Mariage entre frères et sœurs

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Jupiter et Junon enlacés, dessin, Jean François Bosio, Rijksmuseum

Le mariage entre frères et sœurs est un type de mariage consanguin au sein d'une fratrie. Les époux peuvent avoir un ou deux de leurs parents en commun. Il s'agit d'une forme extrême et rare d'endogamie. Ce type de mariage est généralement interdit dans le monde entier, même dans les pays où l'inceste, relation sexuelle entre parents proches, n'est pas puni par la loi. Une exception est la Suède, où les demi-frères/sœurs peuvent se marier après autorisation officielle, bien que l'inceste entre frères et sœurs complets reste interdit. Le mariage ou les relations sexuelles entre un frère et sa sœur ont été considérés comme un tabou par la plupart des peuples depuis le début de l'histoire connue. Il existe cependant un certain nombre d'exceptions, qui s'opposent à la notion d'anthropologie selon laquelle l'inceste est une interdiction fondamentale de toutes les sociétés humaines.

Le mariage entre frères et sœurs a été pratiqué dans certaines cultures antiques au sein de la famille royale, parfois comme coutume religieuse. Dans l'Égypte romaine, il a aussi été répandu parmi la population. Dans l'Athènes classique, les demi-frères et demi-sœurs pouvaient se marier s'ils n'avaient pas la même mère. À partir du Moyen Âge, les mariages entre frères et sœurs, comme tous les mariages consanguins, sont fortement réprimés sous l'influence de l'Église.

Les mariages entre frères et sœurs apparaissent dans plusieurs mythologies : par exemple, le mariage entre Zeus (Jupiter) et Héra (Junon), entre Osiris et Isis ou entre Izanagi et Izanami.

Hittites

Chez les Hittites, au XIVème siècle avant J.-C., le mariage entre frères et sœurs était strictement interdit sous peine de mort. Sur la base d'un traité conclu entre le roi hittite Suppiluliuma Ier et son beau-frère Hukkana, roi de Hayasa, on pensait lire que les sœurs étaient considérées comme des candidates valides pour un mariage dans cette région du Nord-Ouest de l'Anatolie, coutume qui aurait été considérée comme barbare par les Hittites[1]. Des recherches plus récentes montrent cependant que cette interprétation est erronée et que le texte ne concerne en fait pas l'inceste en Hayasa[2].

Certains chercheurs ont aussi avancé que l'interdiction de l'inceste n'était parfois pas respectée parmi la famille royale hittite. Sur un sceau, le roi Arnuwanda Ier se décrit comme le fils de son prédécesseur Tudhaliya Ier, tandis que sa femme Asmunikal est décrite comme la fille de ce même Tudhaliya[3]. Aujourd'hui cependant, l'on pense qu'Arnuwanda n'était que le beau-fils de Tudhaliya, possiblement adopté pour pouvoir se désigner comme son fils[4].

Élam

Le mariage entre frères et sœurs aurait été pratiqué dans l'empire d'Élam. Il n'existe cependant aucune preuve directe, seulement le fait que les successeurs au trône sont parfois désignés comme "fils de la sœur" du dirigeant précédent. Le terme "épouse-sœur" est aussi parfois utilisé pour décrire les reines[5]. Ces expressions ne sont toutefois pas une preuve formelle de mariages des rois avec leurs sœurs. Les épouses exogames auraient pu être intégrés à la famille royale en tant que "sœurs" du dirigeant et même obtenir ce statut légal[6].

Égypte antique

Le mythe d'Osiris, récit central de la mythologie égyptienne, raconte que le dieu bienveillant Osiris épouse sa sœur Isis. Parallèlement, le dieu malveillant Seth, frère d'Osiris épouse également sa sœur Nephtys.

Suivant l'exemple d'Osiris, plusieurs pharaons choisirent de se marier avec leurs sœurs. La pratique ne semble toutefois pas avoir été répandue parmi la population générale. Il était courant que les couples s'appellent par "mon frère" ou "ma sœur" pour exprimer leur familiarité, mais cela ne faisait pas référence à de réels liens du sang. Un véritable mariage entre frères et sœurs est documenté dans la famille d'un commandant de mercenaires libyens durant la 22ème dynastie ; la pratique existait donc aussi chez les étrangers[7].

Judaïsme

Abraham et sa femme et demi-sœur Sarah, James Tissot, entre 1896 et 1902


Plusieurs passages du Tanakh décrivent une époque archaïque où les mariages entre demi-frères et sœurs de mères différentes étaient autorisés. Le livre de la Genèse rapporte qu'Abraham aurait décrit sa femme Sarah comme sa sœur : « De plus, il est vrai qu'elle est ma sœur, fille de mon père; seulement, elle n'est pas fille de ma mère, et elle est devenue ma femme »[8]. L'histoire du viol de Tamar par son demi-frère Amnon (2 Samuel 13), est un élément de description de la situation au début de la période royale. Le roi David, père des deux protagonistes, est certes furieux, mais il ne fait rien. De plus, Tamar tente de dissuader Amnon en lui disant que le roi ne s'opposerait pas à ce qu'elle soit à lui, si il lui demandait. Le déshonneur vient donc uniquement de l'acte de viol et non de la relation fraternelle. Il est probable qu'à cette époque, les mariages entre demi-frères et sœurs de mères différentes étaient encore légaux.

Plus tard, le point de vue hébraïque sur les mariages entre frères et sœurs change drastiquement, et ils ne sont plus tolérés. Le Deutéronome écrit : « Maudit soit celui qui couche avec sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère! »[9]. Les lois de sainteté, écrites après l'exil à Babylone, condamnent les relations entre frères et sœurs, en incluant explicitement les demi-frères/sœurs, à la peine de mort (Lévitique 18:9, 18:11). Au début de l'empire romain, le philosophe juif Philon d'Alexandrie commente et défend l'interdiction de l'inceste du Lévitique et les considère non comme une spécificité hébraïque, mais comme un principe à valeur universelle, faisant partie des bonnes mœurs. Il critique en même temps la tendance grecque et égyptienne au mariage entre parents proches[10].

Lydie

La dynastie lydienne des Mermnad a pratiqué les mariages entre frères et sœurs au VIIème siècle avant J.-C. Le roi Sadyattès épouse sa sœur. Seul le fils issu de cette union, Alyatte II, possède un droit de succession. Les enfants issus des autres femmes de Sadyattès sont en effet considérés comme bâtards. Alyatte II épouse à son tour sa sœur[11].

Empire perse

La dynastie perse des Achéménides connait plusieurs mariages entre demi-frères et sœurs. Selon Hérodote, le roi des rois Cambyse II (mort en 522 av. J.-C.) aurait demandé à ses juristes s'il était autorisé de marier entre frères et sœurs. Lorsque ceux-ci lui répondirent par la positive, il réalisa son souhait en épousant ses demi-sœurs Atossa et Roxane, filles de son père Cyrus le Grand. Le roi Darius II (r. 423-404 av. J.-C.) épouse également sa demi-sœur Parysatis, fille de son père Artaxerxès Ier. Le dernier roi achéménide, Darius III, se maria avec sa sœur Stateira, bien que l'on ne sache pas s'ils avaient un ou deux parents en commun.

Parmi les satrapes de Carie, le mariage entre frères et sœurs a été pratiqué au IVème siècle avant notre ère. Mausole (r. 377-353 av. J.-C.) épouse sa sœur Artémise II, qui lui succède à sa mort et règne seule pendant deux ans. Le frère de Mausole, Idrieus, lui aussi marié à sa sœur Ada, prend ensuite le pouvoir.

Monde grec

Grèce archaïque et classique

Dans la Grèce archaïque et classique, le mariage entre frères et sœurs complets était interdit et considéré comme barbare[12]. La noblesse exhibe toutefois une tendance générale au mariage entre parents, préférés aux étrangers. À Athènes, le mariage entre demi-frères et demi-sœurs de la même mère (homomḗtrioi) aurait été interdit, mais ceux de même père (homopátrioi) auraient été autorisés à se marier[13]. Cette règle remonterait à une loi mise en place par Solon. La littérature académique remet cependant en cause l'existence d'une telle loi et fait plutôt reposer la pratique sur une simple norme sociale sans base légale[14]. Il existe plusieurs témoignages de mariages entre enfants du même père à Athènes[15]. En Sicile, le tyran de Syracuse Denys l'Ancien marie son fils Denys le Jeune à sa demi-sœur Sophrosyne.

Hellénisme

Le monde hellénistique connaît une tendance aux mariages entre parents proches, tels que oncle et nièce ou entre cousins. Dans certains États, le couple royal était aussi frère et sœur, particulièrement en Égypte. Les raisons de ces mariages sont obscures et multiples. Un motif possible aurait été d'éviter les influences étrangères et les prétendants au trône. En Égypte, l'antique tradition pharaonique aurait aussi pu influencer ce choix, tout comme la tradition d'endogamie royale en Perse. Un autre facteur est la divinisation du dirigeant alors que celui-ci est encore vivant. La distance ainsi placée entre la famille royale divinisée et les sujets introduit la nécessité de conserver une lignée pure en évitant les mariages exogames.

Premiers ptolémaïques

Camée représentant Ptolémée II et Arsinoé II, époux et frère et sœur.


Chez les Grecs, les premiers mariages connus entre frères et sœurs complets apparaissent dans la dynaste lagide, diadoques d'Égypte. Ptolémée II, fils du général d'Alexandre et fondateur de la dynastie Ptolémée Ier et de sa femme Bérénice Ire, épouse en 278 av. J.-C. sa sœur Arsinoé II, de huit ans son aînée. Celle-ci était précédemment mariée à son demi-frère Ptolémée Kéraunos, roi de Macédoine et fils de Ptolémée Ier d'une autre femme. Les Égyptiens considérant Ptolémée II comme un pharaon, il est possible que son mariage avec sa sœur lui confère une légitimité parmi la population autochtone. Ce mariage contrevenait cependant aux règles de décence grecques de l'époque, ce que le poète contemporain Sotadès critiqua dans ses œuvres. Pour cet affront, il aurait été noyé. Plusieurs siècles plus tard, l'historien Memnon d'Héraclée et le géographe Pausanias écriront leur condamnation de cette violation des coutumes macédoniennes. Ces sources expriment cependant un point de vue anti-ptolémaïque et critiquent la dynastie dans son ensemble comme perverse, et non seulement leur pratique de l'inceste[16].

Pour les ptolémaïques, le mariage entre frères et sœurs devint une partie importante de leur représentation en tant de dynastie. Ptolémée II mit en place un culte du dirigeant : il fit diviniser ses parents après leur mort en tant que « Dieux sauveurs » et revendiqua pour sa sœur et lui-même un statut divin. Le couple royal fut honoré comme dieux frère et sœur (theoí adelphoí). Le mariage entre frères et sœurs obtint ainsi une dimension religieuse. Arsinoé est appelée par le surnom Philádelphos qui aime son frère »). Ainsi la haute valeur morale des mariages entre frères et sœurs dans la famille royale devait être transmise aux sujets. Le culte impérial d'Alexandre le Grand, déjà commencé sous Ptolémée Ier, est étendu au couple dirigeant, et le prêtre d'Alexandre est désormais appelé « Prêtre d'Alexandre et des dieux frère et sœur »[17]. Le poète de cour Théocrite compare le mariage de Ptolémée II avec la hiérogamie de Zeus et de sa sœur Héra. Pour les autochtones égyptiens, la mise en relation avec le couple des dieux Osiris et Isis, considéré comme un modèle d'amour entre époux, était facile[18]. Arsinoé II est souvent comparée à Isis. Après sa mort, Ptolémée II intensifie son culte. Sa vénération comme déesse après sa mort correspond à son importance politique de son vivant. Elle ne s'était en effet pas contentée d'un rôle symbolique, mais était très influente politiquement et s'était même impliquée dans les affaires militaires. Le grand nombre de toponymes, statues, reliefs et graffitis portant son nom attestent de son importance[19].

Après la mort de Ptolémée II, son fils Ptolémée III lui succède. Il n'est pas le fils d'Arsinoé II, étant issu d'un précédent mariage de son père, mais le culte du couple des frère et sœur divins était si établi que Ptolémée III se désigne comme le fils d'Arsinoé pendant son règne, reniant ainsi sa mère biologique[20].

Durant les époques suivantes, presque toutes les reines de la dynastie lagide furent sœurs, nièces ou cousines de leurs maris. Ptolémée IV, petit-fils de Ptolémée II, suit l'exemple de son grand-père et épouse sa sœur Arsinoé III. Ce couple est vénéré de leur vivant comme « dieux qui aiment leur père ». Ce culte est relié à celui d'Alexandre le Grand. Arsinoé III y apparaît sur un pied d'égalité avec son mari[21].

Développements dynastiques des ptolémaïques

Le prochain mariage entre frères et sœurs arrive deux générations plus tard, lorsque Ptolémée VI, petit-fils de Ptolémée IV, est marié encore enfant en 176/175 av. J.-C. avec sa sœur cadette Cléopâtre II, qui deviendra codirigeante. Entre -163 et -145, un règne à égalité du couple fraternel est attesté. Les deux époux sont mentionnés côte à côte dans les documents officiels. Dans le culte impérial, elle est appelée « déesse qui aime sa mère »[22].

Après la mort de Ptolémée VI, son frère cadet Ptolémée VIII lui succède. Celui-ci reprend la veuve de son frère comme sa sœur-épouse. Il s'agit du quatrième mariage entre frères et sœurs dans la dynastie. Ptolémée VIII fait assassiner le jeune fils issu du premier mariage de Cléopâtre II, selon la légende dans les bras de sa mère. Celle-ci parvient cependant à conserver son statut dans son nouveau mariage. L'égalité entre les deux dirigeants est attestée par écrit, où ils apparaissent comme « les deux seigneurs de l'Égypte ». Le couple royal obtient le titre de « dieux bienfaisants »[23].

À cette époque, la représentation religieuse de la famille royale reste cependant largement sans effet, par la trop grande disparité entre la propagande du culte impérial et la réalité politique et familiale. Ptolémée VIII est détesté pour sa répression violente et son comportement indigne d'un roi. À cela s'ajoute des conflits internes à la famille régnante. Cléopâtre II avait de son premier mariage une fille, Cléopâtre III. Celle-ci plaît à Ptolémée VIII (qui est son oncle et son beau-père), qui en fait d'abord sa maîtresse avant de l'épouser vers 141/140 av. J.-C[24], en tant que seconde épouse. Ce double mariage avec sa sœur et sa nièce est unique dans le monde grec. Les deux femmes sont élevés au même rang protocolaire. Elles apparaissent ensemble avec leur mari dans les documents officiels, Cléopâtre II étant appelée « la sœur » et Cléopâtre III « l'épouse ». Ils apparaissaient ensemble en public. La concorde ne dura cependant pas longtemps, et la situation fit naître une rivalité intense entre mère et fille[25].

Une guerre civile éclate en 132 av. J.-C. entre partisans du roi et de Cléopâtre II. Ptolémée VIII conserve initialement l'avantage à Alexandrie, mais son palais est incendié et il doit fuit avec Cléopâtre III vers Chypre, où il prépare la reconquête. Entretemps, Cléopâtre II se fait proclamer reine dans la capitale ; c'est la première fois qu'une femme règne seule durant la dynastie. Elle ne réussi toutefois pas à s'imposer dans toute l'Égypte. Si elle a le soutien de la population grecque et juive de la capitale, les égyptiens du sud restent fidèles à Ptolémée VIII. De plus, elle perd son fils aîné de son second mariage, Ptolémée Memphitès, que son mari parvient à faire emmener à Chypre. Là-bas, Ptolémée VIII fait exécuter le garçon de 14 ans, en qui il voyait un rival, et envoie son corps démembré à sa mère à Alexandrie. Cléopâtre II expose le corps en public pour attiser la colère populaire[26].

Ptolémée VIII lance son invasion depuis Chypre en 131-130 av. J.-C. Son armée avance rapidement et place le siège devant Alexandrie. Cléopâtre II, sentant la situation désespérée, s'enfuit en Syrie avec le trésor. Ptolémée VIII reprend Alexandrie au plus tard en -126. Il y exerce une vengeance terrible et ordonne un carnage. Cléopâtre III profite de la victoire ; elle est désormais désignée comme « grande mère divine Isis » dans la propagande religieuse, et est placée au-dessus de sa mère[27].

Malgré la brutalité du conflit, une réconciliation, du moins officielle, a lieu en -124 entre Ptolémée VIII et Cléopâtre II. Cette dernière revient en Égypte, retrouve son titre de reine et est de nouveau intégrée au groupe des trois « dieux bienfaisants ». Elle n'est cependant plus la mère du successeur ; après la mort de son fils, un enfant de Cléopâtre II est devenu le prince héritier[28].

Ptolémaïques tardifs

Ptolémée IX, fils de Ptolémée VIII, succède à son père en 116 av. J.-C. Il épouse dans un premier temps sa sœur Cléopâtre IV, mais ils divorcent en -115 sur ordre de Cléopâtre III. Il se remarie avec son autre sœur Cléopâtre V Séléné. Son fils Ptolémée XII épouse à son tour sa sœur Cléopâtre VI Tryphène. Après la mort de ce dernier, Ptolémée XIII encore enfant monte sur le trône. Il aurait été marié à sa sœur aînée Cléopâtre VII, la future amante de César. Cette affirmation est toutefois remise en cause par certains chercheurs, tout comme le second mariage de Cléopâtre VII avec son autre frère Ptolémée XIV[29].

Séleucides

Les Séleucides qui règnent en Asie de l'Ouest préfèrent parfois le mariage entre parents proches plutôt que la liaison avec des dynasties étrangères. En ce qui concerne les mariages entre frères et sœurs, un seul est connu avec certitude : Antiochos III marie son fils aîné Antiochos le Jeune à avec sa fille Laodicé IV. Antiochos III menait pourtant une diplomatie du mariage active avec sa sœur et ses autres filles, mais il était suspicieux de l'influence que pourrait avoir une dynastie étrangère sur la future reine[30]. Antiochos le Jeune meure en -193. Ses deux jeunes frères, Séleucos IV et Antiochos IV, épousent des femmes qui s'appellent également Laodicé. Il pourrait possiblement s'agir d'une seule et unique femme ; dans ce cas, les trois fils d'Antiochos III auraient successivement épousé leur sœur[31].

Royaume du Pont

Le mariage entre frères et sœurs dans le royaume du Pont est attesté à deux reprises. Les rois Mithridate IV (160/155 - 152/151 av. J.-C.) et Mithridate VI (120-63 av. J-C.) épousent leurs sœurs, qui s'appelaient toutes deux Laodicé.

Épire

Un seul mariage entre frère et sœur est attesté en Épire, chez les Molosses. Le roi Alexandre II épouse sa demi-sœur Olympias II, fille de son père Pyrrhus Ier.

Empire romain

Dans l'empire romain, les mariages entre frères et sœurs étaient interdits comme inceste, aussi entre demi-frères et demi-sœurs. Les Romains étaient cependant assez tolérants des us et coutumes des peuples de leur empire. En Égypte, le mariage entre frères et sœurs n'était déjà pas un privilège de la famille régnante pendant la période hellénistique ; des gens du commun le pratiquaient également, surtout dans les milieux urbains[32]. Avec l'intégration de l'Égypte dans l'empire, ce type de mariage est apparemment devenu encore plus répandue, et aurait atteint son pic de popularité[33]. Un papyrus du IIème siècle rapporte même des jumeaux mariés[34]. L'étude des recensement fiscaux romains révèle que le mariage entre frères et sœurs était plus fréquent en ville qu'à la campagne. Il semble s'être diffusé du nord vers le sud et des villes vers les campagnes. Il était aussi plus fréquent chez les jeunes hommes que chez les plus âgés[35].

Avec l'édit de Caracalla, qui octroie la citoyenneté romaine à presque tous les habitants libres de l'empire, les Égyptiens deviennent théoriquement soumis au droit matrimonial romain. Les peines étaient cependant légères, une simple amende, et il n'y eu pas d'application massive. Si on observe une réduction des mariage entre frères et sœurs après l'édit, la pratique reste bien ancrée[36]. L'empereur Dioclétien à la fin du IIIème siècle doit encore intervenir pour condamner la coutume « barbare » du mariage entre parents. Il renforce les interdictions matrimoniales par un édit en 295, et alourdit les peines. En théorie, la peine de mort aurait désormais pu être appliquée en cas de violation, mais il semble qu'elle ne l'ai été que très rarement. De plus, la loi n'était pas rétroactive et ne valait que pour les nouveaux mariages[37].

Les pères de l'Église se dressent contre la tolérance des philosophes « païens » pour les coutumes incestueuses. Celles-ci sont condamnées dans les écrits polémiques des apologètes chrétiens. Dans ce processus, les accusations ont souvent été exagérées ou erronées. Un élément particulièrement scandaleux pour les chrétiens est le point de vue des philosophes stoïques selon lequel l'interdiction de l'inceste n'est qu'une convention qui ne peut pas être dérivée d'une loi naturelle. La littérature apologétique chrétienne dénigre les stoïques comme des gens qui prennent exemple sur les bêtes. Ils prétendent même que le célèbre stoïque Chrysippe aurait recommandé l'inceste, et que les bibliothèques des Épicuriens seraient pleines de texte encouragent les relations entre frères et sœurs. Dans cette veine, le mariage mythique entre Jupiter (Zeus) et Junon (Héra) est aussi critiqué comme ayant donné un mauvais exemple aux hommes[38].

Le père de l'Église Augustin développe une réflexion sur l'opposition entre endogamie et exogamie. Dans son ouvrage La Cité de Dieu, il aborde le problème du mariage entre frères et sœurs. Il part du récit biblique d'Adam et Ève ; selon celui-ci, au moins à la deuxième génération, des frères auraient été obligés d'épouser leurs sœurs. Il y aurait donc eu une évolution d'une endogamie temporaire primordiale vers l'exogamie. Les mariages entre frères et sœurs auraient donc été religieusement interdits une fois la nécessité matérielle initiale disparue. Cette obligation exogame aurait du sens, puisque l'élargissement des horizons personnels au-delà de la famille proche et la création de liens avec des étrangers participerait à la formation de la charité parmi les hommes. Cette utilité est reconnaissable puisque même les « païens infidèles » démontrent une aversion à l'inceste[39].

Asie orientale

Japon

Dans le Japon antique, les mariages entre demi-frères et sœurs de mères différentes étaient autorisés. Ainsi le prince Shōtoku est le fils de l'empereur Yōmei et de sa demi-sœur Anahobe no Hashihito. L'empereur Jomei est issu du mariage du prince Oshisaka no Hikohito no Ōe no Miko (ja) avec sa demi-sœur Nukadehime no Himemiko (ja). Les mariages entre demi-frères et sœurs de même mère était plus rares, mais certains sont attestés, comme celui de Tachibana no Moroe avec sa demi-sœur Fujiwara no Tabino (ja). Entre frères et sœurs complets cependant, il semble que cela ait été interdit[40].

En japonais ancien, le mot « frère aîné » (兄, se) était utilisé pour désigner son mari, tout comme le mot « sœur cadette » (妹, imo) pour désigner sa femme. Ces termes apparaissent dans des mariages exogames comme dans des mariages entre frères et sœurs[41].


Corée

Parmi les exemples coréens, on peut citer Gwangjong, roi de Goryeo, qui épouse sa demi-sœur. Pendant la période des Royaumes combattants, le seigneur de Qi (aujourd'hui province du Shandong, en Chine), Xiang Gong, aurait eu des relations sexuelles avec sa demi-sœur d'une autre mère. Selon certaines interprétations, cette coutume de l'inceste royal aurait été transmise à Qi par des barbares de l'est, peut-être ancêtres des Coréens, et critiquée par les Chinois[42].

Recherche contemporaine

À l'époque moderne, le mariage entre frères et sœurs a suscité un intérêt dans les études sur l'Antiquité tout comme en anthropologie. Son apparition dans un certain nombre de cultures, généralement uniquement dans la famille royale, mais parfois aussi parmi la population, contredit la conception répandue de l'inceste comme interdiction fondamentale de toutes les sociétés humaines[43].

Le mariage entre frères et sœurs de l'Égypte hellénistique et impériale a fait l'objet de nombreuses études, afin d'éclaircir l'apparition de cette coutume inhabituelle pour les Grecs et les Romains. Trois facteurs sont évoqués comme les plus importants : l'influence de traditions égyptiennes antérieures, l'isolation de la famille royale par sa divinisation et la tendance déjà prononcée des Grecs émigrés en Égypte à l'endogamie[44].

L'origine de ce type de mariage chez les Ptolémaïques est depuis longtemps débattue. Ernst Kornemann (de) y voyait une influence perse, mais sa théorie ne s'est pas imposée. De même, l'hypothèse répandue d'une influence pharaonique est aujourd'hui remise en question. Joseph Modrzejewski écrit en 1964 que la pratique n'est pas une continuation des traditions autochtones, mais aurait été introduite par les Grecs. Ses racines se trouveraient dans la tendance grecque à l'endogamie, particulièrement leur tolérance envers les mariages entre lignes latérales[45]. Keith Hopkins (1980) est un partisan de la thèse d'une influence égyptienne antique[46]. Des sceptiques incluent Lucia Criscuolo (1990)[47] ou Roger S. Bagnall et Bruce W. Frier (1994)[48].


Wolfgang Speyer (de) souligne en 2001 le caractère magique-religieux de l'inceste dynastique et la fonction de modèle du couple des époux-frères, qui célèbrent un mariage sacré. La base cette pratique est la vision du monde dans laquelle la relation sexuelle entre les époux-frères divins fait partie des conditions qui maintiennent la réalité en ordre. Pour les représentants des dieux sur Terre, le roi et sa femme, le mariage des dieux « parents du monde » sert d'exemple. Le mariage royal entre frère et sœur serait à comprendre comme un rituel qui répète le modèle des dieux antiques ; cette relation est ancrée dans l'ordre cosmique[49].

Un autre sujet de recherche est celui des raisons de l'extension du mariage entre frères et sœurs à la population générale en Égypte romaine. Des facteurs économiques sont souvent évoqués : les femmes égyptiennes avaient droit à la même part d'héritage que leurs frères ; un mariage interne à la famille peut conserver l'immobilier intact, ce qui est particulièrement important dans un pays où les terres arables sont rares. De plus, on pouvait ainsi se passer de dote. Toutefois, cela élimine également l'éventuelle dote apportée par une épouse étrangère[50]. Le rôle de modèle d'Osiris et Isis est toujours considéré comme important[51].

Bibliographie

Articles connexes

Notes et références

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