Candace
titre porté par les reines de Koush
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Le titre de candace est porté par certaines reines koushites. Il s'agit d'un terme distinct de qore, qui signifie « souverain ». Certaines candaces portent en effet les deux titres et sont désignées comme qore kdke. Le titre s'écrit en méroïtique k(n)dke et désigne probablement la mère du roi[1]. Sur certaines inscriptions, la candace a aussi une titulature pharaonique comprenant des noms de Sa-Rê, de Nebty et de Nesout-bity.
| Candace | |
Bas-relief d'époque romaine figurant une candace soumettant ses ennemis. | |
| Transmission | Cognatique |
|---|---|
| Assis sur | Royaume de Koush |
| Premier titulaire | Kanarta (milieu du IIIe siècle av. J.-C.) |
| Dernier titulaire | reine inconnue (Beg.N.26) |
| Extinction | c. IVe siècle |
| Résidences | Kerma (XXVe—XVIe siècle avant notre ère) Napata (VIIIe—IVe siècle avant notre ère) Méroé (IVe avant—IVe siècle de notre ère) |
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Historique
Plusieurs femmes portent un titre royal en Nubie antique, en particulier à l'époque méroïtique [2]. Il est possible que cette tradition soit beaucoup plus ancienne. Le temple de Deir el-Bahari, en Égypte, montre en effet sur un bas-relief une reine du pays de Pount qui a parfois été interprétée comme une proto-candace [réf. nécessaire]. Les candaces sont connues à l'époque méroïtique, à partir du IIIe siècle av. J.-C., parmi elle la reine Nahirqo. La reine Kanarta est très probablement la première à avoir porté ce titre[3]. Au Ier siècle, les Actes des Apôtres (Actes 8:27-39) mentionnent une candace, mais le titre est alors interprété comme un nom propre que les reines porteraient successivement. La candace en question était peut-être Amanitore, dont un ministre eunuque fut converti et baptisé par saint Philippe le diacre d'après le texte.

« Καὶ ἀναστὰς ἐπορεύθη : καὶ ἰδού, ἀνὴρ Αἰθίοψ εὐνοῦχος δυνάστης Κανδάκης τῆς βασιλίσσης Αἰθιόπων, ὃς ἦν ἐπὶ πάσης τῆς γάζης αὐτῆς, ὃς ἐληλύθει προσκυνήσων εἰς Ἱερουσαλήμ [...] »
« Et Philippe se mit en marche. Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer. »
Ce récit est repris par Eusèbe de Césarée, qui précise que cette reine Candace régnait dans l'île de Méroé de la terre des Éthiopiens[4]. De son côté, Pline l'Ancien rapporte que, de son temps, la reine de l'île de Méroé s'appelle Candace, et que ce nom se transmet depuis longtemps de reine en reine[5] : cette assertion semble en réalité une référence au mécanisme de succession original des rois de Koush, dans lequel la dignité royale pourrait être transmis de frère à frère ou de sœur à sœur.
« Juxtaque aliam insulam Tadu dextro subeuntibus alveo, quae portum faceret. Aedificia oppidi pauca ; regnare feminam candacen, quod nomen multis jam annis ad reginas transiit ; delubrum Hammonis et ibi religiosum et toto tractu sacella. Cetero cum potirentur rerum aethiopes, insula ea magnae claritatis fuit. »
« [...] À côté est une autre île, dite de Tadu (i.e. île de Méroé, ou Butana), qu'on rencontre en entrant par le bras droit du Nil, et qui fait un port ; la ville a peu d'édifices ; le pays est gouverné par une femme, la reine Candace, nom qui, depuis grand nombre d'années, passe de reine en reine. Amon a ici aussi un temple révéré, et l'on trouve des chapelles dans toute la contrée ; au reste, au temps de la puissance des Éthiopiens, cette île jouissait d'un grand renom »
Les deux candaces les plus célèbres sont Amanishakhéto et Amanirenas, à qui elle succède. Amanirenas est probablement la reine qui, au temps d'Auguste, refuse de se soumettre et harcèle les légions romaines. En l'an 20 av. J.-C., elle fait une incursion en Égypte, en pillant toutes les villes sur son passage jusqu'à Éléphantine. Arrêtée par les troupes romaines, elle demande la paix et rentre dans son royaume qui, grâce au traité conclu par elle avec l'empereur Auguste, prospère durant encore plus de deux cents ans[6].
Liste des candaces

Nahirqo (r. c. 170 av. J.-C.) : elle est la première figure féminine à correspondre à la définition de candace selon les sources historiques et archéologiques; elle a régné sur Méroé, non pas en tant que régente mais en tant que souveraine indépendante. Dans le relief de sa chapelle funéraire, elle se désigne avec les termes « Fils de Rê, Seigneur des deux terres, aimé de Maât », montrant ainsi une fidélité à la tradition égyptienne.
Amanirenas (vers 40 - 10 av. J.-C.) : elle est la candace la plus célèbre pour son rôle dans la guerre contre l'armée impériale romaine. D'après Claude Rilly, en 30 av. J.-C., l'empereur Auguste ayant conquis le royaume d'Égypte décide, à la suite d'incursions de pilleurs méroïtes, d'installer un gouverneur appelé tyran (du grec túrannos) dans une zone à la frontière de Méroé. Les habitants de la région, sous pression, se révoltent avec l'appui d'une armée envoyée et dirigée par Amanirenas.
Dans ses écrits, Strabon (historien et géographe grec) décrit la reine comme « hommasse » et borgne après avoir perdu un œil au combat. Il est toutefois nécessaire de nuancer ce témoignage, représentatif de la perception qu'avaient les Romains du pouvoir féminin : « le pouvoir féminin pour les Romains, c'est soit des monstres comme les Candaces, soit des ensorceleuses comme Cléopâtre » affirme Claude Rilly.
Connu sous le nom de guerre méroïtique, ce conflit opposant Rome et Koush dure de 27 à 21 av. J.-C. et se clôture à la suite d'un traité de paix négocié à Samos, lieu de séjour d'Auguste. La légitimité d'Amanirenas n'est plus à prouver aux vues des accords établis : l'armée romaine se retire, l'empereur renonce à exiger un tribut de la part des Meroïtes et la frontière entre les deux empires est déplacée à Hiérasykaminos. Au cours des batailles réalisées en Égypte, Amanirenas aurait détruit et capturé plusieurs statues d'Auguste : la plupart des statues ont été rendues après le traité de paix mais la tête de l'une d'elles fut enterrée sous les marches d'un palais à Méroé. Amanirenas voulait par cet acte symbolique que les Méroïtes entrant dans le temple marchent sur Auguste. Surnommée la tête de Méroé, elle est aujourd'hui conservée au British Museum.

Amanishakhéto (Ier siècle av. J.-C.) : longtemps confondue avec Amanirenas, nous ne savons que peu de choses sur elle, bien que les inscriptions provenant de sa tombe la décrivent comme une reine puissante et autonome. Bien qu'Amanishakhéto n'ait peut-être pas été une guerrière aussi renommée que sa mère Amanirenas ou une bâtisseuse aussi célèbre que sa successeure Amanitore, elle a néanmoins grandement participé à la redécouverte de la culture hybride méroïtique grâce à la découverte de son palais à Wad ban Naqa et au riche trésor de sa tombe. Cette dernière, forcée et pillée en 1834 par le chasseur de trésors italien Giuseppe Ferlini, a été irrémédiablement endommagée : les bijoux (dix bracelets, neuf bagues, soixante-sept chevalières et de nombreuses amulettes) sont aujourd'hui conservés au musée égyptien de Berlin (Ägyptisches Museum und Papyrussammlung) et au Musée d'État d'Art égyptien de Munich (Staatliche Sammlung Ägyptischer Kunst).
Shanakdakhete (Ier siècle av. J.-C. ou au cours du Ier siècle ap. J.-C.) : autrefois confondue avec Nahirqo, elle serait selon le spécialiste Claude Rilly, un autre nom d'Amanishakhéto. Ou bien, une reine qui a régné juste après elle. Son nom signifie « Shanaka l'a enfantée », Shanaka étant une dénomination locale de la déesse Mout, parèdre d'Amon.
Nawidémak (Ier siècle av. J.-C. ou au cours du Ier siècle ap. J.-C.) : elle succède à Amanishakhéto ou Shanakdakhete. Elle est connue par sa mention sur un relief mural de sa chambre funéraire, ainsi que sur une plaque en or. Elle est peut-être la mère de son successeur, Amanakhabalé et d'un prince appelé Etareteya, décrit comme « le frère du prince suprême ».
Elle est l'une des candidates pour la fameuse reine citée dans le Nouveau Testament, simplement mentionnée par son titre. Sur ses bas-reliefs, elle est le plus souvent représentée seule, sans fils ou mari pour légitimer son trône. Elle est représentée les seins nus, symbole de fertilité et testament de son rôle de reine-mère. Elle porte le costume tripartite fait d'un manteau, d'une longue frange et d'un cordon à glands, et traditionnellement porté par les souverains régnants méroïtes.

Amanitore (Ier siècle ap. J.-C.) : elle régna durant la période la plus prospère de l'histoire de Méroé, marquée par un commerce dynamique, une agriculture abondante et une industrie du fer florissante comme en témoignent les nombreuses traces archéologiques (canaux d'irrigation, scories). Amanitore est notamment à l'origine de la reconstruction du temple d'Amon à Napata et de la rénovation du grand temple à Méroé. Elle est représentée sur le mur de son temple à Naqa en tant que conquérante avec son co-dirigeant et probable fils, le roi Natakamani. Les sources archéologiques de l'époque montrent une grande prospérité.
Il est aussi possible qu'Amanitore soit la candace mentionnée dans les Actes des Apôtres (Actes 8:27-39) de la Bible (mentionnés au début de cet article), mais cela est contesté. Sur la base de ce texte, certains concluent que la reine serait de confession juive. Il n'existe cependant pas de preuve archéologique à Méroé témoignant de l'existence d'une communauté juive à cette époque, bien que de petites communautés aient été présentes dans le royaume de Koush. Le passage biblique est également interprété comme une indication que la candace régnait seule, puisque son eunuque (et non pas celui de son mari ou de son fils, par exemple) avait « une grande autorité » et était responsable de son trésor. Cependant le passage en question ne suffit pas à prouver ces affirmations[7].

Amanikhatashan (vers 62 ap. J.-C.) : elle aurait envoyé sa cavalerie pour aider Rome durant la première guerre judéo-romaine de 66-73 de notre ère. À cette époque les archers koushites avaient une grande renommée grâce à leur adresse légendaire, c'est la raison pour laquelle l'un des premiers noms égyptiens pour désigner la région de Koush était Ta-Sety (« le pays de l'arc »). Amanikhatashan est aussi très étroitement liée à Nout, divinité égyptienne personnifiant la voûte céleste et mère des divinités primaires Isis, Osiris, Seth, Nephtys et Horus. En effet, bien que l'influence de la culture égyptienne ait reculé au fil du temps, comme en témoigne le retrait de l'écriture hiéroglyphique égyptienne au profit de l'écriture cursive méroïtique (notamment sous le règne d'Ergaménès), certaines divinités égyptiennes dites fondamentales ont continué à être vénérées. Nous n'en savons pas plus sur son règne[7].
Maleqorobar (266 - 283 ap. J.-C.) et Lakhideamani (306 - 314 ap. J.-C.) : pendant longtemps, ces deux noms ont été associés à des femmes. Il s'agit en réalité d'un prince et d'un roi. Maleqorobar signifie en méroïtique : "le beau garçon né des souverains". Leur règne se situe dans la période déclin de Méroé. La raison principale est sans doute sa rivalité avec le royaume d'Aksoum, dont l'apogée remonte à l'an 200 de notre ère. Situé dans la corne de l'Afrique, Aksoum est connu pour avoir entretenu des liens commerciaux avec Rome. Méroé doit probablement sa désuétude à la surexploitation des terres et au surpâturage qui auraient conduit à l'épuisement des ressources. Il en fut de même pour les forêts, destinées à produire du combustible aux industries sidérurgiques[7]. Par la suite, Rome aurait jeté son dévolu sur Aksoum.
Vers 330, Aksoum, gouverné par le roi Ezana, aurait porté le coup de massue à Méroé ; sa cité fut mise à sac et désertée vers 350, marquant ainsi la fin définitive du royaume de Méroé et de l'empire de Koush[7].
Postérité
| Image externe | |
| Lien vers la photographie Kandake of the Sudanese Revolution. Pour des questions de droit d'auteur, sa reproduction n'est pas autorisée sur Wikipédia en français. | |
La figure des Candaces est reprise comme symbole des femmes soudanaises qui se battent pour leurs droits. Elle est notamment attribuée aux femmes manifestant contre les dictatures du pays[8].
En 2019, une jeune manifestante, Alaa Salah, devient célèbre après être photographiée sur le toit d'une voiture, appelant à la paix et au soulèvement contre le régime d'Omar el-Bechir et en faisant une référence explicite aux Candaces — la photographie est d'ailleurs connue sous le titre de Kandake of the Sudanese Revolution — :
« J'appelle à la paix et je rappelle que les manifestations et la révolution soudanaise ont été pacifiques. Mon peuple, entier, porte la paix dans son cœur et je ne suis qu’une femme parmi des milliers d’autres. Nous, les femmes soudanaises, nous sommes des Kandakas, ces princesses de Nubie. C’est notre héritage. Nous avons toujours été considérées comme des femmes combattantes. Et cette révolution de décembre a fait sortir des milliers d’entre nous dans les rues, moi je ne suis que l'une d’entre elles[9]. »
Il existe également quelques œuvres culturelles (littéraires et cinématographiques) s’inspirant de la vie des candaces, en particulier de celle d’Amanirenas :
- Les deux tomes de la bande dessinée Kandaka par Biyong Djehuty.
- Les courts-métrages d’animation réalisés par Virtuel H et disponibles sur YouTube dédiés à Amanirenas et Amanishakhéto.
- L'une des trois contes du film de Michel Ocelot, Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse se déroule au royaume de Koush et montre une candace inspirée de l'iconographie méroïtique.