Nicola Trevisonno

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Nicola Trevisonno
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(à 43 ans)
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Nicola Trevisonno, né le à Civitacampomarano et mort le , est un économiste, journaliste et militant syndicaliste révolutionnaire italien.

Décrit comme le « porte-voix du pantaleonisme à l’intérieur du syndicalisme révolutionnaire »[1], il s'est fait le théoricien d'une synthèse entre syndicalisme et libéralisme économique.

Famille

Né en à Civitacampomarano, Nicola Trevisonno s’installe à Naples en 1893 et commence à militer en autodidacte comme socialiste au sein du groupe de la « Propaganda »[2] tout en travaillant en parallèle comme typographe[3]. Après un séjour au Brésil, il revient en Italie et s’installe en à Sulmona, puis en août à Penne chez sa fiancée[4]. La même année, il représenta la section campanienne de Castellammare di Stabia au congrès socialiste national d’Imola, y défendant un point de vue intransigeant[2].

Très proche du syndicalisme révolutionnaire et des milieux anarchistes, il parcourt l’Italie, entre 1902 et , en menant un intense travail d'organisation et de propagande comme par exemple en faveur du divorce lors d'un meeting organisé le à Castel di Sangro avec Arnaldo Lucci (, Sulmona-, Naples). Parallèlement, il participe à de violentes campagnes anticléricales dans la presse socialiste de L’Aquila à travers la rubrique Continua la litania, qui dénonce les méfaits du clergé (« la noire canaille »)[4]. Il fonda L’Idea socialista et, après un bref passage à Feltre comme directeur de L’Avvenire, il assuma à Udine, à partir de [2], des responsabilités au sein de la Chambre du Travail locale[4]. En octobre, après une brève arrestation, il retourna dans les Abruzzes où, à Pescara, il tenta de créer une Chambre du Travail et, à Chieti, fonda et dirigea le journal socialiste Il Pane. Mais, condamné pour diffamation envers le baron, ancien maire de Penne et d’Atri, il se cacha à Trieste puis à Udine, où il fut arrêté en et purgea cinq mois de prison[2].

Après sa libération, il s'installa à Rome où renoua avec Enrico Leone et collabora de manière stable à L’Azione. Bien qu’il fût encore, au printemps 1907, parmi les nombreux soutiens de la grève agraire d’Argenta, de sérieux problèmes de santé l’écartèrent progressivement de la militance syndicale[2]. Durant cette période, il étudia spécifiquement l'économie sous la direction de Maffeo Pantaleoni. En contact avec le milieu des économistes libéraux et, à partir de 1909, en correspondance étroite et prolongée avec Vilfredo Pareto, Trevisonno devint à cette époque secrétaire du Giornale degli economisti, en remplacement du syndicaliste Virgilio Panella[2]. En 1910, bien que sans diplôme, il se porta candidat en vain à la chaire d’économie de l’École supérieure de commerce de Gênes avant d’ouvrir avec Agostino Lanzillo un cabinet de conseil juridique, se spécialisant dans les questions ferroviaires[2].

Entre 1909 et 1911, il s’efforça de diffuser parmi les cheminots, par des écrits et des conférences, les principes de l’action directe et de l’appropriation des chemins[2]. En 1912, gravement malade, il se retira dans son village natal près de Larino[2] et fut radié du fichier des subversifs en [4]. Il meurt à l'âge de 34 ans en [5]. Lanzillo lui consacre un article dans Il Popolo d'Italia.

Son fils Giancinto Trevisonno (1907-1994) sera journaliste sous le régime fasciste, contribuera à la fondation des Fasci di Azione Rivoluzionaria en 1946 et deviendra, la même année, le secrétaire du premier comité exécutif du Mouvement social italien (MSI).

Travaux

Élève de l'économiste marginaliste Maffeo Pantaleoni et collaborateur de revues comme le Giornali degli economisti, Nicola Trevisonno se fait vite l'avocat d'une synthèse entre « pantaleonisme » (libéralisme/marginalisme) et syndicalisme révolutionnaire[1]. Il proclamait en effet le lien indissoluble entre libéralisme et syndicalisme :

« Les syndicats de métier exercent leur action entièrement sur le terrain du libéralisme économique. Dépouillé des erreurs doctrinales du marxisme, le syndicalisme reconnaît toute l’importance des avantages immédiats dont bénéficient les travailleurs, qui, dans leur qualité de producteurs et de consommateurs, pourront user du recours au libéralisme économique. Le syndicalisme reconnaît que, même dans une société syndicale, la base de toute l’économie sociale sera la libre concurrence, appliquée à tous les groupes concurrents. »[1]

En 1904, il publie Il partito socialista e la questione ferroviaria, opuscule visant à contribuer au débat entre les syndicats de catégorie et le PSI sur le projet de loi sur les nationalisations du gouvernement prévoyant des améliorations dans les conditions salariales et de travail, mais également l’interdiction de grève et, pour les contrevenants, de sévères sanctions telles que la radiation des rôles et la perte du droit à la pension[6]. Dans son ouvrage, Trevisonno défendait les thèses des syndicalistes révolutionnaires, s’opposant à la nationalisation parce qu’elle « signifierait l’asservissement des cheminots », et que leurs grèves « seraient brisées par un décret illégal de militarisation ; parce que cela représenterait un pas résolu vers le socialisme d’État, qui est l’opposé du socialisme démocratique (Marx a toujours dit : les instruments de travail aux ouvriers ; il n’a jamais dit les instruments de travail à l’État bourgeois) »[1]. De manière encore plus claire, il écrivait que :

« le syndicalisme n’accepte ni les prémisses théoriques ni les finalités ultimes du socialisme traditionnel. Le syndicalisme est principalement une doctrine concernant la structure économique de l’entreprise. C’est seulement si la gestion de l’entreprise est remise entre les mains de la masse que cet apport consiste en services personnels. »[1]

L’antiétatisme du syndicalisme de Trevisonno n’était pas secondaire mais le cœur de sa proposition puisque « de par sa distance vis-à-vis du socialisme et de son caractère de proposition nouvelle pour l’organisation du mouvement ouvrier, Trevisonno, par rapport aux motivations du marxisme orthodoxe, selon lequel l’État défend les intérêts de la classe bourgeoise, considère l’action de l’État néfaste en tant qu’obstacle au développement de la production »[1] :

« les lois de l’État réglementent inconsidérément l’organisation et imposent des contraintes insupportables aux privés. Avec sa diversité d’organisation, ainsi que l’intense activité des socialistes, l’État ne pourrait pas accomplir ce qu’opère une complète désorganisation, d’injustice et de désorganisation économique. »[1]

Par rapport à d'autres syndicalistes révolutionnaires comme Agostino Lanzillo, Alfonso De Pietri-Tonelli ou Arturo Labriola, Trevisonno « croyait que le syndicalisme pouvait imposer les caractères de la société future, précisément en raison de son lien avec les théories de « l’économie pure » et non pas lié aux caduques lois du marxisme »[1] :

« Le syndicalisme […] propose le transfert complet des moyens de production et d’échange dans les mains des syndicats, se propose de perfectionner la production moderne, en appliquant une complète spécification et division du travail. Le syndicat complet économique restera, en substance, ce qu’il est. Le syndicat tout entier des forces de travail […] seront frustrés et seuls les imprudents iront jusqu’au bout. […] Les syndicats seront entre eux en condition de libre concurrence, et la loi de l’offre agira dans le sens de pousser les entreprises marginales, à plus haut coût, à transformer la technique productive. »[1]

Publications

Notes et références

Bibliographie

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