Nécropole de Su Crucifissu Mannu
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| Nécropole de Su Crucifissu Mannu | |
Vue de la tombe VIII. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Sassari |
| Commune | Porto Torres |
| Coordonnées | 40° 48′ 37″ nord, 8° 26′ 40″ est |
| Altitude | 75 m |
| Superficie | 2,3 ha |
| Histoire | |
| Époque | Néolithique |
| Numéro d’identification |
1730-007 |
| modifier |
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La nécropole de Su Crucifissu Mannu est une site préhistorique daté du Néolithique situé à Porto Torres dans la province de Sassari en Sardaigne. La nécropole regroupe 22 tombes du type domus de janas. Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.
La nécropole est proche de la route nationale 131 Carlo Felice, à onze kilomètres de la ville de Sassari et cinq kilomètres de celle de Porto Torres. La zone où elle se trouve comprend divers sites préhistoriques dont le Monte d'Accoddi, des zones d'inhumation (Li Lioni, Sant'Ambrogio, Su Jaiu, Spina Santa e Marinaru), les dolmens et menhirs de Frades Muros, ainsi qu'une douzaine de nuraghes.
Les profonds sillons parallèles visibles sur le plateau rocheux où s’étend la nécropole correspondent à des cart-ruts laissés par les chariots aux époques romaine et médiévale, témoignant de la dernière phase de fréquentation du site, alors utilisé comme carrière pour le proche centre de l'ancienne cité de Turris Libisonis[1], correspondant à l'actuelle Porto Torres.
Historique
La nécropole de Su Crucifissu Mannu fut découverte en 1956 lors des travaux de construction de l’aqueduc de Porto Torres. Les tombes furent mises au jour au cours de quatre campagnes de fouilles menées jusqu’en 1981, par Guglielmo Maeztke, Ercole Contu et Maria Luisa Ferrarese Ceruti[1].
En 2025, le site archéologique de la nécropole d'Anghelu Ruju fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas »[2].
La nécropole
La nécropole est creusée dans le banc calcaire d'un vaste plateau. Elle comprend 22 domus de Janas réparties en trois secteurs : méridional, central et septentrional[1].
Les accès aux sépultures sont tous constitués par des puits verticaux, orientés par rapport au parcours du soleil, la majorité vers le sud (tombes II, III, X, XII, XV, XVII, XIX, XXI) et le sud‑est (tombes I, VIII, XIII, XIV). Ces puits débouchent sur une antichambre ou sur un étroit couloir de dégagement, caractéristique que l’on retrouve uniquement dans certaines tombes du secteur septentrional (tombes III, IV, XVII, XIX, XX). Dans trois cas (tombes VIII, XII et XIII), les puits ont été « allongés » pour former des dromoi à caractère principalement symbolique. La disposition originelle des pièces, selon des schémas cruciformes, en « T » ou à développement centripète, est reconnaissable dans presque toutes les tombes, bien que parfois altérée par des interventions postérieures (notamment dans les tombes III et XXII). Les tombes les plus régulières dans leur plan et la finition des parois se trouvent dans les secteurs méridional et central, tandis que dans le secteur septentrional les hypogées présentent une organisation plus irrégulière, avec des parois peu soignées, de profil curviligne, percées de niches parfois de grandes dimensions. Le nombre de pièces varie d’une tombe à l’autre, d’un minimum d’une cellule (tombe XVIII) à un maximum de 15 (tombe XII), avec une prédominance d’hypogées complexes et articulés. Presque toutes les tombes présentent un sol abaissé dans la cellule principale, doté d’une marche facilitant l’accès, ainsi que des plafonds plats inclinés vers le fond de la pièce. Les portails des cellules comportent presque toujours un profond et large encastrement, parfois multiple (tombe VIII)[1].
Plusieurs tombes comportent des décorations architecturales telles que pilastres, lésènes et faux linteaux en relief (tombes I, II, VIII, IX, XI, XII). Certains hypogées présentent des piliers quadrangulaires (tombes VII, IX, XVI, XX, XXII), tandis que la tombe VIII possède une colonne[1]. La tombe XIV présente une fausse-porte.
Des décorations symboliques à valeur magico‑religieuse sont également présentes : fausse porte dans la tombe XIII (et peut‑être dans la VI), bucranes dans la tombe VIII (double, de style rectiligne) et dans la tombe XXI (deux bucranes côte à côte de style curviligne). Des traces de peinture rouge sont visibles dans la tombe IX, au‑dessus d’un faux linteau de la chambre principale et dans l’antichambre de la tombe XII.
Tombe XII
Architecture
La tombe XII est accessible par un ancien puits transformé en un long dromos (5,5 m) orienté vers le sud, d'une largeur maximale de 1,20 m dans sa partie centrale se réduisant à 0,55 m à devant l’entrée de l’antichambre. L’hypogée est celle qui présente l’articulation la plus complexe de toute la nécropole, elle comporte quinze espaces distincts[3] :
| Cellule | Dimensions (L × l × h) | Plan / Forme | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| a (antichambre) | 1,50 × 1,75 × — | quadrangulaire, angles arrondis | sol abaissé par rapport au dromos |
| b (chambre) | 2,20 × 2,35 × 1,30 | quadrangulaire | côté sud concave, dalle de fermeture retrouvée |
| c | 1,70 × 1,95 × 0,95 | rectangulaire, parois curvilignes | architrave en relief négatif |
| d | 1,45 × 1,60 × 0,98 | irrégulière | paroi concavo‑convexe |
| e | 2,60–2,10 × 1,35 à 2,60 × 1,25 | quadrilatère irrégulier | banc rocheux (1,70 × 0,95 × 0,25) |
| f | 1,50 × 1,75 × 0,90 | quadrangulaire | sol surélevé de 35 cm |
| g | 1,55 × 2,05 × 1,05 | rectangulaire | deux niches séparées par demi‑pilastre |
| h | 1,75 × 1,75 × 0,90 | quadrangulaire irrégulier | angle gauche fortement arrondi |
| i | 2,30 × 3,20 × 1,05 | rectangulaire | sol abaissé de 15 cm, nervure au sol, niche latérale |
| l | 2,00 × 1,65 × 0,85 à 1,20 | quadrangulaire irrégulier | architrave cintré, plafond incliné |
| m | 2,80 × 3,75 × 1,50 | rectangulaire | sert de raccord à trois autres cellules |
| n | 1,55 × 3,05 × 1,00 | rhomboïdal | seuil surélevé de 30 cm |
| o | env. 0,65 × 0,55 ouverture | quadrilatère irrégulier | paroi d’entrée convexe, fond concave |
| p | 2,00 × 1,75 × 1,00 | rhomboïdal irrégulier | plafond convexe, finition sommaire |
Matériel archéologique
Le matériel archéologique céramique retrouvé dans la tombe est très abondant. Plusieurs éléments comportent une décoration typique de la culture d'’Ozieri ou attribuables à des formes caractéristiques de cette culture, comme le vase en forme de panier. D'autres fragments attestent de l’utilisation de la tombe à l’époque de la culture Monte Claro, mais la plus grande partie de la céramique découverte se rattache à la culture de Bonnanaro : la forme la plus documentée est celle de la tasse tronconique ou carénée[4].
Les objets lithiques ne sont pas très nombreux mais ils sont très significatifs. Les outils taillés, en silex comme en obsidienne, sont représentés par deux pointes de flèche triangulaires, deux lames et des fragments de deux autres et de nombreuses éclats de silex ont été retrouvées, ainsi que des restes de débitage d’obsidienne. Les outils en pierre polie sont plus nombreux : 1 petite hache et 2 petits cylindres et divers objets ornementaux, leurs dimensions très réduites et surtout leur tranchant non affûté excluant tout usage pratique, dont 4 petites haches en stéatite de couleur vert‑eau, 1 petit disque en chlorite vert‑eau percé d'un minuscule trou excentré et 1 petit anneau[5].
Trois statuettes féminines en marbre ont été découvertes dans la tombe. La plus grande, du type à « plaque cruciforme », est dépourvue de tête, et présente des seins et des fesses bien marqués mais peu saillants. La seconde est fragmentaire, il n'en demeure que le buste et le cou, est également du type « à plaque cruciforme » avec les seins représentés en léger relief. Ce qui frappe dans cet exemplaire est la longueur du cou (2 cm) sur une hauteur totale conservée de seulement 4,6 cm. Selon G. Lilliu, au vu de ses dimensions réduites, il s’agit probablement d’une amulette. La troisième statuette, du type « ajouré », est également dépourvue de tête et les seins sont bien marqués mais peu saillants. La statuette présente à la base un trou indiquant son utilisation comme pendentif et pourrait correspondre soit à un usage secondaire (l'objet a été brisé mais n’a pas perdu sa valeur symbolique), soit à une réutilisation à seule fin ornementale[6]. Quelques objets de parure réalisés à partir de valves de coquillage complètent l'ensemble[6].
Rituels funéraires
La fouille stratigraphique de la tombe XV a permis de documenter une partie du rituel funéraire pratiqué durant la culture de Bonnanaro. Dans cette tombe, le rituel funéraire correspond à une inhumation secondaire de certains ossements (notamment des os longs) déposés en tas, au sommet desquels était déposé le crâne. Un rituel funéraire identique a été observé dans les neuf tombes de Su Crucifissu Mannu où la culture de Bonnanaro est attestée[7].