Musée de la coutellerie de Nogent
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Label Tourisme et Handicap (d), musée de France |
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Le musée de la Coutellerie est un musée municipal situé à Nogent dans le département français de la Haute-Marne en région Grand Est.
Ce musée présente, à travers ses collections, l'histoire et la spécificité de la coutellerie de Nogent et de son bassin, du XVIIIe siècle à nos jours[1]. Ce musée des sciences et techniques porte l’appellation « musée de France » et est labellisé « Tourisme et Handicap » (moteur, mental et visuel).
Avec le mémorial Charles-de-Gaulle et la vannerie de Fayl-Billot, il fait partie de l'un des sites identitaires du département.
La coutellerie de Langres
À l’origine, la coutellerie apparaît à Langres au XIVe siècle pour atteindre son apogée au XVIIIe siècle avec près de 100 maîtres-couteliers en 1740. Elle est organisée en corporation avec des réglementations très strictes afin de limiter la concurrence et la contrefaçon. Il est par exemple interdit pour un coutelier non langrois d’apposer la marque « Langre[s] » sur sa production[2]. C’est pourquoi un grand nombre d’entre eux s’installent à Nogent et dans son bassin afin d’exercer librement le métier[3].
À la fin du XVIIIe siècle, l’édit de Turgot (1776), la Révolution française et la loi Le Chapelier (1791) touchent durement la coutellerie langroise, déjà en constant déclin, en supprimant les corporations. Les maîtres-couteliers deviennent simples marchands et s’approvisionnent dans les campagnes environnantes en pièces de coutellerie.
La coutellerie de Nogent
Les premiers « cousteliers » apparaissent dans les écrits en 1671[4].
Au XIXe siècle, la coutellerie de Nogent atteint son apogée avec près de 6 000 paysans-couteliers et ouvriers à domicile et en usine. Néanmoins, Langres reste le principal centre de commerce de coutellerie de la région jusqu’au milieu du XIXe siècle ; les maîtres-couteliers langrois, devenus couteliers-marchands, procurent aux couteliers du bassin nogentais les matières premières nécessaires à la fabrication, puis récoltent les produits finis sur lesquels ils apposent leur propre marque afin de les vendre sur le marché local, national et international[5].


Réputés pour leur savoir-faire et la qualité de leurs productions, les couteliers du bassin nogentais travaillent non seulement pour les grandes maisons langroises (Guerre, Beligné) mais également des maisons nogentaises (Guillemin-Renaut, Georget, Lessertois), parisiennes (Tichet, Thinet), lyonnaises (Lépine), lesquelles établissent des comptoirs d’achat à Nogent.
On qualifie de coutellerie de Nogent la coutellerie fabriquée, non pas seulement à Nogent mais dans le bassin nogentais. C'est-à-dire dans un rayon de 20 km autour de la ville de Nogent, ce qui représente une quarantaine de villages, chacun spécialisé dans une ou plusieurs types de production. De plus, le terme de « coutellerie » regroupe les sept grandes classes de la coutellerie : coutellerie fermante (canifs, couteaux de chasse, etc.), coutellerie de table (couteaux de table, services à découper, etc.), coutellerie professionnelle (couteaux de boucher, de cuisine), cisellerie (ciseaux à broder, de tailleur, etc.)[6], outillage à main (sécateurs, serpettes, etc.), instrumentation chirurgicale (pinces, écarteurs, etc.) et de toilette (pinces à épiler, limes à ongles, etc.).
Si cette coutellerie est diversifiée dans ses productions, elle est également caractérisée par sa qualité notamment en termes d’utilisation de matériaux nobles (nacre, écaille, ivoire) et du raffinement des pièces tant dans leur fabrication (forgeage, trempe, polissage, finition) que dans leur esthétisme et leur créativité ; on parle de coutellerie fine (ou de luxe)[7].
Cette qualité s’explique également par un travail exécuté à la main et de bout en bout pour le compte de grandes maisons françaises. Certains couteliers se sont d’ailleurs distingués de par l’excellence de leurs fabrications comme Nicolas Pierre Pelletier et sa dentelle d’acier[8] ou encore Joseph dit Emile Drouot et son art d’exceller au façonnage des matériaux précieux[9].

Avec la révolution industrielle, le visage de la coutellerie change radicalement. À côté de ces petits ateliers où les pièces sont fabriquées à la main et de bout en bout, apparaissent vers 1850 des manufactures pouvant compter jusqu’à une centaine d’ouvriers. La mécanisation, rendue possible grâce à l’apparition de nouvelles sources d’énergie, permet de produire un plus grand nombre de pièces par l’intermédiaire de la technique de l’estampage[10]. Les ouvriers, et même certains établissements, se spécialisent dans une tâche répétitive (estampage, émouture, polissage).
L’activité coutelière nogentaise connaît une prospérité inégalée entre 1870 et 1880. Cependant, l’implantation tardive du chemin de fer, qui permet la livraison des matières premières, tout comme celle de l’électricité, lui a été défavorable par rapport à Thiers, autre centre coutelier situé dans le Puy-de-Dôme, lequel a su s’adapter rapidement.
Il existe encore actuellement quelques couteliers, professionnels et « hobbystes », qui s’attachent à faire perdurer ce savoir-faire traditionnel. Si les savoir-faire sont préservés grâce à une main d’œuvre hautement qualifiée, ils ont aujourd’hui évolué vers d’autres domaines : automobile, aéronautique, médical[11].

