Meu (rivière)

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Le Meu
Illustration
Le Meu à Montfort-sur-Meu.
Caractéristiques
Longueur 83,7 km [1]
Bassin 468 km2
Bassin collecteur Bassin de la Vilaine
Débit moyen 3,13 m3/s (Montfort-sur-Meu)
Régime pluvial
Cours
Source source
· Localisation Saint-Vran (Côtes-d'Armor)
· Altitude 225 m
· Coordonnées 48° 14′ 08″ N, 2° 27′ 40″ O
Confluence Vilaine
· Localisation tripoint Chavagne, Goven et Bruz
· Altitude 20 m
· Coordonnées 48° 01′ 53″ N, 1° 46′ 37″ O
Géographie
Pays traversés Drapeau de la France France
Département Ille-et-Vilaine, Côtes-d'Armor
Régions traversées Bretagne

Sources : SANDRE, Géoportail

Le Meu est une rivière française de Bretagne non navigable qui coule dans les départements d'Ille-et-Vilaine et des Côtes-d'Armor, et un affluent droit du fleuve la Vilaine.

Parcours

Long de 83,7 km[1],[2], c'est un affluent de la Vilaine en rive droite. Sa dénivellation s'élève à environ 200 m entre sa source à Saint-Vran située à 225 m d'altitude et 77 km plus loin à Mordelles à 23 m[3], puis l'altitude baisse à 20 m quand la rivière se jette dans la Vilaine près du château de Blossac[4].

A la fin du xviiie siècle, la connaissance de l'emplacement de la source était encore floue, comme le montre cette description de J.M. Mahias qui se désigne non pas comme géographe, mais comme homme de lettres[5],[6] : "Le Mein est une petite rivière qui se perd dans la Rance, et qui arrose Montfort et Bréal"[6].

Il prend sa source à Saint-Vran dans les Côtes-d'Armor, coule vers l'est, et se jette dans la Vilaine au niveau du château de Blossac, au tripoint entre Chavagne (au nord), Goven (au sud) et Bruz (à l’est). Le PDPG (plan départemental pour la protection des milieux aquatiques et la gestion des ressources piscicoles) d'Ille-et-Vilaine distingue deux tronçons de cette rivière. Le Meu amont part de la source à la confluence avec son affluent le Comper à Saint Gonlay, de cet endroit jusqu'à la Vilaine, on parle du Meu aval[7].

Près de sa source au lieu-dit le Breil Pignard, plus haut sur la colline et à 1,5 kilomètre plus au nord-ouest, naît l'Yvel au lieu-dit la Sourtoire, puis 500 mètres plus au nord-ouest au Bois Rillet (Barillet), le Ninian. Ces trois rivières se situent au versant sud de la ligne de partage des eaux qui les sépare de la Rance à 2 kilomètres au nord du Meu prés de la commune de Saint-Launeuc[8],[9],[10].

De nombreux moulins à eau sont encore visibles sur les bords de cette rivière entre Goven et Saint-Launeuc[11] faisant partie de deux-cent-onze moulins hydrauliques repérés et étudiés dans le département d'Ille-et-Vilaine[12] (voir section ci-dessous « Moulins à eau »).

Vingt-et-une commune sont traversées, dont les principales en termes du nombre d'habitants sont Montfort-sur-Meu et Mordelles. Il forme successivement et sans discontinuité la frontière entre :

Départements (ou autres divisions administratives), communes et cantons traversés

Le Meu traverse les départements des Côtes d’Armor et d’Ille-et-Vilaine. La majeure partie de la superficie de son bassin, environ 85 %, s'étend en Ille-et-Vilaine, environ 15 % sont dans les Côtes-d'Armor et une petite partie dans le Morbihan. Les collectivités territoriales qui participent au bassin du Meu sont la costarmoricaine Loudéac Communauté - Bretagne Centre, ainsi que les bretilliennes Saint-Méen Montauban, Brocéliande Communauté, Vallons de Haute Bretagne, Montfort Communauté et Rennes Métropole[13].

Bassin versant

Le bassin du Meu avec ses affluents couvre un territoire de 84 305 hectares entre Saint-Vran (Côtes-d'Armor) au nord-ouest, et les communes bretilliennes Miniac-sous-Bécherel au nord-est, Chavagne au sud-est et Plélan-le-Grand au sud. Sur l'ensemble du bassin, le substrat rocheux est constitué de schistes[14]. Dans le bassin versant de la Vilaine, celui du Meu se place entre la bassin de l'Oust et la Vilaine. Cet ensemble est délimité par les lignes de partage des eaux qui le sépare du Blavet à l'Ouest, de la Rance et du Couesnon au Nord, de la Mayenne et ses affluents à l'est et de l'Erdre au sud[15],[16].

Organisme gestionnaire

Le , le Syndicat mixte du Bassin Versant du Meu a été créé, se composant de 37 communes sur un territoire de 630 km2. Son but était la protection des eaux et des milieux aquatiques. Ce syndicat a été dissous le [17],[18]. Son territoire correspond désormais à l'Aire d'alimentation de captage du Meu au sein de la collectivité Eau du bassin rennais ; ses compétences ont été transférées à Eaux et Vilaine[18],[19],[20],[21]. Une prise d'eau dont l'aire d'alimentation s'étend sur le bassin du Meu se situe à la Ville Chevron à Mordelles[22],[23]. Elle est classée captage prioritaire vis-à-vis des pesticides depuis 2011[18], un arrêté préfectoral y « interdit l’utilisation de produits phytosanitaires contenant de l’acétochlore, de la diméthénamide-P, du S-métolachore, de l’isoproturon, du mécoprop et du mécoprop-P », à partir du [22].

Affluents

Le Meu compte 46 affluents, dont 29 mesurent entre 1 à 3 kilomètres, neuf ont une longueur entre 4 et 9 kilomètres. Seulement 23 de ces ruisseaux sont désignés par un nom, les autres par un code. Le Meu a comme principaux affluents[1],[24],[3] :

Le Meu de la source à l'embouchure
Nom de l'affluent Rive Confluence avec le Meu Longueur (km)
La Vaunoise[25] gauche Mordelles 33
Le Garun[26] gauche Montfort-sur-Meu 30
La Chèze[27] droite Entre Le Verger et Bréal-sous-Montfort 24
Le Serein[28] droite Talensac 20
Le Comper[29] droite Saint-Gonlay 17
Le Bois Hamon[30] gauche Muel 12
Le Grénédan[31] droite Gaël 12
Le Boutavent[32] droite Iffendic 12

Qualité de l'eau

Le suivi de la qualité physico-chimique du Meu se fait grâce à des points de prélèvement sur les communes de Loscouët-sur-Meu, d'Iffendic, de Mordelles et de Chavagne (d'amont en aval)[33], qui donnent les résultats suivants :

Relevés à Loscouët-sur-Meu
Nitrates2010201120122013
Concentration du paramètre (percentile 90) 24 26 20 29
Classe SEQ-Eau
Relevés à Iffendic
Nitrates2010201120122013
Concentration du paramètre (percentile 90) 37 38 26 39
Classe SEQ-Eau
Relevés à Mordelles
Nitrates2010201120122013
Concentration du paramètre (percentile 90) 39,5 34,8 25,8 37,9
Classe SEQ-Eau
Relevés à Chavagne
Nitrates2010201120122013
Concentration du paramètre (percentile 90) 33 35 26 37
Classe SEQ-Eau

Histoire

Le Meu comme frontière

Sur sa portion de Montfort-sur-Meu, puis de Talensac jusqu'à son embouchure dans la Vilaine à Goven, le Meu marquait une frontière politique, religieuse et linguistique dans le passé.

Une frontière politique

D'après Louis Pape, il est certain que les Romains ont doté la gaule de frontières administratives précises pour des raisons fiscales. (22–23). En se basant sur la notion de la continuité dans le temps (p. ex. les limites des futures diocèses) et des données toponymiques, la frontière orientale des Coriosolites a pu être localisée avec une certaine précision près des vallées des cours d'eau Biez Jean, Linon, Rance, rejoignant ensuite le Garun, puis le Meu jusqu'à la Vilaine et suivant celle-ci jusqu'à son confluence avec l'Oust à Redon[34], valable jusqu'au IIIe siècle, et pour le secteur du Meu encore au Bas-Empire[35],[36],[37].

Cette frontière jouait encore un rôle pendant l'immigration bretonne, alors que les Francs sous Clovis autorisaient les Bretons venant de l'île de Bretagne de s'installer dans les anciennes cités des Osismes, partiellement dans celle des Venètes et, plus à l'est, dans celle des Coriosolites[38],[39],[40]. Le Meu devenait donc sur sa partie entre Talensac et l'embouchure une frontière entre la principauté bretonne de la Domnonée et le comté franc de Rennes[41]. Cependant, la large bande frontalière entre ces deux entités politiques, n'était pas, d'après les connaissances actuelles, définie administrativement par des pagi comme le reste de la Domnonée selon les cartes présentées par René Couffon et Bernard Tanguy[42],[43]. Le linguiste Léon Fleuriot fait mention du pagus Orcheus cité dans un manuscrit à propos de saint Maelmon et situé « à l’ouest immédiat de Rennes ». Au XIXe siècle et encore du vivant de l'auteur au XXe siècle, des ouvrages en terre témoigneraient de la situation frontalière de cette région[44]. D'après un autre auteur, Talensac aurait été « érigé sur le territoire du canton d'Ork »[45] (Orcheus pourrait être issu de orc- "fossé, sillon, retranchement de terre"[44]). Pour Henri Quilgars, la frontière orientale de la Domnonée se confond avec la limite orientale de l'expansion de la langue bretonne et atteint donc le Meu[46]. Le roi de la Domnonée au VIIe siècle, Judicaël, a possédé un château à Talensac dont témoignerait une butte de terre artificielle au lieu-dit le Châtellier[47], au IXe siècle le roi de Bretagne Erispoë y résidait[41], assassiné en 857[48],[49], sur l'autel de son église selon un auteur[50].

Une frontière de l'organisation ecclésiastique

À partir de la fin de l'Antiquité, les neuf évêchés bretons se sont progressivement installés dans les cinq cités gallo-romaines armoricaines. La limite entre les diocèses d'Alet (Saint-Malo à.p. du XIIe siècle) et de Rennes épouse en partie celle de la frontière orientale de la cité des Coriosolites à savoir entre la limite avec le diocèse de Vannes à Guipry et celle avec le diocèse de Dol à Saint-Léger-des-Prés[51],[52]. Cette limite est jalonnée par des églises dédiées à saint Malo d'abord sur la Vilaine à Saint-Malo-de-Phily, puis sur le Meu à Bréal-sous-Montfort, celle de Talensac dédiée à saint Méen, avant de quitter la rivière en tournant vers Breteil dont le patron était encore saint Malo. Ces églises comme d'autres servaient au bornage du territoire diocésain dont les confins étaient encore disputés au IXe siècle[53]. Au XIIe siècle, l'évêque d'Alet, Jean de Châtillon confisqua l'église de Goven[54].

Une limite linguistique

Différentes hypothèses sur la « frontière » linguistique entre le breton et le roman au IXe siècle

Sur cette portion, le Meu ou ses communes riveraines, selon les auteurs Aurélien de Courson[55],[56], Joseph Loth[57] ou Henri Quilgars[46], deviennent dans ce contexte historique un morceau de la frontière linguistique entre les parlers breton et roman, la présence bretonne ayant été seulement ponctuelle plus à l'est. Du côté ouest de cette frontière, des locuteurs bretons romans et peut-être gaulois se côtoyaient possiblement, mais le recul du breton vers l'ouest était entamé dès le Xe siècle. Une zone mixte s'établissait alors où deux langues, le breton et le roman, ce dernier évoluant vers le gallo, étaient pratiquées à des degrés différents[58],[59],[60].

En 1863, Aurélien de Courson décrit « l'ancienne limite séparative entre le pays gallo et le pays bretonnant » du IXe siècle par une ligne qui relie un certain nombre de communes, dont Langan, Mordelles, Bréal-sous-Montfort et Goven[55],[56]. Ce choix est critiqué par Joseph Loth[61], qui en 1907 s’appuie sur les toponymes dotés anciennement du suffixe -acum évolué en -ac (p. ex. Chauvignac à Guichen) sous l'influence bretonne, et en -e et -ay (p. ex. Chauvigné, Parthenay) dans la zone romane[62]. Il place sa « ligne de démarcation » à l'ouest d'une série de communes aux noms romans comme « Pontréan, Bruz, Moigné, le Rheu, l'Hermitage »[57],[63]. Bernard Tanguy, à la suite d'une critique de cette hypothèse, réinterprète les toponymes en -ac comme des survivances du gaulois matérialisant la limite de l'expansion du roman vers l'ouest[64]. Finalement, Henri Quilgars, en 1927, affirme que « les limites de la toponomastique[65] bretonne » se confondent depuis Redon avec la Vilaine, puis avec le cours du Meu jusqu'à Talensac où elle le quitte dans la direction du nord-est vers Breteil, puis vers le Couesnon[46].

Cette idée d'un tracé en apparence rigoureuse est critiqué par les historiens André Chédeville et Hubert Guillotel, qui font remarquer que cette frontière linguistique valable pour le IXe siècle ne tient pas compte de plusieurs facteurs. La colonisation bretonne ne la pas forcément atteint à la même époque, elle était très tardive dans certains endroits et incomplète. Des toponymes bretons ont pu disparaître ou être déformés lors de l'avancé de la langue romane vers l'ouest. Les questions de savoir à quel point les régions armoricaines notamment dans sa partie orientale étaient ou complètement ou superficiellement romanisées, si le gaulois revigoré à la suite de la colonisation bretonne était encore présent ou pas, n'ont pas encore trouvé une réponse définitive[66],[67].

Une autre approche est celle de Jean-Yves Le Moing, qui a analysé la micro-toponymie sur la base de la Nomenclature de l'INSEE[68], les noms des lieux-dits en Haute-Bretagne. Il arrive à calculer un pourcentage indiquant la part des noms d'origine bretonne ou au moins celtique (voir la carte)[69]. L'auteur ne retient cependant que les pourcentages significatifs, supérieurs à 4,5 %[70]. Sur sa carte de synthèse, la zone à l'ouest du Meu (et de la limite orientale de l'ancien diocèse de Saint-Malo) s'étendant à peu près jusqu'à Paimpont, 5 à 20% des toponymes sont d'origine bretonne, moins de 5 % de l'autre côte, dans l'ancien diocèse de Rennes[69]. Le pourcentage de chaque commune, selon son hypothèse, serait également un indice chronologique de la disparition du breton selon la formule « T = 1000 x (1+P) » avec une marge de plus ou moins. Le breton aurait ainsi disparu à Goven autour de l'an 1100, Bréal-sous-Montfort à Talensac autour de 1350 à Chavagne vers le milieu du XIIe siècle[71].

Hydronymie

Le nom du Meu, affluent de la Vilaine en Haute-Bretagne a fortement varié depuis le temps de son première attestation au Moyen Âge. De Modonem attesté au Haut Moyen Âge, Modani au début du XIIIe siècle, la forme du nom s'est raccourcie à une seule syllabe en perdant aussi les consonnes intérieures d et n. Des formes proches de la forme actuelle sont attestées depuis le début du XVe siècle et ont été remplacées en partie par Men, à côté duquel Muhel et Flusel sont attestés pour le même cours d'eau. C'est à partir du début du XIXe siècle que le n est abandonné et que le nom actuel, le Meu, s'impose. En ce qui concerne l'étymologie du nom, certains auteurs renvoient à un thème gaulois *Modo ; un autre cherche l'origine du Meu dans un mot vieux-breton *mon.

La forme bretonne du nom, Ar Mozon, est moderne et attestée depuis 1993[72].

Historique des attestations du nom

Moyen Âge : Modonem, Modani

Le nom de la rivière est attesté sous les formes Modonem au VIe siècle et Modani en 1213[73]. Ces formes sont citées par J.-Y. Le Moing dans le Dictionnaire topographique de l'abbé Pierre Bossard[74],[75],[76].

Cet auteur a repéré la première forme dans un extrait de la Vita S. Mevenni[77] ("Vie de Saint-Méen"), "Cis enim fluvium Modonem [et ultra cam posside]", que l'historien Arthur Le Moyne de la Borderie[78] traduit par "[Ce domaine] s’étend des deux côtés du Meu ; des deux côtés il sera à toi" et qui aurait été prononcé quand Mewen (Méen) avait été prié par Caduon de s'installer sur son domaine près du Meu ("Caduonus usque ad Modonem fluvium quotidie deambulabat")[78],[77],[79]. Certains auteurs mettent cependant en doute que la Vita S. Mevenni soit rédigée avant le Xe ou XIe siècle comme l'affirme son éditeur F. Plaine qui place le manuscrit d'ailleurs plutôt au VIIIe siècle sans en être certain[80],[81],[82].

La deuxième attestation, Modani, provient selon l'abbé Bossard d'un acte concernant la Dotation de l’abbaye de Saint-Jacques de Montfort-sur-Meu ratifié en 1213 par le seigneur de Montfort et relatant des faits et situations dans la région comprise entre TalensacMontfort-sur-Meu et Gaël vers 1152. Cet acte est cité et traduit dans un ouvrage de 1858 : « Corninellus dedit vineam juxtà aquam Modani » ("Corninelle a donné une vigne auprès de la rivière du Meu")[83].

Du bas Moyen Âge au XVIIe siècle : Meue, Moue...

Dans le code forestier Usements et coustumes de la forest de Brécelien rédigé en 1467 et publié dans la Cartulaire de Redon, on trouve le lieu Vaudemeu dans la forêt de l'ancienne paroisse[84] de Coulon[85], aujourd'hui le lieu-dit Vaulst ou Vaux-de-Meu rattaché à Montfort-sur-Meu[86],[87]. La forme Meue est attestée en 1412[74], dans une étude cartographique de 1543[88] et par l'historien Pierre Le Baud en 1638[89]. L'abbé Bossard cite d'autres formes pour les XVe au XVIIe siècles : Moue, 1455, Moee, 1471, Le Moe, 1518, Le Meust, 1578, Le Moeue, 1656[74]. Cette dernière variante est utilisée en 1784 dans une carte thématique au sujet de la navigabilité des cours d'eau en Bretagne[90],[91],[92].

Au XVIe siècle débute la cartographie de la France[93]. Sur les premières cartes de la Bretagne à la fin de ce siècle[94], dont sur celle de Bertrand d'Argentré de 1588[95], ainsi que sur les reproductions par d'autres auteurs[96],[97], figurent le tracé du Meu, mais pas son nom.

Du XVIIe au XVIIIe siècle : Men, Mein, Muhel... et Flusel

Du début du XVIIe siècle jusqu'aux années 1780, les cartographes semblent privilégier la forme Men[98],[99],[100],[101],[102],[103],[104],[105],[106],[107],[108],[109],[110],[111],[112], parfois Mein[113] ou Méen[114]cette dernière apparaissant encore dans la première moitié du XIXe siècle[115],[116].

En 1771, Jean Ogée (voir ci-dessous) participe à deux cartes dont l'une nomme le cours supérieur de la rivière Muel, son cours inférieur Men[117], l'autre attribuant Muel à l'ensemble[118]. En 1790, l'auteur d'une carte rééditée en 1827 écrit Muet[119]. Dans la langue régionale gallo, Muel se prononce effectivement Muè [mɥɛ] (attesté de nos jours à Gaël, Muel), Meû·è [møɛ] (attesté à Bléruais) ou Mué [mɥe][120]. À la fin de cette décennie, le dictionnaire d'Ogée[121],[122],[123] présente les formes déjà rencontrées chez les cartographes, Mu(h)el et M(é)en. La première est repérée pour les paroisses riveraines s'égrenant vers l'aval entre Gaël et Iffendic. La deuxième forme est citée dans les articles sur les paroisses entre Montfort et Chavagne.

Pour Bréal et Cintré, le dictionnaire propose aussi l'alternative Flusel. Ce dernier nom a été utilisé également pour un affluent du Meu, peut-être identique au Fluxel, qui aurait eu sa source à Pleumeleuc en se jetant dans le Meu à Cintré[124],[125]. Sur une carte de l'évêché de Rennes éditée entre 1770 et 1779[126], figurent les deux cours d'eau, Men et Flusel. Les noms étant écrits sur cette carte en amont de Cintré, lieu de leur confluence, le trait ayant la même épaisseur, il n'est pas possible de savoir qui est l'affluent[127] et qui est l'effluent[128].

Également en 1777-1778, le prieur et historien Gilles Deric[129],[130], place la scène de l'offre de Caduel à Mewen sur les rives du Muhel (voir ci-dessus)', qui se joint d'après cet auteur au Men à Montfort.[131] Il propose également une étymologie du nom de saint Méen, qu'il nomme lui-même Men, en admettant les variantes Mein, Méen et Main[131]. Lui aussi pense que Men et Flusel sont les synonymes de la même rivière[131]. Le Baron du Taya pose prudemment la question d'un lien entre le nom du saint et celui de la rivière[132].

Au XIXe siècle, le Meu s'impose

Dans les cartes de l'Atlas national de France établi entre 1790 et 1800[133] après la création des départements, le Meu bien que présent par son tracé, n'est pas identifié par son nom[134].

À partir de 1801 quand le nom de Montfort fut élargi par -sur-Meu[135],[136], désignant la ville et la sous-préfecture de l'arrondissement du même nom, Meu commence à s'imposer pour désigner la rivière. Dans la seconde édition de 1843 dictionnaire d'Ogée par Alphonse Marteville et Pierre Varin, certaines des anciennes formes sont préservées, d'autres remplacées par Meu, ou bien complétées par un ajout entre crochets de ce nom. Dans l'article sur Gaël, les auteurs admettent à côté de Meu, les formes Men et Muhel[137],[138]. Dans l'article qui est affecté à ce cours d'eau dans le chapitre Rivières et Canaux, le nom est Meu[139].

Les plans des cadastres anciens dits « napoléoniens » des départements des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) et de l'Ille-et-Vilaine, montrent que la forme moderne se fixe seulement progressivement. Sur les plans de Saint-Vran, où la rivière prend sa source, elle est appelée Mur en 1810, et en 1845, on y écrit « rivière de Mur ou de Meu ». Également dans les Côtes-du-Nord-d'Armor, à Merdrignac, Saint-Launeuc et à Trémorel, on trouve la forme Meux dans les plans cadastraux. À partir de Loscouët, puis tout au long de son cours en Ille-et-Vilaine, la rivière est désignée par le nom Meu. L'article est encore absent du nom sur les plans établis entre 1810 et 1845 de quelques communes, mais est présent ailleurs et semble progressivement devenir la règle dans les plans cadastraux établis à partir des années 1830[140],[141].

En 1880, Loscouët devient Loscouët-sur-Meu[135].

Hypothèses étymologiques

La forme latine du Meu, Modonem apparaît dans un acte de 1052 présenté en 1742 par Hyacinthe Morice, et qui concerne les terres de l'abbaye de Montfort qui reçoit "l'autorisation de construire un cimetière dans la paroisse de Bédée, près de la rivière Meu" ("concessimus in Bedensi parrocchia iuxta fluvium Modonem cymeterium fieri")[142]. Un siècle plus tard, l'abbé Oresve écrit que "la rivière du Meu, [...] serait mieux appelée Modon ou Modao", car l'origine du nom est selon cet auteur dans la langue latine (Modo-onis, Modanus, -ani)[143]. Dans son livre Altceltischer Sprachschatz "Patrimoine linguistique du vieux celtique", le philologue Alfred Holder[144] qui s'appuie également sur la Vita Mevenni, cite Modonem dans l'entrée Mod-o[145]. Le spécialiste de l'hydronymie Paul Lebel[146] voit le thème gaulois à sens inconnu *modo, qu'il a extrait du nom de la ville Moyeuvre (*Modobriga ; briga "colline"[147]) en Moselle, dans des noms de rivière Moda et Modonnos en Irlande ou "Modone en Ille-et-Vilaine". Le thème *Moda[148] serait l'ancien nom de la rivière Conroy qui arrose Moyeuvre.

Dans son Dictionnaire des hydronymes de 2022, Jean Maillet propose de chercher l'étymologie de Meu dans un terme vieux-breton *mon proche du gallois mawn "marécage"[149], "tourbe" (angl. "peat") d'après des dictionnaires spécialisés[150],[151],[152]. Selon lui, un mot non attesté en breton moderne, Meun, est utilisé comme suffixe dans des toponymes comme Kermeun et Tromun qu'il localise dans les Côtes d'Armor[149], mais qui sont des lieux-dits des communes finistériennes Nevez et Plouyé[86],[87]. Selon son hypothèse, la chute du son [n] a pu donner Meu. Il la justifie par la topographie de la rivière, son lit marécageux en fournissant l'exemple de l'étang de la Hardouinais à Saint-Launeuc[149]. L'auteur ne cite et ne revient sur aucune des attestations anciennes dans son article.

Activités économiques

Voir aussi

Notes et références

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