Margarita Foyel
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| Princesse |
|---|
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
El Foyel (en) |
| Nom dans la langue maternelle |
Tropa-chün |
| Père |
Foyel (d) |
| Date de baptême | |
|---|---|
| Lieu de détention |
Musée de La Plata (en) (à partir de ) |
Tropa-chün, née vers 1857, baptisée Margarita Foyel de Colo-Pichuin en et morte le à La Plata, est une princesse mapuche d'origine tehuelche, de la moitié nord du Wallmapu (en) appelée à l'époque País de las Manzanas (es). Faite prisonnière de guerre lors de la campagne du Désert, elle est détenue et exhibée au musée de La Plata (es) avec sa famille jusqu'à sa mort par une infection pulmonaire. Sa dépouille, exposée dans les collections d'anthropologie physique du musée jusqu'en 2006, est restituée en 2014 à la communauté mapuche. En 2015, Tropa-chün est enterrée sur le territoire du lof (es) Las Huaytekas à El Foyel (es). Dans les années suivantes, des mouvements pour la justice sociale en Argentine la commémorent et s'emparent de son histoire.
Tropa-chün est la fille du lonko Foyel (es) et de Milla-Ray (baptisée « Margarita de Foyel » en 1884[1]). En 1870, Tropa-chün rencontre George Chaworth Musters (en) à Pilcaniyeu lors d'une rencontre diplomatique. Ce dernier la décrit comme très polie, gracieuse et accueillante. Il rapporte qu'elle aurait 18 ans, qu'elle a de longs cheveux noirs et qu'elle lui a préparé une petite galette de maïs et un dessert aux pommes et aux pignons de pin. Il remarque aussi qu'elle ne travaille jamais, sauf parfois pour tisser, et qu'une esclave lui brosserait les cheveux chaque jour. Dans son récit de voyage, publié un an après, il s'étonne qu'elle ne soit pas mariée[2].
Au printemps 1884, les lonko Foyel et Inakayal se rendent à l'armée coloniale, marquant ainsi la fin de la campagne du Désert. Les forces argentines font emmener les deux chefs à Buenos Aires avec leurs maisonnées, dont Tropa-chün[3]. Sur la route, elle passe par Valcheta et Chichinales (en). Le chapelain Francisco Vivaldi la baptise « Margarita Foyel de Colo-Pichuin » en , notant qu'elle serait la compagne du capitanejo (es) Colo-Pichuin et qu'elle aurait 26 ans[4]. En 1885, Francisco Moreno décide de faire déplacer les captifs, parqués sur l'île Martín García, vers le musée d'histoire naturelle de La Plata, alors en pleine création[3]. Selon l'universitaire Fernando Pepe du collectif GUÍAS (es), le musée force les prisonnières autochtones à tisser des étoffes, et tous les détenus sont contraints à travailler pour le musée et à être exposés comme des pièces de collection[5]. Tropa-chün y meurt quelques années plus tard, le . Le 27 du même mois, le journal local La Capital publie un article dénonçant sa mort et les conditions de détention au sein du musée de La Plata, où deux autres captifs autochtones sont morts dans la même semaine. Selon un article de Robert Lehmann-Nitsche (en) publié 23 ans plus tard, Tropa-chün est morte à 33 ans[6]. La cause est probablement une infection pulmonaire[7].
Postérité

Après la mort de Tropa-chün, le personnel muséal découpe son cadavre pour ranger son cuir chevelu et son cerveau dans la collection de corps humains. Le conservateur fait traiter ses ossements pour les exposer comme ceux d'Inakayal dans les vitrines montrées au public[3].
Après la restitution d'une partie de la dépouille d'Inakayal en 1994, les chercheur·euses du collectif GUÍAS identifient d'autres morceaux de son corps dans les collections du musée de La Plata et trouvent aussi les restes de Tropa-chün. En 2006, face à la pression du public, le musée retire les os de Tropa-chün de la vue des visiteurs[5]. En 2014, l'institution consent à restituer ses restes. Comme le cerveau formolé de Tropa-chün ne peut plus être distingué de celui de Llanke-néu et de son mari Inakayal, les contacts mapuche du musée chargent une machi de l'identifier[5]. Le cerveau, le scalp et le squelette de Tropa-chün sont d'abord acheminés dans la région de Tecka par une caravane, jusqu'au mausolée d'Inakayal. Ils y sont inhumés en . Dans les mois suivants, le lof (es) Las Huaytekas obtient l'accord des communautés mapuche-tehuelche de Tecka et du gouvernement de la province de Chubut pour rapatrier sur le territoire de la communauté les restes de Tropa-chün. En , ceux-ci sont veillés sur un rewe (en) puis, après un guillatún, ils sont enterrés à un emplacement tenu secret[8],[9]. Le même jour, l'Instituto de Formación Docente Continua d'El Bolsón projette le film Damiana Kryygi (en), une Aché dont l'histoire ressemble à celle de Tropa-chün[10]. De nombreuses radios libres locales commémorent l'enterrement[11].
Le , lors de la Journée nationale de la Mémoire pour la Vérité et la Justice, des manifestant·es de San Carlos de Bariloche écrivent sur la place Expedicionarios al Desierto : « Margarita Foyel 21-9-1887 – Memoria Verdad y Justicia para el genocidio fundante del Estado Argentino[note 1] ». À côté sont dessinés les pañuelos blancs symbolisant le mouvement des Mères de la place de Mai, ainsi qu'un kultrún et les noms d'autres victimes de l'État argentin[3].
En 2010 puis en 2018, une exposition de photographies d’archives intitulée Prisioneras de la Ciencia, tenue par le collectif GUÍAS, est accueillie à El Bolsón. Les clichés de femmes autochtones nues, pris par des scientifiques au XIXe siècle de manière déshumanisante, choquent l’opinion mapuche locale qui demande de les remplacer par des silhouettes[11].
Le , Sebastián Graff de la ville de Trelew partage sur les réseaux sociaux un lien vers des actes de baptêmes publiés en ligne par FamilySearch. Ce document contient les noms autochtones de plusieurs des femmes capturées à la fin de la campagne du Désert, dont celui de Tropa-chün[12].
Le , le Consejo Local de Mujeres y Disidencias d'El Bolsón inaugure la maison Margarita Foyel[13].