National Corporation for Antiquities and Museums

Organisme gouvernemental soudanais From Wikipedia, the free encyclopedia

La National Corporation for Antiquities and Museums (NCAM) est l'institution chargée des recherches archéologiques au Soudan et de la préservation du patrimoine du pays. À ce titre, elle dirige des chantiers archéologiques, supervise les missions archéologiques étrangères et gère les musées. Elle dépend du ministère de la Culture et du tourisme. Elle a été créée en 1905 durant la période du condominium anglo-égyptien au Soudan.

Le logo de la NCAM représente un pylône de monument antique surmonté de la silhouette d'une tête de lion couronné.
Logo de la NCAM

Depuis le début du conflit armé au Soudan en 2023, ses bureaux ont été transférés au Caire en Égypte. Ils se trouvaient auparavant dans un bâtiment qui jouxtait le musée national du Soudan à Khartoum.

La NCAM édite la revue Kush depuis 1954.

Activités

Missions de la NCAM

La NCAM remplit trois missions principales, sur le terrain archéologique et dans les musées soudanais.

Sur le terrain, la NCAM effectue des prospections archéologiques (surveys). Elle supervise les fouilles soudanaises ou étrangères, et est responsable de la mise en sûreté des sites archéologiques. À ce titre, elle emploie des inspecteurs et des gardes, qui travaillent avec la police des antiquités soudanaise[1].

La NCAM a en charge la gestion des antiquités déposées dans les collections nationales. Elle gère le musée national du Soudan, mais aussi les dépôts dans les musées régionaux ou thématiques, et les prêts aux institutions étrangères[1].

En lien avec cette activité, elle est responsable de la conservation et de la restauration des antiquités découvertes lors des fouilles archéologiques. Dans ce cadre, la NCAM travaille avec les missions étrangères et reçoit des chercheurs en mission d'études[2].

Depuis le début du conflit armé au Soudan en 2023

À la suite du déclenchement du conflit armé au Soudan en 2023, le musée national du Soudan, où se trouvent les bureaux de la NCAM, a été pillé[3]. Une partie du personnel permanent de la NCAM a été déplacée au Caire en Égypte. Certains chercheurs et professionnels de musées ont pu bénéficier de bourses à l'étranger pour poursuivre leur travail, en particulier dans le contexte de la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. L'Institut national d'histoire de l'art à Paris a ainsi accueilli Shadia Abdrabo, conservatrice du musée national du Soudan[4].

En collaboration avec la Section française de la direction des antiquités du Soudan, la NCAM a travaillé à la réalisation d'une version virtuelle du musée national du Soudan, mise en ligne en 2026[5].

Historique

L'intérêt étranger pour l'archéologie soudanaise au XVIIIe et au XIXe siècle

Aux XVIIIe et XIXe siècles, de grandes expéditions européennes remontent le long de la vallée du Nil pour en chercher la source, comme James Bruce dans les années 1768 à 1773[6]. Il est très vraisemblable qu'il ait repéré les ruines de Méroé lors de son voyage de retour vers l'Égypte[7]. Au début du XIXe siècle, Jean Louis Burckhardt[8] puis Frédéric Cailliaud[9] publient les récits de leurs voyages en 1819 et 1826[7].

Durant les décennies qui suivent, le Soudan est à la fois l'objet d'expéditions scientifiques, comme celle de Karl Richard Lepsius[10],[11] ou d'Ernest Alfred Thompson Wallis Budge[12], mais aussi de pillages archéologiques. En particulier, l'aventurier italien Giuseppe Ferlini est à l'origine de destructions dans la nécropole royale de Méroé dont il rapporte un trésor attribué à la reine Amanishakhéto[13], et l'allemand Karl Berghoff met au jour une statue de reine et de prince conservée, au XXIe siècle, au musée de la Nubie et dont la provenance géographique exacte est aujourd'hui perdue[14].

La frontière est alors parfois floue entre fouilles et destructions. Ainsi, l'anglais Budge perce ou arase, en raison des assertions de Ferlini sur sa découverte, plusieurs pyramides de la nécropole royale méroïtique. Ces opérations se font avec l'accord des autorités anglaises, en la personne du sirdar de l'époque[15].

Dans la première moitié du XXe siècle

Durant les premières années du XXe siècle, l'archéologie au Soudan s'organise peu à peu, tout en restant pour partie informelle. Des fouilles sont menées à titre personnel sur certains sites, au nom du Soudan anglo-égyptien sur d'autres, ou encore par des institutions européennes. Dans un résumé historique paru dans les années 1950, l'archéologue J.W. Crowfoot mentionne ainsi de nouvelles missions de Budge, envoyé par les trustees du British Museum dans les années 1900, ainsi que des fouilles à Soba par le colonel anglais E.A. Stanton. Les inspections sont alors menées par des fonctionnaires et enseignants anglais : Crowfoot lui-même, alors chargé de l'inspection des écoles, ou Peter Drummond et Sir William McLean, enseignants au Gordon College[16].

Le poste de commissaire à l'archéologie (commissionner for Archaeology) n'a alors pas encore été créé et les fonctionnaires effectuent les inspections sur leur temps libre[17]. Le successeur de Crowfoot, Drummond, est ainsi « acting Conservator of Antiquities », c'est-à-dire « conservateur des Antiquités par intérim » pendant une partie de sa carrière[18].

En 1905, Crowfoot rédige la première législation sur les Antiquités, l'Antiquities Ordnance Ordonnance sur les Antiquités »). Ce texte reste le cadre majeur de l'archéologie au Soudan jusqu'à l'indépendance de ce dernier, et acte la création d'un service des Antiquités, ancêtre de la NCAM[réf. nécessaire]. Cette date est donc parfois donnée par la NCAM comme celle de sa fondation officielle, sous la tutelle du ministère de l'Éducation[1]. Durant les années 1910 et 1920, les missions étrangères se multiplient cependant sans grande supervision de l'État : Bouhen (Randall-MacIver et Woolley), Méroé (Garstang), Faras et Sanam Abu Dom (Griffith), Kerma (Reisner) et Jebel Moya (Wellcome). Drummond se retire en 1921 et Addison lui succède. Il dit recevoir un « noyau de musée », un registre « méticuleusement tenu » et de nombreuses caisses issues du partage de fouilles et éparpillées sur tout le territoire[19].

Crowfoot, revenu comme conseiller, négocie alors avec le British Museum la récupération de vitrines pour agrandir le musée, alors situé dans une salle de classe du Gordon College de Khartoum. À sa retraite en 1926, l'ancêtre du musée national du Soudan a pris forme et les premiers musées de province se constituent[20]. Lorsqu'Addison quitte son poste de conservateur en 1931, il note qu'il n'existe toujours pas de véritable conservateur des antiquités appointé à plein temps. C'est en 1939 que l'archéologue A.J. Arkell devient le premier Commissionner for Archaeology and Anthropology[21],[22].

Indépendance et soudanisation

Le traité mettant fin au condominium anglo-égyptien est signé en 1954. Cette date coïncide avec le cinquantenaire du début des efforts d'encadrement de l'archéologie au sein d'un Service des Antiquités, alors dirigé par Peter Shinnie. Ce dernier note que les moyens alloués ne permettent pas de faire face à tous les besoins, et qu'il est nécessaire que le nouveau gouvernement soudanais s'empare de la question[23]. L'une des conséquences immédiates de l'indépendance est la « soudanisation du poste de commissaire à l'archéologie », qui conduit à la nomination du français Jean Vercoutter en remplacement de Shinnie[24]. Le poste de commissaire à l'archéologie est en effet jugé comme ayant une « influence politique » et, par conséquent, ne devant pas être occupé par un Anglais. Le directeur des musées, H.N. Chittick, est remplacé la même année par Sadik Eff. Nur[25].

L'année 1954 est aussi celle du début de la publication par le Service des Antiquités de la revue scientifique Kush. Les contrats des concessions de fouilles des missions archéologiques incluent alors l'obligation de publier leurs résultats dans la revue[26]. L'objectif affiché est que les chercheurs soudanais, lorsqu'ils reprendront la main sur l'archéologie de leur pays, disposent d'une archive conséquente sur les découvertes récentes[27].

Au cours des années 1950 et 1960, le Service des Antiquités tente d'alerter la communauté scientifique à propos du danger que représente le projet du haut barrage d'Assouan pour l'archéologie soudanaise. En 1960, l'urgence de la situation conduit le gouvernement soudanais à contacter l'UNESCO, car plusieurs centaines de sites sont menacés au Soudan et sont bien moins connus que leurs contreparties en Nubie égyptienne[28]. C'est le début de la campagne internationale de l'UNESCO pour la sauvegarde des sites et monuments de Nubie. L'urgence pousse Vercoutter à évoquer une réévaluation du principe de partage des fouilles, pour inciter les missions étrangères à participer à l'effort[29].

L'étape suivante de la soudanisation du Service des Antiquités intervient entre 1960 et 1961 avec le départ de Vercoutter pour Lille. Il est remplacé par Thabit Hassan Thabit[30]. Il est l'une des forces motrices de la contribution soudanaise au projet de sauvegarde des sites nubiens menacés par le lac Nasser. Negim el Din Mohammed Sherif lui succède en 1970, puis Ahmed Mohammed Ali Hakem de 1990 à 1994[31]. Hassan Hussein Idriss, qui lui succède, est suivi d'Abdel Rahman Ali.

En 1971, à l'occasion de l'inauguration du musée national du Soudan à Khartoum, les statuts du service des Antiquités changent et il est désormais placé sous l'égide du ministère de la Culture et du tourisme[1].

À partir des années 1960, à la faveur d'une médiatisation du patrimoine soudanais, le service des Antiquités encadre des missions étrangères et soudanaises de plus en plus nombreuses. En 1997, on compte ainsi plus de vingt-cinq missions archéologiques[32] :

En 1993, le service des Antiquités devient une corporation ; il s'agit de la fondation de l'actuelle NCAM (National Corporation for Antiquities and Museums)[33].

La SFDAS : une unité française intégrée à la NCAM

La Section française de la direction des antiquités du Soudan (SFDAS) est créée en 1967 à l'initiative de Vercoutter. Deux ans plus tard, en 1969, son existence est reconnue par un « accord de coopération culturelle et technique » entre les gouvernements du Soudan et de la France. Elle fait partie de la NCAM, dont elle partage les bureaux dans les locaux du musée national du Soudan[34]. Elle est le plus ancien institut de recherche permanent étranger installé au Soudan[35].

La SFDAS est une UMIFRE (unité mixte des instituts français de recherche à l'étranger)[36]. À ce titre, elle est placée sous la double tutelle du CNRS et du ministère des Affaires étrangères[37]. Il s'agit d'un réseau complémentaire à celui des écoles françaises à l'étranger, dont fait par exemple partie l'Institut français d'archéologie orientale au Caire.

Conventions régissant le patrimoine archéologique soudanais

La NCAM est responsable de la préservation du patrimoine archéologique au Soudan. Elle, et les structures qui l'ont précédée, ont contribué à l'établissement de règles encadrant les fouilles archéologiques et le partage des découvertes. En particulier, trois ordonnances successives sur les Antiquités, en 1905, 1952 et 1999, ont encadré les fouilles des missions étrangères et soudanaises.

Première ordonnance sur les Antiquités (1905)

Tous les objets archéologiques sont considérés comme propriété de l'État. Les objets archéologiques sont considérés comme étant ceux fabriqués avant 1783. Le service des Antiquités est créé, un conservateur est appointé. Le gouvernement est autorisé à préempter les terrains privés sur lesquels se trouvent des antiquités. Les découvertes doivent être signalées, les sites ne peuvent être détruits. Sauf permission expresse et délivrance d'une licence, il est interdit de vendre des Antiquités ou de faire des fouilles[38].

Deuxième ordonnance (1952)

Les Antiquités sont définies comme les objets ayant été créés ou inscrits (par exemple, par l'ajout d'un texte gravé sur un objet préexistant) avant 1812, avec effet rétroactif. Sont aussi concernés les restes humains et animaux datés d'avant 1340. Une license est indispensable pour les fouilles, la vente ou l'exportation. Les découvertes doivent être signalées et les sites ne sauraient être détruits.

La seconde ordonnance sur les Antiquités, en 1952, détaille également les conditions du partage de fouilles entre les missions, éventuellement étrangères, qui procèdent aux fouilles archéologiques, et le Soudan[29] :

  1. En cas de découverte d'un artefact jugé indispensable, soit à la complétude des collections du musée national, soit à la compréhension de l'histoire soudanaise, le commissaire aux Antiquités est en droit de le réclamer au nom du gouvernement soudanais.
  2. Mis à part ces objets exceptionnels, l'ensemble du matériel découvert est partagé à la fin des fouilles en deux ensembles autant que possible « de valeur archéologique et intrinsèque comparable ». Le choix d'un de ces ensembles revient aux responsables de la mission archéologique.
  3. L'autre moitié revient de droit au gouvernement soudanais.

Troisième ordonnance (1999)

Le texte de la troisième ordonnance est traduit en anglais et enregistré auprès de l'UNESCO. Les antiquités sont définies comme suit[39] :

« Tout objet préservé qui relève de civilisations anciennes et générations passées, et qui a été découvert par hasard ou en fouilles, que l'objet soit fixe ou mobile, pourvu qu'il ait cent ans ou plus. La Corporation des Antiquités se réserve le droit, pour des raisons techniques ou historiques, de considérer tout site ou relique comme ayant une valeur archéologique si sa préservation est dans l'intérêt du pays. Les documents, imprimés, certains restes humains, animaux ou botaniques sont également susceptibles d'être considérés comme des antiquités. »

Les antiquités appartiennent de droit à l'état soudanais, et la NCAM a la possibilité de procéder, dans une certaine mesure, à des échanges d'objets avec des musées étrangers, pourvu que ces échanges soient jugés comme dans l'intérêt du Soudan[40]. En ce qui concerne les missions archéologiques, le partage de fouilles n'est plus systématique. Les missions peuvent prendre des moulages et étudier les objets, et dans certains cas la NCAM peut leur accorder des objets dont plusieurs exemplaires ont été découverts, dans l'objectif de répandre à l'étranger une meilleure connaissance du patrimoine soudanais[41].

Notes et références

Bibliographie

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