Marxisme-léninisme
idéologie politique
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Le marxisme-léninisme est un courant politique communiste qui se réclame d’une continuité entre la pensée de Karl Marx et Friedrich Engels et les apports théoriques et stratégiques de Lénine. Apparue après la mort de ce dernier, l’expression s’impose progressivement comme doctrine officielle de l’Union soviétique et comme ligne dominante d’une grande partie du mouvement communiste international, notamment parmi les partis liés d'abord à l’Internationale communiste.

Le terme désigne à la fois une lecture du marxisme à partir de Lénine et une codification doctrinale élaborée dans le contexte soviétique, en particulier sous Joseph Staline. Après 1945, il devient une référence majeure pour plusieurs États socialistes, tout en connaissant diverses adaptations nationales, notamment dans le bloc de l’Est, en Chine, en république populaire socialiste d’Albanie, au Vietnam ou à Cuba.
Le marxisme-léninisme demeure aujourd’hui revendiqué par certaines organisations politiques dans de nombreux pays. Il a toutefois été contesté par d’autres courants marxistes, notamment le trotskisme, le communisme de conseils, le communisme de gauche et certaines formes de marxisme libertaire, en particulier sur les questions du parti, de l’État socialiste et de la dictature du prolétariat.
Origines et signification de l'expression

« Le léninisme est le marxisme de l'époque de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne. Plus exactement : le léninisme est la théorie et la tactique de la révolution prolétarienne en général, la théorie et la tactique de la dictature du prolétariat, en particulier »
— Joseph Staline, Les Principes du léninisme
Après la mort de Lénine en janvier 1924, les dirigeants du Parti communiste russe (bolcheviks) - PCR(b) s’emploient à intégrer son apport théorique au marxisme, en le systématisant progressivement sous la forme d’une doctrine politique codifiée; le léninisme. Dès l'été 1924, l'Internationale communiste utilise le terme « propagande du marxisme-léninisme » pour désigner la théorie qui doit être enseignée au sein du mouvement communiste[1].
L’une des étapes décisives dans la formation du marxisme-léninisme comme doctrine officielle est la codification du léninisme par Staline. Les Principes du léninisme, une série de conférences données par Joseph Staline en 1924, à l'université Sverdlov, dont le texte, clair et accessible à un large public, est ensuite recueilli dans une brochure largement diffusée[2],[3]
Le marxisme-léninisme ne fait pas simplement référence à l'addition des idées distinctes de de Karl Marx, Friedrich Engels et de Lénine, mais à un courant politique formé au terme d'un processus de synthèse, de codification et d’institutionnalisation[4]. Le marxisme-léninisme repose sur les fondements philosophiques et historiques élaborés par Karl Marx et Friedrich Engels, mais prend ses caractéristiques propres dans la théorie et la pratique révolutionnaires de V. I. Lénine. L’expression en vient ainsi à désigner l’idéologie officielle de l’Union soviétique et, par extension, celle d’une grande partie du mouvement communiste international au XXe siècle[4].
Les conceptions de Lénine s'étaient déjà imposées à l'ensemble des partis composant l'Internationale communiste, au détriment des approches dites « gauchistes » comme le communisme de conseils, les autres courants communistes étant exclus ; le léninisme est désormais élevé au rang de doctrine codifiée[5]. Les schémas d'analyse marxistes, le matérialisme historique et le matérialisme dialectique sont résumés de manière sommaire. Staline publie ensuite d'autres ouvrages : le Précis d'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'URSS, réécriture à son profit de l'histoire du mouvement, et Les Questions du léninisme, recueil de textes régulièrement réédité et augmenté de ses réflexions sur les problèmes d'actualité[6],[7].
La théorie léniniste de l’impérialisme joue également un rôle central dans la formation du marxisme-léninisme[4]. Elle permet de lier la lutte du prolétariat des pays industrialisés aux luttes des masses laborieuses et paysannes des pays dominés, ce qui donne au marxisme-léninisme une portée internationale adaptée aux sociétés coloniales ou semi-coloniales[4].
Principes
Le marxisme-léninisme se présente comme un développement du marxisme dans les conditions historiques ouvertes par l’impérialisme, les guerres mondiales, les révolutions du XXe siècle et la formation des partis communistes. Il reprend plusieurs concepts du marxisme, notamment la lutte des classes, la dictature du prolétariat et la critique du capitalisme, mais leur donne une formulation politique et stratégique particulière, centrée sur le rôle du parti communiste, la conquête du pouvoir d’État, l’anti-impérialisme et la construction du socialisme.
Le marxisme à l’époque de l’impérialisme
Le marxisme-léninisme définit l’impérialisme comme le stade historique du capitalisme dans lequel les monopoles, le capital financier, les rivalités entre grandes puissances et la domination coloniale jouent un rôle central. Dans cette perspective, la révolution socialiste n’est plus pensée seulement dans le cadre des pays capitalistes les plus industrialisés, mais dans un système mondial marqué par des contradictions entre puissances impérialistes, États dépendants, colonies et peuples dominés.
Dans Les Principes du léninisme, Staline présente le léninisme comme le marxisme de l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Cette définition sert à distinguer le marxisme-léninisme du marxisme de la Deuxième Internationale, accusé par les communistes d’avoir évolué vers le réformisme et le parlementarisme.
Le parti d’avant-garde et le centralisme démocratique
Lénine juge, dans la brochure Que faire ? (1902), que la révolution a vocation à être organisée en Russie par un parti strictement hiérarchisé et organisé, composé de « professionnels » de l'action politique. Ces derniers constitueraient l'« avant-garde » de la classe ouvrière : les ouvriers n'ayant pas un sens inné de la conscience de classe et de la théorie révolutionnaire, il appartiendra au parti de la leur apporter, et de susciter la lutte des classes. Lénine préconise l'organisation du parti selon le principe du centralisme démocratique, qu'il définit comme l'alliance de la « liberté de discussion » et de l'« unité d'action »[8], et qui implique en pratique que les militants observent de manière stricte les consignes d'action, dès lors que celles-ci ont été débattues et décidées au sein des organes de direction du parti[9].
La conception léniniste du parti d’avant-garde s’inscrit dans le contexte de la scission de la social-démocratie russe après l’échec de la révolution de 1905[4]. Les mencheviks estimaient que la Russie devait d’abord traverser les étapes du développement capitaliste avant qu’une révolution prolétarienne soit possible, tandis que les bolcheviks, sous la direction de Lénine, soutenaient qu’un parti révolutionnaire discipliné pouvait conquérir le pouvoir au nom du prolétariat[4].
En 1921, Lénine fait voter, lors du Xe congrès du Parti communiste, une résolution selon laquelle « le marxisme enseigne que seul le parti politique de la classe ouvrière, c'est-à-dire le Parti communiste, est en mesure de grouper, d'éduquer et d'organiser l'avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses ». Alors que Marx n'avait jamais rien écrit de tel, la conception léniniste du rôle dirigeant du Parti est par conséquent élevée au rang d'élément de la « pensée marxiste », consacrant dans les faits le régime du parti unique[4].
La dictature du prolétariat et l’État de transition
Lénine, qui se considère comme un marxiste orthodoxe, reprend les grilles d'analyse de l'économie marxiste et du matérialisme historique[10], tout en adaptant les concepts marxistes au contexte particulier de la Russie. Dans L'État et la Révolution, rédigé durant la révolution russe, il aborde la question de l'État et du gouvernement sous la dictature du prolétariat, phase qu'il identifie à celle de la socialisation de la force du travail[11]. Après le renversement du capitalisme par le biais d'une révolution violente, les moyens de production passeront sous un régime de propriété sociale, c'est-à-dire sous contrôle de l'État, ce qui correspond selon Lénine au stade du « socialisme », c'est-à-dire du collectivisme économique, ce qui serait la phase « inférieure » de la société communiste. Après ce stade, dont Lénine ne précise pas la durée, l'État disparaîtra progressivement de lui-même, pour aboutir finalement à la phase « supérieure », soit celle de la société sans classes et du communisme intégral, le mot « communisme » étant ici entendu au sens d'organisation sociale égalitaire, sans État ni propriété privée[12],[13],[14].
Lénine, tout en prônant la mise en place d'un régime démocratique, se positionne à l'encontre de la démocratie parlementaire et ignore la notion de pluralisme[12]. La révolution d'Octobre, officiellement réalisée au nom des Soviets (conseils ouvriers censés détenir le pouvoir), se solde par un pouvoir sans partage du Parti communiste, dont le Politburo constitue le véritable gouvernement de la Russie soviétique[15].
L’alliance ouvrière-paysanne
Le marxisme-léninisme accorde une importance stratégique à l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie. Cette question occupe une place particulière dans les pays où le prolétariat industriel est minoritaire et où la majorité de la population est paysanne.
Dans la conception léniniste, la classe ouvrière doit diriger la révolution, mais elle ne peut conquérir et conserver le pouvoir sans gagner l’appui des masses paysannes. L’alliance ouvrière-paysanne devient donc une condition de la révolution démocratique, de la révolution socialiste et de la consolidation du pouvoir révolutionnaire.
Ce principe distingue le marxisme-léninisme des lectures du marxisme centrées principalement sur les sociétés capitalistes industrialisées d’Europe occidentale.
La question nationale, coloniale et anti-impérialiste

Le marxisme-léninisme intègre les luttes nationales et coloniales à la stratégie de la révolution mondiale. Les mouvements de libération nationale sont analysés comme des forces pouvant affaiblir l’impérialisme et modifier le rapport de force international en faveur du socialisme.
Cette conception ne signifie pas un soutien indifférencié à tout nationalisme. Dans la doctrine marxiste-léniniste, l’appui aux mouvements nationaux dépend de leur rapport à l’impérialisme, à la lutte des classes et à la perspective révolutionnaire. Les luttes des peuples colonisés ou dominés sont ainsi considérées comme des composantes possibles du front mondial contre l’impérialisme.
Cette place accordée aux questions coloniale et nationale devient l’un des traits les plus caractéristiques du marxisme-léninisme au XXe siècle, notamment dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
La stratégie et la tactique révolutionnaires
Le marxisme-léninisme se présente aussi comme une doctrine de stratégie politique. Il insiste sur la nécessité d’une analyse concrète de la situation concrète, c’est-à-dire d’une évaluation des rapports de force, des classes en présence, du rôle de l’État, des contradictions principales et secondaires, ainsi que des possibilités d’alliance.
Cette conception accorde une importance particulière aux mots d’ordre, aux étapes de la lutte, au rapport entre action légale et illégale, entre activité parlementaire et extra-parlementaire, et entre luttes économiques, politiques et idéologiques.
La stratégie marxiste-léniniste vise ainsi non seulement à interpréter la société capitaliste, mais à organiser la conquête, l’exercice et la défense du pouvoir politique.
La construction du socialisme
Après la prise du pouvoir, le marxisme-léninisme affirme la possibilité de construire le socialisme sous la direction d’un État contrôlé par le parti communiste. Cette construction repose généralement sur la nationalisation des principaux moyens de production, la planification économique, l’industrialisation, la collectivisation ou socialisation progressive de l’économie, ainsi que la transformation des rapports sociaux hérités du capitalisme.
Dans la tradition soviétique, cette orientation est liée à la thèse du socialisme dans un seul pays, défendue par Staline contre d’autres courants communistes. Selon cette thèse, un État ouvrier peut entreprendre la construction du socialisme même en l’absence de révolution victorieuse immédiate dans les pays capitalistes avancés. Cette position devient l’un des éléments centraux du marxisme-léninisme soviétique, bien qu’elle ait été contestée par d’autres courants marxistes, notamment trotskystes.
La lutte contre l’opportunisme, le révisionnisme et les déviations idéologiques
Le marxisme-léninisme se définit également par une logique de démarcation idéologique. Il se présente comme une doctrine opposée au réformisme social-démocrate, à l’anarchisme, au libéralisme bourgeois, mais aussi aux courants marxistes considérés comme déviationnistes.
Dans Questions du léninisme, Staline défend une interprétation du léninisme contre les oppositions internes au Parti communiste soviétique, notamment sur la dictature du prolétariat, le rôle de la paysannerie, la direction du parti et la possibilité de construire le socialisme en URSS.
Cette dimension contribue à faire du marxisme-léninisme non seulement une doctrine théorique, mais aussi une orthodoxie politique organisée, liée à des partis, à des États et à des institutions internationales comme l’Internationale communiste.
Contexte historique et évolutions
Évolution et codification du marxisme-léninisme sous Staline
Le mot « marxisme-léninisme » lui-même apparaît à la fin des années 1920. La référence à la pensée de Lénine - dès lors que ce dernier est écarté par la maladie - devient, pour les dirigeants de l'URSS et du Parti communiste - Staline, Trotski, Zinoviev, Kamenev, Boukharine… - une manière d'affirmer leur légitimité dans la perspective de la succession[16],[2]. En 1934, Vladimir Adoratski, directeur de l'institut Marx-Engels-Lénine, présente la « dialectique matérialiste » comme « le fondement théorique du marxisme-léninisme ». Staline lui-même utilise le mot en 1937 dans Matérialisme dialectique et matérialisme historique, où il parle du « parti marxiste-léniniste »[17]. Le terme léninisme devient le synonyme et le substitut du stalinisme[17], mais est progressivement remplacé dans les usages par celui de marxisme-léninisme, qui désigne alors précisément la mise en orthodoxie du léninisme par Staline[6].
À partir de 1928, l'Internationale communiste est le relais de l'idéologie officielle stalinienne ; après la Seconde Guerre mondiale, tous les partis communistes continuent de se conformer au dogme, revendiquant la qualité de staliniens[6]. Le matérialisme dialectique, décrété philosophie obligatoire pour tout communiste[18] est considéré comme une doctrine à laquelle les sciences elles-mêmes sont subordonnées : la méthode « de Marx, Engels, Lénine, Staline », enseignée dans les universités soviétiques, est décrétée « seule méthode scientifique qui existe »[19]. Au nom d'une vision dogmatique de l'économie et de l'agriculture, Staline met un terme à la Nouvelle politique économique décidée par Lénine et lance au tournant des années 1930 une politique de collectivisation agricole intensive, qui contribue à provoquer une terrible famine en URSS. L'agronome Trofim Lyssenko, soutenu par le pouvoir soviétique, se fait l'avocat d'une théorie pseudo-scientifique - dite « lyssenkisme » - qui prétend plier à la dialectique marxiste les lois de la nature[20].
En revanche, le groupe des révolutionnaires communistes d'Autriche fondé en 1935 se réclame du marxisme-léninisme[21].
Après-guerre, le marxisme-léninisme demeure l'idéologie officielle du mouvement aligné sur l'URSS, le dogme stalinien étant même renforcé au début des années 1950 : les partis communistes revendiquent alors volontiers la qualité de staliniens[6], tandis que le marxisme-léninisme devient la doctrine de nouveaux régimes communistes, ceux du bloc de l'Est en Europe. Il arrive également au pouvoir dans des pays asiatiques comme la république populaire de Chine et la Corée du Nord. Au Viêt Nam, dans le contexte de la guerre d'Indochine, le marxisme-léninisme est lié de manière indissoluble à un discours nationaliste et aux revendications indépendantistes du Việt Minh dirigé par Hô Chi Minh. De nombreux dictionnaires de science politique, publiés durant la période de la guerre froide, ne possèdent pas d'entrée au mot léninisme et traitent uniquement du marxisme-léninisme, faisant remonter rétroactivement le marxisme de Staline à Marx[7]. Des manuels de marxisme se multiplient, se contentant la plupart du temps de reprendre le contenu du Matérialisme dialectique et matérialisme historique de Staline ; le mouvement communiste mondial se réclame désormais du « marxisme-léninisme-stalinisme »[17].
Après la dissolution de l’Internationale communiste en 1943, le contrôle soviétique du mouvement communiste international passe par d’autres structures, notamment le Cominform, créé en 1947, puis par les institutions du bloc de l’Est, comme le Conseil d’assistance économique mutuelle et le pacte de Varsovie[4]. Ces organisations servent moins la perspective d’une révolution mondiale immédiate que la coordination politique, économique et stratégique du bloc soviétique[4].
Après Staline
Staline meurt en 1953 ; en 1956, la purge qu'il avait infligée au parti communiste est dénoncée par Khrouchtchev, donnant le coup d'envoi de la déstalinisation. Il faut cependant attendre le XXIIe congrès du PCUS, en 1961, pour que celle-ci soit théorisée : les « errements doctrinaux » de Staline, et notamment son culte de la personnalité, sont dénoncés au nom du marxisme-léninisme même, suivant une logique qui voudrait que l'URSS en revienne au léninisme, identifié au marxisme lui-même, donc à l'authentique marxisme-léninisme. Toutes les ambiguïtés de la déstalinisation ne sont cependant pas levées : l'évolution doctrinale du marxisme-léninisme n'empêche pas le maintien de la référence au matérialisme dialectique (ou diamat), selon la version du dogme édictée dans les années 1930 par Staline, ce qui interdit de fait toute déstalinisation de la théorie communiste. La déstalinisation peut également impliquer, chez certains, l'exigence d'une remise à l'ordre du jour de la pratique léniniste[22]. Le programme soviétique de 1961 annonce à l'horizon de 1980 le passage de l'URSS au stade du communisme intégral, au sens originel du terme. Il s'agit là du dernier document officiel soviétique prévoyant officiellement la réalisation du communisme en tant que société sans classes ; les successeurs de Khrouchtchev, comme les autres dirigeants du bloc de l'Est, se contentent, tout en se réclamant du communisme en tant qu'idéologie, d'annoncer des évolutions sur le chemin du socialisme[23].

Les interprétations du marxisme-léninisme se multiplient selon les pays, les périodes, et les contextes politiques. Le marxologue Kostas Papaïoannou juge en 1967 que le marxisme-léninisme est devenu une « idéologie sans doctrine » et une « orthodoxie sans dogme », dépourvue de réel contenu. À ses yeux, l'orthodoxie en vigueur dans les pays communistes n'est plus définie que par les impératifs du moment et en fonction des déviances qu'il s'agit de dénoncer : la doctrine se définit dont négativement, par opposition aux autres, tandis que tous les aspects de la théorie marxiste se trouvent réduits à l'état de « catéchisme primaire à l'usage des agitateurs »[24].

Plusieurs tendances politiques à usage national se développent hors d'URSS, en continuant de se réclamer du marxisme-léninisme. Le « titisme » - pratique politique plus qu'idéologie - en vigueur en Yougoslavie après la rupture Tito-Staline se distingue principalement, sur le plan économique, par un recours à l'autogestion - dans la réalité, très contrôlée par l'État - des entreprises via des conseils ouvriers, présentée comme un retour aux sources du marxisme, et sur le plan politique par une organisation fédérale propre à la problématique locale des nationalités yougoslaves[25],[26]. Dans les années 1950-70, de nouveaux régimes politiques se réclamant du marxisme-léninisme apparaissent aussi bien en Asie que sur le continent américain - avec Cuba, où Fidel Castro mâtine l'idéologie marxiste-léniniste de tiers-mondiste - ou qu'en Afrique[27],[28]. L'identité marxiste-léniniste est également revendiquée par divers mouvements insurgés, que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique latine ; durant les guerres coloniales portugaises, des mouvements indépendantistes comme le Front de libération du Mozambique et le Mouvement populaire de libération de l'Angola se structurent politiquement en l'adoptant. Le marxisme-léninisme est également l'idéologie de référence de Che Guevara, dont la conception révolutionnaire consiste à apaiser les maux de l'humanité en appliquant les principes du marxisme-léninisme après les avoir fait triompher par le moyen de la guérilla[29].
La république populaire de Chine refuse quant à elle la déstalinisation politique, après l'échec de la « libéralisation contrôlée » des « Cent fleurs » : elle rompt ensuite progressivement avec l'URSS, en revendiquant une position « anti-révisionniste ». Mao développe une vision volontariste de l'organisation économique de la Chine, dans le cadre de la transition vers le socialisme. La mobilisation du pays entier, dans le cadre du Grand Bond en avant - tentative de militarisation de l'économie qui vise à rattraper le retard économique de la Chine et à passer directement au stade du communisme intégral - se traduit par un désastre et une gigantesque famine[30]. Les Chinois s'appuient sur les références au léninisme pour dénoncer le « révisionnisme » des Soviétiques[31]. L'Albanie d'Enver Hoxha, qui partage la même ligne « anti-révisionniste » que la Chine et refuse toute déstalinisation politique ou théorique, rompt également avec l'URSS au début des années 1960 et s'aligne sur le régime maoïste. Enver Hoxha applique un marxisme-léninisme dogmatique et pousse l'athéisme officiel jusqu'à interdire en 1967 toute pratique religieuse en Albanie[32]. Des scissions « pro-chinoises » de divers partis communistes apparaissent sur tous les continents dans les années 1960, à l'image du Parti communiste d'Inde (marxiste), du Parti communiste du Brésil, du Parti communiste d'Italie (marxiste-léniniste), ou du Parti communiste marxiste-léniniste de France. Mao, pour sa part, rompt progressivement avec le modèle stalinien d'organisation politique et économique ; en retrait après l'échec du Grand Bond en avant, il entreprend de reprendre le contrôle total de l'État chinois en démantelant l'appareil du Parti communiste par le biais de la révolution culturelle, qu'il présente alors comme une lutte contre la bureaucratie[30],[33].
L'Albanie, quant à elle, rompt avec la Chine à la fin des années 1970 en faisant le choix de l'isolement politique et du maintien d'une stricte orthodoxie stalinienne. Un certain nombre de partis anciennement maoïstes - qui sont pour la plupart des groupuscules - refusent l'évolution de la Chine et constituent un courant stalinien dit « pro-albanais » (ou « hoxhaïste »)[34].

En Europe, durant les années 1970, différents partis communistes prennent leurs distances avec le marxisme-léninisme durant la période dite de l'Eurocommunisme : plusieurs partis, comme le Parti communiste français et le Parti communiste d'Espagne, cessent ainsi d'y faire référence dans leurs statuts, afin de souligner leur volonté de rénovation politique. L'initiative de l'Eurocommunisme tourne cependant court et n'empêche pas le PCF, au contraire du Parti communiste italien qui prend quelque distance, de demeurer aligné sur l'URSS[35],[36].
Le marxisme-léninisme demeure l'idéologie officielle de l'URSS et de ses alliés du bloc de l'Est durant la période de la perestroïka mise en place par Gorbatchev : le dirigeant soviétique multiplie les déclarations de fidélité au marxisme-léninisme, tout en adoptant un discours se voulant anti-dogmatique et humaniste, et en affirmant sa volonté de remettre à l'ordre du jour les notions léninistes en matière de tactique et de stratégie[37]. Le marxisme-léninisme demeure la référence idéologique au sein du monde communiste jusqu'à l'écroulement des régimes européens, qui se déroule entre 1989 et 1992. Il est également abandonné à partir de 1989, conjointement avec le système de parti unique, dans plusieurs pays communistes non européens comme la Mongolie, le Cambodge et l'ensemble des régimes africains[38]. Le marxisme-léninisme demeure aujourd'hui revendiqué par de nombreux mouvements, d'importance très inégale, à l'image du Parti marxiste-léniniste italien, du Parti marxiste-léniniste d'Allemagne, du Parti communiste d'Espagne (marxiste-léniniste) ou du Parti communiste révolutionnaire de Côte d'Ivoire. En France, différents groupes ont scissionné du PCF dans les années 2000, en continuant de se réclamer des principes marxistes-léninistes, à l'image du Pôle de renaissance communiste en France ou Communistes (actuel Parti révolutionnaire Communistes). Des groupes « hoxhaïstes », voire tout simplement staliniens, continuent par ailleurs d'exister : l'ancien courant « pro-albanais » se réunit au niveau international au sein de la Conférence internationale des partis et organisations marxistes-léninistes (Unité et lutte)[39] tandis que la Conférence internationale des partis et organisations marxistes-léninistes (correspondance de presse internationale) regroupe des organisations maoïstes. Subsistent également des guérillas d'obédience maoïste, comme les naxalites en Inde, le Sentier lumineux au Pérou ou la New People's Army aux Philippines. Au Népal, deux partis se réclamant du marxisme-léninisme, le Parti communiste unifié du Népal (maoïste) — qui a mené durant plusieurs années une guerre civile contre la monarchie, avant de choisir la voie politique — et le Parti communiste du Népal (marxiste-léniniste unifié), ont participé au gouvernement depuis la fin des années 2000[40],[41] : malgré son nom et son idéologie officielle, le Parti communiste du Népal (marxiste-léniniste unifié) est cependant considéré, à la différence du parti maoïste népalais, comme un parti centriste[42]. Ils fusionnent en 2018 pour former le Parti communiste du Népal[43].
Le marxisme-léninisme est l'idéologie officielle en république populaire de Chine[44], au Viêt Nam[45] et au Laos[46]. En Corée du Nord, la mention du marxisme-léninisme a été supprimée dans la constitution de 1992[47] ; des mentions continuent d'en être faites en tant que « prémisse idéologique et théorique » du juche, l'idéologie à usage national créée par Kim Il-sung[48].
Le marxisme-léninisme est l'idéologie officielle à Cuba où il est mêlé aux idées de José Martí[49]. Lors du huitième Congrès du Parti communiste cubain, du 16 au , les références au marxisme-léninisme disparaissent dans le rapport central du congrès mais aussi par l'absence d'images de Marx, Engels et Lénine dans les locaux du congrès[50].
Variantes du marxisme-léninisme
Pensée Mao Zedong et Maoïsme
En Chine, durant l'entre-deux-guerres et dans le contexte de la guerre civile chinoise puis de la guerre sino-japonaise Mao Zedong entreprend d'adapter le marxisme aux réalités chinoises. Mao découvre d'abord les écrits de Lénine, qui ne sont guère traduits en chinois, dans la synthèse fournie par Staline[51]. Le dirigeant communiste chinois élabore successivement les concepts de la guerre populaire, soit la mobilisation de la population chinoise via sa militarisation, et de la Nouvelle Démocratie, défini comme un « front uni » rassemblant tous les Chinois adhérant à la cause du Parti communiste chinois[52] ; la « pensée Mao Zedong » (ou maoïsme) s'impose progressivement comme l'idéologie officielle du mouvement communiste chinois[53].
En Asie, le maoïsme, qui combine à la dimension tiers-mondiste un effort de renouvellement théorique, influence divers mouvements, dans des contextes très divers : les Khmers rouges au Cambodge, ainsi que les PC malais, thaïlandais et birmans. Le Parti communiste d'Inde (marxiste) et le Parti communiste japonais rompent quant à eux avec la Chine devant les excès de la révolution culturelle ; en Inde, les maoïstes de stricte obédience, ou « naxalistes » -provisoirement réunis au sein d'une nouvelle scission, le Parti communiste d'Inde (Marxiste–Léniniste), qui éclate ensuite en de multiples groupes - lancent une insurrection armée, qui se prolonge encore de nos jours. En Occident, dans les années 1960-70, de nombreux groupes apparaissent en revendiquant l'influence du maoïsme - ou du « marxisme-léninisme-maoïsme » - comme le Parti communiste d'Allemagne/Marxistes-léninistes, l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, la Gauche prolétarienne ou le Parti communiste révolutionnaire américain. Certaines de ces organisations vont jusqu'à appliquer leurs consignes de lutte armée en se livrant à des attentats. L'influence du maoïsme décroît cependant très vite en Occident, après la mort de Mao et le choix du réformisme sous Deng Xiaoping[40]. En Chine, l'idéologie maoïste, tout en continuant de faire partie des références officielles du régime, est vidée de l'essentiel de sa substance et subsiste surtout sous la forme d'une pratique politique autoritaire[54].
Critiques du marxisme-léninisme
De nombreux courants marxistes s'opposent au « marxisme-léninisme » depuis son apparition. C'est le cas de la part de courants non-léninistes ou anti-léninistes (luxemburgisme, communisme de conseils, marxisme libertaire, marxisme autogestionnaire, austromarxisme), mais aussi de courants léninistes (trotskisme, bordiguisme, damenisme).
Les courants au sein de la Gauche communiste s'oppose au marxisme-léninisme et au stalinisme.
Opposants politiques à Staline
Boris Souvarine considère que le marxisme-léninisme n'est qu'une « locution mensongère » créée par Staline « pour camoufler ses agissements monstrueux : elle est en réalité synonyme de stalinisme, véritable antithèse du marxisme et caricature même du léninisme »[55].
Trotskysme
Dans la critique trotskyste, le marxisme-léninisme est généralement interprété comme une codification idéologique liée à la consolidation du pouvoir stalinien en URSS. Le principal point de rupture porte sur la théorie du « socialisme dans un seul pays », formulée par Staline, que les trotskystes opposent à la théorie de la révolution permanente défendue par Trotski.
Tout en se présentant comme le continuateur fidèle de Lénine, Staline introduit l’idée selon laquelle l’Union soviétique peut construire le socialisme dans ses propres frontières, malgré l’absence de révolution victorieuse dans les pays capitalistes développés. Cette orientation ne signifie pas officiellement l’abandon de la révolution mondiale, mais son report au profit de la consolidation interne de l’État soviétique et des acquis de la révolution d’Octobre. Elle s’oppose ainsi à la conception trotskyste, selon laquelle la survie du régime soviétique et l’avancée du socialisme dépendent de l’extension internationale de la révolution, en particulier dans les pays industrialisés[56],[57].
Dans cette perspective, le terme marxisme-léninisme désigne l’idéologie dominante du mouvement communiste aligné sur l’URSS, tandis que les courants communistes dissidents refusent généralement cette appellation. Le trotskysme, bien qu’il continue de se réclamer du léninisme et que Trotski se présente comme l’un de ses héritiers, n’emploie pas le terme de marxisme-léninisme pour se définir. Il en va de même pour d’autres courants minoritaires, comme le bordiguisme, qui revendiquent une filiation léniniste tout en rejetant la politique suivie par l’URSS sous Staline[6].
Critique du culte de la personnalité
Un culte de la personnalité, aux accents parfois délirants - et qui se reproduit par la suite avec d'autres dirigeants de régimes communistes - se développe autour de Staline, décrété chef infaillible, paré de tous les vertus et de toutes les compétences, qu'il s'agisse des arts ou des sciences[58],[59].
Critique du marxisme-léninisme comme pseudo-religion
L'historien Nicholas Riasanovsky souligne qu'outre son caractère de « pseudo-science », le marxisme-léninisme constitue également à plus d'un égard une « pseudo-religion », qui se présente comme une explication totalisante de la réalité, et s'arroge la compétence de décréter, en pratique, ce qui est bien et ce qui est mal, partageant le monde en noir et blanc : dans cette vision de type religieux, le prolétariat joue le rôle du Messie, la société sans classes tient lieu de Paradis, le Parti remplace l'Église, tandis que les œuvres de Marx, Engels, Lénine et, jusqu'à une certaine époque, Staline, font office de « Saintes Écritures »[60].
Communistes de conseils
Les conseillistes, ou "communistes de conseils", émettent de fortes critiques sur la stratégie révolutionnaire marxiste-léniniste. Les communistes de conseils allemands et hollandais critiquent la vision léniniste et bolchevique du parti et de la dictature du prolétariat en Union soviétique dès les années 1920. Par exemple, Anton Pannekoek est un conseilliste considérant que la dictature du prolétariat s'incarne par les conseils (de travailleurs). S'il y a éventuellement des élections, alors les élus sont des délégués révocables à tout instant (mandat impératif).

Les conseils, dès le début de la révolution, contribuent au dépérissement de l'État. Les conseils sont en même temps le garant de la montée du communisme dans le processus révolutionnaire. Contrairement à la logique de Lénine optant pour un parti d'avant-garde de professionnels révolutionnaires prenant le contrôle de l'appareil d'État, Pannekoek considère que ce qui doit organiser la révolution sous la dictature du prolétariat sont les conseils ouvriers démocratiques :
« L'organisation conseilliste incarne la dictature du prolétariat. Il y a plus d'un demi-siècle, Marx et Engels ont expliqué comment la révolution sociale devait amener la dictature du prolétariat et comment cette nouvelle expression politique était indispensable à l'introduction de changements nécessaires dans la société. Les socialistes qui ne pensent qu'en termes de représentation parlementaire, ont cherché à excuser ou à critiquer cette infraction à la démocratie et l'injustice qui consiste selon eux à refuser le droit de vote à certaines personnes sous prétexte qu'elles appartiennent à des classes différentes. Nous pouvons voir aujourd'hui comment le processus de la lutte de classes engendre naturellement les organes de cette dictature : les soviets [donc les conseils]. »[61]
Pour les conseillistes du Groupe des Communistes internationaux (néerlandais) : « Ce qui existe en Russie est un capitalisme d’État. Ceux qui se réclament du communisme doivent aussi attaquer ce capitalisme d’État[62] ». « Le bolchévisme, capitalisme d’État et dictature des bureaucrates » selon le marxiste conseilliste Otto Rühle[63].
Le marxologue et communiste de conseils Maximilien Rubel considère que la vision et la position de Lénine sur la dictature du prolétariat est à l'origine du stalinisme, et est donc une trahison de la pensée de Marx. Notamment, Rubel s'appuie et critique un texte de Lénine intitulé "Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets" (1918) pour affirmer cette préfiguration du stalinisme, particulièrement sur l'expression de "dictature personnelle" qu'emploie Lénine[64].
Egalement, Maximilien Rubel critique une idée de Lénine, ce dernier ayant dit dans Que faire ? : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. » Alors que, selon Rubel, pour Marx, au contraire, la théorie révolutionnaire ne fait que formuler et dégager dans l’abstraction le mouvement autonome du prolétariat révolutionnaire[65]. Maximilien Rubel, dans la lignée de Anton Pannekoek, explique que la conception du prolétariat selon Lénine est un prolétariat qui ne peut percer par lui-même le secret de sa propre misère ; il ne peut lui donner un sens « historique » ; il ne peut, à lui seul, penser le socialisme. L'analyse léniniste sépare la conscience « trade-unioniste » et la conscience « socialiste » : alors que pour Marx cette dernière émanait de la classe ouvrière ; pour Lénine, elle vient à l’intelligentsia (bourgeoise), seule capable de comprendre la situation. Rubel considère ainsi que cette idée (qui viendrait aussi de Kautsky, cité dans Que faire ?) qui, jointe à la conception léninienne d’une révolution bourgeoise réalisée par la dictature du prolétariat et de la paysannerie pauvre, confère à cette pensée, et à l’action politique qu’elle commande, un caractère « bourgeois »[65].
Ces analyses sont reprises par la suite par différents courants communistes, et dans les années 1960 par de nouveaux courants marxistes comme les conseillistes de l’Internationale situationniste.
Avec l’émergence des pays dits socialistes, l’œuvre de Karl Marx est devenue politique, et des batailles considérables ont eu lieu concernant son interprétation. Ces interprétations s’inscrivaient toujours dans le cadre soit d’une adhésion soit d’une opposition à sa pensée par rapport aux circonstances géopolitiques internationales (l’émergence de l’URSS, comme seconde puissance mondiale durant la guerre froide face à l’Occident incarnant le capitalisme libéral, ou l’économie mixte keynésienne). C’est dans ce contexte qu’émerge à la marge certains penseurs communistes et marxistes, mais ne se réclamant clairement pas d'une doctrine officielle comme le fera Joseph Staline avec l’émergence du marxisme-léninisme comme idéologie de l’État soviétique. C’est le cas du conseilliste Karl Korsch, ce dernier publie en 1923 Marxisme et Philosophie provoquant sa rupture avec le mouvement communiste léniniste de la IIIe Internationale. Il rappelle à plusieurs reprises dans cet ouvrage que le marxisme n’est pas un matérialisme mécaniste dont pourrait s’emparer les sciences physiques qui seraient au-dessus de la lutte politique, mais qu’il s’agit davantage d’une épistémologie ne cessant de se modifier et de se corriger elle-même pour se mettre en accord avec les conditions réelles et concrètes suivant les circonstances historiques et s’adapter en fonction de celles-ci afin de permettre et de faire des propositions en luttant dans le sens de l’émancipation humaine. Le marxisme ne peut donc pas être par conséquent un dogmatisme. La conscience révolutionnaire ne peut émerger que grâce aux luttes et au sein du prolétariat lui-même ayant à prendre en charge ses propres affaires en s’organisant. Par conséquent à ses yeux, les soviets (les conseils ouvriers soviétiques) sont soumis à l’idéologie marxiste-léniniste, au lieu de produire par eux-mêmes les moyens de leurs propres organisations indépendamment de l’idéologie soviétique en gestation (Karl Korsch publie son livre en 1923). Karl Korsch pense ceci : les philosophies bourgeoises s’intéressent à l’histoire des idées abstraites et rejettent Karl Marx qui met en relation l’Histoire et les idées grâce à sa conception matérialiste de l’Histoire. Et de l’autre, les marxistes mécanistes dérivent vers un matérialisme scientifique (reposant sur les sciences physiques) ignorant totalement les dimensions philosophiques de la pensée de Marx. Pire que cela, la philosophie de Lénine nous ramène selon Korsch à bien avant la pensée de Kant et Hegel, sur l’opposition matière et esprit. Karl Korsch poursuit en disant que les marxistes orthodoxes se sont tournés vers la critique de l’État bourgeois, de la philosophie, de la religion et de l’économie politique, mais ont totalement oublié l’activité révolutionnaire pratique, la prise de conscience du prolétariat à travers l’arme de sa conscience critique, découplant à nouveau la praxis révolutionnaire en théorique d’un côté et en pratique de plus en plus repoussée indéfiniment, s’achevant sur un réformisme social-démocrate. Même la révolution devenait affaire de stricte théorie devant s’appliquer ensuite à la réalité d’où sa critique de Lénine.

