Nićifor Ninković
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| Naissance | Dobrintsi, Monarchie des Habsbourg |
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Nićifor Ninković est un scribe, participant au premier soulèvement serbe, barbier personnel du prince Miloš Obrenović[1] pendant de nombreuses années, polyglotte, médecin, aventurier, et l’une des figures les plus singulières de la littérature serbe du XIXᵉ siècle.
Les informations relatives à la vie de Ninković sont peu connues et difficiles à vérifier[2],[3],[4],[5], et proviennent pour l’essentiel de ses propres mémoires.
Ninković affirme être né vers 1788, en Syrmie, dans le village de Dobrintsi. À dix-neuf ans, en 1807, il se rend à Belgrade afin de venir en aide à son « peuple et à sa patrie » lors du soulèvement dirigé par Karađorđe. Du fait de son instruction, il est nommé scribe auprès du knez de Pocerski, Ilija Marković. Deux ans plus tard, il occupe le même poste auprès du knez de Starovlah, Jovan Rašković. Durant cette période, il prend part à la bataille de Nova Varoš et commande brièvement l’un des retranchements insurgés sur le mont Javor.
En 1809, il devient scribe auprès du knez Maksim Rašković. Après un an et demi de service, celui-ci refuse de le payer. Ninković se dispute alors avec lui et s’enfuit à Belgrade. Il y échappe de peu à une condamnation du Conseil (Sovjet) et à l’exécution, car Rašković l’accuse à tort de l’avoir volé avant de prendre la fuite. Ninković est finalement sauvé grâce à l’intervention de Dositej Obradović.
À Belgrade, il sert pendant un court temps comme soldat à la place d’un commerçant, pour une solde de 30 groš par mois. Il rejoint ensuite les insurgés sous le commandement de Stefan Živković et participe, au sein de la troupe de Konda, à la défense de Deligrad[6].
Après cela, il reprend son travail de scribe. Il exerce d’abord auprès du bimbacha de Niš, Cvetko, puis auprès du voïvode de Resava, Ćor-Ilija (« Ilija le Borgne ») Zdravković. Il travaille ensuite au magistrat de Smederevo, mais il est rapidement relevé de ses fonctions, et part alors servir comme scribe auprès du voïvode de Rača, Kara-Marko. En raison de conflits avec Kara-Marko et Jakov Nenadović, il quitte la Serbie en 1811.
Pendant les huit années suivantes, Ninković exerce différents métiers et séjourne dans l’Empire ottoman et en Valachie, notamment à Craiova et à Bucarest. En 1812, il se rend à Constantinople, où il apprend le métier de barbier et étudie le turc, le grec et le valaque. Il retourne à Bucarest en 1816. Alors qu’il est hospitalisé pour une maladie vénérienne, il s’initie également à la médecine.
Il revient en Serbie en 1819 comme maître barbier et ouvre une boutique à Belgrade. Trois ans plus tard, il épouse Hristina Forman[7], une Serbe originaire de Zemun, avec laquelle il a trois filles.
La période la plus dramatique, et aussi la plus décisive pour la suite de sa vie, se déroule à Kragujevac, où Ninković est barbier personnel et médecin du prince Miloš Obrenović de 1822 à 1827[8],[9]. Il y rencontre également deux figures majeures de la vie culturelle serbe de l’époque : Dimitrije Davidović et Vuk Stefanović Karadžić. En raison du caractère brutal et imprévisible de Miloš Obrenović, Ninković vit constamment dans la crainte pour sa vie et celle de sa famille. Il finit par obtenir son départ du service du prince et retourne à Belgrade. Cependant, sa réputation d’homme renvoyé par le « Seigneur » le poursuit et l’empêche d’ouvrir un salon de barbier et d’assurer les besoins essentiels de sa famille.
À la demande de Ninković, le prince Miloš le nomme en 1828 scribe à Brusnica, auprès de son frère Jovan Obrenović[10]. Il est ensuite affecté à Smederevo. Il y ouvre un salon de barbier et une taverne, mais ses affaires échouent. À la pauvreté s’ajoutent la maladie, la sienne comme celle de son épouse. Il envoie alors sa famille à Zemun, chez la mère de sa femme, tandis que lui part à Ada Kale, auprès d’Osman-pacha Skopljak, pour y travailler comme interprète. Il quitte ensuite cet emploi et, exerçant le métier de barbier tout en soignant parfois des malades, il séjourne successivement à Constantinople, à Smyrne (où il commence à écrire ses mémoires), à Pergame, à Balıkesir et à Adramyttion. Durant cette période, son épouse et l’une de ses filles meurent, et ses deux autres filles sont adoptées.
Après l’abdication du prince Miloš Obrenović (1839), il retourne en Serbie. Les dernières informations qu’il laisse sur lui-même indiquent qu’il vaccine des enfants contre la variole en Serbie, puis qu’il revient à Belgrade, âgé et malade.
On suppose qu’il est mort à Požarevac dans les années 1850.
Cependant, l’historien serbe Radomir J. Popović avance que Nićifor Ninković serait probablement décédé à Belgrade[1].
Sur la colline de Petlovo brdo, à Belgrade, une rue porte son nom.
Le manuscrit des mémoires
Le manuscrit des mémoires de Nićifor Ninković a été retrouvé dans les archives de Sima Milutinović Sarajlija. En 1947, Milorad Milutinović l’a remis à la Bibliothèque nationale de Belgrade.
Ninković a consigné son récit dans cinq cahiers de grand format. Le texte, écrit à l’encre, s’est estompé à de nombreux endroits, surtout sur les bords des pages.
Le manuscrit ne porte pas de titre. La première page porte la mention : "Préface", puis "Ma chère et affectueuse famille serbe" . Ce n’est que sur la couverture du troisième volume que l’auteur a inscrit le titre : "Ma biographie (de 1807 à 1842)".
Le manuscrit est si peu structuré qu’on peut penser qu’il s’agit d’un brouillon, auquel l’auteur n’a pas eu le temps de donner une forme définitive. Il ne l’a pas divisé en chapitres, et n’a pas distingué les dialogues, les lettres ou les documents qu’il utilise. Il ne commence un nouveau paragraphe que lorsqu’il est contraint, en raison de ses déplacements fréquents, d’interrompre l’écriture pendant longtemps. Il le signale alors systématiquement par une mention du type : « Jusqu'ici écrit à Smyrne » ou « Ce qui suit a été écrit à… ». Ninković corrige très rarement son texte : sa pensée reste donc parfois inachevée, certains mots manquent, et il arrive aussi qu’un même mot soit noté deux fois.
La principale difficulté pour le lecteur contemporain tient au caractère très hétérogène de la langue et de l’orthographe employées par Ninković. Il écrit en serbe populaire, avec de nombreux éléments de slavéno-serbe et un grand nombre de mots empruntés à d’autres langues. Il tente aussi de suivre ses propres règles, non officielles, qu’il applique au cas par cas. Il connaît toutefois certaines bases de la réforme orthographique de Vuk Karadžić : on trouve ainsi dans le manuscrit les lettres Њ, Љ, Ћ, Ђ, Џ et Ј. Il note parfois aussi la lettre Х, mais de manière irrégulière.
Outre sa langue maternelle, Ninković utilise, surtout dans les dialogues, de nombreuses langues européennes : le turc, le grec, l’allemand, le roumain, le slovaque, le hongrois, le russe et le latin. Il les transcrit dans différents alphabets : en cyrillique (turc, roumain, russe, slovaque), en latin (hongrois, latin), en écriture gothique (allemand) et en alphabet grec moderne. Son vocabulaire contient un nombre particulièrement élevé de turcismes et, plus généralement, de mots d’origine étrangère.
Toutes ces caractéristiques du manuscrit de Ninković ont rendu le texte chaotique et parfois difficile à déchiffrer. Toutefois, les éditeurs modernes l’ont harmonisé sur le plan linguistique, grammatical et orthographique, de sorte que les mémoires de Ninković ont été adaptés aux lecteurs d’aujourd’hui.
Le manuscrit est publié pour la première fois en 1972 par l’historien Tomislav Popović[1].
Notes et références
- 1 2 3 NIĆIFOR NINKOVIĆ : sur les traces de sa biographie et d’autres sources historiques, par Radomir J. Popović (PDF).
- ↑ Нићифор Нинковић",Нићифор Нинковић, Издавачки центар Матицесрпске, 2016.
- ↑ Личности и дела скрајнуте традиције", Ковачевић Божидар, Српско библофилско друштво, Београд, 2014.
- ↑ Жизнописанија моја", Нићифор Нинковић, Службени гласник, Београд, 2012.
- ↑ Нова читања традиције", Дамјанов Сава, Службени гласник, Београд, 2012.
- ↑ http://www.novosti.rs/vesti/kultura.71.html:400001-Dragoceni-memoari-berberina-kneza-Milosa
- ↑ ИАБ, МК венчаних Саборне цркве 1816–1836, књ. 34, 42
- ↑ Берберин Кнеза Милоша"(из мемоара Нићифора Нинковића),Београд, ЛОМ, 2016
- ↑ АС, Главна контрола, Дневник прихода и расхода 1823–1827, Микрофилм, ролна бр. 5.
- ↑ Мита Петровић, Финансије и установе обновљене Србије до 1842, III, Београд 1899, 547