Praguerie
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Enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BnF, département des Manuscrits, ms. Français 5054, fo 101 ro.
| Date | Février - juillet 1440 |
|---|---|
| Casus belli | États généraux de 1439 qui ont instauré la taille pour financer une armée permanente |
| Issue | Traité de Cusset (1440) : la rébellion est vaincue |

La Praguerie est une rébellion de plusieurs grands féodaux, soutenus par le dauphin Louis, contre le roi de France Charles VII de février à [1]. Les principaux rebelles sont les ducs Charles de Bourbon et Jean V de Bretagne, ainsi que Jean II d'Alençon et Louis de Bourbon-Vendôme.
Cette révolte marque l'opposition des féodaux aux réformes militaires de Charles VII, notamment à l'instauration de l'armée royale et de la taille royale permanentes en 1439, à une époque où les positions anglaises en France sont affaiblies à la suite des campagnes de Jeanne d'Arc (1429-1430) et du traité de paix entre le roi et le duc de Bourgogne Philippe le Bon (1435). Cette révolte est d’une grande importance dans l’histoire du règne de Charles VII, car elle survient au moment où celui-ci établit fermement son autorité[2].
Son échec est une étape[3] du passage du royaume de France du Moyen Âge féodal à l'Époque moderne absolutiste[4].
Les contemporains ont donné le nom de « Praguerie » à cette révolte, en référence à la défénestration des échevins catholiques en 1419 à Prague, capitale du royaume de Bohême, au début des guerres hussites (1419-1431)[4],[5],[6]. La dynastie régnante de Bohême faisait partie de la maison de Luxembourg : Venceslas IV (mort en 1419) était le petit-fils de Jean de Luxembourg, lui-même roi de Bohême, mort à Crécy en 1346.
Causes de la rébellion
Complot de 1437 contre Charles du Maine et Arthur de Richemont
Les signes précurseurs de la Praguerie apparaissent en 1437. En effet, cette année-là, Jean II d’Alençon, Charles Ier de Bourbon et Jean IV d'Armagnac, princes jusque-là fidèles à Charles VII, montent un complot contre deux conseillers du roi, Charles du Maine et le connétable Arthur de Richemont, frère du duc de Bretagne Jean V.
Ils ne sont pas satisfaits de la réconciliation du roi avec le duc de Bourgogne, qu'ils jugent contraire à leurs intérêts.[réf. nécessaire]
Ce complot, découvert très tôt, n'a pas de conséquences.[réf. nécessaire]
Les états généraux de 1439 et la création de l'armée royale permanente
Le , aux états généraux réunis à Orléans, Charles VII obtient une réforme importante de l’armée, à la suite de la plainte des députés par rapport aux problèmes posés par les mercenaires démobilisés, qui pratiquent souvent le pillage et le brigandage (les écorcheurs).
Cette réforme aboutit à l'ordonnance royale de 1439, qui instaure un système d’armée permanente pour mener la guerre contre les Anglais, encore présents en France au nom du roi Henri VI, qui prétend toujours être le roi de France légitime. Pour financer ces troupes permanentes est créée une taille perpétuelle[2]. Ainsi les écorcheurs vont-ils pouvoir être encadrés par une structure organisée.
Malgré l'accord des états généraux, quelques princes, et tout particulièrement le duc de Bourbon[pourquoi ?], se mettent en travers de l’ordonnance du roi. En effet, ils ont souvent recours aux compagnies d’écorcheurs et ne sont pas d'accord pour que le roi soit le seul à la base du recrutement de l’armée.
Il reçoivent l'appui de Jean de Dunois et de Georges de La Trémoille, anciens compagnons de Jeanne d'Arc, qui se rallient aux rebelles pour des raisons personnelles. Quant au dauphin Louis (né en 1423), il estime que son père ne lui confie pas de missions dignes de sa valeur.
La rébellion
Déroulement (février-juillet 1440)
La rébellion éclate en février 1440, lorsque le dauphin pense qu’une régence est possible et que son avènement pourrait arriver plus tôt que prévu. Le Poitou est le lieu principal de la révolte. Les objectifs des opposants sont de mettre le roi sous tutelle, de chasser le connétable de Richemont et de donner au dauphin le rôle de régent du royaume.
La réaction du roi est immédiate : il lance ses troupes contre les rebelles. Ceux-ci essayent de se réfugier en Bourbonnais et en Auvergne. La noblesse locale proclame qu'elle a un rou et les villes de Basse-Auvergne, que l'on nommera désormais « les treize bonnes villes d'Auvergne », refusent de soutenir leur duc révolté.
La rébellion se termine en juillet par la signature du traité de Cusset.
Une répression royale graduée
Le roi se montre sévère envers la petite noblesse[7] qui s'est jointe à la rébellion. Beaucoup de gens d’armes sont décapités ou noyés pour avoir suivi les princes, notamment Alexandre de Bourbon (dit le « bâtard de Bourbon »), condamné à mort par noyade enfermé dans un sac cousu.
Il fait en revanche preuve de clémence envers les chefs, auxquels il accorde des pensions, et ne tient pas rigueur à son fils de sa trahison.