Olive Lewin
écrivaine jamaïcaine
From Wikipedia, the free encyclopedia
Olive Wilhelmina Mahoney Lewin, née le 28 septembre 1927, à Vere, dans la paroisse de Clarendon et décédée le 10 avril 2013, est une ethnomusicologue, folkloriste et musicienne et collectrice de musiques traditionnelles jamaïcaines. Selon l'anthropologue Jake Homiak du Smithsonian Institution, elle a « ouvert la voie à l'étude et à la préservation de la musique et de la culture traditionnelles jamaïcaines à une époque où peu d'autres effectuaient ce type de travail »[1]. Elle fonde les Jamaican Folk Singers, une formation musicale, et le Memory Bank Project, une initiative culturelle, et occupe plusieurs postes de direction dans le domaine de la politique culturelle jamaïcaine. Son travail de collecte et de documentation des traditions musicales jamaïcaines est souvent rapproché de celui de Alan Lomax aux États-Unis, par son ampleur, son ancrage dans le terrain et son rôle dans la préservation du patrimoine musical.
Jamaïque
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 85 ans) Jamaïque |
| Nom de naissance |
Olive Wilhelmina Mahoney Lewin |
| Nationalité |
jamaïcaine |
| Formation | |
| Activités |
| Distinction |
|---|
Biographie
Formation
Olive Lewin a grandi à Vere, dans la paroisse de Clarendon. Elle fréquente la Hayes Primary School, puis la Hampton School for Girls. En 1945, elle obtient une bourse pour les Royal Schools of Music de Londres, où elle étudie le piano, le chant et le violon, et prépare une thèse sur l'harmonie, le contrepoint et la composition[2]. C'est à Londres qu'elle prend conscience de l'importance de faire connaître et de préserver la musique populaire jamaïcaine[2]. Elle obtiendra ultérieurement un doctorat en ethnomusicologie à la Queen's University Belfast, obtenu en 1987 sous la direction de John Blacking, professeur d'anthropologie sociale, avec une thèse intitulée Folk Music of Jamaica, with Special Reference to Kumina[3],[2].
Carrière d'enseignante et de chercheuse
De retour en Jamaïque, elle enseigne d'abord dans son établissement d'origine, puis, en 1959, elle prend un poste au Mico Teachers College[2]. Elle enseigne ensuite à la Hampton School for Girls, au Knox College et au Middlesex County Council en Angleterre[3]. En janvier 1966, elle est nommée chercheuse (research officer) à la Jamaica School of Music[1]. À ce poste, elle entreprend un travail de collecte sur l'ensemble du territoire jamaïcain, parcourant parfois plusieurs centaines de kilomètres pour recueillir chants et témoignages oraux[1]. Elle consacre neuf de ces années exclusivement au terrain, à l'observation, à l'écoute et à l'enregistrement des témoignages de Jamaïcains âgés, puis ajoute à ces activités des travaux de recherche secondaire, de documentation et de diffusion[4]. Les traditions qu'elle enregistre comprennent notamment la musique des Marrons, les traditions Buru, Kumina, Ettu, Tambu et Dinkie Minnie, les chants de travail, ainsi que la musique indo-jamaïcaine (pagwah, divali)[1]. Ces enregistrements, réalisés entre 1966 et la fin du Memory Bank Project, représentent plus de 1 500 documents sonores aujourd'hui conservés à l'African-Caribbean Institute of Jamaica[1].
Les Jamaican Folk Singers
Souhaitant faire découvrir aux Jamaïcains la diversité musicale de leur île, elle fonde les Jamaican Folk Singers en 1966, la même année que sa nomination à la Jamaican School of Music[2],[5]. Elle en assure la direction jusqu'en 2006, emmenant l'ensemble en tournée dans de nombreux pays d'Amérique, d'Europe et d'Afrique[3]. Le groupe a notamment obtenu le premier prix au festival de musique folklorique de Cosquín, en Argentine, et la médaille d'or à l'International Eisteddfod d'Afrique du Sud, à Roodepoort, en 1997[3].
Direction des arts et de la culture
De 1980 à 1988, Lewin occupe le poste de directrice des arts et de la culture au bureau du Premier ministre de Jamaïque, où elle coordonne l'ensemble des activités gouvernementales dans ce domaine[3],[2]. Dès 1980, à la demande du Premier ministre Edward Seaga, elle lance le Memory Bank Project, programme national de collecte et de préservation de l'histoire orale et du patrimoine culturel jamaïcain[1],[5],[6]. Ce projet s'appuie sur plus de vingt ans de travail de terrain qu'elle avait déjà accompli à titre personnel[1]. En 1989, elle devient directrice exécutive du Jamaica Institute of Folk Culture, poste qu'elle occupe jusqu'à la fin de l'année 1990[2].
Activités internationales
Dès les années 1970, elle établit des contacts avec l'institution Smithsonian et le centre American Folklife de la bibliothèque du Congrès[1]. Elle collabore avec l'anthropologue James Early et d'autres chercheurs du Smithsonian à deux éditions du Festival of American Folklife organisées à Washington, consacrées à la musique et aux traditions jamaïcaines, en associant des porteurs de tradition comme Imogene « Queenie » Kennedy, figure de la tradition Kumina[7]. Au milieu des années 1970, ses collègues du conseil d'administration du CIMT l'encouragent à préparer un doctorat[2]. Elle rejoint le Conseil international de la musique traditionnelle (CIMT), dont elle devient vice-présidente[1]. En 1986, elle coorganise à Kingston et à Newcastle, en Jamaïque, le quatrième colloque international du CIMT, consacré aux effets du tourisme sur la musique traditionnelle[8]. En 1989, elle participe au festival Folklife du Smithsonian, dont l'édition est consacrée aux Caraïbes, en accompagnant l'anthropologue Jake Homiak dans une collecte de terrain à travers l'île[1]. De 2001 à 2003, elle siège au jury chargé de désigner les chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité de l'UNESCO[3].
Autres engagements
En 1983, elle fonde le Jamaica Orchestra for Youth (JOY), dont elle assure la direction bénévole jusqu'en 2007[3],[5]. De 1978 à 2000, elle tient également une chronique hebdomadaire, Spotlight on Music, dans le Sunday Gleaner[3]. Elle contribue également à l'Encyclopaedia of Music (Grove), à la Garland Encyclopedia of World Music et au Yearbook of the International Folk Music Council[3].
Olive Lewin a reçu des funérailles nationales à la chapelle universitaire du campus de Mona de l'Université des Indes occidentales, puis a été inhumée dans le cimetière de l'église anglicane Saint James à Hayes, Clarendon[3].
Œuvre
Sa sensibilité à la musique et aux traditions populaires s’est développée dès l’enfance, au contact des domestiques et de leur famille, ainsi que lors de cérémonies funèbres, de réunions Revival et de processions Jonkunnu[9]. Son père, historien, lui a transmis une conscience de la mémoire inscrite dans le territoire jamaïcain, et sa scolarité dans une école rurale l’a rapprochée de la paysannerie, « avec sa sincérité, son esprit et sa richesse de contes et de chansons »[10].
Ainsi Olive Lewin, dans son approche ethnomusicologique de la musique traditionnelle jamaïcaine, défend une perspective élargie, attentive non seulement aux structures musicales, mais aussi aux contextes sociaux, culturels et spirituels dans lesquels ces pratiques prennent sens. Selon elle, l’analyse ne peut se limiter à la transcription des mélodies et des rythmes, car « l'essence de cette musique » réside également dans des dimensions expressives et symboliques qui échappent largement à la notation[11].
Dans cette optique, Lewin propose une classification fondée sur les fonctions sociales de la musique. Elle distingue plusieurs grandes catégories(rituelle, cérémonielle, sociale, liée au travail et récréative) qui correspondent aux différents contextes d’exécution et de transmission. Au-delà, elle considère les traditions populaires comme des pratiques vivantes, porteuses des valeurs, savoirs et esthétiques des communautés jamaïcaines, urbaines et rurales, et en documente musiques, danses, rituels et littérature orale en donnant la parole aux porteurs de ces traditions[12].
Elle souligne enfin la continuité entre ces traditions et les formes musicales populaires contemporaines. Des genres tels que le ska ou le reggae apparaissent ainsi comme des prolongements transformés de pratiques plus anciennes, notamment issues des sphères religieuses et cérémonielles, témoignant de la persistance et de l’adaptation du patrimoine musical jamaïcain[13].
Publications choisies
Livres
- (en) Olive Lewin, Forty Folk Songs of Jamaica, Organisation of American States,
- Olive Lewin, Alle, alle, alle, Oxford University Press,
- Olive Lewin, Dandy Shandy, Oxford University Press,
- Olive Lewin, Beeny Bud, Oxford University Press,
- (en) Come Mek Me Hol Yu Han: The Impact of Tourism on Traditional Music, International Council for Traditional Music,
- (en) Olive Lewin, Rock It Come Over: The Folk Music of Jamaica. With Special Reference to Kumina and the Work of Mrs Imogene "Queenie" Kennedy, Kingston, University of the West Indies Press,
- (en) Olive Lewin, Messengers: Timeless Truths from Humblest Hearts, édition privée,
Articles
- (en) Adrienne L. Kaeppler et Olive Lewin, « Fourth International Colloquium "Traditional Music and Tourism" », Yearbook for Traditional Music, vol. 18, , p. 211-212
- (en) Olive Lewin, « Folk Music of Jamaica », Yearbook of the International Folk Music Council, vol. 4,
- (en) Olive Lewin, « Traditional Music in Jamaica », Caribbean Quarterly, vol. 29, no 1, , p. 32-43
Distinctions
- Order of Merit (OM), à titre posthume, 2013
- Order of Jamaica (OJ), 2001
- Order of Distinction, Commander (CD), 1988
- Order of Distinction (Officer), 1975
- Médaille d'or Musgrave, Institute of Jamaica, 1987
- Docteur honoris causa ès lettres (D.Litt.), Université des Indes occidentales, 1998
- Maroon honoraire, 1973[6]
- Certificat de mérite, Indo-Jamaica Cultural Society, pour contribution au patrimoine culturel indo-jamaïcain, 1985[6]