Mohamed Basta

militant nationaliste algérien From Wikipedia, the free encyclopedia

Mohamed Basta (en arabe باسطة محمد), né le à la Casbah d'Alger et mort en 1995 à Alger, est un militant nationaliste algérien, cadre supérieur au sein de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), avocat au barreau d'Alger et délégué à la sécurité de wilaya[1].

Surnom
Hamid
Nationalité
Faits en bref Naissance, Décès ...
Basta Mohamed
Basta Mohamed (assis au premier rang à gauche, avec lunettes), présenté à la presse le . Les panneaux « Mourad » et « Ramel » à l'arrière-plan symbolisent les chefs morts en martyr la veille.
Biographie
Naissance
Décès
Surnom
Hamid
Nationalité
Allégeance
Autres informations
Grade
Responsable de secteur (ZAA)
Distinction
Médaille de la Résistance (وسام المقاوم)
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Mohamed Basta dit Hamid 1926-1995

Ancien membre du Front de libération nationale (FLN) connu sous le nom de guerre de « Hamid », proche collaborateur de Yacef Saâdi, il est chargé de la gestion du réseau financier de la Zone autonome d'Alger (ZAA) lors de la bataille d'Alger en 1957, pendant la guerre de libération[2]. Arrêté par les parachutistes français et condamné à mort par un tribunal militaire, il échappe à l'exécution grâce aux Accords d'Évian et recouvre la liberté à l'indépendance en 1962[3].

Biographie

Origines et jeunesse

Mohamed Basta naît le à la Casbah d'Alger dans une famille originaire d'Azeffoun (wilaya de Tizi Ouzou). Il est le cousin de Ali Basta, militant mort en martyr pendant la guerre d'Algérie, et un proche par alliance de Yacef Saâdi[4].

Après une scolarité primaire, il suit des cours commerciaux à l'Académie d'Alger où il se forme à la comptabilité et au droit administratif. Il travaille ensuite comme secrétaire aux Subsistances militaires (1943-1946) puis intègre la Mairie d'Alger comme fonctionnaire communal de 1950 à 1957[5].

Engagement sportif et associatif

Mohamed Basta dans le journal Alger Républicain du 7 novembre 1953 en page 6

Avant la lutte armée, Basta Mohamed s'investit dans le tissu associatif algérois, vecteur important du nationalisme à l'époque.

Passionné de sport, il débute au Mouloudia Club d'Alger (MCA) en catégorie minimes dès 1938[6]. Vers 1946, il participe à la fondation de l'Espérance Sportive Musulmane Algéroise (ESMA), un club dont il devient président et entraîneur. Ce club, comme d'autres associations musulmanes, joue un rôle dans la formation de la jeunesse militante[7]. Il cesse ses activités sportives en 1956 conformément à l'appel du FLN au boycott des compétitions.

Il est également actif au sein des Scouts musulmans algériens (SMA) en tant que chef de patrouille et membre de l'association El Islah entre 1941 et 1942. Il occupe par la suite les fonctions d'assesseur, puis de secrétaire général adjoint de l'association Nadi Er-Rachad de 1952 à 1956[8].

Guerre d'Algérie

Activités militantes (1944-1956)

Membre du Parti du peuple algérien (PPA) entre 1944 et 1945, il dirige une cellule clandestine chargée de la diffusion de la propagande indépendantiste. En 1956, il rejoint l'Organisation civile du Front de libération nationale (OCFLN) tout en étant syndicaliste à l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) pour les employés municipaux[5].

Rôle dans la Zone autonome d'Alger (1957)

Basta Mohamed, dit " Hamid ", Chef Région 1 Finances Le Monde du 14 novembre 1957

C'est durant la bataille d'Alger en 1957 que son rôle devient prépondérant au sein de l'organigramme de la Zone autonome d'Alger (ZAA).

Selon les archives militaires françaises et la presse de l'époque, il dirige initialement le « réseau financier » de la zone, supervisant la collecte de fonds auprès des commerçants algérois pour l'achat d'armement. Le journal Le Monde, dans son édition du , confirme spécifiquement cette fonction en le présentant comme le « chargé du réseau financier des commerçants musulmans »[9]. Le quotidien L'Écho d'Alger le décrit également comme un cadre opérant sous l'autorité directe de la direction de la ZAA[10].

Organigramme de la ZAA établi le par le 3e RPC, montrant la structure de l'organisation au moment de l'arrestation de Basta Mohamed.

Au cours de l'année 1957, la 10e division parachutiste du général Massu procède au démantèlement systématique des cellules du FLN. À la suite des arrestations successives des responsables politiques de la Casbah, notamment Abderrahmane Oussedik et Sadek Keramane, Basta Mohamed (alias Hamid) est promu pour assurer la continuité du commandement dans les régions 1 et 2 de la ZAA[11]. Il figure ainsi sur les organigrammes reconstitués par le 3e régiment de parachutistes coloniaux (3e RPC) comme l'un des derniers responsables opérationnels avant son arrestation[12].

Arrestation et détention

Il est arrêté le par les parachutistes du 3e RPC. Cette capture intervient au lendemain de la mort, le , de Debbih Chérif (alias « Mourad ») et de son adjoint Hadji Othmane (alias « Ramel »), morts en martyr lors de l'encerclement de leur refuge rue des Abderames.

Une photographie de propagande réalisée par le 3e RPC témoigne de ce démantèlement. Sur ce cliché, Basta Mohamed — reconnaissable à ses lunettes et assis au premier rang à gauche — figure parmi les prisonniers. En arrière-plan, des parachutistes brandissent des écriteaux portant les noms de « Mourad » et « Ramel » barrés d'une croix. Cette mise en scène est symbolique : les panneaux sont délibérément positionnés à la place exacte qu'auraient dû occuper les deux chefs de la ZAA aux côtés de Basta Mohamed s'ils n'étaient pas tués la veille[13].

Interrogé à la villa Sésini, il est ensuite traduit devant un tribunal militaire. Défendu par Jacques Vergès, il est condamné à la peine de mort. Défendu par Jacques Vergès, il est condamné à la peine de mort. Détenu à la prison de Serkadji (Barberousse), il est libéré le 13 septembre 1961 dans le cadre des amnisties prévues par les négociations des accords d'Évian.

Parcours post-indépendance

Basta Mohamed (en costume), commissaire de police durant les années 1970.

Carrière au sein de la Sûreté nationale et engagement sportif (1962-1984)

Licence de Mohamed Basta à la Fédération algérienne de football (FAF), saison 1967-1968.

Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, Basta Mohamed participe activement à la structuration de la police algérienne. Il intègre la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) le . Il y occupe plusieurs postes de responsabilité, notamment ceux de commissaire central à Blida et à Constantine, puis de chef de l'administration générale de la Sûreté de la wilaya d'Alger.

Parallèlement à ses fonctions officielles, il reste une figure tutélaire du sport national qu'il avait aidé à fonder. Durant la saison 1967-1968, il est nommé membre de commission auprès de la Fédération algérienne de football (FAF) et de la Ligue d'Alger. Témoignage de son statut de pionnier et de référence morale, il se voit attribuer la licence de cette commission en qualité de membre honoraire (M.H.), au siège de la Fédération alors situé au 4, rue Abdelkrim-El-Khettabi. Cette implication est validée à l'époque par des figures historiques du football, notamment Ahmed Djaout.

Il termine sa carrière à la DGSN en tant que chef de l’administration générale du bureau informatique, où il conduit les premiers projets de modernisation et d'informatisation de la police, avant de prendre sa retraite le .

Carrière juridique et fonctions de sécurité territoriale (1984-1995)

Loin de l'inactivité, Mohamed Basta obtient une licence en droit en 1984 et devient avocat au barreau d'Alger, profession qu'il exerce de 1986 à 1994. Durant cette période, il reste fidèle à la famille policière en s'investissant au sein de l'Association nationale des retraités de la police (ANRP).

En 1994, il est rappelé pour occuper le poste de délégué à la sécurité de wilaya (DSW) auprès du wali d'Illizi, une fonction nouvellement créée par décret. Cette nomination répond à un impératif de sécurité nationale : les autorités sollicitent l'expérience de cet ancien cadre de la Sûreté nationale pour sécuriser ce carrefour stratégique aux confins du Sahara. Sa mission vise alors prioritairement à renforcer l'étanchéité et la surveillance des frontières, un enjeu vital pour la stabilité du territoire dans cette région de l'extrême sud exposée aux trafics et aux infiltrations.

Ses fonctions de délégué à la sécurité prennent fin officiellement par décret exécutif le , à la suite de son décès[1].

Distinctions

  • Médaille de la Résistance algérienne (nommée officiellement وسام المقاوم Wissam al-Muqawim), décernée le par le ministère des Moudjahidine en vertu de la loi n° 84-03 du 2 janvier 1984[14].
  • Attestation de résistant (membre de l'OCFLN).

Notes et références

Articles connexes

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