Miriam Soljak
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Miriam Bridelia Soljak née Cummings (15 juin 1879 – 28 mars 1971), est une pionnière du féminisme néo-zélandais, communiste, militante pour les droits des chômeurs et fervente défenseure du planning familial. Née à Thames, en Nouvelle-Zélande, elle est élevée dans la foi catholique et entreprend des études d'institutrice. De 1898 à 1912, elle enseigne dans des écoles pour autochtones, découvrant la culture maorie et maîtrisant parfaitement la langue. En 1908, elle épouse Peter Soljak, un immigrant dalmate, région qui fait aujourd'hui partie de la Croatie, mais qui appartient alors à l'Empire autrichien. En 1919, en raison de la législation de guerre, elle est déchue de sa nationalité britannique et contrainte de s'enregistrer comme ressortissante d'un pays ennemi, du fait de son mariage. Malgré leur divorce en 1939, Soljak ne peut recouvrer sa nationalité britannique.
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En signe de protestation, Soljak mène une campagne qui dure près de trente ans pour que les femmes obtiennent une nationalité néo-zélandaise distincte. Elle s'implique dans des questions de santé publique, notamment la protection de l'enfance, la planification familiale et la contraception, la mortalité infantile et maternelle, et l'éducation sexuelle. Les questions économiques, telles que les allocations familiales, les pensions pour les personnes âgées et invalides, les allocations chômage pour les femmes, ainsi que les politiques d'aide aux femmes sans-abri, aux veuves et aux femmes séparées, sont également au cœur de son action. Elle s'efforce aussi de soutenir les communautés autochtones, s'engageant notamment dans la protection des femmes et des filles maories et dans le mouvement indépendantiste samoan, bien qu'elle soit pacifiste. En 1946, la Nouvelle-Zélande modifie la loi sur la nationalité, changeant la règle selon laquelle une femme acquiert automatiquement la nationalité de son mari lors du mariage.
Enfance et éducation
Miriam Bridelia Cummings est née le 15 juin 1879 à Thames, fille d'Annie (née Cunningham) et Matthew Cummings. Sa mère est d'origine écossaise et son père, charpentier, est irlandais. La famille compte huit enfants et, en raison des différences religieuses de leurs parents, les garçons sont élevés dans la religion protestante et les filles dans la religion catholique. Cummings fait ses études secondaires à Thames et à New Plymouth. En 1896, elle entre au programme d'enseignement à la New Plymouth Central School et termine son apprentissage à la Kauaeranga School de Thames[1].
Enseignement (1898–1919)
En 1898, Cummings accepte un poste d'enseignante à l'école pour indigènes de Taumarere, dans le Northland. Elle s'installe ensuite à Pukaru (également orthographié Pakaru), près de Kawakawa, où elle vit chez une famille maorie et enseigne à l'école. Cummings se passionne pour la culture maorie et le bien-être des communautés Ngāpuhi de la région. Elle devient parfaitement bilingue en maori[1],[2]. Elle quitte la région et donne naissance à une fille, Dorothea Grace, à Auckland en 1905[1],[3],[4]. Elle déménage ensuite à Rotorua et travaille comme domestique dans des familles jusqu'au 10 juin 1908, date à laquelle elle épouse Peter Soljak. Cet immigrant dalmate, qui fait alors partie de l'Empire autrichien, est peu instruit et ne maîtrise pas l'anglais, mais est prêt à exercer divers métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Il a quitté sa patrie pour éviter la conscription dans l'armée autrichienne et s'oppose fermement à la domination autrichienne en Dalmatie[1],[5]. Il travaille un temps comme chercheur de gomme et, au moment de leur mariage, il est restaurateur[1],[2].
Reprenant son enseignement à Pukaru en 1910, Soljak bénéficie d'une garderie pour ses enfants grâce à son expérience auprès des élèves maoris. Peter travaille à proximité, à Kawakawa, à la construction d'un pont. En 1912, à la naissance de son quatrième enfant, Soljak quitte l'enseignement et la famille s'installe à Tauranga, où Peter travaille sur divers projets de construction et de transport. Ils connaissent des difficultés financières et déménagent fréquemment. Peu après la fin de la Première Guerre mondiale, à la naissance de son septième enfant, Paul, en 1919, Soljak se voit refuser une place à la maternité, sous prétexte qu'elle est une ressortissante d'un pays ennemi et qu'elle a perdu sa nationalité en épousant un étranger[1],[2],[5],[6]. Sommée d'aller en prison ou de s'enregistrer, Soljak choisit de s'enregistrer comme étrangère « sous protestation »[1],[7]. Cette décision lui ôte également son droit de vote[8].
Questions de nationalité et début du militantisme

La première loi néo-zélandaise sur la nationalité, l'Aliens Act de 1866, stipule que les femmes étrangères qui épousent des Néo-Zélandais acquièrent automatiquement la nationalité de leur mari. Elle ne s'applique qu'aux épouses de sujets britanniques[9]. Du fait de la formulation des lois britanniques sur la nationalité, l'acquisition du statut de sujet ou la naturalisation britannique dépend des définitions locales propres à chaque juridiction. Il n'existe pas de définition impériale unique définissant qui est un sujet britannique. Ainsi, une personne peut être sujet britannique dans une partie de l'empire, mais ne pas être considérée comme britannique dans une autre partie des dominions[10]. En 1914, cette situation est corrigée par le British Nationality and Status of Aliens Act, qui stipule que la nationalité d'un sujet britannique sera la même dans tout le royaume[11]. La Nouvelle-Zélande présente une mesure visant à adopter le code commun de la nationalité britannique en 1914, mais son adoption est reportée par le déclenchement de la guerre[12].
Les mesures de guerre, telles que la modification de 1916 de la loi sur les règlements de guerre et la loi de 1917 sur la révocation de la naturalisation et l'enregistrement des étrangers, traitent des procédures de dénaturalisation des femmes[13],[14]. En vertu de la modification de 1916, les épouses de ressortissants ennemis sont automatiquement dénaturalisées, même si elles sont nées britanniques[5],[15]. La loi de 1917 sur la révocation de la naturalisation stipule que la révocation de la nationalité d'un ressortissant ennemi n'affecte ni son épouse ni ses enfants mineurs[16]. La loi sur l'enregistrement exige simplement qu'un étranger déclare les noms et âges de son épouse et de ses enfants[17]. Toutefois, une modification de la loi sur l'enregistrement des étrangers en 1920 précise que les femmes mariées en Nouvelle-Zélande qui perdent leur nationalité du fait du mariage sont tenues de s'enregistrer comme étrangères[14]. Malgré les dispositions contradictoires de la loi, des femmes comme Soljak sont privées de leur nationalité pendant la guerre[1],[18]. Cette expérience l'oriente vers le militantisme, la propulsant sur le devant de la scène nationale[1],[19].
Militantisme politique (1920–1946)
En 1920, la famille s'installe à Auckland et Soljak rejoint la Ligue politique des femmes d'Auckland, qui deviend cinq ans plus tard la branche féminine d'Auckland du Parti travailliste néo-zélandais[1]. Soljak mène une lutte publique, aux côtés d'Elizabeth McCombs, contre les lois sur la nationalité, prenant la parole au Parlement[20],[21] et publiant des articles dans la presse locale dénonçant l'injustice de cette législation[22],[23]. Avec l'éclatement de l'Empire austro-hongrois, Peter choisit d'acquérir la nationalité du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, futur Yougoslavie, en 1922[24]. En 1923, la Nouvelle-Zélande adopte le système de nationalité britannique, qui stipule clairement que les Néo-Zélandaises qui épousent des étrangers perdent automatiquement leur nationalité lors du mariage[5],[12],[25]. En collaboration avec des alliés comme Emily Gibson et Peter Fraser, Soljak milite pour une législation accordant aux femmes une nationalité indépendante. Fraser présente un projet de loi en 1927, mais celui-ci échoue[1]. En 1928, Peter Soljak obtient la nationalité néo-zélandaise, et grâce à son action, Soljak recouvre sa nationalité britannique en vertu d'un amendement adopté en 1935, mais uniquement lorsqu'elle réside en Nouvelle-Zélande[1],[8],[26]. Lors de ses voyages à l'étranger, elle doit utiliser un passeport portant la mention « Née en Nouvelle-Zélande, épouse d'un étranger, désormais naturalisée » et se présenter régulièrement au commissariat de police[7],[27],[28].

À partir de 1926, Soljak s'investit dans la défense des droits des femmes. Elle milite pour que les femmes reçoivent des allocations chômage, car les politiciens ignorent leur situation de sans-abri et leur besoin de travailler. En 1931, elle siège au Comité d'urgence des femmes sans emploi d'Auckland, mais démissionne lorsqu'elle constate l'absence de fonds pour les aider et le fait que leurs actions se limitent à la constitution d'un registre des femmes sans emploi[1]. Face à la perception selon laquelle de nombreuses femmes maories se livrent à la prostitution, Soljak milite pour la mise en place de formations afin de lutter contre leurs difficultés économiques et l'ostracisme social dont elles sont victimes au travail. Elle insiste sur le fait que les femmes et les filles maories possèdent des droits civiques et doivent pouvoir choisir leur emploi et être protégées de toute exploitation. Elle souligne que les femmes maories sont souvent contraintes d'accepter n'importe quel travail. Ce constat est confirmé par une enquête menée par le ministère du Travail à la demande de l'Association maorie Akarana, qui révèle peu de cas d'immoralité parmi les filles et les femmes maories, mais note leurs difficultés à gagner suffisamment pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles[29]. Elle suggère la création de foyers pour former les femmes maories aux soins des enfants, aux services domestiques et aux soins infirmiers[30].
Soljak s'engage dans le mouvement pacifiste et milite pour l'éducation sexuelle et des programmes visant à lutter contre la mortalité maternelle et infantile, à promouvoir la protection de l'enfance et à accorder des allocations aux mères en reconnaissance de leur contribution à la nation par l'éducation des enfants. Elle commence à travailler comme journaliste indépendante et est une oratrice recherchée, malgré un style incisif et direct[1]. En 1928, Soljak est élue présidente de la section féminine d'Auckland du Parti travailliste et réélue à ce poste en 1929[31],[32]. Les Soljak se séparent en 1929, principalement parce que Peter désapprouve ses opinions politiques radicales et ses fréquentations. L'année suivante, elle demande la séparation de corps, mais Peter refuse, lui refusant toute pension alimentaire[33]. Entre 1930 et 1931, elle travaille avec la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté et mène une initiative d'aide aux femmes aux Samoa[19]. Elle condamne la répression du mouvement indépendantiste samoan Mau en 1930 et s'oppose à la direction du Parti travailliste sur cette question. Après la publication, en mai, d'un article dans le Samoa Guardian protestant contre les perquisitions aux domiciles des dirigeants indépendantistes, elle est exclue de la branche féminine du Parti travailliste[1],[27]. Elle se rallie ensuite au Parti communiste de Nouvelle-Zélande et rejoint d'autres organisations radicales[1].
Après avoir reçu le conseil d'un prêtre selon lequel la taille de la famille peut être contrôlée par l'abstinence, Soljak quitte l'Église catholique et commence à militer pour que les femmes aient accès à la contraception et au planning familial[1],[27]. Sous le pseudonyme de « Zealandia », elle publie une série d'articles sur le sujet dans le New Zealand Herald et participe à une conférence à Wellington en 1934, où elle défend le contrôle des naissances. Après la conférence, elle contribue à fonder la Sex Hygiene and Birth Regulation Society, rebaptisée New Zealand Family Planning Association en 1940[1]. En 1935, Soljak mène une délégation de membres du Mouvement des travailleuses auprès du Premier ministre pour exiger des réformes des comités de chômage des femmes. Dans le manifeste qu'elle présente, elle réclame la dissolution des comités et la destitution de leur direction, remplacée par des bureaux de l'emploi pour femmes, gérés par des femmes ; la mise en place de services publics de placement pour les femmes ; et le versement d'allocations aux personnes âgées, aux invalides et aux veuves. et des politiques révisées concernant les épouses séparées d’hommes qui bénéficient de subventions d’aide sociale[34].
Sous l'égide de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, Soljak participe à une conférence des femmes du Commonwealth à Londres (1936-1937), où sont présentées des communications portant sur des sujets tels que l'absence d'égalité des droits pour les femmes, la paix et les initiatives sociales, la traite des êtres humains, ainsi que la nationalité et les droits des femmes en matière d'immigration[1],[35],[35], présente une communication sur les questions de nationalité des femmes en Nouvelle-Zélande[33]. Soljak obtient finalement une pension alimentaire en 1936, mais lors d'un voyage à l'étranger, Peter tente d'y mettre fin. En 1938, elle demande le divorce et obtient un jugement provisoire. Le divorce est prononcé en 1939[1],[33]. Soljak constate qu'elle est toujours considérée comme une ressortissante étrangère, malgré sa naissance en Nouvelle-Zélande et la dissolution de son mariage, la loi ne prévoyant aucune disposition permettant à une femme de recouvrer sa nationalité perdue lors du mariage[36],[37]. Lors de l'adoption de la loi sur la sécurité sociale en 1938, elle écrit un article dans Women Today critiquant le fait que, bien que la loi donne droit aux travailleuses célibataires à une allocation de chômage, elle verse les allocations des femmes mariées à leurs maris[38].

Soljak adhère à l'Association rationaliste néo-zélandaise en 1940 et est élue à son comité exécutif en 1941[1],[39]. L'organisation proteste contre le traitement réservé par le gouvernement aux objecteurs de conscience[39]. Cette même année, elle poursuit sa campagne contre la loi sur la nationalité, prenant la parole au nom de la délégation du Mouvement des femmes unies auprès du ministre de l'Intérieur. Elle souligne que les femmes doivent avoir leur propre nationalité et que la loi en vigueur affecte également la nationalité de leurs enfants[40]. Soljak continue de militer tout au long de la guerre pour le Mouvement des femmes unies, dont elle est la trésorière en 1944, et pour la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté[1],[41]. Elle milite pour des logements décents pour les familles, la plupart des logements disponibles ayant été attribués aux soldats ; pour que la protection de l'enfance ne soit pas reléguée au second plan par l'effort de guerre ; et pour des initiatives de paix[1],[42],[43]. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle se retire de la vie publique pour s'occuper de son fils Paul, blessé au combat[27],[44]. Ils vivent à Point Chevalier[27]. En 1946, la nationalité de Soljak lui est restituée, lorsque la loi néo-zélandaise sur la nationalité est enfin révisée pour accorder aux femmes une nationalité individuelle[1],[45]. Dans la lettre du ministre de l'Intérieur, signée par le sous-secrétaire Joe Heenan, en réponse à sa demande de rétablissement de sa nationalité, il est déclaré : « Vous êtes considérée comme n'ayant jamais perdu votre nationalité britannique. »[46]. Finalement, elle réintègre le Parti travailliste et reçoit une médaille d'or pour services rendus pendant de nombreuses années[36].
Mort et héritage
Soljak décède à Auckland le 28 mars 1971. On se souvient d'elle pour son engagement en faveur des travailleuses et du peuple maori, ainsi que pour ses efforts déployés pendant des décennies pour lutter contre la discrimination sexiste dans les lois sur la nationalité[1]. Les archives de la famille Soljak sont conservées aux Archives dalmates des bibliothèques du Conseil municipal d'Auckland[47]. Son fils Philip est devenu écrivain et sa fille Connie Purdue (en) est devenue une figure emblématique du mouvement anti-avortement néo-zélandais[48],[49]. La petite-fille de Connie est la metteuse en scène Samantha Scott (en)[50]. En 2020, Soljak fait l'objet d'une série de peintures acryliques en techniques mixtes, exposées à la galerie d'art communautaire de Waiheke sous le titre « Signé sous protestation » et réalisées par sa petite-fille, Katy Soljak[51],[52].