Monastère Saint-André d'Eixalada

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Fondation840 ou 841
Fermeture878
DiocèseElne
Monastère Saint-André d'Eixalada
Image de l'Monastère Saint-André d'Eixalada

Ordre Bénédictin
Fondation 840 ou 841
Fermeture 878
Diocèse Elne
Dédicataire Saint André
Style(s) dominant(s) Préroman
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Languedoc-Roussillon
Département Pyrénées-Orientales
Commune Nyer
Coordonnées 42° 32′ 02″ nord, 2° 15′ 23″ est
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Monastère Saint-André d'Eixalada
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Monastère Saint-André d'Eixalada
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Monastère Saint-André d'Eixalada

Le monastère Saint-André d'Eixalada (catalan : Sant Andreu d'Eixalada) est un monastère chrétien bénédictin actif au IXe siècle dans l'Est des Pyrénées (actuel département français des Pyrénées-Orientales). Fondé au bord du fleuve Têt au plus tard en 840-841, il est détruit par une inondation en 878.

Fondé par des membres d'une même famille, le monastère Saint-André d'Eixalada connait d'abord une période de stagnation et de pauvreté, jusqu'à l'arrivée de nouveaux moines, bien plus aisés, en 854. Le plus fortuné d'entre eux, nommé Protasius, est également un homme d'un fort dynamisme. Sous son impulsion, le monastère accroît ses possessions et son influence, obtenant notamment en 871 un diplôme du roi des Francs, Charles le Chauve, qui en fait une abbaye royale.

En 878, l'abbaye est à son apogée. À la fois protégée du comte de Conflent Miron le Vieux et son alliée, elle participe à la conquête par celui-ci du comté de Roussillon. À la fin de cette même année, le monastère Saint-André d'Eixalada est détruit par une inondation. Les dégâts sont tels que les moines survivants décident d'abandonner le site et de fonder une nouvelle abbaye en aval, à Cuxa, sur un terrain appartenant à Protasius.

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Répartition des principaux lieux cités dans cet article.

La Têt est un fleuve qui prend naissance dans les Pyrénées, au pied du pic Carlit, qui rejoint ensuite au niveau de Bolquère un vaste plateau d'altitude (la Cerdagne, dont la capitale historique est Llívia) avant de se lancer, au moment de contourner la citadelle de Mont-Louis, dans un fossé d'effondrement qui forme une vallée très encaissée creusée de nombreuses gorges. Celle-ci, à partir de Prades, s'élargit puis traverse la plaine du Roussillon avant de se jeter dans la mer Méditerranée, peu après Perpignan. La vallée de la Têt, entre Cerdagne et Roussillon, s'appelle le Conflent. Le Haut Conflent est la partie encaissée et escarpée, le Bas Conflent la large vallée qui lui succède[1],[2].

Cette région, sous l'influence du climat méditerranéen de la plaine du Roussillon, chaud et sec l'été, subit parfois de très fortes pluies à la fin de l'été ou en automne. Comme toutes les Pyrénées, le Conflent connaît de multiples sources d'eaux chaudes utilisées depuis l'Antiquité pour le thermalisme et vénérées par les peuples païens avant l'arrivée du christianisme. De nombreuses communautés humaines (villages, monastères) se sont formées près de ces sources pendant des millénaires.

Le monastère Saint-André d'Eixalada fut construit sur la rive droite de la Têt, à proximité de sources chaudes, dites sources d'Eixalada, à un endroit où le fleuve côtier a creusé un défilé (défilé des Graus). De nos jours, plusieurs sources thermales surgissent près de ce lieu, et une station thermale y était active environ un kilomètre en amont aux xixe et xxe siècles : la station de Thuès-les-Bains, devenu un lieu-dit incluant une maison d'accueil spécialisée, environ deux kilomètres en aval de la commune de Thuès-Entre-Valls. Le site du monastère disparu se trouve au bord de la route nationale 116, en fin du défilé des Graus. À cet endroit, la rive droite de la Têt fait partie de la commune de Nyer, la rive gauche de celle de Canaveilles[3].

Toponymie

Plusieurs explications furent données pour expliquer le mot Eixalada, parfois écrit Exalada.

Le mot catalan eixalada (du verbe eixalar) signifie « coupure ». Ce toponyme, et d'autres s'en rapprochant (Xalada, Lassada), est assez fréquent en Catalogne Nord et désigne des lieux escarpés[4].

L'origine la plus probable du toponyme Eixalada est celle issue du verbe latin caelare tailler ») auquel est accolé le préfixe ex. D'autres étymologies ont été proposées, basées sur la topographie et les caractéristiques des lieux : basées sur acquis eaux »), exire sortir », le lieu est à la sortie d'un défilé), scala échelle », montée en gradins, qui correspond à l'actuel nom des Graus), ou encore laxicare lâcher »)[5]. La présence des sources thermales a également conduit des auteurs à rapprocher ce nom du verbe exhalare exhaler »)[6].

Le monastère se nomme Saint-André car il est dédié à l'apôtre André[7], l'un des premiers disciples de Jésus.

Histoire

Contexte

À la fin du VIIIe siècle et au tout début du IXe siècle, les troupes de Charlemagne parviennent à repousser les Sarrasins (musulmans) au sud des Pyrénées. Afin de renforcer les territoires nouvellement conquis, Charlemagne fonde la Marche d'Espagne, ensemble de comtés liés à l'empereur. Dans les comtés catalans formés dans l'Est des Pyrénées, de nombreux monastères sont fondés afin de défricher, peupler et gérer ces nouveaux territoires soumis aux Francs, ainsi que pour y propager et renforcer la foi chrétienne[8].

Ces monastères se développent, quand ils peuvent, grâce à des dons, des achats de terres, ainsi que par les privilèges que les rois carolingiens leur accordent par des textes appelés diplômes. Dix-sept monastères catalans reçoivent un diplôme royal au cours du IXe siècle[8]. Bien souvent, ils connaissent des débuts modestes et difficiles, et nombre d'entre eux échouent et disparaissent[9].

Fondation familiale

Le premier texte mentionnant Saint-André d'Eixalda date de 840 ou 841. Il s'agit de la donation, par un groupe de quatorze personnes de la même famille, d'un héritage constitué d'une propriété agricole (vilar) nommée Paulià qu'elles tenaient de leurs grands-parents ou d'avant (ces terres pouvaient avoir été dans la famille depuis plus de cent ans[9]). Ce texte pourrait être le texte fondateur du monastère[8]. Les noms des donateurs sont mentionnés dans le document : Erall, Adanasinda, Forídia, Adesinda, Major, Goteleba, Quideberga, Quixilo, Alexandre, Vurili, Tructulf, Vuló ainsi que les prêtres Comendat et Argemir. Tructulf est mentionné en tant que moine, ainsi qu'un autre homme appelé Concés. Un dénommé Comendat est mentionné plus tard comme abbé, sans qu'il soit cependant tout à fait certain que ce soit la même personne que le donateur. Le monastère est ainsi probablement constitué, à son origine, des moines Tructulf et Concés et du prêtre Comendat[10].

Le monastère Saint-André d'Eixalada est, à ses débuts, une entreprise essentiellement familiale, vivant modestement, ses seules possessions étant le vilar Paulià et quelques terres dispersées. Cette situation ne change guère jusqu'en 854[9].

Expansion

En , sans que l'on connaisse leurs motivations (ils auraient pu fonder leur propre monastère ailleurs), plusieurs religieux, bien plus riches et originaires d'Urgell, viennent s'installer au monastère Saint-André d'Eixalada en lui faisant d'importantes donations. Il s'agit de Protasius (nommé parfois Protais en français, ou Protasi en catalan) qui détient le titre d'archiprêtre, de trois prêtres : Sanctiol (ou Sanctiolus[11]), Recesvind (ou Recceswindus[11]) et Victor, du moine Atila et du sous-diacre Baro. Ils acceptent de se soumettre aux règles de la communauté, mais leur don est assorti de plusieurs limitations. Ils en gardent l'usufruit et deviennent les héritiers les uns des autres : à la mort d'un des nouveaux venus, ce sont ses compagnons qui héritent des biens, et non le monastère. S'ils décident de quitter le monastère, ils emporteraient leurs biens avec eux. Le monastère n'hériterait définitivement de ces dons, selon cet accord, qu'à la mort du dernier de ces donateurs[12].

Les dons, à la fois en terres, en argent, en outils et en bétail, sont importants. Le plus riche des donateurs est Protasius. Il obtient un statut de conversus qui le distingue des autres occupants du monastère[13]. Il garde dans son patrimoine personnel une somme d'argent et une propriété foncière à Cuxa, plus bas dans la vallée, ainsi qu'une grande liberté dans l'usage de ses biens[14].

Le rôle de Protasius devient central dans le développement du monastère : jusqu'à la fin, il est celui qui apparaît dans tous les textes d'acquisition, que ce soit parce que les terres sont achetées avec son argent, ou parce que son influence joue un rôle décisif[15]. À partir de son arrivée, le monastère connaît une direction bicéphale : il est géré conjointement par l'abbé en place et par Protasius[16], qui n'a jamais le titre d'abbé à Eixalada.

Le premier texte mentionnant Protasius dans la région du Conflent date de 845, déjà à Cuxa. Avant de s'installer à Eixalada, il acquiert plusieurs fois de nouvelles possessions et gagne en influence dans la région autour de Cuxa (Taurinya, le Llech et Codalet)[14].

Quatre mois après son arrivée, Protasius obtient la donation du vilar d'Entrevalls. Ces terres sont fondamentales pour la viabilité du monastère : attenantes à la communauté (le texte dit ubi edificatum est ipsum monasterium : « là où est édifié ce monastère »), elles assurent son indépendance[15].

Peinture médiévale. Au centre en haut un roi portant couronne est assis sur son trône. Autour de lui, une quinzaine d'hommes, certains étant visiblement des moines : ils sont tonsurés.
Des moines présentant une bible à Charles II le Chauve. Première Bible de Charles le Chauve, vers 845.

Après 854, pendant dix ans aucun document ne mentionne le monastère. Pendant ce temps, un nouveau venu qui n'était encore jamais mentionné dans les textes précédents, nommé Witiza, devient abbé de Saint-André[17].

Protasius fonde une église dédiée à saint Germain sur son domaine de Cuxa, en 866 ou avant comme l'indique un texte de donation daté de cette année-là. Des moines résident à cet endroit[18].

Abbaye royale

En 871, le nouveau comte de Conflent, Miron, fait le voyage jusqu'à Douzy (actuellement dans le département des Ardennes, à l'autre bout de la France) pour se présenter au roi des Francs Charles le Chauve. Il obtient du roi un diplôme par lequel le monastère acquiert le titre d'abbaye royale. De fait, le monastère passe sous la protection du comte et la direction, auparavant assurée par l'abbé et Protasius, est complétée par une troisième tête en la personne du comte[16]. Ce texte impose à l'abbaye de suivre la règle de saint Benoît, lui accorde la libre élection de son abbé et d'échapper à la justice ordinaire ainsi qu'au paiement du cens et à toute intervention de l'évêque dans ses affaires intérieures ou religieuses[19].

En 874, Baro, l'un des compagnons de Protasius venus d'Urgell, devient abbé. Cela signifie probablement que Witiza est mort[20].

Miron, comte de Conflent, devient en 878 comte du Roussillon avec l'appui spirituel et logistique du monastère qui lui apporte à la fois des hommes et les ressources de son important domaine lors d'une conquête qui nécessite l'usage de la force[8].

Destruction et conséquences

Le monastère est détruit par une inondation en 878. Selon d'Abadal i de Vinyals, qui se base sur des dates mentionnées dans des textes, la catastrophe a lieu entre le et le . Pour Pierre Ponsich, qui utilise les statistiques des crues dans la région, le plus probable est qu'elle se soit produite en octobre ; début septembre serait une date exceptionnellement précoce pour ce type d'épisode[21].

La crue emporte les bâtiments et les possessions du monastère. L'église est détruite, de même que les archives. Les moines ne parviennent à sauver que les documents les plus précieux, dont le diplôme et le cartulaire royaux[22].

Après la destruction d'Eixalada, Baro est destitué de son statut de moine au profit de Protasius. Il est décidé de ne pas reconstruire le monastère, mais de le déplacer à Cuxa, sur les terres privées de Protasius. Cela a pour avantage de rapprocher la communauté de Prades, ville en plein développement, et de Ria, berceau de la famille du comte Miron. Le temps du monastère isolé dans des gorges est révolu, l'abbaye prend dès lors un rôle politique grandissant[23].

En 879, Protasius meurt. Dans son testament daté du , il mentionne une abbaye composée de cinquante moines accompagnés de vingt servants[24]. Un texte postérieur compte trente-cinq moines dans la nouvelle abbaye de Cuxa, ce qui donne un bilan, pour l'inondation, d'environ quinze moines morts. Le bilan des autres personnes vivant au monastère d'Eixalda ou autour est inconnu[25].

Après la destruction du monastère, un hameau perdure sur le lieu jusqu'au XIVe siècle, puis disparait. L'établissement de Thuès-les-Bains est construit en 1860[4].

En 1886, le poète catalan Jacint Verdaguer, dans son poème épique Canigó, consacre de nombreux vers à la tragédie de Saint-André d'Eixalada et à la fondation de Saint-Michel de Cuxa[26],[27].

« En Exalada,
vora'l camí de Llivia á Prada,
monjos ahir
teníam temple y monestir,
horta florida,
vells pergamins que'l cor no oblida,
[...]
Mes ¡gran desastre!
de tot aixó no'n queda rastre;
en un moment
la revinguda d'un torrent
ho ha esborrat
y es com si may hagués estat!
 »

 Jacint Verdaguer[27], Canigó, IX.

« À Exalade,
sur le chemin de Llívia à Prades,
des moines, hier
possédaient temple et monastère,
jardins fleuris,
vieux parchemins que le cœur point n'oublie,
[...]
Mais, grand désastre !
De tout ceci, il ne reste plus de trace ;
en un instant
la force d'un torrent
a tout effacé
et c'est comme si rien n'avait jamais existé ! »

 Canigó, IX.

Possessions

Le problème des sources

Annexes

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