Ost

armée en campagne à l'époque féodale et le service militaire que les vassaux devaient à leur suzerain From Wikipedia, the free encyclopedia

Le terme ost ou host désignait l'armée en campagne à l'époque féodale et le service militaire que les vassaux devaient à leur suzerain au Moyen Âge. Dès le haut Moyen Âge, le service d'ost ou ost s'imposait à tous les hommes libres (« homines liberi »), vassaux, vavasseurs, jusqu'à une partie des vilains.

La tapisserie de Bayeux illustre l'ost en action dans les guerres du Moyen Âge.

Étymologie

Le mot masculin « ost », qui est attesté vers 1050 en langue d'oïl, vient du mot latin hostis ennemi ») qui a donné l'adjectif « hostile ». « Ost » prend par extension le sens d'« armée ennemie », puis simplement d'« armée », terme (venu du latin armata, adjectif formée sur arma, « les armes ») qui l'a remplacé et fait tomber en désuétude.

Au XVIIe siècle, il est encore utilisé par Jean de La Fontaine dans ses Fables, mais c'est une figure de style :

« […] on vit presque détruit
L’ost des Grecs, et ce fut l'ouvrage d'une nuit. »

 « Le Fermier, le Chien et le Renard », Fables, XI, 3.

Le mot hostis se retrouve encore dans la langue roumaine dans le nom oaste armée »), avec une diphtongaison du [o] latin en [o̯a], et le verbe a oști faire la guerre », « combattre »).

L'organisation militaire durant le haut Moyen Âge (476-vers l'an 1000)

Conséquences de la fin de l'empire romain d'Occident (476)

Après la fin de l'Empire romain d'Occident (formellement en 476, mais le processus a commencé dès le début du Ve siècle), l'État romain est remplacé par plusieurs royaumes issus des grandes invasions : notamment, en Gaule, le royaume franc, le royaume wisigoth et le royaume des Burgondes, en Italie, le royaume ostrogoth.

Cela entraîne un changement profond dans l'organisation militaire :aux légions romaines, armée permanente sous les ordres de l'empereur, succèdent les armées des peuples germaniques.

Pendant le haut Moyen Âge, le terme « ost » désigne le service militaire dû par tous les hommes libres[1].

Époque mérovingienne (476-751)

La tradition germanique, notamment chez les Francs, est de convoquer chaque année tous les hommes libres du royaume au plaid, assemblée politique et judiciaire, prolongée, le cas échéant, par une campagne militaire (par exemple, lorsque le roi franc mérovingien Clovis lance une campagne contre les Wisigoths du royaume de Toulouse, qu'il va finir par vaincre en 507 à Vouillé).

Les guerriers francs ne reçoivent pas de solde, mais, en cas de victoire, une part du butin (d'où l'épisode célèbre du vase de Soissons, qui survient à l'occasion d'un partage de butin).

Époque carolingienne : les capitulaires de Charlemagne

Au VIIIe siècle, le royaume franc, qui passe aux mains des Carolingiens en 751 (Pépin le Bref), s'est considérablement agrandi ; en 800, il devient officiellement un empire sous la direction de Charlemagne (couronné empereur à Rome par le pape).

Charlemagne est à l'origine de plusieurs textes législatifs (capitulaires), plusieurs d'entre eux codifiant les modalités de convocation à l'ost et la composition de l'armée. L'ost est convoqué en même temps que le plaid général, en mars, puis en mai, époque où la maturité des herbages permet d'assurer l'alimentation des chevaux. Le plaid général a lieu à un endroit approprié en vue des campagnes prévues cette année-là (par exemple, à Paderborn, pour aller combattre les Saxons).

Un capitulaire de 805 concerne le hériban, c'est-à-dire l'amende pour ceux qui ne se présentent pas à l'ost : 60 sous pour un homme ayant une fortune évaluée à 6 livres, 30 sous pour celui qui possède 3 livres. Une livre valant vingt sous[2], l'amende représente la moitié de sa fortune. Celui qui ne peut pas payer le hériban est réduit en esclavage.

Les guerriers sont convoqués par l'intermédiaire des comtes (qui sont alors des agents nommés par l'empereur) ou des évêques et autres prélats, mais aussi au nom du lien vassalique que Charlemagne généralise entre lui et les grands de l'Empire[pas clair].

Le texte de la convocation de l'abbé Fulrad de Saint-Quentin et de ses vassaux en 806 permet de connaître l'équipement requis pour les cavaliers : écu (scutum) rond ou ovale, lance (lancea) de 2 mètres en bois de frêne et pointe en fer acérée, épée longue (spata) en fer à double tranchant, épée courte (semispata), gardée au ceinturon pour le combat à pied, un arc et un carquois avec 24 flèches[3].

Évolution des techniques militaires : le progrès de la cavalerie (VIIIe siècle)

Au VIIIe siècle, avec l'avènement des Carolingiens, on assiste à une mutation de l'art militaire des Francs, la cavalerie commençant à prendre le pas sur l'infanterie, grâce à l'introduction de l'étrier. Les progrès de la métallurgie permettent de créer des armes plus solides, mais aussi plus coûteuses, donc réservées à l'élite. Le coût plus élevé de l'équipement, limite ainsi la levée des hommes aux plus riches, si bien que l'armée tend en quelque sorte à se professionnaliser, préfigurant la future chevalerie. Ces changements permettront la victoire aux batailles de Toulouse (721) et de Poitiers (732), ce qui permit de réduire la menace des Sarrasins.

Passage au système féodal (IXe siècle et Xe siècle) et début de la chevalerie

Après le règne de Louis le Pieux (814-840), les conflits entre ses trois fils (partage de l'Empire en 843) et de nouvelles invasions (Normands et Hongrois) font évoluer l'empire carolingien vers le système féodal : notamment les charges de comte deviennent héréditaires, les pouvoirs de l'État passent donc aux mains des familles comtales, mais parfois aux mains de vassaux des comtes. Lorsque Hugues Capet devient roi de France (987), le pouvoir royal est réduit à peu de chose.

Sur le plan militaire, les débuts de l'époque féodale sont marqués par l'existence d'une multitude d'armées seigneuriales. Chaque seigneur dispose librement de ses propres forces armées, recrutées parmi ses vassaux. Certains seigneurs sont relativement puissants, notamment le duc de Normandie ou le comte de Toulouse, qui, bien que formellement vassaux du roi, sont beaucoup plus puissants que lui (surtout après la conquête de l'Angleterre par le duc Guillaume de Normandie). Mais beaucoup de seigneurs ne gouvernent qu'une châtellenie.

Dans le dernier tiers du Xe siècle, apparait la chevalerie (qui distingue le noble, chevalier combattant à cheval, et le roturier, soldat d'infanterie), qui va se développer à partir du XIe siècle.

C'est à partir de cette situation que les successeurs d'Hugues Capet, les rois capétiens, vont progressivement rétablir leur autorité, notamment en créant l'ost royal, armée constituée par les vassaux et arrière-vassaux du roi.

Les armées à l'époque féodale

Les armées seigneuriales (vers 1000-vers 1200)

Dans le droit féodal, le roi ou le seigneur publiait son ban de guerre et convoquait ses vassaux sous sa bannière et à son « ost » (armée), non seulement lorsque le pays était envahi ou l'intérêt général mis en jeu, mais aussi pour les guerres privées, « car le plus pressant des problèmes qui s’imposaient alors aux classes dirigeantes était beaucoup moins d’administrer, durant la paix, l’État ou les fortunes particulières que de se procurer les moyens de combattre »[4].

Les hommes d'armes servaient pour un temps déterminé, de quarante à soixante jours. Le seigneur pourvoyait sa troupe en armes, en munitions et en vivres. S'ils étaient eux-mêmes chevaliers ou barons, les vassaux emmenaient avec eux leurs soldats. Quiconque désobéissait devenait félon et, comme tel, était privé de son fief (commise).

Ce pouvoir de « ban » dont disposait le seigneur était l'un des rouages essentiels de la féodalité, car il permettait à celui-ci non seulement d'ordonner, mais également de contraindre et de châtier. C'était donc l'un des fondements de son autorité. Dans les appels faits pour le service militaire, on distinguait le ban proprement dit, composé des vassaux directs, convoqués par le roi ou le seigneur lui-même, et l'arrière-ban, composé des vassaux des vassaux convoqués par leurs propres suzerains.

L'ost royal

L'institution des dignités de maréchal de France et de connétable de France, destinées à récompenser les actes de bravoure des plus fidèles compagnons du roi au cours de ses campagnes militaires, viennent parachever cette organisation militaire médiévale.

Disparition de l'ost et constitution des armées modernes (fin du Moyen Âge)

Affaiblissement du lien vassalique au profit du mercenariat

À partir du XIIe siècle, le vassal peut remplacer le service militaire par le paiement au seigneur d'une taxe, l'écuage. Cette taxe peut être utilisée pour rémunérer le service occasionnel de mercenaires (appelés « routiers » à cette époque) afin d'épauler l'ost (cas fréquent pour l'ost royal).

À partir du XIVe siècle, la nature de la guerre changeant avec l'apparition de nouvelles armes (arbalètes, artillerie), on assiste à la création de véritables compagnies de mercenaires, composées de soldats professionnels, qui s'engagent pour le compte du plus offrant.

Le lien qui unissait le seigneur et ses vassaux s'estompe progressivement, en même temps que le système féodal se transforme.

La première armée permanente en Europe (royaume de France, 1439)

On doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente en Europe, fondée sur l'accord des états généraux tenus à Orléans en 1439. Les députés se plaignant des forfaits commis par les troupes démobilisées après chaque campagne de la guerre contre les Anglais, le principe d'une armée permanente est validé, fondé sur le paiement d'une taxe spécifique, la taille royale. La rébellion consécutive de la haute noblesse en 1440, la Praguerie, est assez rapidement vaincue.

La grande ordonnance de 1445, suivie de celles de 1446 et 1448, crée les compagnies d'ordonnance pour former la cavalerie de l'armée de campagne. Sont alors créées 15 compagnies de 100 lances, une lance étant un groupe de 6 hommes : un homme d'armes, qui dirige la lance, un coutilier, trois archers et un page. Les pages n'étant pas des combattants cela forme une armée permanente de 9000 hommes dont 7500 combattants. Le nombre de compagnies, ainsi que la composition de la lance évoluera selon les époques. En parallèle, sont créées les troupes dites de petite ordonnance, mais qu'on appellera rapidement mortes-payes. Formées elles aussi autour de la lance (quoique réduite à 3 combattants et un valet et privées de leurs chevaux), elles ont pour tâche de servir de garnison dans les places fortes, à leur création elles sont 900 lances soit 3 600 (2 700 combattants).

Miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BNF.

La réforme militaire de 1439 est le sujet d'une poésie contemporaine :

Les Vigiles de Charles VII
« L'an mil quatre cent trente neuf
Le feu roi si fit les gens d'armes
Vêtir et habiller de neuf,
Car lors étoient en pauvres termes.
Les uns avoient habits usés
Allant par pièces et lambeaux
Et les autres tout déchirés
Ayant bon besoin de nouveau.
Si les monta et artilla,
Le feu roi selon son désir,
Et grandement les rhabilla
Car en cela prenoit plaisir. »
Martial d'Auvergne (1439)

Le successeur de Charles VII, Louis XI, rajoute en 1481 les bandes françaises ou bandes de Picardie, d'environ 12 000 fantassins, en remplacement des francs-archers (lesquels étaient une milice et non une armée de métier). L'innovation est non seulement d'avoir des troupes permanentes en lieu et place d'une armée mobilisée à la demande ou de mercenaires, mais également que celles-ci sont directement sous l'autorité du roi et pas de ses vassaux, ce qui modifie totalement le rapport de force avec ceux-ci.

Apparition des milices urbaines

Il existait aussi dans les villes un service de guet, qui était chargé de surveiller les alentours du haut des tours ou des remparts.

À titre d'exemple, voici la composition du « guet » d'Orléans, en , avec le nombre d'hommes et les soldes correspondantes :

  • 1 chevalier (ou écuyer) à 1 200 livres par an ;
  • 1 lieutenant à 250 livres par an ;
  • 8 archers à 100 livres soit 800 livres par an ;
  • 22 archers à 50 livres soit 1 100 livres par an ;
  • 1 greffier à 150 livres par an.

Soit 33 hommes, et une dépense, pour la ville, de 3 500 livres par an. En , est nommé pour commander ce corps Rolland de Sémellon, écuyer, homme d'armes de la compagnie de M. de Cypierre, gouverneur de la ville[5].

Armées permanentes constituées dans d'autres pays

De manière similaire, l'Espagne, sous l'impulsion de Gonzalve de Cordoue se dote d'une armée professionnelle : des régiments d'infanterie composés de piquiers, épéistes avec boucliers et arquebusiers, qui deviendront les redoutables tercios sous Charles Quint.

Sous le roi Gustave II Adolphe, la Suède va également se doter d'une armée permanente, recrutée par conscription pour faire face à son engagement dans la guerre de Trente Ans.

Toutefois ces changements n'entraînent pas la fin de l'emploi de mercenaires, lequel va même encore s'amplifier étant donné la tendance à voir des effectifs plus grands de part et d'autre lors des batailles, mais en revanche on peut bel et bien parler de la fin de l'ost médiéval.

Notes et références

Voir aussi

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