Marcel Mauss

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Naissance
Nom de naissance
Marcel Israël Mauss
Marcel Mauss
Fonction
Président
Institut français de sociologie
-
Biographie
Naissance
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Nom de naissance
Marcel Israël Mauss
Nationalité
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Émile Durkheim (oncle maternel)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Domaine
Sociologie comparée, psychologie sociale
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Directeur de thèse
Influencé par
signature de Marcel Mauss
Signature.

Marcel Mauss, né le à Épinal (département des Vosges)[1], mort le à Paris (14e arrondissement)[2], est un sociologue et anthropologue, généralement considéré comme le « père de l'anthropologie française[3] ».

Marcel Mauss est issu d'une famille de confession juive. Son père, Gerson Mauss, négociant, est originaire de Bischwiller (département du Bas-Rhin). Sa mère, Rosine Durkheim, née en 1848[4], est la sœur d’Émile Durkheim. De leur union naissent deux enfants :

  • Marcel Mauss ;
  • Camille Henri Mauss, né en 1876[5], mort en 1961 à Paris (14e arrondissement)[6].

Marcel Mauss effectue ses études secondaires à Épinal et ses études supérieures à la faculté de Lettres de Bordeaux où son oncle Émile Durkheim enseigne. En 1895, il est reçu à l'agrégation de philosophie, le troisième sur huit[7],[8].

À l’issue de l’obtention du concours, Marcel Mauss intègre l'École pratique des hautes études (EPHE) où il étudie, au sein de la quatrième et de la cinquième section, les langues étrangères et les sciences religieuses, avec l’objectif de réunir le matériau nécessaire à une thèse de doctorat sur la prière[9], qu'il entreprend à partir de 1909[10]. Ses professeurs se nomment Léon Marillier, Antoine Meillet, Louis Finot, Israël Lévi ou Sylvain Levi[11]. Il rencontre également à l’EPHE quelques-uns des futurs membres du cercle durkheimien, avec lesquels il nouera de véritables liens d’amitié (Henri Hubert avec qui il écrit « Essai sur la nature et la fonction du sacrifice », un des textes fondateurs de l'anthropologie des religions, Robert Hertz…). Il devient en 1901 titulaire de la chaire d’« histoire des religions des peuples non civilisés » à la 5e section de l’EPHE[12].

En 1901, il rejoint l'équipe de L'Année sociologique, revue biennale créée par Émile Durkheim. Celui-ci meurt 1917 et Mauss se charge du travail de publication posthume de son oncle. Enfin en 1925, il fonde, avec Lucien Lévy-Bruhl et Paul Rivet l'Institut d'ethnologie de Paris. Il participe en 1928 au premier cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. En 1931, il obtient après trois campagnes de candidature une chaire au Collège de France ; créée pour l’occasion en remplacement de la chaire de « Philosophie sociale » de Jean Izoulet, cette chaire de « Sociologie » marque l’entrée de cette discipline dans la prestigieuse institution[13].

Durant l'affaire Dreyfus, Marcel Mauss, aux côtés de son oncle Émile Durkheim, prend position aux côtés des dreyfusards[14].

Durant la Grande Guerre, Marcel Mauss, initialement versé dans les services auxiliaires, s'engage volontairement et est mobilisé en tant qu'interprète en langue anglaise[15].

En , il donne sa démission de professeur, avant que le statut des Juifs soit décrété ; les années d'Occupation de la France par l'Allemagne nazie sont douloureuses : lois antisémites, pension de retraite non payée, déménagement à la suite de la réquisition de son appartement (1942), maladie de son épouse Marthe, déportation et pour certains de ces élèves, décès (Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon, Germaine Tillion, Deborah Lifchitz)[16].

Plusieurs auteurs dont David Graeber[17], Alain Guyard ou Bruno Viard[18], le classifient comme socialiste révolutionnaire.

Travaux

Envoi autographe de Marcel Mauss à Georges Dumas conservé à la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS.

Considéré comme l'un des pères de l'anthropologie, Mauss n'a jamais publié d’ouvrage de synthèse de sa pensée mais un grand nombre d'articles dans différentes revues (dont L'Année sociologique), d'esquisses, de comptes-rendus et d'essais. Sa thèse sur la prière reste inachevée. De ses rares monographies, on retient surtout l’Essai sur le don.

Il est surtout connu pour quelques grandes théories, notamment celle du don et du contre-don (liée à l'étude du potlatch (anthropologie), et de la dépense pure), et il a abordé une grande variété de sujets comme en témoignent ses études sur les techniques du corps, la religion ou la magie.

Il veut saisir les réalités dans leur totalité et pour cela élabore le concept novateur de « fait social total », qui connaîtra un vif succès d'intérêt et d'usage en sciences sociales. Pour lui un fait social est intrinsèquement pluridimensionnel ; il comporte toujours des dimensions économiques, culturelles, religieuses, symboliques ou encore juridiques et ne peut être réduit à un seul de ces aspects.

Marcel Mauss veut aussi appréhender l'être humain dans sa réalité concrète : physiologique, psychologique et sociologique. Il esquissera ainsi le concept « d'homme total » qui nourrira notamment Pierre Bourdieu dans ses analyses en termes « d'habitus ».

Il s'intéresse à la signification sociale du don dans les sociétés tribales, ainsi qu'au phénomène religieux : la magie est considérée comme un phénomène social qui peut notamment s'expliquer par la notion de mana. Tout en créant du lien social, le don est agoniste (il « oblige » celui qui reçoit, qui ne peut se libérer que par un « contre-don »). Pour Marcel Mauss, le don est essentiel dans la société humaine et comporte trois phases : l'obligation de donner, l'obligation de recevoir et l'obligation de rendre[N 1]. S'il prend les sociétés « primitives » comme terrain d'étude, c'est moins parce que le primitif serait toujours aussi le simple et l'originel, que parce qu'il est difficile de rencontrer ailleurs une pratique du don et du contre-don « plus nette, plus complète, plus consciente » c'est-à-dire comme un « fait social total »[3].

Méthode : il est partisan d’une division du travail entre celui qui collecte les faits — tâche qu’il assigne à l’ethnographe — et celui qui les interprète pour les rendre intelligibles. « Il faut des sociologues et des ethnographes. Les uns expliquent et les autres renseignent »[19].

Marcel Mauss a très peu pratiqué les études de terrain, à une période où cette méthode qui s’impose progressivement dans le monde anglo-saxon, notamment sous l’influence de Malinowski, restait marginale, en particulier en France. Ses quelques observations directes figurent par exemple dans ses travaux sur « les techniques du corps », elles sont issues de son expérience dans l'armée ou de son enfance en Touraine. Cependant, signe d’une évolution de la discipline, il a incité ses élèves à se rendre sur place pour les observations et a rédigé un Manuel d’ethnographie qui répertorie l’ensemble des dispositions à prendre lors d’une étude de terrain[20].

Archives de Marcel Mauss

Celles de ses archives qui ont survécu à deux guerres mondiales sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Elles concernent son travail de sociologue, mais aussi son exploration de l'ethnographie et de l'histoire des religions, de l'Économie et de l'innovation sociale. Ce fonds d'archives est commun avec celui de Henri Hubert qui fut le frère de travail de Mauss à partir de 1896 lors de leur rencontre à l'École pratique des hautes études (c'est par exemple avec lui qu'il va construire et co-écrire « l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice » ou « l'Esquisse d'une théorie générale de la magie » comme le montrent des correspondances et des manuscrits souvent inédits conservés dans ce fond[21].

Prix et distinctions

Bibliographie

Notes et références

Annexes

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