Rennes pendant la Seconde Guerre mondiale
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L'histoire de Rennes pendant la Seconde Guerre mondiale concerne la vie de la ville et de ses habitants entre le (arrivée des troupes allemandes) et le (jour de la libération de Rennes), au cours de l'occupation de la France par l'Allemagne.
Drôle de guerre

Le , la France déclare la guerre à l'Allemagne. La drôle de guerre est marquée par une période quasiment dénuée de toute action militaire. Mais du côté des civils, le quotidien se trouve bouleversé avec l'ordre de mobilisation générale qui affecte l'économie locale et les vies de familles. La municipalité impose très rapidement un système de rationnement afin de pallier de potentielles difficultés de ravitaillement[1].
C'est par la réception de télégrammes, au début du mois de septembre 1939, que le maire de Rennes, François Château, est averti de la mobilisation générale[2].
Les usines d'armement — comme l'Arsenal de Rennes — tournent à plein régime[3].
Le système de rationnement se met en place en [4].
Défense passive
Élu en 1935, François Château est alors le maire de la ville. Il prend les premiers arrêtés afin de préparer la population aux attaques. Dès le 5 septembre, il fait diffuser un avis sur la conduite à suivre en cas d'attaque aérienne et ordonne la suspension du repos hebdomadaire dans les boulangeries[5]. Un corps de volontaires chargés de la Défense passive est organisé dès le mois de septembre ; leur formation se déroule dans le Palais Saint-Georges[6].
La ville est équipée depuis 1932 d'un système Arcadis qui permettait d'activer les sirènes et d'éteindre les lumières sans couper le courant, ce qui permet de donner l'alerte lors des différents raids aériens[7].
Invasion
Campagne de France
À la suite du déclenchement de la bataille de France au printemps 1940, les réfugiés venant du nord de la France et de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg affluent en ville[8].
Jusqu'en juin 1940, des soldats britanniques sont envoyés à Rennes et ses alentours où ils construisent plusieurs campements militaires à Vaux, Bruz, Lormandière, Betton et Saint-Jacques-de-la-Lande[9].
Un bombardement a lieu le , alors que la ville est encombrée de réfugiés et de militaires français et anglais en attente de redéploiement. Plusieurs Dornier Do 17Z de l'escadre allemande de combat 1/KG 76 survolent la gare à basse altitude, puis, après une boucle et l'attaque d'un train de réfugiés à Cesson-Sévigné, reviennent vers la ville. Plaine de Baud, 146 soldats français (203e et 212e d’artillerie lourde divisionnaire venant des Flandres), amenés pour défendre le réduit breton encore en projet, furent tués ainsi que 156 Anglais du Royal Engineer, dans un train qui aurait dû partir vers Brest à neuf heures. Sur les voies de la gare de triage de Saint-Hélier, 206 artilleurs du 222e RALD de la 53e DI et du 64e RALD, la plupart originaires du Midi de la France, trouvent également la mort. Quelques morts parmi les civils sont également à déplorer[10].
Le général de Gaulle, alors sous-secrétaire d'État à la Guerre, se rend à Rennes le . Il y préside une conférence visant à l'organisation d'une ligne de défense armoricaine. Mais le projet est abandonné faute de temps et de moyens[11].
Installation des troupes allemandes
Les troupes allemandes arrivent à Rennes le [3].
Rennes devient le siège d'une Feldkommandantur chargée d'administrer la région[2].
Le siège de la Police de sûreté et des services de sécurité (Sicherheitspolizei-SD) est installé au 10 rue de Robien en 1941. Depuis 1938 le propriétaire des lieux est Yves Milon (les précédents propriétaires étant la famille De Gaulle)[12]. En 1941, alors que les allemands sont déjà installés aux 8 et 12 rue de Robien, Yves Millon va mener des actes de résistance. Le bâtiment est finalement réquisitionné par les troupes d'occupations quelques semaines plus tard, et servira de lieu d'interrogatoire voire de torture[12].
L'organisation administrative du pouvoir allemand
La vie à Rennes sous l'occupation
Relations avec l'occupant allemand
Rationnement
À Rennes, comme dans d'autres communes, est mis en place un système de contingentement de la production agricole intitulé "impositions agricoles" par l'administration de l'époque. Bien que Rennes soit au centre d'une région agricole, elle souffre beaucoup des restrictions, à cause du nombre de réfugiés et des réquisitions allemandes extrêmement lourdes[2].
Loisirs
Aide sociale et sanitaire
Bombardements
Les rapports présents dans ce fonds précisent qu'entre le printemps 1943 et l'été 1944, la ville est frappée à quatorze reprises[2].

Un bombardement américain a lieu le [13]. Le bombardement de précision à haute altitude, réalisé par 67 B-17 du 8e bomber command (91e, 303e, 305e et 306e groupes), vise les installations ferroviaires. Cependant, bien que les voies ferrées soient touchées, les bombes atteignent également des lieux civils. La foire, plusieurs artères de la ville et un très gros entrepôt appartenant à la société l’Économique sont touchés[10]. Le bombardement se solde par un bilan humain et matériel très élevé : 274 civils tués, 172 civils blessés, 137 immeubles détruits et 2568 immeubles endommagés[14]. 135 tonnes de bombes sont larguées[15].
L'après-midi du samedi 29 mai 1943, 72 B-17 de l'aviation alliée visent les dépôts navals de la Kriegsmarine situés route de Lorient mais par erreur, ils lâchent leurs bombes dans tout le nord-ouest de la ville, touchant particulièrement le cimetière du Nord, l'avenue Gros-Malhon, la rue Nantaise, la rue de Brest et le jardin du Thabor[16]. Les sirènes se déclenchent mais la population n'a pas le temps de se mettre à l'abri[17]. On dénombre près de 200 civils tués, des obsèques nationales sont célébrés en la cathédrale le 1er juin avec 79 cercueils de victimes[18]. On dénombrerait également 188 blessés, 103 immeubles détruits et 1706 immeubles endommagés dont l'église Saint-Martin et la chapelle du monastère de Saint-Cyr[19]. Certains bombardiers s'écrasent ensuite dans la campagne environnante, à Clayes, Saint-Méloir-des-Ondes, au Mont-Dol[20] et aux Champs-Géraux[21]. Après le bombardement, de nombreux bâtiments scolaires dont le lycée de jeunes filles[16] sont évacués et de nombreuses familles quittent la ville[17].
Le dimanche 18 juin 1944, les Américains bombardent la gare et la zone de triage de la plaine de Baud. Des bombes tombent à Saint-Laurent et quatre personnes meurent[22].
Le 17 juillet 1944, le nord-est de la ville est bombardée par l'aviation aliée. Le parc du Thabor et l'asile Saint-Méen sont touchés, on dénombre une centaine de morts, inhumés au cimetière Saint-Laurent, les autres cimetières de la ville étant inutilisables[23].
Le bombardement de Bruz du 19 juillet 1944, mené par les Avro Lancaster B II du groupe 1 du Bomber Command. Ceux-ci, à la suite d'une erreur d'appréciation de cible, bombardent pendant vingt minutes le village de Bruz pendant la nuit. 183 personnes sont tuées, dont 51 enfants[10].
D'autres bombardements sont à relever :
- bombardement de Bruz du 8 mai 1944,
- bombardement des 27 et 28 mai 1944 sur l'aérodrome de Rennes - Saint-Jacques,
- bombardements de Rennes des 9 et 12 juin 1944 destinés à ralentir les forces nazies.
Répressions et sanctions
La Résistance à Rennes
En septembre 1940, Marcel Brossier est le premier fusillé pour acte de résistance à Rennes. Il avait détériorer des câbles électriques et téléphoniques[24].
Le 30 décembre 1942, 25 résistants communistes sont exécutés sur la butte de la Maltière à Saint-Jacques-de-la-Lande. Le 8 juin 1944, 32 résistants dont 9 Espagnols sont exécutés à la caserne du Colombier[25]. Les 2 et , environ 900 résistants sont déportés à partir de Rennes[26],[27].
Libération de la ville
La libération a lieu le [28].
Immédiat après-guerre
Épuration à Rennes en 1945 et 1946
301 personnes sont jugées par la section départementale des Côtes-du-Nord de la Cour de justice de Rennes, et 441 sont convoquées devant la chambre civique de Saint-Brieuc. Au total, plus de 2033 individus ont dû se présenter devant un tribunal spécial dans les Côtes-du-Nord, soit aux alentours de 0,6 % de la population du département âgée de plus de 17 ans, c'est-à-dire vraisemblablement deux fois moins qu'à l'impulsion initiale[29].
La ville de Rennes qui concentre à elle seule plus de la moitié des individus domiciliés dans le département traduits devant les juridictions civile[30].
Seize autres collaborationnistes notoires furent condamnés à mort et fusillés en 1946 (les exécutions eurent lieu au stand de tir de Coëtlogon à Rennes) : Michel Travers (20 ans), Georges Tilly (21 ans, originaire de Perros-Guirec) et Pierre Monnier (25 ans), membres des Groupes d'Action du Parti populaire français, sont fusillés le ; Louis-Maurice Zeller (51 ans), Alfred Gross (28 ans) et François Munoz (29 ans), membres de l' Abwehr, ainsi qu'André Geffroy[31] (24 ans) et Léon Jasson (24 ans), membres du Bezen Perrot, et Armand Lussiez (33 ans), membre des Groupes d'Action du Parti populaire français, le ; Maurice Ménard (53 ans), membre de l' Abwehrstalle de Vannes, le ; Jean Breyer (36 ans) et Jean Lefebvre (25 ans) le ; Émile Schwaller (34 ans) et Raymond Du Perron de Maurin (44 ans), membres de la Milice française, ainsi que Joseph Le Ruyet (24 ans, de Bubry), du groupe de Guy Vissault de Coëtlogon, le ; Roger Leneuf de Neuville[32] (39 ans), de la Milice française, le . D'autres virent leur peine de mort commuée en peines de travaux forcés ou de prison, ou furent condamnés à des peines de travaux forcés ou de prison ; certains parvinrent à s'échapper en Allemagne comme Alain Guerduel, pseudonyme de René-Yves Hervé, un collaborationniste notoire qui sévit notamment à Fougères[33].