Maria Bigordà Montmany
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Josep Bigordà i Montmany (d) |
Maria Bigordà Montmany (Ullastrell, - Terrassa, ) est une ouvrière républicaine, victime de la dictature franquiste, engagée dans les revendications sociales et les luttes des travailleurs[1]. Elle a milité au Parti Socialiste Unifié de Catalogne (PSUC) et dans les Commissions Ouvrières.
Premières années
Née à Ullastrell, Maria Bigordà Montmany était la fille aînée d'une famille de paysans pauvres. Sa mère, Tecla Montmany Carreras, et son père Pedro Bigordà Fuente étaient vignerons fermiers. Dès l'âge de six ans, María allait les aider ou cueillait des olives pour un salaire journalier. La mère était catholique pratiquante et l'envoyait au catéchisme; son père, lui, était militant de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et de l'Unió de Rabassaires (syndicat de viticulteurs) et dès l'enfance l'emmenait aux meetings qui avaient lieu à Tarrasa. Bien qu'elle ait très peu été à l'école, elle a appris à lire en catalan parce que chez elle on lisait La tierra, le quotidien de l'Unió de Rabassaires. Elle avait quatre frères et sœur, Ángela, Valentín, Amadeu et José (1926), duquel elle fut la marraine et qui allait devenir un prêtre connu.
Alors qu'elle a à peine dix ans, elle commence à travailler comme domestique. Plus tard elle veut apprendre un métier et est employée comme tisseuse à l'usine de Can Arrufat. C'est là qu'elle a ses premiers contacts avec les idées anarchistes, étant influencée par la lecture d'écrits de la collection littéraire La Novela Ideal (La Revista Blanca) de Federica Montseny et de Frederic Urales, pseudonyme de Juan Montseny Carret, qui transmettaient l'image de la femme libre[2].
Ayant terminé son apprentissage, vers 1931 elle trouve du travail à l'usine La Tela, où elle travaille à la tâche dans des conditions d'extrême dureté. Peu de temps après, elle change d'entreprise pour travailler à Domènec Domingo, où elle dirige un métier à tisser et tisse de la flanelle blanche. Elle déménage à Tarrasa et concilie le travail textile avec le travail de domestique qui lui offre le repas et le logement.
Début 1933, à l'âge de seize ans, elle rencontre son mari, José Portero Serrano, de 29 ans, tisseur à l'usine de bas Vallhonrat. Après de courtes fiançailles, ils se marient civilement au Tribunal de Tarrasa. Ils ont eu deux filles. Par la suite, María a dénoncé son mari pour mauvais traitements, sans aucun résultat.
La guerre civile
Au début de la guerre civile, José a été appelé aux armes mais s'est caché. María avait l'intention de partir en Andorre avec sa fille Carmen, mais n'a pas pu le faire car elle était enceinte. Après la naissance de sa deuxième fille elle se sépare de son mari, ce qui la plonge dans une pauvreté extrême. Ainsi, à cause de la faim et du manque d'assistance médicale, sa petite fille est morte de la diphtérie à l'âge de vingt mois. À cette période, elle cherche le soutien du syndicat Union générale des travailleurs (UGT) puis de la Confédération Nationale du Travail (CNT) pour réussir à être admise à l'usine de Can Vallhonrat[3].
La défaite et la répression
Après la guerre, la nouvelle loi franquiste a aboli les droits qu'avaient acquis les femmes sous la République et le jour de la fête du Corpus Christi 1939 la police enlève sa fille pour la livrer à son père. María en a perdu la garde.
Son père est détenu dans un camp de concentration sans jugement. María Bigordá a été dénoncée par son mari et un collègue de travail, et a été arrêtée le . Dix jours plus tard elle passe en Conseil de guerre, et est jugée par le Tribunal Militaire installé dans l'École d'Ingénieurs de Tarrasa, par la procédure sommaire d'urgence numéro 11.736, qui la condamne à la peine de 12 ans et un jour de prison pour Aide à la rébellion[4].
Elle passe quelques mois incarcérée à Tarrasa. Le elle est transférée à la Prison de Les Corts de Barcelone. C'est là qu'elle rencontre les militantes communistes Adelaida Abarca Izquierdo et María del Carmen Cuesta Rodríguez. Elle a rapporté dans ses souvenirs que le niveau culturel de ces camarades a eu une influence définitive sur la formation de sa conscience politique. Au bout d'un certain temps, elle peut se prévaloir de la "rédemption de peine par le travail" et travaille comme lavandière pour les religieuses[5].
Le elle obtient la liberté conditionnelle, mais ne peut pas rentrer chez elle. Elle est bannie à Madrid et accueillie par les proches d'une co-détenue. Entretemps, son mari a contracté un nouveau mariage religieux, le seul valable selon les nouvelles lois. Le elle peut rentrer chez ses parents en liberté surveillée.
La dictature et les revendications de logement et de travail
En 1946 elle est graciée et, malgré les difficultés pour se réintégrer dans la société en raison de son casier judiciaire, elle a l'espoir de normaliser sa vie et de récupérer sa fille. Elle travaille comme domestique pendant 12 ans, mais comme le travail domestique ne lui garantit aucun droit du travail ni couverture sociale elle reprend le travail de tisseuse[6],[7].
En 1953 sa fille, ayant déjà 20 ans, va habiter avec elle. Elles ne peuvent payer qu'une chambre avec accès à une cuisine. Plus tard, après avoir occupé plusieurs logements précaires, elles font une demande pour habiter un appartement de l'Obra Sindical del Hogar (organisme proposant des logements bon marché, équivalent aux HLM), dans le quartier de San Lorenzo[8].
L'exode rural avait favorisé la construction désordonnée et la création de quartiers sans infrastructure ni service. Le besoin de logements dignes a conduit María à s'engager dans la lutte des habitants contre la spéculation et les zones de "bidonville vertical", le quartier de San Lorenzo étant l'un des plus combatifs. L'arrivée dans ces quartiers de jeunes prêtres ouvriers, avec des idées novatrices et engagés dans la lutte des classes, a transformé beaucoup des nouvelles paroisses en refuge de l'opposition au franquisme, en particulier celles de Can Boada, Egara, Las Arenas, et San Lorenzo[9],[10].
Militantisme politique et syndical
En 1976 María a pris sa retraite et a obtenu sa carte de militante du PSUC et des Commissions Ouvrières[11]. María était catholique pratiquante, mais s'identifiait avec l'eurocommunisme, influencée par la lecture des livres d'Alfonso Carlos Comín. Dans le parti elle a été membre du comité local pendant quatre ans. Elle a aussi participé à des actions politiques de soutien aux grèves de faim de Lluís Maria Xirinachs devant la Prison Model et à des manifestations sous le slogan de Liberté, Amnistie et Statut d'Autonomie[12].
María est morte le , à presque 93 ans[13].
Reconnaissance
- Le , la Mairie de Tarrasa lui a rendu hommage, en reconnaissance envers les femmes qui avaient lutté toute leur vie pour les droits sociaux, économiques et politiques[14].
- En 2006 l'historienne Lourdes Planes y Campderrós a publié le livre Maria Bigordà i Montmany, testimoni d'una època obscura[15].
Références
- ↑ « Perfil biogràfic de Maria Bigordà Montmany. Dones,treball i sindicalisme a Catalunya » [archive du 2 de diciembre de 2020] (consulté le )
- ↑ « La Novela Ideal - Hemeroteca Digital », Biblioteca Nacional de España
- ↑ « Guerra civil. Records de Terrassa »
- ↑ Cenarro, « La institucionalización del universo penitenciario franquista », Museu d'Història de Catalunya,
- ↑ (es) Tomasa Cuevas Gutierrez, Testimonios de mujeres en las carceles franquistas, Huesca, Instituto de estudios Aragoneses, (ISBN 8481271500)
- ↑ (ca) Xavier Marcet i Gisbert, Els anys foscos de la postguerra. Terrassa,1939-1945, Terrassa, Col·lecció l' Àmfora, (ISBN 8492363622), p. 245
- ↑ (ca) Àngels Farrè París, A tot estar, El servei domèstic a Terrassa 1940-1960, Terrassa, Ajuntament de Terrassa,Centre Estudis-Promoció de la dona, (ISBN 84-86838-70-3), p. 99
- ↑ (ca) Felip Blai, Sant Llorenç. Terrassa, Barcelona, Generalitat de Catalunya- Departament. Benestar Social, (ISBN 8439335121), p. 185
- ↑ (ca) Jaume Botey, Capellans obrers, Compromís de l' Església amb el món obrer, Cristianisme i justícia, (ISBN 8497302729), p. 35
- ↑ (ca) « Parròquies obreres contra el franquisme - Cerca amb Google » (consulté le )
- ↑ « Arxiu històric de CCOO de Catalunya. | Col·lecció Biografies Obreres »
- ↑ Nàdia Varo Moral, Las Militantes ante el espejo : clase y género en las CC. OO. del área de Barcelona, 1964-1978, Germania, (ISBN 978-84-16044-76-4, OCLC 928958290, lire en ligne)
- ↑ (es) https://www.rememori.com, « Esquela online de Maria Bigordà Montmany fallecido en Terrassa #DEP » (consulté le )
- ↑ (ca) « Homenatge a dones Terrassenques (Maria Bigordà, 2006) », Arxiu municipal Terrassa (consulté le )
- ↑ Lourdes Plans i Campderrós, Maria Bigordà i Montmany, testimoni d'una època obscura, Terrassa, Ajuntament de Terrassa, , p. 94