Mausolée des Évêques-de-Trois-Rivières

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Le mausolée des Évêques-de-Trois-Rivières est un monument funéraire situé à Trois-Rivières au Québec. Il est construit en 1965 et 1966, dans le cadre d'une campagne de rénovation à la cathédrale de l'Assomption visant à remplacer la crypte par une salle communautaire au sous-sol. Il est situé dans le cimetière Saint-Michel, un cimetière ouvert au début des années 1920. Ce monument moderne, qui comprend un mausolée de dix tombeaux et une chapelle funéraire est construit selon les plans des architectes Jean-Claude Leclerc et Roger Villemure.

Il s'agit d'un édifice empreint de symbolisme. La chapelle évoque l’ascension des âmes avec sa forme de demi-cône élancée. Quant au mausolée, sa forme massive rappelle le repos des corps en terre. Il s'agit de l'un des rares mausolées construits au Québec au XXe siècle et le seul mausolée extérieur réservé à des religieux.

Il est cité immeuble patrimonial par la ville de Trois-Rivières en 2007 et classé immeuble patrimonial en 2009 par le ministère de la Culture et des Communications.

Le mausolée vu de l'axe principal du cimetière avec un arbre le masquant
Mausolée vu de l'axe principal du cimetière.

Le mausolée des Évêques-de-Trois-Rivières est situé au centre du cimetière Saint-Michel à Trois-Rivières[1]. L'installation à cet endroit n'est pas le fruit du hasard, puisque les plans du cimetière de 1962 réalisés par les architectes paysagistes Benoît Bégin et Georges Daudelin prévoient une chapelle à cet endroit. Il est situé dans un grand espace ouvert, offrant des vues multiples du mausolée à travers le cimetière. La vue principale reste l'axe principal du cimetière depuis l'entrée. L'architecte Jean-Claude Leclerc exploite cette perspective en effectuant une trouée dans le monument, permettant de voir le calvaire du cimetière à partir de l'entrée[2].

Le mausolée est peu visible à l'extérieur du cimetière et ne constitue pas un point de repère dans la ville[2].

Histoire

Contexte

Le diocèse de Trois-Rivières est créé en 1852, d'un détachement de l'archidiocèse de Québec. Il se détache en même temps que celui de Saint-Hyacinthe, dans le but de rapprocher les diocésains de l'administration de l'Église. La cathédrale de l'Assomption est construite entre 1854 et 1858. La flèche est ajoutée en 1882 et surhaussée en 1904. Le décor intérieur est terminé en 1895. En 1964, un important programme de rénovation est exécuté sur la cathédrale, supervisé par l'architecte Jean-Louis Caron. Le plancher en bois est remplacé par un plancher en béton et deux salles communautaires sont aménagées au sous-sol[3].

Le terrain du cimetière Saint-Michel est acheté en 1923 par la paroisse de l'Immaculée-Conception. Il est situé à l'époque sur le chemin de Forges, à la limite nord de la ville. Il est quatre fois plus grand que le cimetière qu'il remplace, le cimetière Saint-Louis. L'aménagement débute en 1923, mais les travaux sont rapidement abandonnés, faute de fonds. Les premières inhumations ont tout de même lieu en 1927. Les travaux reprennent en 1931 et le cimetière est officiellement inauguré l'année suivante. En 1962, on décide de le réaménager substantiellement; l'entrée est reculée du boulevard des Forges, et on prévoit de construire une chapelle funéraire au centre du cimetière. En 1968, un calvaire de quatre personnages de bronze est ajouté dans l'axe central du cimetière[4].

Construction

Plaque du mausolée présentant les maîtres d’œuvres
Plaque de l’inauguration du mausolée.

Lors de la campagne de rénovation de la cathédrale, on se demande où inhumer les corps situés dans la crypte. Deux choix se présentent : soit construire une nouvelle crypte en sous-sol comme pour la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, soit construire un mausolée à un nouvel emplacement. Le désir de récupérer entièrement le sous-sol de la cathédrale impose rapidement le second choix. Le réaménagement du cimetière Saint-Michel prévoyant la construction d'une chapelle funéraire en son centre, on décide alors d'inclure le mausolée à l'ensemble[4].

En 1964, l'administration de l'évêché, sous la supervision de Mgr Georges-Léon Pelletier, commande les premières esquisses aux architectes Jean-Claude Leclerc et Roger Villemure. Bien que Villemure fassent les premiers contacts avec l'évêché, c'est son associé, Leclerc, qui prend en charge le dossier avec son assistant, le designer Victor Pinheiro. C'est ce dernier qui élabore le premier jet du projet avec deux voiles de béton. Lors de la présentation du projet à l’évêché, l'idée des voiles subsiste, mais on décide de donner deux formes distinctes au mausolée et à la chapelle. La chapelle illustrerait un élan vers le ciel alors que le mausolée serait un volume massif et ancré vers le sol. Leclerc le décrit comme ceci[5] :

« […] ce ne sera pas un bâtiment ordinaire, mais plutôt un monument central utilisable à trois principales fins : tombeaux des évêques, cérémonies religieuses intérieures et extérieures, et une des stations du chemin de croix, le tout devant être le centre de gravité et donner la tonalité et l’élaboration du cœur du cimetière[5]. »

Le plan du mausolée se précise au début du 1965 et les devis sont faits en . C'est l'entrepreneur général Henri Saint-Amant qui décroche le contrat pour un montant de 76 000 $. Le coût des travaux comprend la sous-traitance de la compagnie Canada Gunite Co. Ltd pour la construction des voiles de béton. Les architectes et probablement les ingénieurs[source insuffisante] offrent leurs services sans rémunération, une pratique habituelle à l'époque pour un projet impliquant un évêché ou une fabrique. La fondation en béton armé est coulée en octobre et et les travaux sont interrompus pour l'hiver. Ils reprennent en mars de l'année suivante avec l’installation des voiles de béton, les travaux de finition ont lieu l'été suivant[5].

Au cours du mois de juin et , les corps sont exhumés de la crypte de la cathédrale. Si l'identification des tombes des évêques est facile, celle des autres corps est plus ardue. Finalement, cinq des 45 corps enterrés depuis 1850 n'ont pu être identifiés[5]. La translation et l’inhumation des corps ont lieu à la fin de l’été 1966. Les corps des quatre évêques sont déposés dans le monument funéraire et les autres dépouilles au pourtour. Le mausolée est inauguré au cours de l'été par Mgr Georges-Léon Pelletier[6].

L'édifice est cité immeuble patrimonial par la Ville de Trois-Rivières le . Jean-Claude Leclerc ainsi que l'abbé Paul Guay, de l'Évêché de Trois-Rivières, sont interviewés la même année pour établir un dossier d'évaluation patrimoniale[7],[8]. Deux ans plus tard, le le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine classe le mausolée comme immeuble patrimonial[9]. Il est l'un des trois édifices modernes à avoir été classés ou cités du vivant de son concepteur, avec la maison Ernest-Cormier et Habitat 67[8].

Architecture

Intérieur de la chapelle en direction de l'autel
Intérieur de la chapelle avec la sacristie à gauche.

Le mausolée est un édifice construit entièrement en béton armé[1]. La toiture est composée d'un voile mince de béton giclé. Il a une dimension de 27,43 m de longueur par 15,24 m de largeur, et une hauteur de 16,76 m. L'édifice est composé de deux parties ; une chapelle funéraire de 60 places et un mausolée comprenant dix tombeaux, dont cinq sont occupés[10].

La forme de la chapelle rappelle celle d'un voile orienté vers le ciel. Elle est composée d'une nef orientée vers l'autel. Les bancs sont en bois et en béton et sont aménagés légèrement en contrebas. Elle a une petite sacristie de forme arrondie dont la surface est en béton strié verticalement, une technique courante dans l'architecture brutaliste de l'époque. Elle est aussi munie d'une gargouille. Cette dernière sert aussi de support au toit. Les côtés ouest et nord sont ouverts pour permettre à la chapelle de recevoir plus de gens alors que le côté est n'a qu'une petite ouverture. Le toit est composé d'un voile mince arrondi. Une verrière installée à un angle de 45° permet à la lumière d'éclairer la chapelle par le toit[11].

Les dix tombeaux de évêques avec la mention « Fais briller sur eux la lumière éternelle » au-dessus
Les tombes du mausolée.

Le mausolée a une forme beaucoup plus massive. Il est percé de deux entrées permettant le flot continu des visiteurs lors des cérémonies. Les pierres tombales sont en granite gris et légèrement inclinées. Elles sont éclairées par des soupiraux horizontaux percés à leurs têtes qui sont munies de barres de fer disposées aléatoirement. Une inscription, « Fais briller sur eux la lumière éternelle », est installée juste en haut des soupiraux. Le toit, qui est disposé de façon beaucoup plus basse que celle de la chapelle, est composé de deux voiles minces paraboloïdes hyperboliques supportés par une poutre centrale et les murs. Deux gargouilles disposées de chaque côté du monument éloignent les eaux de pluie de la structure[11].

On voit sur tout le monument les marques de décoffrage du béton, qui sont tantôt peintes, tantôt laissées à nu. Les murs principaux sont marqués par des lignes de coffrage conventionnel alors que le toit garde les traces des planches de bois qui sont dues à la méthode de construction à ciment soufflé. La surface du toit extérieur est, quant à elle, enduite de membranes d’étanchéité[12].

Une poutre centrale est située au centre du monument entre la chapelle et le mausolée. Cette poutre, qui est un plan horizontal en porte-à-faux et sans appui apparent, donne l'impression de flotter dans les airs. Le passage couvert qu'elle protège offre une trouée visuelle du calvaire du cimetière à partir de l'entrée principale[13].

Mausolée vu du calvaire
Mausolée vu du calvaire.

L'ensemble est empreint de symbolisme et prend une grande importance dans l'aspect architectural du monument. La chapelle s'élève vers le ciel et est baignée par la lumière. Sa forme ainsi que ses nombreuses ouvertures évoquent aussi la légèreté. Quant au mausolée, son volume bas et ses murs épais évoquent la massivité. Ses faibles ouvertures font régner la pénombre qui évoque le respect funèbre. La dichotomie de l'ensemble (légèreté et massivité, lumière et ombre, ouverture et fermeture, élan et retenue) évoque la métaphore de l’esprit et du corps et sert très bien la double symbolique chrétienne de l'ascension de l’âme après la mort et celle du corps mis en terre[13].

Bien que ne durant que de 1960 à 1972, la carrière d'architecte de Jean-Claude Leclerc est néanmoins ponctuée de plusieurs œuvres importantes. Il est généralement considéré comme l'architecte qui introduit le modernisme à Trois-Rivières. À l'exception de quelques bâtiments, la majorité de la production de Jean-Claude Leclerc se situe dans la région immédiate de Trois-Rivières[14].

Le mausolée occupe une place de choix dans la production de Leclerc. Il fait partie de ses œuvres les plus marquantes que sont l'église Notre-Dame-du-Rosaire de Fatima et l'hôtel de ville de Trois-Rivières. Bien qu'il soit moins imposant que ses deux autres œuvres, il s'inscrit bien dans la période corbuséenne de Leclerc, qui a débuté après qu'il a visité quelques œuvres de Le Corbusier et travaillé dans l'atelier d'André Wogenscky. Il reprend dans le mausolée quelques références formelles de la chapelle Notre-Dame-du-Haut et du couvent Sainte-Marie de La Tourette comme les murs massifs, les voiles en béton, les gargouilles et quelques autres détails[15].

Le monument ne jouit pas d'une grande fortune critique. Les ouvrages traitant d'architecture de l'époque, Architectures du XXe siècle au Québec de Claude Bergeron et Architecture contemporaine du Québec 1960-1970 de Laurent Lamy, n'en font aucune mention. La critique de cette œuvre provient d'un bulletin du groupe Docomomo Québec publié en 1994 et écrite par l'architecte Daniel Durand. Ce dernier évoque les principales œuvres architecturales de Trois-Rivières des années 1960. Il écrit sur le mausolée : « la forme générale n’est pas aussi achevée qu’on pourrait s’y attendre sachant qu’elle fut dessinée par Leclerc et Pinheiro. » Il ne semble pas avoir fait de recherches poussées, car il date la construction à 1970[16].

Personnalités enterrées

Notes et références

Annexes

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