composante dominante spontanéiste de la révolte étudiante[3]. Puis, il se détache du marxisme, gagne sa vie par quelques missions d'enquêtes sociologiques.

Marcel Gauchet devient un homme de revue : il réanime de 1970 à 1975 la revue d'étudiants de l'Université de Bruxelles, Textures, avec son initiateur, Marc Richir, et un comité de rédaction composé de Claude Lefort, Cornelius Castoriadis et Pierre Clastres. En 1971, il publie ses premiers articles dans la revue L’Arc consacrée à Merleau-Ponty Lieu de la pensée », L’Arc, no 46, p. 19-30) et dans Textures[2] Sur la démocratie : le politique et l’institution du social », d’après un cours de Claude Lefort). Avec Lefort, Castoriadis et Clastres, associés à Miguel Abensour et Maurice Luciani, il lance en , à la suite de Textures, la revue Libre[2], sous-titrée « politique-anthropologie-philosophie », dont huit numéros sont publiés jusqu'en 1980 aux éditions Payot (Petite bibliothèque).

Sa compagne, Gladys Swain[2],[4], lui fait découvrir la clinique psychiatrique et le mouvement antipsychiatrique. Enfin, il y eut les lectures décisives de La Société contre l'État de Pierre Clastres (paru en aux Éditions de Minuit) et l’Histoire de la folie à l’âge classique, de Michel Foucault.

C'est encore Claude Lefort qui lui présente l'historien François Furet[2], qui anime un séminaire à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui constitue la base de la création du Centre Raymond Aron. Il y croise aussi Pierre Manent, Pierre Rosanvallon, Vincent Descombes, ou encore Cornelius Castoriadis[5]. Furet le fait entrer à l'EHESS et le présente à son beau-frère, Pierre Nora.

En , il publie son premier livre avec Gladys Swain, la Pratique de l’esprit humain chez Gallimard[4].

En , Pierre Nora demande à Marcel Gauchet de devenir le rédacteur en chef de sa nouvelle revue Le Débat[4]. Pierre Nora, qui a joué un rôle primordial dans la promotion éditoriale du structuralisme, considère que la page est tournée.

Dans son éditorial intitulé « Que peuvent les intellectuels ? », il semble attaquer tous les auteurs de ses propres collections, la « Bibliothèque des sciences humaines » et la « Bibliothèque des histoires », aux éditions Gallimard, et au premier chef, Michel Foucault, représentant de l’intellectuel spécifique et plus gros succès de la « Bibliothèque des sciences humaines ». Le choix par Pierre Nora de Marcel Gauchet pour diriger la rédaction de la revue ne pouvait qu’être interprété comme une prise de distance avec Michel Foucault, vu les positions très critiques de Marcel Gauchet vis-à-vis de l’œuvre foucaldienne développées dans La pratique de l’esprit humain[6].

En , Marcel Gauchet publie Les droits de l’homme ne sont pas une politique (Le Débat, no 3, juillet-août).

L'année 1989 est une autre étape importante de sa vie. Marcel Gauchet entre au Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron, département d’études politiques de l’EHESS, avec l’appui de Pierre Nora et de l’historien François Furet. Il retrouve dans ce centre des universitaires libéraux comme Pierre Manent, Jacques Julliard, Pierre Rosanvallon, Philippe Raynaud ou Monique Canto-Sperber, tous pouvant se réclamer de l’héritage de Raymond Aron.

Il a étudié le processus de sécularisation à l'œuvre en Occident dans le Désenchantement du monde[2],[4] (Gallimard, 1985). Il y explique que le christianisme est « la religion de la sortie de la religion », c'est-à-dire une religion qui contient potentiellement en elle la dynamique de sécularisation. Cette sécularisation (ou « désenchantement du monde ») ne signifie pas la fin des croyances privées personnelles, mais que désormais la religion ne structure plus la société, elle n'en est plus le principe d'organisation ou de légitimité. « Autour des années 1970, nous avons été soustraits, sans nous en rendre compte, à la force d’attraction qui continuait à nous tenir dans l’orbite du divin », écrit Marcel Gauchet dans la Religion dans la démocratie (Gallimard, 2000).

Marcel Gauchet utilise à plusieurs reprises dans ses analyses de la société française l'expression « fracture sociale »[7],[8], reprise en 1994 par Emmanuel Todd et qui devient le thème central de la campagne présidentielle (1995) de Jacques Chirac[9].

Il est membre du conseil d'orientation du laboratoire d'idées En temps réel[10].

Marcel Gauchet a présidé la chaire des Bernardins (au collège des Bernardins) pour les années 2010 et 2011 sur le thème « Transmettre, apprendre »[11]. Le colloque de clôture de la chaire Marcel Gauchet portait sur « L’anthropologie de Marcel Gauchet »[12].

Pensée

Pensée et positions philosophiques

Au croisement de l'anthropologie, de la politique et de la philosophie, l'œuvre de Marcel Gauchet propose notamment une réflexion sur le passage des sociétés anciennes aux sociétés démocratiques, et sur l'être-ensemble. Ses ouvrages parcourent l'histoire de l'État, l'histoire politique de la religion, l'histoire de l'émergence de l'individu et celle des formes politiques en France depuis la Révolution[13].

S’étant éloigné de la pensée déterministe marxiste, il analyse l’évolution des constructions politiques en France et en Europe, l’avènement des États modernes, la façon dont émerge aussi l’exigence démocratique, les causes d’instabilité des régimes démocratiques et la façon dont cette exigence démocratique se répand dans notre continent[13]. Il se montre critique vis-à-vis de la façon dont est construite l’Union européenne, qui, ne pouvant se doter de véritables stratégies, en vient à adopter une approche bureaucratique et tente d’édifier sur le Vieux Continent une union politique par une mise en place de règles communautaires[14],[15]. Le vice fondamental de l’Union européenne pour lui est d’avoir construit une entité apolitique et a-stratégique, qui ne permet pas aux Européens de se situer dans le monde[16]. En , Marcel Gauchet signe, en compagnie de cinquante personnalités appartenant à divers horizons politiques, une tribune dans Le Figaro intitulée « L’appel de 50 personnalités pour un référendum sur « le tour de vis fédéraliste » de l’Union européenne »[17] : cet appel à référendum veut dénoncer le déni, et à terme, la mort de la démocratie au sein de l’Union européenne.

Pour Gauchet, la perte d’influence de la religion chrétienne constitue une évolution déterminante en Occident, et notamment de la façon dont l'individu moderne parvient désormais à se construire hors du cadre religieux. Cette sécularisation de l'Occident, mouvement historique, devient un objet d'étude qu’il analyse notamment dans son ouvrage Le Désenchantement du monde, alimentant et animant ensuite d'autres réflexions[2],[1]. Il s'agit de l'effacement progressif d’une religion qui structurait précédemment les idées des individus et légitimait les pouvoirs, ainsi que les règles morales et sociales imposées à ces individus. Cette évolution peut déconcerter ces mêmes individus et fragiliser l’être-ensemble[14]. Marcel Gauchet pense à cet égard que le déclin de la religion peut rendre la société « psychiquement épuisante pour les individus »[18].

Selon Roger-Pol Droit, Marcel Gauchet a commencé à observer et analyser cette évolution dans Le Désenchantement du monde (Gallimard, 1985), puis dans L’Avènement de la démocratie (Gallimard, 4 vol., 2007-2017), avant de reprendre sa réflexion dans Le noeud démocratique (Gallimard, 2024), où il s’intéresse notamment au néolibéralisme, à ses effets, et de façon consubstantielle à « l’irruption de l’individu souverain, délesté du souci du collectif tout en réclamant sa protection »[19]. Mais malgré leurs défauts, il conclut : « Les démocraties se croient vieilles, alors qu’elles sont encore dans l’enfance »[19].

Il affirme notamment dans Le nœud démocratique qu'un des problèmes de nos démocraties représentatives, à savoir le sentiment de déconnexion entre les gouvernants et le peuple, tient au fait que le principe de réalité n'est plus incarné dans les institutions des régimes démocratiques. Ce qui est incarné en revanche, c'est la démarche électoraliste pour la conquête du pouvoir[14]. Gauchet se montre également critique envers la politique de mondialisation longtemps adoptée par l'Union européenne. Pour lui, au-delà des aspects économiques de cette mondialisation, la déstabilisation identitaire provoquée par cette politique est un ressort tout à fait nouveau au cœur des mouvements qualifiés un peu vite de « populistes »[16]. Il dénonce également la montée de l’individualisme en Europe, en parallèle de la sortie des religions, qui engendre une dépolitisation des esprits des citoyens[1],[20] Il a également suggéré, de façon controversée, que la doxa individualiste et juridique, pratiquée et encouragée par l'Europe néolibérale, pousserait les minorités, les victimes et les marges (homosexuels, associations antiracistes, etc.) à revendiquer sans cesse de nouveaux droits — au risque de sacrifier la cohésion sociale[20].

Marcel Gauchet s'est aussi intéressé à la question de la crise de l'école et de l'éducation. Selon lui, le rôle de l'école n'est pas seulement de permettre d'assimiler un savoir, mais doit participer à la production de citoyens et d'individus rationnels, tournés vers l'avenir, dans la droite ligne des partis et des syndicats de gauche portés historiquement sur la question par les courants pédagogiques émancipateurs. Et comme eux, il s'intéresse fortement à des thèmes comme l'autorité ou la transmission des savoirs[21].

Prises de positions politiques

Venu de la gauche, Marcel Gauchet évolue cependant depuis les années 80 vers une pensée de plus en plus marquée à droite depuis le tournant des années 2020[réf. nécessaire]. En 2016, Marcel Gauchet est ainsi parmi les « premiers signataires » du manifeste du Printemps républicain[22].

Au terme du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, Gauchet en dresse un bilan négatif dans un livre rédigé avec le journaliste Éric Conan, intitulé Macron, les leçons d'un échec, paru en 2021[23]. Ce quinquennat est pour lui un échec au regard des ambitions initiales, notamment celle annoncée de surmonter « un certain marasme français » (marasme entre les aspirations liées à un héritage politique (l'invention de la République) et le ressenti sur l'évolution de la société française, sa dépendance économique, sa marge de manœuvre au sein de l'Europe), surmonter la division droite/gauche pour mieux écouter les Français...

Pour Gauchet, un des symboles flagrants de cet échec est le Mouvement des Gilets jaunes[24]. Au cours d'un entretien sur Europe 1 lors de la campagne présidentielle de 2022, il estime que le Rassemblement national n’a « rien à voir avec ce qu’a été historiquement l’extrême droite en France », et que « Marine Le Pen représente objectivement une sorte de droite autoritaire, nationale et populaire », laquelle « (...) évoque furieusement les débuts de la Ve République », le RN ressemblant plutôt au « RPR de la grande époque ». Peu auparavant, il avait déclaré sur la même antenne que le candidat Éric Zemmour faisait « surgir une vérité de la situation française que les autres candidats atténuaient ou laissaient de côté », et « en particulier l'incertitude sur l'identité française ». Des déclarations qui avaient provoqué de l’indignation à gauche[25].

Critiques et controverses

Marcel Gauchet a régulièrement pratiqué le débat et l'échange avec les contradicteurs qui le souhaitaient, comme Alain Badiou, Michèle Riot-Sarcey, Achille Mbembe[26],[27].

  • À partir du début des années 1980, dans la revue Le Débat, qu'il dirige avec Pierre Nora, il s'en prend durement à la pensée française des années 1960-1970 (marquée notamment par les œuvres de Michel Foucault, Jacques Derrida et Jacques Lacan), dont il dénonce « l'appartenance ou la connivence avec l'univers mental du totalitarisme » en raison de son « anti-humanisme »[28].
  • Dans un dossier consacré en 1986 par Le Nouvel Obs à « la grande lessive » en cours dans le champ intellectuel, il formule le diagnostic selon lequel les analyses structuralistes de Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss ou Jean-Pierre Vernant se sont soldées par « un échec complet »[29].
  • Dans un livre d'entretiens paru en 2003, il parle de Michel Foucault comme d'un « prestidigitateur »[30].
  • Il dénonce également la pensée de Pierre Bourdieu, vue comme un « désastre intellectuel » et un « habillage sophistiqué d’une pensée mécaniste et déterministe, qui ne permet tout simplement pas de comprendre comment une société fonctionne »[31].

Marcel Gauchet a pour sa part été accusé d'être réactionnaire, notamment dans l'ouvrage Le Rappel à l'ordre du sociologue Daniel Lindenberg, paru en 2002, ou encore dans l'ouvrage D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française du sociologue Didier Eribon (2007), ce dernier y soulignant les attaques de Gauchet contre les mouvements sociaux et le présentant comme une figure emblématique du basculement à droite des élites intellectuelles françaises depuis le début des années 1980[32].

Dans un ouvrage consacré à La pensée anti-68[33], le philosophe Serge Audier a étudié l'évolution de Marcel Gauchet vers le conservatisme et la forte influence des écrits de Louis Dumont et de Christopher Lasch sur sa conception négative de l'individualisme contemporain. Il y dénonce « des facilités d’analyse sur le phénomène individualiste, sans que jamais soit mobilisée la moindre enquête sociologique et historique, sans que l’ombre de chiffres ou de statistiques ne vienne un peu nuancer le propos », selon les termes d'une recension de l'ouvrage[34].

De la même manière, dans un article de la Revue du crieur, décrit par les Inrocks comme étant un « portrait à charge »[35], publié en 2015 et intitulé « Marcel Gauchet ou le consensus conservateur »[36], les historiens Ludivine Bantigny et Julien Théry-Astruc avancent que les thèses philosophico-historiques de Marcel Gauchet « relève[nt] plus souvent de la dissertation ou de l'éditorialisme que de la recherche à proprement parler ». Selon eux, la préoccupation permanente de Marcel Gauchet pour l'« anomie » et la « dé-civilisation » qu'auraient entraînée l'accentuation de la remise en cause des rapports d'autorité depuis Mai 68, rapprochent sa pensée de la droite extrême.

Par ailleurs, sa conception de l'histoire, qui fait du christianisme le facteur décisif de l'essor occidental et de l'essor du religieux, serait « spiritualiste » et simpliste[37]. Enfin, le choix par Marcel Gauchet des auteurs publiés dans sa collection Gallimard/Le Débat et notamment le fait d'y avoir publié cinq livres de l'essayiste membre du Rassemblement national Hervé Juvin, témoignerait de ses « choix politiques radicalement conservateurs »[38]. Commentant à son tour l'article de la Revue du Crieur, Régis Soubrouillard, journaliste de Marianne et Causeur, dénonce le fait que Marcel Gauchet ait droit « à son procès très convenu en "néo-réactionnaire" » et affirme que « la vulgate très approximativement scientifique du propos fait office de piteux cache-sexe pour éviter de débattre d’un désaccord politique de fond »[39].

Critique des propos sur l'immigration et l'islam

En 2005, dans son ouvrage Les Fils maudits de la République : l'avenir des intellectuels en France, l'historien Gérard Noiriel présente Marcel Gauchet comme l'un des principaux représentants en France des « intellectuels de gouvernement », qui se caractérisent selon lui par le renoncement assumé à toute fonction politique de critique et de mise en valeur des effets de domination, et se consacrent uniquement à des tâches d'expertise et de conseil au service de la classe dirigeante et de sa vision des rapports sociaux[40]. Sa vision de l'immigration, notamment, en ressortirait affectée, prenant davantage en compte les facteurs identitaires que les facteurs sociaux.

Pour Marcel Gauchet, en effet, l'immigration de masse aurait provoqué « une blessure au sentiment populaire de souveraineté », ajoutant à toutes fins utiles qu'« on n'éradique pas l'empreinte de l'Islam comme on a effacé les marques du patois picard ou défait le moule des catégories bretonnes. Et nous manquons de conviction dans l'imposition pour faire de bons Français avec de petits Sénégalais sur le mode où l'on a réussi dans le passé avec de petits Polonais »[41]. Or, d'après Noiriel, de telles analyses reposent sur « une logique d'assignation identitaire » et « ne tiennent compte que du critère de l'origine nationale ou de la religion », alors que « le facteur décisif qui commande tous les autres, c'est le milieu socioprofessionnel »[42]. Il ajoute que la « motivation constante des réflexions politiques publiées par Marcel Gauchet dans Le Débat consiste à critiquer ceux qu'il appelle la fine fleur des intellectuels progressistes » : « Dans un style d'une violence inhabituelle chez les intellectuels de gouvernement, Gauchet stigmatise "l'invariable bêtise" de la "gauche mondaine" et son "imposture démagogique" »[43].

Controverse autour de l'édition 2014 des Rendez-vous de l'histoire de Blois

En 2014, Marcel Gauchet est choisi par la direction des Rendez-vous de l'histoire de Blois pour prononcer la conférence inaugurale de la manifestation sur le thème « Les Rebelles »[44]. Ce choix provoque la protestation de l'écrivain Édouard Louis et du philosophe Geoffroy de Lagasnerie, qui appellent au boycott de la manifestation en soulignant la diffusion de « poncifs ultra-réactionnaires » par Marcel Gauchet[45], et recueillent le soutien de plusieurs personnalités, dont André Téchiné et Paul B. Preciado[46].

À la suite de cet appel, qui a suscité diverses réactions dans les médias français, la direction des Rendez-vous de l'histoire de Blois apporte son soutien à Marcel Gauchet[47]. Un autre texte, qui n'appelle pas au boycott mais regrette la décision « polémique » du conseil scientifique des Rendez-vous (qui a consisté à confier la conférence inaugurale à Marcel Gauchet), a également recueilli 229 signatures d'historiens (dont Olivier Le Cour Grandmaison) et d'enseignants, sociologues ou étudiants[48].

Un texte de soutien à Marcel Gauchet est publié dans le journal Le Monde quelques jours plus tard[49], puis signé par plusieurs universitaires, notamment des collègues de Marcel Gauchet à l'EHESS[50]. L'historien Patrice Gueniffey, élève de François Furet et directeur du Centre Raymond-Aron de l'EHESS, auquel appartient Marcel Gauchet, est également intervenu dans Le Monde pour dénoncer « une campagne de dénigrement »[51].

Publications

Ouvrages

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Marcel Gauchet et Gladys Swain, La Pratique de l'esprit humain. L'institution asilaire et la révolution démocratique, Gallimard, , 532 p., Poche (ISBN 978-2070780952)
  • Benjamin Constant : Ecrits politiques, Folio Essais, , 870 p., Poche (ISBN 978-2070329861). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Paris, Gallimard, 1985[52]
  • Un monde désenchanté ? Débat avec Marcel Gauchet sur Le Désenchantement du monde, Paris, Cerf, 1998 ; Paris, « Pocket », 2007
  • Philosophie des sciences historiques, textes choisis et présentés par Marcel Gauchet, Lille, Presses universitaires de Lille, 1998 ; Paris, Seuil, coll. « Points », 2002
  • La Révolution des droits de l'homme, Paris, Gallimard, 1989
  • L'Inconscient cérébral, Paris, Seuil, 1992
  • La Révolution des pouvoirs : La souveraineté, le peuple et la représentation, 1789-1799, Gallimard, , 304 p. (ISBN 978-2070742974). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Marcel Gauchet et Gladys Swain, Le Vrai Charcot. Les chemins imprévus de l'inconscient,suivi de deux essais de Jacques Gasser et Alain Chevrier, Calmann-Lévy, , 286 p. (ISBN 978-2702127568)
  • La Religion dans la démocratie. Parcours de laïcité, Paris, Gallimard, 1998 ; Paris, « Folio », 2001
  • La Démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2002
  • La Démocratie de notre temps (avec Pierre Manent et Alain Finkielkraut), Paris, Tricorne, 2003
  • Marcel Gauchet, Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, Pour une philosophie politique de l’éducation, Fayard/Pluriel, , 272 p., Poche (ISBN 978-2818503348)
  • La Condition historique (avec François Azouvi et Sylvain Piron), Paris, Stock, 2003 ; Paris, « Folio », 2005
  • La Condition politique, Paris, Gallimard, 2005
  • Le désenchantement du monde : Une histoire politique de la religion, Folio Essais, , 480 p., Poche (ISBN 978-2070329434). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Le Religieux après la religion (avec Luc Ferry), Paris, Grasset, 2004 ; Paris, « Le Livre de Poche », 2007
  • L'Avènement de la démocratie, volume I, La Révolution moderne, Paris, Gallimard, 2007 ; Paris, « Folio essais », 2013
  • L'Avènement de la démocratie, volume II, La Crise du libéralisme, 1880-1914, Paris, Gallimard, 2007 ; Paris, « Folio essais », 2014
  • La Démocratie d'une crise à l'autre, Paris, Éditions nouvelles Cécile Defaut, 2007
  • La Religion est-elle encore l'opium du peuple ? (avec Olivier Roy et Paul Thibaud, sous la direction d'Alain Houziaux), Paris, Éditions de l'Atelier, 2008
  • Conditions de l'éducation (avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi), Paris, Stock, 2008 ; Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2010
  • Histoire du sujet et théorie de la personne : la rencontre Marcel Gauchet-Jean Gagnepain (sous la direction de Marcel Gauchet et Jean-Claude Quentel), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009
  • L'Avènement de la démocratie, volume III, À l'épreuve des totalitarismes, 1914-1974, Paris, Gallimard, 2010 ; Paris, « Folio essais », 2017
  • L'Identité en panne ou en devenir ? (avec Thomas Römer), Paris, Peuple libre, 2010
  • Olivier Bobineau, Le Religieux et le Politique. Douze réponses de Marcel Gauchet, Desclée De Brouwer, , 137 p. (ISBN 978-2220061887)
  • Marcel Gauchet, Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, Transmettre, apprendre, Stock, , 264 p. (ISBN 978-2234065017). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Que faire ? Dialogue sur le communisme, le capitalisme et l’avenir de la démocratie, avec Alain Badiou, Paris, Philosophie Magazine Éditeur, 2014 ; Paris, « Folio », 2017
  • Quel pouvoir voulons-nous ? avec Charles Melman, Le célibataire, 28, automne 2014
  • L'Avènement de la démocratie, volume IV, Le Nouveau Monde, Paris, Gallimard, 2017
  • Comprendre le malheur français (avec Éric Conan et François Azouvi), Paris, Stock, coll. « Les essais », 2016 ; Paris, « Folio », 2017
  • Robespierre : L'homme qui nous divise le plus, Gallimard, , 288 p. (ISBN 978-2072820922)
  • Éric Conan et François Azouvi, Macron, les leçons d'un échec : Comprendre le malheur français II, Stock, , 306 p. (ISBN 978-2234085039)
  • La Droite et la gauche. Histoire et destin, coll. « Le débat », Paris, Gallimard, 2021
  • Contribution à La Souveraineté, l'Europe et le Peuple, Association des amis de Coralie Delaume, Avril 2023, Éditions Michalon, 240 p.. (ISBN 978-2-347-00248-0)[53]
  • Le nœud démocratique : Aux origines de la crise néolibérale, Gallimard/NRF, , 256 p. (ISBN 978-2073085313). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Comment pensent les démocraties : Les ressorts cachés des idéologies, Albin Michel, , 272 p. (ISBN 978-2226507976)

Articles et entretiens

Distinctions

Décoration

Récompenses

Bibliographie

Bibliographie critique

Ouvrages consacrés partiellement ou en totalité à l’œuvre de Marcel Gauchet

  • Marc-Olivier Padis, Marcel Gauchet. La Genèse de la démocratie, Michalon, Collection Le Bien Commun, .
  • Antoon Braeckman (dir.), La Démocratie à bout de souffle ? Une introduction critique à la philosophie politique de Marcel Gauchet, Louvain, Editions Peeters, 2007.
  • François Nault (dir.), Religion, modernité et démocratie. En dialogue avec Marcel Gauchet, Presses de l’Université Laval, Québec, 2008.
  • Patrice Bergeron, La sortie de la religion. Brève introduction à la pensée de Marcel Gauchet, Athena Canada, .
  • Charles Morisset, La philosophie de l’histoire chez Marcel Gauchet, mémoire de maîtrise en sciences politiques non publié, Université du Québec, Montréal, .
  • (en) Warren Breckman, Adventures of the Symbolic : Post-marxism and Radical Democracy, Columbia University Press, 2013
  • Gilles Labelle et Daniel Tanguay (dir.), Vers une démocratie désenchantée? : Marcel Gauchet et la crise contemporaine de la démocratie libérale, Montréal, Fides, 2013.
  • Marcel Gauchet et Jean-Claude Quentel (dir.), Histoire du sujet et théorie de la personne. La rencontre Marcel Gauchet - Jean Gagnepain, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.
  • Natalie J. Doyle, Marcel Gauchet and the Loss of Common Purpose: Imaginary Islam and the Crisis of European Democracy,

Articles consacrés à l'œuvre de Marcel Gauchet (sélection)

  • Aurélien Carré, Gouverner hors religion : Marcel Gauchet et l'ambivalence des fondements de la démocratie, Société droit et religion, CNRS Editions, Paris, « Présentation en ligne »
  • Frédéric Coste, « La naissance de l’islam politique comme réponse aux religions séculières », Société, droit et religion, vol. 9, no 1, , p. 47–61 (ISSN 2110-6657, DOI 10.3917/sdr.009.0047, lire en ligne, consulté le )
  • Bernard Bourdin, « L’autonomie substantielle selon Marcel Gauchet : quelle correspondance catholique pour la démocratie ? », Société, droit et religion, vol. 9, no 1, , p. 39–46 (ISSN 2110-6657, DOI 10.3917/sdr.009.0039, lire en ligne, consulté le )
  • (en) Natalie J. Doyle, « Democracy as socio-cultural project of individual and collective sovereignty: Claude Lefort, Marcel Gauchet and the French Debate on Modern Autonomy », Thesis Eleven, 75, p. 69-95, 2003.
  • (en) Samuel Moyn, « Savage and modern liberty. Marcel Gauchet and the origins of new French tought », European Journal of Political Theory, vol. 4, n°2, Sage Publications, London, .
  • Serge Cantin, « Aux sources du Désenchantement du monde de Marcel Gauchet. Eléments pour une généalogie », Sciences Religieuses, vol. 34, n°3-4, Wilfred Laurier University Press, Waterloo, Ontario, p. 495-511, 2005.
  • (en) Wim Weymans, « Freedom through political representation? Lefort, Gauchet and Rosanvallon on the relationship between state and society », European Journal of Political Theory, 4, 3, p. 263-282, 2005.
  • Emile Perreau-Saussine, « Marcel Gauchet contre Tocqueville », Commentaire, vol. 31 (121), p. 378-383, printemps 2008.
  • André Tosel, « Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme à l’incertitude », La Revue internationale des livres et des idées, n° 8, novembre-.
  • Gilles Labelle, « Institution symbolique, Loi et Décision sans sujet. Y a-t-il deux philosophies de l’histoire chez Marcel Gauchet ? », in François Nault (dir.), Religion, modernité et démocratie. En dialogue avec Marcel Gauchet, Presses de l’Université Laval, Québec, p. 61-88, 2008.

Ouvrages et articles consacrés partiellement ou en totalité au positionnement politique de Marcel Gauchet

Notes et références

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