Milices palestiniennes en Cisjordanie
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Une variété de milices palestiniennes locales se sont formées en Cisjordanie pour lutter contre Israël, qui occupe la région depuis 1967. Ces groupes adoptent principalement des rôles défensifs, affrontant les forces de défense israéliennes lors de leurs raids dans les enclaves palestiniennes de Cisjordanie, tout en menant parfois des opérations offensives contre des avant-postes militaires israéliens, des points de contrôle et des colons[1].
Alors que certaines milices de Cisjordanie opèrent de façon totalement indépendante — comme le groupe de la La Fosse aux lions — la plupart agissent de manière semi-autonome sous l’égide de factions armées palestiniennes déjà établies, notamment le Jihad islamique palestinien, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa et le Hamas[2]. Ces groupes se désignent généralement comme des kata’ib[note 1] (“brigades” ou “bataillons”)[2],[3], à l’image des brigades de Jénine ou de celles de Tulkarem, parfois appelées aussi les bataillons de Jénine et de Tulkarem.
Beaucoup de groupes semi-autonomes sont transfactionnels, c’est-à-dire qu’ils rassemblent en même temps des membres issus des trois principales organisations[4]. Par exemple, les brigades de Jénine commencent d’abord comme la branche locale des brigades Al-Qods, la branche armée du Jihad islamique palestinien (JIP). Mais elles évoluent rapidement pour intégrer des combattants de différentes factions : la priorité immédiate devient la défense contre les incursions de l’armée israélienne, reléguant l’idéologie au second plan[4]. Malgré cette dynamique transfactionnelle, le JIP reste la faction la plus influente en Cisjordanie[2],[5] et dispose d’un nombre de brigades ou de bataillons supérieur à celui des brigades des martyrs d’Al-Aqsa ou du Hamas[2]. D’autres organisations palestiniennes importantes — le Front populaire de libération de la Palestine, le Front démocratique de libération de la Palestine, les Comités de résistance populaire ou encore le Mouvement des moudjahidines palestiniens — ne possèdent pas de branches formelles en Cisjordanie, mais mènent tout de même ponctuellement des attaques dans la région[3].
La nature « hyper-localisée » des milices en Cisjordanie marque une rupture majeure avec le modèle traditionnel et centralisé de la résistance palestinienne contre Israël. Autrefois, cette résistance reposait principalement sur des partis politiques et leurs branches armées, qui menaient des opérations militantes au service des objectifs politiques de leur organisation. Aujourd’hui, les groupes armés locaux fonctionnent de manière beaucoup plus indépendante, détachés de cette logique centralisée[6].
Les milices bénéficient d’un large soutien populaire parmi les Palestiniens locaux[1],[2]. Elles exercent un contrôle de facto sur les camps de réfugiés de Jénine, de Tulkarem et de Naplouse, tout en étant présentes dans l’ensemble de la Cisjordanie[2],[5],[7].
Contexte, causes et expansion
Depuis la fin de la Seconde Intifada (2000-2005) et l’affaiblissement des factions palestiniennes traditionnelles sous la pression du Shin Bet, des formes plus décentralisées de lutte armée apparaissent, fondées sur de petites cellules ou des groupes dissidents[6]. Par rapport à la Seconde Intifada, la violence armée en Cisjordanie reste nettement moindre durant les années suivantes, freinée à la fois par Israël et par l’Autorité palestinienne (AP) dirigée par Mahmoud Abbas[2],[5].
De véritables milices locales commencent à émerger dans la région entre 2021 et 2022. Plusieurs facteurs alimentent ce phénomène :
- Les expulsions de Sheikh Jarrah (en) à Jérusalem-Est en 2021 et la crise israélo-palestinienne de la même année[8], ainsi que la colère populaire face à l’inaction de l’Autorité palestinienne lors de ces événements[1].
- Le lancement de l’opération Briser la vague par Israël en , impliquant plus de 2 000 raids de Tsahal en Cisjordanie et la mort de plus de 200 personnes[5].
- L'intensification de la violence des colons israéliens en Cisjordanie[5].
- Les élections israéliennes de novembre 2022, qui ramènent Benjamin Netanyahou au pouvoir à la tête d’un gouvernement d’extrême droite, considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël[9],[10],[11],[12], supervisant une escalade des raids en Cisjordanie[5].
- Le mécontentement persistant face à la faiblesse générale et à la complicité de l’Autorité palestinienne dans l’occupation israélienne[5],[13].
En conséquence, de nombreux jeunes Palestiniens en Cisjordanie prennent les armes pour défendre leurs communautés[5],[14]. Entre 2021 et 2022, plusieurs nouvelles milices apparaissent dans la région, parmi lesquelles les brigades de Jénine, la brigade de Tulkarem, la brigade de Naplouse, la brigade de Tubas et le groupe La Fosse aux lions[5],[8],[15],[16].