Maurice Dalleré
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| Naissance | |
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| Sépulture |
Nécropole nationale de Belleray (d) |
| Nom de naissance |
Maurice Edmond Louis Eugène Dalleré |
| Pseudonyme |
Maurice Gosselin |
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Maurice Dalleré, né le dans le 9e arrondissement de Paris et mort pour la France devant Fleury dans le département de la Meuse le , est un ingénieur et journaliste français du XXe siècle. Son nom est inscrit au Panthéon parmi les 560 écrivains morts au combat pendant la Première Guerre mondiale.
Maurice Edmond Louis Eugène Dalleré, né le [1] au No 25 de la rue de Trévise à Paris, est le fils de Georges Louis Eugène Dalleré (1856-), employé de banque et de Marie Emelie Caland (1855-1925)[2].
Il fait ses études à Reims où il obtient à 16 ans le brevet d'ingénieur électricien et travaille ensuite dans l'industrie comme dessinateur, puis chef d'un bureau de dessin industriel avant le début de la guerre[3].
Il commence son service militaire au 11e bataillon de chasseurs en . Pour des raisons de santé, il est affecté comme soldat de 2e classe au 39e régiment d'infanterie à Rouen au début du mois et nommé caporal en [4]. Le , il épouse Mathilde Germaine Lucie Gosselin (1881-1981) à la mairie du 16e arrondissement de Paris[5].
Après le service militaire et en parallèle de son activité professionnelle, il collabore à divers journaux et revues socialistes et pacifistes comme Le Républicain rouennais (1912), Rouen-Gazette (1912), Le Donjon (1912), Le Miroir (1913), Le Journal du peuple[1]. Il y écrit des articles de politique sociale et de critique littéraire et théâtrale. Pendant la guerre, il collabore à La Caravane que dirige l'un de ses amis, Paul Charrier, et y fait la connaissance de Louis Ténars[3]. Paul Charrier écrit en 1916 dans Le Bonnet rouge que son ami était socialiste[6].
Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, il est rappelé au 39e régiment d'infanterie et nommé sergent en [4].
Devenu sous-lieutenant en , il est dans les tranchées de l'Artois et se lie avec l'écrivain Roland Dorgelès et le journaliste Gabriel Reuillard, également soldats au 39e régiment d'infanterie[7],[8]. Dorgelès relate cet épisode, en s'adressant à Reuillard, dans un article qu'il écrit dans L'Intransigeant en 1928 : « Tu étais soldat, moi caporal de la veille, mais surtout écrivains tous les deux, alors, nous nous sommes vite compris. — Pas joli, hein ? — Et un peu long… C’était Maurice Dalleré, qui nous avait présentés l’un à l’autre, ce cher et doux Dalleré qui venait de recevoir son galon de sous-lieutenant et dont nul danger n’effaçait le sourire, sous sa mince moustache de joli garçon. — Allons donc, blaguait-il, ça finira tout de même… Oui, pour lui, cela devait finir vite : d’une balle en plein front, à Verdun »[9]. Son amitié avec Gabriel Reuillard l'amène à écrire pour Les Hommes du jour, des articles contre la guerre « magnifiquement censurés »[3]. Ce qui lui vaut des remontrances de ses chefs et le conduit à utiliser le pseudonyme Maurice Gosselin[1],[10]. Paul Desanges écrit dans les Les Cahiers idéalistes français que « Personne n’a décrit avec plus de précision, plus de vigueur, plus de franchise, la vie tragique des soldats »[11].
Son texte acerbe publié en illustre certainement ce qu'on a pu lui reprocher en haut lieu : « Et vous prêtres, moines, pasteurs, rabbins, fakirs et charlatans, vous qui vendez vos miettes, facturez vos prières et tarifez vos sermons, prélevez sur les bénéfices de votre commerce, les gros sous nécessaires pour assurer aux pauvres âmes de ces déshérités, les rites, les salamalecs et les mômeries que leurs maîtres chérissaient et dans lesquels leurs esprits inquiets et crédules, trouvaient l'équilibre et la force nécessaire à leur vie. Et vous les gros, les gras, les riches, les puissants, souvenez-vous. N'oubliez jamais ces pauvres bougres, dont les dépouilles mêlées aux boues du Nord et de l'Est forment une muraille qui vous protège. Que le sacrifice de ces pouilleux qui n'avaient rien à défendre, vous rendent meilleurs et plus justes. Et plus tard lorsque les temps heureux seront revenus, ne vous montrez pas si durs, si âpres avec leurs semblables, avec cette horde de gueux, d'anonymes, dont le travail contribua cependant à vous enrichir et sans qui cette Patrie que vous chérissez tant n'existerait plus »[12].

Dans la préface du troisième volume de l'Anthologie des Écrivains Morts à la Guerre, Roland Dorgelès se souvient encore de « Maurice Dalleré avec qui je passai fraternellement des mois de misère, buvant au même bidon, partageant la même paille, Maurice Dalleré avec qui j'échangeai tant de beaux projets sous la caponnière du Bois Marteau. En ont-elles recueilli de ces projets, les sapes où nous nous blottissions ! En ont-elles entendu, de ces rêves juvéniles, les caves de Verdun, les crêtes du Soissonnais, les tanières d’Argonne ! »[13]
Il fait la connaissance Jean Legrix qui, comme lui, est sous-lieutenant au 3e bataillon du régiment en [14]. Bien qu'ayant des idées politiques et une éducation éloignées — Legrix est issu de la riche bourgeoisie catholique, alors que Dalleré est socialiste et anticlérical — les deux hommes deviennent des amis inséparables[15]. Jean Legrix disparait le à Fleury[16]. Nommé lieutenant en , Maurice Dalleré revient de permission le et se fait tuer devant Fleury d'une balle dans la tête, en observant de la tranchée, la zone où son ami a été tué quelques mois auparavant[6],[1],[17],[18].
Le frère de Jean Legrix rapporte cet épisode : « Le même jour [], Maurice Dalleré, revenu de permission, remontait aux tranchées. Un camarade veut l'arrêter au cantonnement : « Reste ici ; ta compagnie sera relevée dans deux heures. » Mais son destin l'entraîne. Il part ; il arrive. Sa compagnie s'équipe pour redescendre. Dalleré semble empli d'un trouble inexplicable. Il s'approche d'un créneau. On le prévient encore : « Prenez garde ; il y a de bons tireurs qui nous ont démoli deux ou trois veilleurs. — Vous savez bien qu'ils ne m'auront pas ; c'est à deux cents mètres d'ici qu'est tombé mon ami ; je veux voir où il dort. » Il braque ses jumelles, et, foudroyé, s'écroule dans cette ombre d'où il n'avait pu arracher celui qu'il aimait. Maurice Dalleré, qui avait passé indemne à travers deux années de combats, est mort sans combattre d'un mouvement de son cœur »[19].
Il est inhumé à la nécropole nationale de Belleray (tombre 884)[20].
La citation qui accompagne son distinction à l'ordre de la Légion d'honneur précise le qualifie ainsi : « officier remarquable à tous les points de vue ; a fait toute la campagne. Rentrant de permission, a voulu, en plein jour, reconnaître sa ligne défensive et a trouvé une mort glorieuse, le ».
Œuvres principales
- « La Vie », L'Homme du Jour, no 422, , p. 9 (lire en ligne)
- « La Mort des humbles », L'Homme du jour, no 423, , p. 10-11 (lire en ligne)
- « La Maison profanée », L'Homme du jour, no 429, , p. 10-11 (lire en ligne)
- « Paroles dans la tranchée », L'Homme du jour, no 430, , p. 12 (lire en ligne)
- « L'Adieu sur le quai », L'Homme du jour, no 438, , p. 12-14 (lire en ligne)
- « Musique !... », L'Homme du jour, no 440, , p. 12 (lire en ligne)
- « L'Incident », Les Hommes du jour, no 441, , p. 12-14 (lire en ligne)
- « Les Hommes qui meurent », L'Homme du jour, no 445, , p. 11-12 (lire en ligne)
- « Celle qui frappe » (son dernier texte publié), Les Hommes du jour, no 448, , p. 6 (lire en ligne)
- « Le Feu intérieur », L'Homme du jour, no 450, , p. 9-10 (lire en ligne)
- « Lettre aux "Humbles" », L'Homme du jour, no 451, , p. 4-6 (lire en ligne)
- « Dans la grande ferme du père Méhu », Les Cahiers idéalistes français, , p. 118-119 (lire en ligne)
Distinctions
Chevalier de la Légion d'honneur, à titre posthume, Journal officiel du [21],[22]
Croix de guerre -, palme de bronze[4]
Hommages
- Le nom de Maurice Dalleré est inscrit au Panthéon dans la liste des 560 écrivains morts pour la France[23].
- Son nom figure sur le monuments aux Parisiens morts pendant la Première Guerre à Paris et sur le mémorial aux écrivains normands inauguré par Roland Dorgelès en à la bibliothèque de Rouen[24],[25].
- Roland Dorgelès dédicace « À Charles Malexis, qui en est revenu. À Maurice Dalleré, qui y est resté » l'édition complète, parue en 1929, du Cabaret de la belle femme[26].