Nécropole de Puttu Codinu
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| Nécropole de Puttu Codinu | |
Façade des tombes VI, VII et VIII | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Sassari |
| Commune | Villanova Monteleone |
| Protection | Patrimoine mondial 2025 |
| Coordonnées | 40° 29′ 14″ nord, 8° 31′ 08″ est |
| Histoire | |
| Époque | Néolithique |
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La nécropole de Puttu Codinu est un site préhistorique daté du Néolithique, situé dans la commune de Villanova Monteleone, dans la province de Sassari, en Sardaigne (Italie). La nécropole regroupe neuf domus de janas. La nécropole a été réutilisée à de nombreuses reprises et sur une longue période s'étalant du Néolithique jusqu'à l'époque romaine.
Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.
En 1903, G. Calvia, écrivant à propos des êtres fantastiques de la tradition populaire sarde, mentionne que « dans la vallée de Pottu Codinu, à quelques milles de Monteleone Rocca Doria, on peut encore voir de petites grottes où l’on croit que vivaient les nains ». Dans l’édition de la carte archéologique d’Italie datant de 1940, l'archéologue A. Taramelli signale explicitement le site des domus de janas de Puttu Codina (le « puits de la roche »). Taramelli mentionne six ou sept tombes, creusées dans le tuf blanc, comportant chacune deux ou trois chambres, mais il précise que les tombes sont vides. La nécropole demeure ignorée jusqu’en 1961, lorsque quelques photographies du site (entrées des tombes VII et VIII) sont publiées dans un petit ouvrage de G. Stacul intitulé Arte della Sardegna Nuragica. En 1984, G. Tanda, dans son ouvrage l'Arte delle Domus de Janas mentionne la présence de motifs tauromorphes dans les tombes de la nécropole et, en 1985, G. M Demartis signale l'existence d'un décor en motif de toit dans la tombe VIII[1]. Les premières fouilles archéologiques sur le site sont réalisées lors de deux campagnes successives en 1987-1988. Neuf domus de janas sont alors répertoriées, et contrairement à ce qu’affirmait Taramelli, seules deux tombes sont découvertes complètement vides, tandis que les autres, bien que bouleversées par des violations répétées, livrent un matériel archéologique permettant de dater les périodes d'utilisation de la nécropole[1].
En 2025, le site archéologique de la nécropole de Puttu Codinu fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas »[2].
Localisation
La région, propice au pastoralisme et à l’élevage, constitue l’une des principales voies naturelles de pénétration reliant la région d’Alghero au Meilogu et à la Planargia. L'occupation humaine de la région est attestée au Néolithique final et à l’âge du cuivre, représentés par la nécropole et une zone de gravures, à l’époque nuragique (nuraghes Maghine Cherchi, Monte sa Rughe, Iscala Casula, Su Pedrosu), aux époques punique et romaine (site de Sa Tanca ‘e sa Mura) et enfin au Moyen Âge[3].
Il est probable qu'un village néolithique était installé à proximité de la nécropole bien que l’on n’ait pas encore retrouvé de traces de cet habitat[4].
La nécropole
La petite nécropole a été creusée, dans un paysage constitué de collines basses et de plateaux, constitués de roches calcaires et trachytiques, dans deux affleurements calcaires présentant une façade rocheuse légèrement inclinée parfois presque verticale, orientés selon une direction sud-ouest/nord. Les tombes sont réparties sur les deux affleurement : domus I et II dans le premier, domus III à IX dans le second. Les deux reliefs comportent naturellement des dénivelés peu profonds et de petites cavités naturelles qui ont peut-être incités les hommes du Néolithique à y creuser des grottes artificielles complémentaires. La présence de fossiles dans la roche en fragilise la texture et le travail de finition des tombes est imparfait. Les constructeurs durent également faire face à un problème de stagnation des eaux pluviales sur le sommet du plateau et pour cette raison, comme dans d’autres nécropoles de la région, ils creusèrent de petites rigoles d’écoulement autour des entrées des tombes et parfois même à l’intérieur de celles-ci. Toutes les domus ont été aménagées à la base des escarpements rocheux et sont facilement accessibles[4].
L’orientation des entrées des tombes est variable, mais avec une prédominance est/sud-est, déterminée par la disposition naturelle de la paroi rocheuse, mais cette orientation pourrait également avoir été choisie par une volonté d'ouvrir les tombes vers le soleil levant. Toutes les tombes sont précédées de petits dromoi qui conduisent souvent à un vestibule. Les entrées des tombes, lorsqu’elles ont conservé leur aspect originel, sont simples et dépourvues d’ornementation, tout au plus délimitées par une moulure et parfois complétées par un système destiné au calage des dalles de fermeture. Toutes les tombes ont une planimétrie horizontale et comportent plusieurs cellules, généralement disposées autour d'un noyau central dessinant un plan en « T », mais il existe aussi des plans asymétriques plus irréguliers. Les cellules sont le plus souvent de forme quadrangulaire, avec des angles fréquemment arrondis et des parois présentant une courbure concave. On observe également la présence de cellules de forme elliptique. Les plafonds sont plats ou à double pente. Les sols, parfois bien finis et on observe rarement des différences notables de hauteur entre le sol entre cellules communicantes[5].
Les tombes les plus remarquables sont les tombes VIII et IX, situées à l’extrémité nord de la nécropole, là où la paroi rocheuse forme une courbe naturelle. Elles sont précédées de deux petites stèles aniconiques en trachyte et leurs entrées sont situées à environ 0,70 m au-dessus du niveau. L'ensemble leur donnent un caractère ostentatoire qui pourrait indiquer l’appartenance à des groupes familiaux plus importants ou bien des fonctions cultuelles plus spécifiques au sein de la nécropole[5].
Domus I et II
On accède à la domus I par un court dromos orienté vers l’est. La tombe se compose de trois pièces qui se succèdent en ligne. Toutes les cellules sont de plan quadrangulaire avec des angles arrondis et des portes très larges dont il ne reste que des fragments. La domus I est presque totalement dépourvue de son plafond d'origine, il n'en demeure qu'un lambeau dans la dernière salle. La tombe comporte un minuscule couloir orienté vers l’est qui donne accès à la domus II[6].
Devant la façade de la domus II, on peut observer des rigoles d’écoulement creusées afin de drainer les eaux de pluie loin de la tombe. Le plan irrégulier, en forme de « trèfle », de la domus II résulte de plusieurs réaménagements anciens et la façade du vestibule pourrait dater d'une période ultérieure à la construction car elle rappelle celle des tombes de géants à façade architecturale[6].
Domus III
La domus est précédée d’un court dromos orienté vers l’est débouchant sur un petit vestibule rectangulaire. La tombe comporte quatre pièces. L'antichambre et la pièce suivante dessinent un plan en « T ». Le plafond de l'antichambre est en pente alors que celui de la pièce suivante est presque plat. Les seuils des ouvertures sont entaillés par une rigole reliant la salle principale à l’extérieur, vraisemblablement réalisée à une époque récente. La dernière pièce est dans un mauvais état de conservation[6].
Domus IV et V
- Domus I.
- Domus II.
- Entrée de la domus III.
- Entrée de la domus IV.
- Entrée de la domus V.
- Domus VI.
Domus VI
La domus VI comporte deux entrées et résulte de la fusion de deux tombes originellement indépendantes dont les deux petits dromoi d'origine, l’un orienté au sud-est, l’autre au nord-est, sont encore visibles. Chacun conduisait à trois cellules. Le premier dromos a été creusé dans une anfractuosité naturelle de la roche et flanqué de rigoles. Il n’est pas possible de déterminer si les deux tombes originelles ont été creusées de manière contemporaine ni de connaître les raisons de leur fusion. L'antichambre comporte une cupule hémisphérique soigneusement sculptée dans le sol. Une petite niche quadrangulaire a été creusée à l’extérieur, sur la gauche en haut de l’entrée nord-est de la tombe. Ce type d'aménagement est très rare dans le contexte des domus, seul un autre cas similaire est connu dans la tombe de la Cava à Cheremule[7].

Domus VII
La domus est précédée d’un petit dromos orienté vers l’est. Sur l'esplanade extérieure, on peut observer au sol trois blocs en trachyte rouge correspondant à deux petites stèles « proto-anthropomorphes » (de respectivement 1 × 0,40 m et 0,72 × 0,40 m) et à une dalle à face plane finement polie (1,40 × 0,41 × 0,27 m). Ces pierres ont été retrouvées hors de leurs emplacements originels mais elles devaient marquer l’entrée de la tombe ou une zone spécifique de la nécropole incluant les tombes VIII et IX. Une fosse et des cavités visibles près de la porte d'entrée de la tombe correspondent probablement aux vestiges d'un système de fermeture au moyen de dalles lithiques et de poutres en bois. La domus comporte trois pièces : une antichambre, une salle principale et une cellule secondaire. L'antichambre et la salle principale sont de forme quadrangulaires avec un plafond plat, elles forment un plan en « T ». La cellule secondaire, de forme sub-rectangulaire, est accessible par un accès ouvert dans la paroi droite de la salle principale. Le sol de l’antichambre est creusé d'une cupule hémisphérique exécutée avec moins de soin que celle de la tombe VI[8].

Domus VIII
La domus est située à environ cinq mètres au nord-ouest de la précédente. Son architecture raffinée contraste nettement avec la sobriété des autres domus de la nécropole. La tombe est précédée d'un petit dromos orienté vers l’est, aménagé à environ 70 cm au-dessus du niveau du sol, et d'un vestibule de plan irrégulier, l'ensemble pourrait correspondre à des aménagements successifs dans le temps. L'effondrement ancien de la majeure partie du plafond du vestibule a entraîné l'érosion des décorations sculptées sur les parois latérales dont il ne subsiste que de vagues traces. On accède à l'antichambre par une porte rectangulaire, avec seuil élevé entaillé par une rigole. L'antichambre est de forme sub-quadrangulaire. Le plafond, presque plat, est orné d'une sculpture imitant un toit en bois formé d'une « poutre faîtière » sur laquelle s’appuient quatre « solives ». Ce type de plafond est inhabituel pour un espace de forme quadrangulaire mais plus courant dans les chambres de forme circulaire. La paroi du fond donne accès à la salle principale par une porte entourée de plusieurs sculptures : deux bandes plates superposées séparées par une incision horizontale courent le long du plafond et deux panneaux rectangulaires encadrent la porte. Les parois latérales, très dégradées, conservent chacune une corniche plate et un panneau rectangulaire creusé, à l’intérieur duquel on distingue un motif représentant deux bucranes de taureau en relief[9].

La cellule suivante, de plan rectangulaire, comporte un magnifique plafond sculpté imitant un toit en bois à double pente, avec au centre, une « poutre faîtière » fortement saillante d'où partent sept « solives » par pente, légèrement incurvées au milieu. L'ensemble reproduit de manière très réaliste la déformation imprimée aux planches par le poids des pierres qui, dans les habitations préhistoriques, maintenaient la couverture de chaume. Le mauvais état de la roche ne permet pas d’apprécier tous les détails du décor des parois mais des motifs de bandes, des corniches et des motifs doubles de cornes de taureau sont encore visibles. Les autres cellules de la tombe, plus spécifiquement destinées aux inhumations, sont de forme rectangulaire avec des parois concaves et un plafond plat. Ces cellules, bien que soigneusement finies ne comportent aucune décoration[9].
Domus IX
La domus IX a été creusée sur la droite de la tombe VIII. La tombe est précédée du dromos habituel, entouré d’un système de grossières rigoles de drainage, et d’un vestibule orienté vers le sud. À l’extérieur, le côté gauche du couloir comporte deux cupules hémisphériques accolées et plusieurs autres cupules, très érodées, sont visibles dans d’autres secteurs de la roche. L'extérieur du porche d'entrée est marqué par un profond encastrement et par des cavités latérales destinées à accueillir des pieux en bois qui devaient maintenir la dalle de fermeture. L'antichambre est de forme quadrangulaire avec des parois aux angles arrondis et un plafond plat. La cellule suivante est sub-rectangulaire avec des parois légèrement concaves et un plafond plat. Malgré l'érosion des surfaces, on peut encore constater la qualité de finition des parois, des sols et des plafonds des deux pièces. Le sol du vestibule comporte une cupule semblable à celle de la tombe VI ; tandis que le sol de la salle principale est sculpté d'un beau gradin probablement symbolique vu le faible dénivelé. Un foyer rituel, constitué d’un cercle en relief renfermant une petite cupule a été sculpté dans le sol au centre de la pièce principale. Trois autres cellules secondaires sont disposées à la suite le long de la paroi gauche de la salle principale et se caractérisent par de très larges portes. La dernière de ces cellules est ouverte sur l'extérieur à la suite d’anciens effondrements[10].
Matériel archéologique
L’essentiel du matériel archéologique a été découvert en dehors des tombes, dans l’aire des dromoi, où il avait été déplacé à la suite des réutilisations des domus. Les tombes les plus vastes et les plus facilement accessibles ont été utilisées, jusqu’à une époque relativement proche, comme abris pour le bétail. Les objets les plus nombreux proviennent des tombes VIII et IX, probablement en raison de leur position excentrée et leur accès plus difficile, ce qui les rendaient moins fonctionnelles pour une utilisation comme abris pour animaux. Lors des fouilles, les tombes IV et V n'ont livré aucune couche archéologique et la tombe I, qui fut pourtant découverte ensevelie en 1988 n'avait conservée aucun matériel archéologique. Ainsi, aucune restitution stratigraphique complète n'a été possible dans aucune domus[11].
Les restes humains découverts, surtout dans les tombes VIII et IX, comprennent des os longs et courts, des vertèbres et des fragments crâniens[12].
Les outils lithiques retrouvés correspondent à des éclats et des grattoirs en obsidienne, en silex de diverses couleurs et en jaspe. Certaines pointes de flèches se caractérisent par la qualité de leur finition dont des pointes de flèches à pédoncule et ailerons caractéristiques de la période campaniforme. De nombreux pics en pierre dure (pour la plupart en basalte) utilisés lors du creusement des tombes ont été retrouvés sur place. L'abandon sur place les outils ayant servi au creusement des tombes est une pratique usuelle qui a été constatée dans plusieurs autres domus de janas de Sardaigne[12].
Plusieurs tessons de céramiques retrouvés dans les tombes VII et VIII, sont attribuables à la culture d'Ozieri (trépieds, vases à col, bols décorés ou non)[13]. D'autres fragments céramiques (tasses carénées, trépieds, petites coupes en pâte grossière),retrouvés dans les tombes VII, VIII et IX ont été attribués à la culture d'Abealzu-Filigosa[14]. L'occupation du site au Bronze moyen (culture de Bonnanaro phase « B », vers ), est attestée par quelques fragments de plats grossiers et de récipients ornés de triangles retrouvés dans la tombe IX, tandis que la phase « A » précédente n’a pas été identifiée. La céramique d'époque nuragique est également absente[15].
Aucun éléments de parure (coquillages, amulettes, éléments de colliers) n'a été retrouvé dans les tombes. Une statuette de la « déesse mère » a été découverte dans la salle principale de la tombe VIII. La statuette mesure 18 cm de hauteur. Elle a été sculptée de manière très fine dans un bloc de calcite à gros grain de couleur blanchâtre, à taches jaunâtres et brunes en surface. De forme cruciforme, la statuette présente des similitudes avec d'autres exemplaires du même type retrouvés dans différentes zones de l’île : les surfaces sont polies, les seins sont saillants, les bras et le buste sont matérialisés par une plaque rectangulaire alors que la partie inférieure du corps est en forme de cône, une saillie oblique évoque les fesses. La statuette de Puttu Codinu se distingue toutefois par plusieurs originalités. La tête, qui dans les autres exemplaires n’est pas distincte du cou, est ici de forme sub-triangulaire et détachée du cou et la nuque est soulignée par une légère convexité vaguement triangulaire ; quant aux yeux, ils sont placés de manière asymétrique et marqués de deux cavités hémisphériques inhabituelles. Ces singularités rappellent plus nettement les idoles cycladiques que les autres statuettes sardes similaires et le visage, « plus réaliste », semble annoncer les statuettes ultérieures dans lesquelles le visage est généralement modelé en forme de disque. Cette statuette a été attribuée à la culture d'Ozieri[13].