Michel Puy
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| Naissance | |
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| Décès |
(à 81 ans) 15e arrondissement de Paris |
| Nationalité |
Française |
| Formation |
Licence en droit |
| Activité |
Poète, critique d’art, critique littéraire, essayiste, historien de la littérature |
| Distinction |
Officier d’Académie ; Officier du Mérite agricole ; Officier de la Légion d’honneur |
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Michel Puy (né le à Roanne et mort le à Paris) est un poète, critique d’art, critique littéraire, essayiste et historien de la littérature français, frère cadet du peintre Jean Puy (1876-1960).
Origines
Michel Puy est issu d’une lignée bourgeoise dont on trouve trace dès le XVIIe siècle dans le Forez[1].
Son père, Louis-Martin Puy (1842-1920), s’établit en 1872 à Lyon. Après avoir créé une société de produits médicinaux, il reprend, en 1876, le fermage de la Société civile des eaux thermales de Saint-Alban. Il s’installe alors à Roanne avec son épouse Marie Deschamps et leur fille Antoinette, née en 1873 et qui mourra en 1889. À Roanne, naissent leurs deux fils Jean (en 1876) puis Michel (en 1878)[2].
En 1881, Louis Puy perd son épouse. En 1887, il se remarie avec Louise Carré (1858-1943), qui lui donnera trois filles : Madeleine (en 1888), Marguerite (en 1890) et Jeanne (en 1899). En 1892, Louis Puy est élu maire de Roanne. Trois ans plus tard il reprend une tuilerie, pour laquelle il crée, en 1895, un second site de production[3].
De la faculté de droit au ministère de l’Agriculture
En 1896, Michel Puy, alors âgé de 18 ans[4], est reçu au baccalauréat classique[5]. Il suit d’abord des études de droit à Lyon puis, majeur et indépendant (grâce à l’héritage de sa mère), il décide, contre l’avis de son père, de « monter » à Paris, où son frère Jean est déjà installé[6]. Dans la capitale, il termine sa licence en droit qu’il obtient en 1902[7]. Il passe alors le concours du rédactorat au ministère de l’Agriculture, qu’il intègre en 1904 et où il fera toute sa carrière de fonctionnaire. Michel Puy, écrivent les historiens Emmanuel Aegerter et Pierre Labracherie, « équilibrait sa tâche administrative et son activité littéraire, mais le temps qu’il n’employait pas à établir des rapports ou à préparer des circulaires, il le consacrait (…) à l’art »[8].

Peu après son installation à Paris en 1898, Michel Puy s’éprend de Marthe Albertine Chétif, fille naturelle d’ouvriers du textile, née en 1873 et rencontrée chez son frère Jean où elle posait comme modèle. Elle devient sa compagne et il l’épousera en 1920[9].
Le chemin de la poésie et des revues
À vingt ans à peine, Michel Puy a déjà publié un de ses poèmes dans La Plume[10], revue qui a joué un rôle majeur dans la diffusion de la poésie symboliste en éditant Paul Verlaine, Jean Moréas et Stéphane Mallarmé. La Plume se distingue aussi en ouvrant ses pages à des artistes contemporains comme Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, Gauguin, Pissaro, Signac, Seurat, Odilon Redon.
Mais c’est à Lyon, en 1896-1897, que Michel Puy débute vraiment sa carrière littéraire avec Louis Payen[11] qui le fait participer à l’aventure de Germinal, revue mensuelle d’Art et de Sociologie, où se retrouvent des écrivains de sensibilités et de convictions très diverses. Dans Germinal – qui se réclame ouvertement d’Émile Zola et manifeste régulièrement son engagement dreyfusard –, Michel Puy publie essentiellement des textes poétiques, en vers et en prose. Il y exprime en particulier un goût particulier pour une expression lyrique et sensuelle, dont il usera presque tout au long de sa vie. Ainsi, peut-on lire dans Hymne à la nudité : « Vaporeuse statue, ô nudité plastique, Apparence formelle où les baisers s’aimantent, Toucher des reins cambrés aux spasmes érotiques, Épidermes de soie laiteuse et caressant, Sois douce à mes fiévreuses mains, ô Nudité plastique (…)[12] »
Dès son arrivée à Paris, en 1899, Michel Puy retrouve Louis Payen qui crée la revue Messidor, où il accueille nombre des anciens contributeurs de Germinal. Michel Puy devient secrétaire de la rédaction et gérant de la revue. L’aventure prendra fin en .
À partir de , Michel Puy rédige aussi dans la revue des « Notes d’art » où il commence à révéler ses admirations et particulièrement pour Puvis de Chavannes, Monet, Pissaro et Renoir.
Dans ce début du siècle, deux autres revues vont jouer un rôle important pour la notoriété de Michel Puy. D’abord La Revue provinciale. Littéraire et régionaliste, créée en 1901. Michel Puy y est présenté comme « l’auteur de proses d’une noble délicatesse de sensations, d’une observation aiguisée par la curiosité et le désir (…) C’est jusqu’à l’énervement une façon artiste et passionnée de sentir la poésie des choses, l’amour des attitudes de beauté vivante »[13]. Membre du comité de rédaction dès , puis « secrétaire régional Ile-de-France » en 1903, Michel Puy y publiera régulièrement jusqu’en 1905.
L’autre revue, c’est Le Beffroi, créée à Lille en 1900, dont l’âme est le poète et romancier Léon Bocquet (1876-1954). Elle s’appuie d’abord sur des auteurs symbolistes nordistes comme Albert Samain puis s’élargit à des écrivains comme Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien, Paul Fort et Michel Puy.
En quelques années, en ce début du siècle, Michel Puy s’est fait un nom. Ainsi, lors de « l’après-midi des poètes » organisé le à l’occasion du Salon des Indépendants, avec Francis Carco, Roger Frène, Guy Lavaud et Louis Mandin, il est présenté par Guillaume Apollinaire comme un des représentants de la « Phalange nouvelle » qu’anime le poète et éditeur Jean Royère (1871-1956)[14].
1909 : L’Île sonnante
1909 connaît une floraison exceptionnelle de revues nouvelles, dont, à l’initiative d’André Gide et de ses amis, La Nouvelle Revue Française[15]. C’est cette année-là, le , que Michel Puy, Roger Frène (Roger Fraysse), Louis Pergaud, Léon Deubel, Francis Carco (François Marie Alexandre Carcopino-Tusoli), Charles Callet et Tristan Derème (Philippe Huc) publient le n°1 de L’Île sonnante. Petite revue de littérature. Michel Puy en a choisi le titre, emprunté à Rabelais. Il abrite à son domicile la publication dont il est le gérant et, de fait, le directeur. Elle connaîtra 32 numéros jusqu’en 1913. Une grande variété d’écrivains s’y feront connaître ou y renforceront leur notoriété. Outre les fondateurs, un premier cercle est constitué par Louis Mandin, Marcel Martinet, Albert Vidal, Jean-Paul Lafitte, Paul Vimereu (Paul Boulogne) et Édouard Gazanion.
À partir du n°2, L’Île sonnante s’ouvre à une large diversité de contributeurs. « L’éclectisme des collaborateurs occasionnels, écrit Mikaël Dugan, est révélateur de l’esprit de L’Île sonnante : tous les courants y sont représentés (…). Tous, néanmoins, ont en commun, malgré la diversité des formes employées – poèmes en prose, vers libres et réguliers –, la clarté de l’expression. La revue se veut moderne, c’est-à-dire actuelle, sans être avant-gardiste[16]. » Dans le numéro inaugural de 1909, Michel Puy et Roger Frène avaient clairement annoncé leur ligne de conduite : « La plupart des rédacteurs, écrivent-ils, ne croient très fermement à aucune théorie[17]. » Deux ans plus tard, Michel Puy précisera : « Entre un classicisme terne et sans flamme et les essais de ceux qui réclament l’originalité à tout prix, il nous semble qu’il reste le vaste domaine des images neuves et des idées nuancées où aiment à se rencontrer les plus fervents amis des lettres[18]. »
Les Marges, le Mercure de France

Parallèlement, Michel Puy élargit le champ de son activité littéraire. En 1910, l’écrivain, éditeur et critique Eugène Montfort lui confie la rubrique Beaux-Arts de sa revue Les Marges. Assez vite, Michel Puy ne se limitera pas à être « l’écrivain d’art », comme le désigne alors Guillaume Apollinaire[19]. Durant un quart de siècle, jusqu’à la mort de Montfort en 1936, il y traite aussi bien d’art que de critique littéraire et de thèmes de société.
C’est aussi au début des années 1910 que Michel Puy accède à la publication littéraire la plus prestigieuse du temps, celle qui alors fait autorité : Le Mercure de France. Michel Puy y tiendra la chronique des livres d’art jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale et y publiera ses principaux essais sur l’art de son temps, en particulier sur les successeurs des impressionnistes, les Fauves et les cubistes.
Une reconnaissance internationale
Dès la première décennie du XXe siècle, la notoriété de Michel Puy a dépassé les cercles littéraires et artistiques parisiens. Ainsi, des extraits de son texte de 1910, Le Dernier État de la peinture[20], sont immédiatement traduits dans la revue de l’avant-garde berlinoise, Der Sturm[21] et présentés dans La Veu de Catalunya (1899-1937), la publication catalane la plus importante du XXe siècle.
Cette reconnaissance internationale s’est perpétuée jusqu’à nos jours, en particulier dans le monde anglo-saxon. Ainsi, en 1991, l’historienne d’art américaine Judi Freeman[22] note dans The Fauve Landscape[23] : « Le premier article qui présenta le mouvement [le Fauvisme] sans réserve aucune fut "Les Fauves" de Michel Puy, publié fin 1907 dans le journal néo-symboliste La Phalange. (…) L’article de Puy est en effet la première histoire des Fauves : il rend compte des étapes du développement de leur esthétique, en commençant par la rapprocher de celles de Cézanne et de Gauguin[24]. »
Et, lorsque paraissent – en 1998 et 2005 – les deux tomes de la biographie que l’écrivain britannique Hilary Spurling consacre à Matisse[25], cette dernière fait remarquer qu’à cette période, parmi les critiques qui rencontrent alors l’artiste, Michel Puy est « le seul (…) à avoir une certaine familiarité avec le langage plastique de Matisse ». Elle évoque, avec des accents admiratifs, le travail et la méthode de Michel Puy. « Le long essai de Puy, écrit-elle, lucide et magistral, posait Matisse en chef du mouvement qui avait succédé à l’impressionnisme[26]. »
La disparition de Louis Pergaud
En 1898, Michel Puy avait été déclaré, par le conseil de révision, inapte au service militaire en raison d’une constitution « trop fragile »[27]. Après la déclaration de guerre de l’Empire allemand à la France, le , Michel Puy demeure donc à son poste au ministère de l’Agriculture. Il entretient une correspondance suivie, non seulement avec son frère qui est au front mais aussi avec son ami, le sergent Louis Pergaud, l’auteur de La Guerre des boutons, qui dès le part pour Verdun[28].
Le , Pergaud conclut la dernière lettre connue de cette correspondance par ces mots : « Au revoir, chers amis, gardons bon espoir et souhaitons que ce ne soit pas trop long[29]. » Une semaine plus tard, le , il disparaît, au cours d’une offensive contre les lignes allemandes.
Au cœur de la querelle sur le style de Flaubert
En 1920, Michel Puy compte au nombre des protagonistes de l’une des dernières grandes querelles littéraires françaises[30]. Lancée en 1919 par Louis de Robert[31] sur le thème « Flaubert écrivait mal »[32], elle suscite, deux années durant, une vive controverse où interviennent écrivains et critiques dont plusieurs célébrités du temps comme Paul Souday[33], Camille Mauclair[34] ou Albert Thibaudet[35]. Et Marcel Proust, qui, à cette occasion, interrompt la rédaction de À la recherche du temps perdu pour célébrer Flaubert[36]. Michel Puy y prend sa part avec l’article « Sur Flaubert » (Le Divan, mars-). D’emblée, il recentre le débat : « Quand, dit-il, une telle question se pose, elle est en réalité résolue : ‘’ Flaubert sait-il écrire ? Delacroix sait-il dessiner’’ ? On ne vous interroge jamais ainsi qu’au sujet de quelques grands artistes. Par là, sans le vouloir, on consacre le talent ou le génie[37]. » La conclusion de Michel Puy éclaire aussi sur sa propre doctrine en matière de critique littéraire : « Chez lui [Flaubert], écrit-il, (…) c’est le style qui nous retient et qui nous éclaire peu à peu sur la valeur de la pensée. (…) Il émeut par sa vertu lyrique, par le rythme qui vous impose le déroulement de la phrase, et par les extériorités dont il suggère la vision. Il a une force d’évocation exceptionnelle, un attrait qui s’exerce sur l’esprit en agissant sur le physique. Dans ce genre, je ne connais rien de supérieur aux livres de Flaubert, sinon quelques-uns des poèmes en prose de Mallarmé. »[38]
L’essayiste, « un esprit lucide »

Dans l’ouvrage collectif qu’il dirige et publie en 1925, Vingt-cinq ans de littérature française : tableau de la vie littéraire de 1897 à 1920[39], Eugène Montfort confie à Michel Puy le chapitre sur les essayistes, où ce dernier s’efforce de définir « un genre littéraire qui tient une place importante dans l’histoire des lettres françaises »[40] mais aussi une méthode dans laquelle, clairement, il entend inscrire son propre travail. C’est l’occasion pour Michel Puy de rendre un hommage appuyé à Remy de Gourmont. Pour comprendre le parcours d’écrivain de Michel Puy, la référence à Gourmont est indispensable. Discret par nature, se tenant à distance du bruit et des modes mais toujours vigilant, Michel Puy s’est voulu avant tout un témoin attentif de son temps : « Observer et conserver sa liberté d’esprit, voilà les deux règles qu’a suivies Rémy de Gourmont »[40], écrit-il. Est-ce de Gourmont ou de lui qu’il parle quand il dit : « La manière de Gourmont est tout l’opposé de celle des créateurs de systèmes. Au lieu de poser quelques principes et d’en tirer un ensemble de déductions formant une construction logique qui pourrait être complétée, non reprise, il regarde les choses, les compare et les juge d’après les rapports qu’il a surpris entre elles et d’après les impressions qu’il en a reçues[40]. »
1939-1960 : le temps de l’Histoire
Dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, Michel Puy a pris sa retraite de fonctionnaire de l’État (1934) et réduit son activité littéraire.
C’est le moment qu’il choisit pour réunir, dans un testament critique intitulé L’Effort des peintres modernes[41], les principales études sur l’art de son temps qu’il avait publiées dans plusieurs revues entre 1907 et 1931[42].
Après la Seconde Guerre mondiale, Michel Puy continuera à publier analyses et avis sur le monde des lettres et des arts. Mais cette période est surtout pour lui l’occasion de saluer la mémoire de ses amis disparus et de poursuivre l’histoire du moment littéraire dont il fut un des acteurs.
En , dans La Revue Doloriste (1936-1956), il publie « Louis Mandin, poète de l’amour et de la douleur » pour rendre hommage à cet ami de longue date, collaborateur de L’Île sonnante, qui fut assassiné dans un camp allemand en 1943. En décembre de la même année, avec Guy Lavaud, dans La Revue historique et littéraire du Languedoc, il consacre 12 pages à retracer le parcours et l’œuvre de Roger Frène, disparu en 1939[43].
Cette même année encore, dans une longue contribution au Bulletin de la Société des Amis de Léon Deubel – dont il fut, dès l’origine en 1927, le vice-président –, Michel Puy revient sur la période où s’inscrit la naissance de L’Île sonnante. « Vers 1895, écrit-il, la littérature indépendante, où régnait depuis quinze ans une atmosphère de serre chaude, a été vivifiée par un grand souffle d’air pur. Les meilleurs des symbolistes se détournaient du style hermétique. D’un bout de la France à l’autre, se répondaient des voix de jeunes écrivains qui unissaient à l’amour de la nature le goût du naturel dans les écrits. »
Un dernier hommage à Jean Puy
En – il a alors 79 ans –, à l’occasion d’une exposition consacrée à son frère Jean Puy, à la Galerie Vendôme à Paris, Michel Puy donne un texte court d’un style très enlevé, qui témoigne que sa plume n’a rien perdu de sa vivacité[44]. « L’art, écrit-il, est le domaine du concret. C’est une vérité qui n’a pas échappé à Jean Puy. Aussi ne lui demandez pas de s’incliner devant l’art abstrait. Ne lui demandez pas non plus de se soumettre à un système ou d’échafauder une doctrine. C’est un peintre d’observation, de sensation et de sentiment, pour qui Chardin, Corot et, plus près de nous, Renoir sont toujours des artistes exemplaires[45]. »
Le , trois mois avant la mort de Jean Puy à Roanne chez leur sœur Madeleine Vindrier et moins d’un an avant la mort de son épouse Marthe, Michel Puy disparaît, à l’âge de 81 ans, à Paris[46],[47].