Madeleine Père

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Madeleine Père, née à Guillon dans l'Yonne le et morte le à Gaoua au Burkina Faso, est une religieuse, infirmière, assistante sociale et ethnologue française.

Décès
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GaouaVoir et modifier les données sur Wikidata
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Madeleine Père
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Elle s'installe en Haute-Volta, qui devient le Burkina Faso, à Gaoua, dans le pays du peuple Lobi. Elle y développe un service social, un centre de formation pour les femmes, un foyer de jeunes filles et y construit des écoles. Elle devient ethnologue, soutenant une thèse d'État sur le peuple Lobi et écrivant un ouvrage sur le peuple Gan. Elle fonde le musée des civilisations du Sud-Ouest du Burkina Faso de Gaoua.

Biographie

Madeleine Père est née à Guillon dans l'Yonne le [1].

Religieuse et assistante sociale

En 1945, elle devient religieuse dans la société des filles du Cœur de Marie. En 1952, elle part en Haute-Volta, envoyée par sa congrégation. De 1953 à 1955, elle est infirmière dans un dispensaire de quartier de Bobo-Dioulasso. En 1956, elle y crée un service social polyvalent, qu'elle dirige jusqu'en 1958[1].

Assistante sociale diplômée en 1958, elle dirige le service des Affaires sociales du territoire de la Haute-Volta de 1958 à 1961. Elle reste en Haute-Volta après l'indépendance et, après ce poste à Ouagadougou, elle s'installe, à sa demande, à Gaoua, en pays lobi, où elle crée un service social polyvalent et un service d'animation rurale qui comporte un centre de formation d'animatrices rurales, transformé en 1982 en École nationale de service social[1],[2]. Elle cherche à donner aux femmes et aux jeunes filles Lobi analphabètes une formation en hygiène, puériculture, et habillement. À partir de Gaoua, elle organise des formations dans les villages. Financée à partir de 1961 par le ministère français de la Coopération en tant qu'assistante technique, elle mène ce travail jusqu'en 1985[3]. De 1985 à 1988, avant son départ en retraite, le ministère français de la Coopération la met à disposition du ministère burkinabé de la Culture[4].

Utilisant des fonds fournis par des organisations non gouvernementales européennes, elle fait construire en pays lobi et gan sept écoles primaires munies de puits. Dans sa propre cour à Gaoua, elle installe un foyer pour jeunes filles[4].

Ethnologue

À Gaoua, en pays lobi, malgré le bon accueil apparent qu'elle reçoit, elle s'aperçoit que son travail est peu suivi d'effet réel et que les innovations qu'elle propose sont peu acceptées. Elle cherche la cause des réticences auxquelles elle se heurte en étudiant la société lobi et son histoire. Elle découvre qu'à la fin du XIXe siècle, les Lobi ont décidé de refuser la « voie des Blancs », par un interdit rituel (appelé « bouche »), juré sur les autels de leurs ancêtres : pour se protéger des appétits des colonisateurs, ils ont décidé de refuser toute tentative d'imposition ou toute proposition de leur part. À partir des années 1970, les Lobi, conscients que cet interdit envers les Blancs les freine, commencent à le lever, lentement, village après village, par un rituel qui instaure une « nouvelle bouche », favorable aux innovations[3].

Après vingt ans d'enquête, Madeleine Père utilise les éléments qu'elle a recueillis pour soutenir en 1982 une thèse d'État dirigée par Yves Person à l'université Paris-I, intitulée Les deux bouches. Les sociétés du 'rameau lobi' entre la tradition et le changement. Cette thèse est publiée en en 1988 sous le titre Les Lobi. Tradition et changement. Burkina Faso[3],[2]. Dans ce livre, elle étudie « la société lobi traditionnelle et l'impact sur cette société de la colonisation française », comme le résume Monique Gessain. Madeleine Père décrit la démographie, l'économie, les cultes, les activités et les relations des Lobis. Ses observations du changement ont l'originalité de provenir directement de son travail d'animatrice rurale, agent de ce changement dans divers domaines, la scolarisation, la santé, l'agriculture et la religion[5]. Elle insiste sur la catastrophe qu'a constitué le contact avec les colonisateurs, à partir de 1897. Madeleine Père le formule ainsi : « La « pacification » n'est qu'une longue histoire d'incompréhensions, de rébellions, de répressions », qui amène les Lobis à interdire de travailler pour ou avec les Français. Selon Alfred Schwartz, « La révélation de cet interdit, dont aucun autre observateur de la société lobi ne semble jusque-là avoir eu connaissance, est incontestablement un point fort du travail de Madeleine Père ». Après avoir décrit cet interdit (la « bouche »), elle relate le processus de sa levée[6].

Elle étudie ensuite, pendant une vingtaine d'années également, une autre société du Sud-Ouest burkinabé, les Gans, mettant en évidence la permanence de son royaume, dont le siège est à Obiré, et un patrimoine archéologique original, constitué de ruines en pierre de villages anciens[3]. Elle en tire un livre, publié après sa mort[4].

Fondatrice de musée

Musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest du Burkina Faso, ou musée du Poni, à Gaoua.

En 1990, elle crée à Gaoua un musée ethnographique, appelé musée des civilisations des peuples du Sud-Ouest du Burkina Faso, ou musée du Poni, avec l'aide de l'UNESCO, du musée historique de Lausanne et de l'Institut de recherche pour le développement[4],[7]. Ce musée est installé dans un bâtiment colonial construit en 1920 pour servir de logement à des administrateurs et situé près du gouvernorat, du commissariat et du tribunal, donc dans un espace qui symbolise le pouvoir et rappelle la colonisation[7]. Il s'inscrit dans une perspective ethnographique inaugurée par l'ancien administrateur colonial Henri Labouret (1878-1959)  dont le portrait est exposé dans le musée  qui a publié en 1931 un premier livre définissant le peuple lobi[8].

En fondant ce musée, Madeleine Père, dont l'activité professionnelle promeut des améliorations des conditions de vie, notamment des jeunes femmes, cherche aussi à conserver et transmettre la culture et la mémoire collective. Selon Bertrand Royer, « le musée constitue d’une certaine manière le testament, non seulement scientifique, mais aussi politique et idéologique de l’ethnologue »[2]. Une partie importante du fonds est constitué d'objets collectés par Madeleine Père elle-même, avec ténacité et finesse, organisant et finançant les rites de désacralisation nécessaires pour que les habitants acceptent de déposer leurs objets rituels[9]. Le musée, divisé en trois salles correspondant à l'usage des objets exposés, une salle des femmes, une des hommes, une des cultes, ne fait pas de différences ethniques et propose ainsi une vision unitaire du peuple lobi[10]. Par ses livres et par le musée qu'elle a fondé, Madeleine Père participe de la patrimonialisation du peuple lobi[11].

Madeleine Père meurt le à Gaoua au Burkina Faso, où, après avoir été soignée en France, elle avait décidé de finir ses jours[1]. Elle est enterrée dans la cour de sa maison. Le roi des Gans lui donne le titre de « reine honoraire » et lui installe un sanctuaire[4].

Publications principales

  • Animation féminine dans une société villageoise traditionnelle : le centre de Gaoua en pays Lobi, Haute-Volta, Paris, Centre de recherches coopératives (mémoire en vue du diplôme de l'Е.Р.Н.Е., Vlème section), , 261 p..
  • Les Lobi. Traditions et changement : Burkina Faso, Laval, Edition Siloë, , 434 et 548 p. (ISBN 978-2-905259-41-7 et 978-2-905259-35-6, lire en ligne)[5],[6].
  • Le royaume gan d'Obiré : Introduction à l'histoire et à l'anthropologie, Burkina Faso, Saint-Maur, Sépia, , 544 p. (ISBN 978-2-84280-079-6).

Décorations

Hommage

Notes et références

Voir aussi

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