Massacre de Houla (1948)

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Date31 octobre–1er novembre 1948
LieuHoula, Liban
Massacre de Houla
Image illustrative de l’article Massacre de Houla (1948)
Plaque commémorative.

Date 31 octobre–1er novembre 1948
Lieu Houla, Liban
Victimes paysans libanais
Type Massacre
Morts 34–89[1][note 1]
Auteurs Drapeau d’Israël forces de défense israéliennes
  • Shmuel Lahis
Coordonnées 33° 13′ nord, 35° 31′ est

Le massacre de Houla a lieu entre le et le 1948 à Houla, un village du Liban, non loin du fleuve Litani. La brigade Carmeli des forces de défense israéliennes (FDI) s'en empare le sans rencontrer de résistance. Les femmes et les enfants sont expulsés, la plupart des hommes de 15 à 60 ans sont abattus. Entre 35 et 58 hommes sont exécutés dans une maison qui est ensuite détruite à l'explosif[2]. Un seul officier est jugé par un tribunal militaire, et condamné à 7 ans de prison. Cette condamnation est réduite à un an en appel, puis il est amnistié.

C'est la fin de la guerre israélo-arabe de 1948 : les forces de défense israéliennes (FDI) ont conquis et expulsés des centaines de villages arabes. L'état-major lance deux vastes opérations, Yoav au sud pour la conquête du Néguev, Hiram au nord pour celle de la Galilée. Des dizaines de villages sont conquis et des dizaines de milliers de Palestiniens fuient[3].

Les massacres ont été une pratique courante de l'armée israélienne durant cette campagne : la semaine où a lieu le massacre de Houla, 60 à 80 personnes sont massacrées à Saliha, 61 lors du massacre de Safsaf, de 70 à 450 à al-Dawayima[3].

Shmuel Lahis a tué un militant de la milice d'extrême-droite l'Irgoun, débarqué de l'Altalena, alors que celui-ci était en détention et Lahis son gardien. Lahis a affirmé que le tir était accidentel et que la balle a ricoché[4].

Massacre

Une compagnie du 22e bataillon de la brigade Carmeli occupe le village de Hula sans rencontrer de résistance le . Au moins 15 habitants sont massacrés ce jour-là, et 18 le lendemain[3] ou 50 selon d'autres sources[5].

Le gouvernement israélien est informé mais ne réagit pas[3].

Procédure judiciaire

Deux officiers sont tenus responsables du massacre, et sont dénoncés par leur supérieur, Dov Yermiya (en). L'un d'entre eux le premier lieutenant Shmuel Lahis, qui commandait la compagnie, est jugé pour meurtre par un tribunal militaire israélien[6],[7]. Il est poursuivi pour le meurtre de 33 personnes[8]. Pour sa défense, Lahis invoqua que le crime avait été commis hors des frontières d'Israël. Le tribunal rejeta cette défense mais lui laissa la possibilité de faire appel à la Cour suprême d'Israël. Dans ce cas soumis à la Cour suprême, le gouvernement israélien soutint que la Cour suprême ne pouvait interpréter le droit militaire. En , la Cour suprême rejeta les requêtes de Lahis et du gouvernement, autorisant le procès à se poursuivre[9].

Lahis est condamné à 7 ans de prison pour le meurtre de 15 personnes[8]. Sa peine est réduite à un an en appel, peine qu'il ne purge pas en prison, mais dans une base militaire[8], dans des conditions confortables[3]. Il bénéficie d'une amnistie du président Ben Zvi en 1955[8],[3].

Scandale autour de Shmuel Lahis

Shmuel Lahis devient ensuite avocat. En 1978, il est nommé président de l'Agence juive. Certains Israéliens s'opposèrent à cette nomination à cause de son rôle dans le massacre de Houla[5],[7].

Au moment où Lahis est nommé à la tête de l'agence juive, le supérieur immédiat de Lahis au sein de la brigade Carmeli, Dov Yermiya (en), écrit à Arie Dulzin, président de l'Agence, au sujet du rôle de Lahis dans le massacre de 1948. Après la nomination de Lahis, la controverse paraît dans la presse israélienne et provoque un débat à la Knesset. La lettre de Yermiya est publiée par le journal Al Hamishmar (en).

« J'ai reçu un rapport selon lequel il n'y avait au aucune résistance dans le village, qu'il n'y avait aucune activité ennemie dans la zone et qu'il restait une centaine de personnes dans le village. Ils s'étaient rendus et demandaient a rester. Les hommes étaient retenus sous bonne garde dans une maison. Je m'y suis rendu et j'ai vu environ 35 hommes [Yermiya ne se souvient pas du nombre exact, et il y avait environ 50 hommes] entre 15 et 60 ans, dont un Libanais en uniforme [qui n'a pas été tué] [...] Quand je suis revenu le lendemain matin avec l'ordre d'expulsion, j'ai découvert que, en mon absence, deux des officiers avaient abattu tous les prisonniers qui étaient dans la maison à la mitraillette puis avaient fait sauter la maison sur eux. Les femmes et les enfants ont été envoyés à l'ouest [vers le Liban].

Quand j'ai demandé pourquoi il avait fait cela, l'officier m'a répondu que c'était une vengeance de la mort de ses amis lors du massacre à la raffinerie de Haïfa[10],[5]. » Aucun des habitants de Houla n'avait participé au massacre de la raffinerie[3].

Dans sa réponse, Dulzin explique que le passé de Lahis est connu par l'Agence juive depuis 1961. Il révèle aussi que quand Lahis a demandé son enregistrement comme avocat en 1955, la question a été examinée par le Conseil juridique israélien. Il a décidé que qui a mené Lahis devant un tribunal militaire « n'était pas un acte qui entraînait un stigmate ».

Finalement, c'est un autre scandale qui le pousse à démissionner en 1983 : il rédige un rapport sur les raisons que les Israéliens ont de quitter le pays (yerida}[8]. Il meurt en 2019, à 93 ans[11].

Loi du silence

Comme pour la plupart des massacres commis par l'armée israélienne, et malgré le procès et la condamnation de Lahis, une loi du silence protège les militaires israéliens responsables de crimes de guerre. Cette loi du silence se manifeste dans la fermeture des archives sur des affaires sensibles, mais aussi dans le comportement de personnes du commun. Yossef Shai-El, un soldat de la Carmeli qui a témoigné contre Lahis, publié des mémoires dans les années 2000 où il raconte comment il a vécu armé en permanence et changé de domicile pour échapper aux amis de Lahis qui voulaient le venger. Et en , une amnistie générale est décidée pour tous les crimes commis pendant la guerre[3].

Commémoration

Notes et références

Voir aussi

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