Palantir Technologies
société américaine de logiciel de surveillance de masse et d'IA militaire
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Palantir Technologies est une entreprise de services et d'édition logicielle spécialisée dans les domaines du maintien de l’ordre, du renseignement et la sécurité, d'abord implantée à Denver, mais ayant déménagé son siège à Miami en Floride[9],[10].
| Palantir Technologies | |
Logo de Palantir Technologies. | |
| Création | 2003[1] |
|---|---|
| Fondateurs | Peter Thiel[2], Joe Lonsdale, Stephen Cohen (en)[3], Alex Karp[3] et Nathan Gettings (d)[4] |
| Forme juridique | Société anonyme avec appel public à l'épargne |
| Action | New York Stock Exchange (PLTR) |
| Siège social | Miami, Floride |
| Direction | Alex Karp |
| Actionnaires | Fondateurs, salariés |
| Activité | Big Data |
| Filiales | Palantir Technologies France (d) |
| Partenaires | IBM[5] et département de la Sécurité intérieure des États-Unis[6] |
| Effectif | 2000 |
| Site web | palantir.com |
| Capitalisation | 22,3 milliards $ (au 30/9/2020, date de son introduction en bourse)[7],[8] |
| Chiffre d'affaires | 742,6 millions de $ (2019)[7] +25% (2019 / 2018)[7] |
| Résultat net | -579 millions de dollars en 2019, soit une perte de près de 80% de son CA[7] |
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L'entreprise développe et commercialise deux logiciels dédiés à la fusion, la visualisation et à l'analyse opérationnelle de « big data » : Palantir Gotham et Palantir Foundry.
Gotham est d'abord utilisé par la communauté du renseignement des États-Unis (NSA, CIA, FBI[11], les US Marines, l'US Air force et les Opérations spéciales), ainsi que les services de police de New York et de Los Angeles[12]. Ce logiciel est également utilisé par les services de renseignement d'une douzaine de pays européens[13], dont la France (direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI)[14]).
Palantir s'est diversifiée en lançant Palantir Foundry dans les secteurs de la finance, de l'assurance, de la santé (NHS anglais)[15], des transports et des biens de consommation. En 2019, un partenariat pour cinq ans est signé avec les Nations unies pour le Programme alimentaire mondial afin d'aider à transformer l'acheminement de l'aide humanitaire[16].
Palantir figure « parmi les entreprises de surveillance les plus secrètes et les moins étudiées au monde »[17]. Hors de Chine où cette place est prise par Hikvision, les analystes, la presse d'investigation et des ONG comme Amnesty International et Privacy International, citent Palantir comme le groupe le plus controversé au monde à propos de l'utilisation, secrète ou opaque, souvent sans consentement éclairé ni explicite de l'IA, avec de graves manquements à l’obligation de diligence raisonnable et au respect des droits humains par des gouvernements, des officines, des entreprises ou d'autres entités qui oeuvrent à la mise en place ou au renforcement, dans le monde, d'une société de surveillance, bien au-delà des objectifs affichés de lutte contre le terrorisme, la fraude ou autres délits majeurs ; souvent au détriment de la protection de la vie privée de millions de citoyens. En 2025/2026, Palantir a notamment été utilisé par la très controversée police de l'immigration américaine ICE et par l'administration Trump[18].
En 2025, Palantir Technologies est classé au 70e rang mondial pour la production d'armement[19]. Au début du XXIe siècle, ses logiciels (Palantir Gotham, Skykit, Maven Smart System, etc.) sont le fer de lance de l'IA dans les conflits politico-militaires, le renseignement et la surveillance[20].
Historique
2003-2009 : Fondation et premières années
Officiellement établie en , la société Palantir Technologies est considérée généralement comme ayant été fondée en 2004 par Peter Thiel, Alex Karp[21] et Nathan Gettings. Les premiers financements sont constitués par deux millions de dollars versés par le bras financier de la CIA, la société In-Q-Tel, et par trente millions de dollars de la part de Thiel et de son entreprise Founders Fund. Alex Karp est alors le PDG de Palantir. Le nom de la société vient de palantír, ou « pierre de vision », un objet magique décrit dans les ouvrages de J. R. R. Tolkien Le Seigneur des anneaux et Le Silmarillion[11].
Fondée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, Thiel déclare en 2013 que Palantir a été conçue avec pour mission de « réduire le terrorisme tout en préservant les libertés civiles »[11]. Selon Thiel et Karp, Palantir défend une vision de supériorité occidentale selon laquelle les États-Unis et leurs alliés seraient supérieurs aux autres cultures. L'entreprise se présente comme un défenseur des démocraties occidentales et prône une alliance entre les entreprises technologiques et l'armée américaine pour « préserver les libertés occidentales » et gagner la course à l'IA face aux adversaires de l'Occident. Ainsi, Palantir refuse de travailler avec la Russie et la Chine, tout en fournissant un soutien inconditionnel aux alliés des États-Unis[22].
Pendant trois ans, Palantir développe ses technologies grâce à des informaticiens et des analystes en provenance d'agences de renseignement, via des projets pilotes facilités par In-Q-Tel. Le concept logiciel est développé à partir de la technologie développée chez PayPal pour détecter les activités frauduleuses[21] dont une grande partie est l'œuvre de groupes criminels organisés russes (Peter Thiel est cofondateur de PayPal). La société affirme que des ordinateurs seuls, même en utilisant une intelligence artificielle, ne peuvent pas vaincre un adversaire sachant s'adapter. Palantir propose aussi d'employer des analystes humains pour explorer les données de nombreuses sources ; ce qu'elle nomme l'« intelligence amplifiée ».
2010 : Les réseaux GhostNet et Shadow démasqués
Un organisme canadien de recherche sur l'émergence du cyberespace, l'Information Warfare Monitor, utilise le logiciel offert par Palantir pour démasquer les réseaux GhostNet et Shadow Network. Le réseau GhostNet est un réseau d'espionnage basé en Chine qui ciblait plus d'un millier d'ordinateurs situés dans une centaine de pays, parmi lesquels ceux du bureau du Dalai Lama, de l'OTAN et d'ambassades. Le réseau Shadow est une opération d'espionnage basée aussi en Chine, qui a infiltré l'appareil de sécurité et de défense de l'Inde. Les cyber-espions ont volé des documents relatifs à la sécurité de l'Inde, à ses ambassades à l'étranger, et aux activités des troupes de l'OTAN en Afghanistan[12].
2010–2012 : Croissance
En , Palantir Technologies conclut un accord exclusif avec Thomson Reuters pour commercialiser son logiciel d’analyse financière Palantir Metropolis sous le nom de QA Studio, destiné aux analystes quantitatifs du secteur financier[23]. Cette plateforme permet notamment de construire des portefeuilles modèles, de tester des stratégies d'alpha et de collaborer entre utilisateurs[24].
Le , le vice-président des États-Unis Joe Biden et le directeur du Bureau de la gestion et du budget Peter Orszag tiennent une conférence de presse à la Maison-Blanche pour annoncer les résultats positifs de la lutte contre la fraude dans le cadre du Recovery Accountability and Transparency Board (en) (RATB). Biden attribue ce succès à l'utilisation du logiciel Palantir par les agences fédérales, et annonce son déploiement dans d'autres institutions, notamment Medicare et Medicaid[25].
En 2011, le chiffre d'affaires de Palantir est estimé à environ 250 millions de dollars[26],[27].
À partir de 2012, Palantir développe secrètement un programme de prévision policière à La Nouvelle-Orléans, inconnu même des élus locaux, en partenariat avec le département de police local, dans le cadre d'un accord philanthropique. Le système utilise l'analyse de réseaux pour tracer les connexions entre individus, lieux et évènements à partir de données issues des médias sociaux, des bases de données criminelles, des rapports de police et des appels téléphoniques tenus en prison, dans le but de prédire quels individus seraient susceptibles de commettre des actes de violence ou d'en être victimes. Le programme établit une liste de près de 3 900 personnes considérées comme à haut risque d'implication dans la violence armée. Bien que la ville voit une baisse temporaire des homicides, une étude de l'université de Cincinnati conclut que les quartiers ciblés par le programme n'ont pas connu de baisse statistiquement significative de la criminalité correspondant au lancement du programme. Son caractère secret suscite des critiques de la part d'organisations de défense des droits civiques, d'élus locaux et d'experts juridiques concernant le respect des libertés civiles et de la transparence démocratique[28].
2013 : Renseignement intérieur et militaire
| « À partir de 2013, les agences de renseignement aussi ont utilisé Palantir pour connecter des bases de données entre départements. Avant cela, la majorité des bases de données utilisées par la CIA et le FBI étaient cloisonnées, obligeant les utilisateurs à effectuer des recherches dans chaque base, une par une. Maintenant tout est interconnecté par la technologie Palantir. » |
| — TechCrunch en |
La fuite d'un document vers le site TechCrunch révèle qu'à partir de 2013 les clients de Palantir comprenaient au moins douze groupes au sein de l’administration fédérale, dont la CIA , le DHS, la NSA, le FBI, les US Marines, l'Air force, les Opérations spéciales, West Point, le Joint IED-defeat organization and Allies, le Recovery Accountability and Transparency Board et le National Center for Missing and Exploited Children (« centre national pour les enfants disparus et exploités »).
2014-2015 : levées de fonds
En , Forbes rapporte que Palantir cherche à lever 400 millions de dollars de fonds supplémentaires, après avoir accompli un mois plus tôt les démarches administratives auprès de la SEC, l'autorité de contrôle des marchés financiers américains. L'information se base sur une recherche faite par VC Experts. Si la levée se réalise, Forbes affirme que le financement de Palantir pourrait atteindre 1,2 milliard de dollars. En , la société a toujours plusieurs financeurs privés, les milliardaires Kenneth Langone (en) et Stanley Druckenmiller, In-Q-Tel de la CIA, Tiger Global Management et Founders Fund, une société de capital-risque dirigée par Peter Thiel, le président de Palantir. Au mois de , Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur précoce de Facebook, est le plus gros actionnaire de Palantir[29].
En , la valeur de l'entreprise est estimée à 15 milliards de dollars, ce qui la place en troisième position des start-up les plus valorisées au monde, après Uber et devant Airbnb, Snapchat ou SpaceX. Elle fait partie des 37 start-up valorisées à plus d'un milliard de dollars[29].
En , le site BuzzFeed rapporte que la société a levé jusqu'à 500 millions de dollars de capital supplémentaire, portant sa valorisation à vingt milliards de dollars[30].
Années 2020
En , Palantir annonce son introduction partielle en bourse, évaluant sa capitalisation à 20.6 milliards de dollars[31],[32].
De 2020 à 2025 le groupe connait une croissance financière significative, tirée jusqu'en 2024 au moins par des commandes publiques et par à l'essor du secteur du renseignement[33], son chiffre d'affaires déclaré passant de 1,1 milliard USD à près de 3,9 milliards USD en 2025, pour un bénéfice net estimé à 859,9 millions USD en 2025. Il atteint la rentabilité dès 2023. Son flux de trésorerie libre a dépassé 1,5 milliard USD et son action a atteint à 144,25 USD en (+ 950 % depuis son IPO)[34],[35],[36]. Palantir a toutefois des défis à relever, dont une forte dépendance aux contrats gouvernementaux et une croissance dans le secteur commercial moins rapide que prévu en 2024, « soulignant sa vulnérabilité face aux fluctuations des dépenses gouvernementales »[33]. L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche fait encore grimper le cours entre janvier et . Début août, la valeur des actions de Palantir a grimpé de 2 500 % par rapport à son entrée en bourse de 2021[37],[38].
Le siège social de Palantir Technologies est situé à Denver dans le Colorado. Jusqu'en 2020, le siège de Palantir était situé à Palo Alto en Californie, à proximité de l'université Stanford, dont les fondateurs et une grande partie des employés sont issus.
La société dispose également de bureaux en Amérique du Nord (Los Angeles, New York, Ottawa, Seattle et Washington D.C.), en Europe (Copenhague, Londres, Munich, Oslo, Paris, Stockholm et Zurich), en Océanie (Canberra et Sydney), en Asie (Tokyo) et au Moyen-Orient (Abu Dhabi et Tel Aviv)[39].
L'entreprise reçoit plus de 113 millions de dollars de contrats gouvernementaux de l'investiture de Trump jusqu'en et déploie notamment son logiciel Foundry dans au moins quatre agences fédérales, dont le département de la Sécurité intérieure et celui de la Santé. Palantir travaille également avec l'Internal Revenue Service pour organiser les données des contribuables américains et avec le United States Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans le cadre d'un contrat de 30 millions de dollars pour le suivi des mouvements migratoires[40].
Logiciels
Au début du XXIe siècle, ses logiciels (Palantir Gotham, Skykit, Maven Smart System, etc.) sont le fer de lance de l'IA dans les conflits politico-militaires, le renseignement et la surveillance[20].
La société Palantir vend aux entreprises et aux agences gouvernementales (sauf la Chine) des licences de deux logiciels principaux : Palantir Gotham, conçu pour les forces de l'ordre et les agences gouvernementales afin de connecter personnes, lieux et évènements d'intérêt, et Palantir Foundry, orienté vers les entreprises pour la gestion d'inventaires et le suivi de production. Ces outils intègrent et analysent des données existantes en s'installant par-dessus les systèmes informatiques des clients, sans nécessiter de refonte de leur infrastructure[41]. D'autres logiciels développés par Palantir reposent sur ces deux logiciels principaux.
Palantir Gotham
Gotham est un logiciel de données massives permettant de collecter des données de diverses sources (courriels, fichiers textes, images, etc.). Le logiciel Gotham sert surtout au secteur gouvernemental pour la défense et l'armée.
Le logiciel permet de donner un sens aux données en créant des liens et des relations entre les différentes données sous forme d'objets[pas clair]. Le logiciel a aussi sa propre politique de gestion des accès pour limiter l'accès aux informations sensibles qu'aux personnes autorisées[42].
En 2009, la police de Los Angeles (Los Angeles Police Department) utilise Gotham dans le cadre de l'opération Laser consistant à identifier et décourager les personnes qui pourraient potentiellement commettre des crimes. Les rapports de police, les interrogatoires et autres sources sont utilisés comme données dans Gotham. Selon Craig Uchida, de la firme de consultation Justice & Security Strategies Inc qui a développé le système Laser, Gotham génère une liste de personnes à surveiller par la police de Los Angeles. Les policiers essayent d'arrêter les suspects pour des motifs mineurs comme la traversée illégale d'un rue lors d'un feu rouge. Après chaque contact avec de potentiels criminels, les policiers remplissent des formulaires d'incidents afin de collecter des données sur les noms, adresses, les véhicules et la description physique de ceux-ci. Ces informations sont ensuite ajoutées aux bases de données de la police, alimentant le logiciel de Palantir. La police de Los Angeles avait aussi l'intention d'acheter des données et des informations provenant des médias sociaux, des informations sur les péages routiers, des flux vidéo des caméras des hôpitaux, des stationnements et des universités, ainsi que des informations sur les livraisons des pizzerias Papa John et Pizza Hut[43].
En , lors de l'ouragan Florence en Caroline du Sud aux États-Unis, Team Rubicon, une organisation d'anciens militaires bénévoles, utilise le module Opération du logiciel Gotham pour organiser la logistique de l'aide humanitaire après la catastrophe. Cette opération largement plébiscitée était destinée à créer une image positive de la compagnie alors sous les critiques, notamment pour son manque de transparence et sa collaboration suspectée avec des états connus pour commettre des exactions[44].
En , le ministère de la Défense nationale du Canada et les Forces armées canadiennes payent 997 434 $ à Palantir pour obtenir une licence de son logiciel Gotham[45].
Palantir Foundry
Foundry est le logiciel qui succède à Metropolis. Comparé à Metropolis, le logiciel Foundry demande moins de réglages et moins d'ingénieurs afin de le faire fonctionner. Le logiciel Foundry est commercialisé à des organismes à but lucratif et des compagnies privées pour optimiser leurs opérations, ainsi qu'à d'autres fins commerciales[46].
En 2019, le logiciel Foundry est utilisé par les compagnies Morgan Stanley, Merck et Fiat Chrysler Automobiles.
En , le logiciel Foundry est utilisé par la Scuderia Ferrari, la branche de compétition automobile de la compagnie Ferrari[47],[48].
Skywise
Skywise est la plateforme de données et d'analytiques dédiée à l'écosystème mondial de l'industrie aéronautique créée et gérée par Airbus en partenariat avec Palantir. Cette plateforme collaborative permet la mise en œuvre d'applications industrielles au sein d'Airbus, tels que des outils d'aide à la décision pour supporter l'augmentation des cadences de fabrication des avions A350 et pour améliorer la chaîne d'approvisionnement. Elle permet aussi de développer des solutions digitales pour les compagnies aériennes telles que S. Predictive Maintenance ou S. Health Monitoring[49]. Skywise exploite notamment la solution Palantir Foundry[50].
Palantir Apollo
Palantir Apollo est un système de livraison continue qui gère et déploie Palantir Gotham et Palantir Foundry[51]. Palantir Apollo vise à répondre au besoin des clients qui utilisent plusieurs plateformes de cloud public et privé dans le cadre de leurs infrastructures. Apollo coordonne les mises à jour des configurations et des logiciels des plateformes Foundry et Gotham à l'aide d'une architecture de microservices. Ce produit permet à Palantir de fournir des logiciels en tant que service (SaaS)[52].
Skykit
Skykit permet la reconnaissance automatique (par IA) de personnes (combattants) sur des images de qualité moyenne (prises par des drones). L'outil est livré dans une valise qui doit pouvoir communiquer avec des satellites pour un résultat en moins de deux heures. Skykit a été utilisé par l'Ukraine lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022[53].
Logiciels MOSAIC et MetaConstellation
- MOSAIC, est un logiciel initialement utilisé par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour surveiller l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). Il intègre le suivi de plus de 400 millions d'entités numériques (flux de médias sociaux, images satellites, caméras de surveillance). Après le retrait américain de l'accord, des rapports émis depuis indiquent que le logiciel est maintenant utilisé par des militaires pour identifier des cibles humaines et matérielles en Iran, marquant un passage d'une modalité civile à un outil de guerre active[54],[55].
- MetaConstellation est un réseau de satellites prenant en charge le déploiement de modèles d'IA. Il permet aux utilisateurs de faire des requêtes d'informations satellitales sur des lieux spécifiques, déclenchant le déploiement des ressources satellitaires nécessaires. Ce système est notamment utilisé par l'United States Northern Command[56].
Clients
OTAN
L'OTAN a finalisé l'acquisition du Maven Smart System (MSS NATO) de Palantir Technologies le [57], système d'IA avancé destiné à des opérations militaires. Le MSS NATO est un outil d'IMINT (Imagerie Militaire), et fournit des outils IA comme des LLM (modèle de langage de grande taille), ou de l'apprentissage automatique. Il intègre des détecteurs IA pré-entrainés, prêts à l'emploi opérationnel sur tous types d’images satellites. Le système combiné permet aux opérateurs militaires d'accéder à des analyses géospatiales par IA en temps réel, facilitant une prise de décision basée qui prend en compte des données dans les opérations compliquées. Les capacités d'IA incluent, par exemple, l'analyse automatisée d'images satellites et aériennes pour le renseignement opérationnel. Le MSS a été crée avec l'aide d'autres partenaires technologiques, notamment Safran.AI, Airbus Geospatial et ICEYE, spécialisée en imagerie radar satellite[58].
France
Palantir Technologies se représente comme en guerre technologique contre les criminels et les terroristes. En France, le retentissement des attentats de janvier et de entraîne la recherche d'outils de « sécurité » permettant la prévention de ces actes. À l'inverse des États-Unis, en France, en 2015, il n'existe pas de société spécialisée dans l'analyse de grands volumes de données pour extraire des informations exploitables et encore moins connectée aux instances étatiques pour les aider dans leurs besoins. Sur ce terreau, Palantir vise à s'y implanter durablement[1],[59],[60].
Contrat avec la DGSI
À l'été 2016, un contrat de 10 millions d'euros est conclu avec la Direction générale de la Sécurité intérieure, le service de renseignement intérieur et de Police judiciaire du ministère de l'Intérieur français. Compte tenu des enjeux de souveraineté posés par l'achat d'un système de ce type à une entreprise américaine, cette solution serait temporaire. Plusieurs autres entreprises ont répondu à l'appel d'offres, classifié, mais ont été écartées, à l'image, notamment, de Thales[14].
Des formateurs sont en train d'être recrutés et déployés au siège de la DGSI, à Levallois, tandis qu'un expert venu de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement extérieur français, est chargé « d'auditer le nouveau système pour débusquer la moindre porte dérobée »[14].
En , la DGSI confirme le renouvellement du contrat de Palantir dans l'attente d'une solution française développée éventuellement par Thales, Sopra Steria ou Dassault Systèmes[61].
En , le contrat est à nouveau renouvelé[62].
Marché commercial
En 2023, La France est le 3e marché mondial pour Palantir, derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne[63]. L'entreprise compte parmi ses clients français Airbus, Forvia et Stellantis[63].
Redressement fiscal
En , Palantir Technologies (qui vend des logiciels utilisés pour détecter les fraudes) fait lui-même l'objet d'un redressement fiscal de 2,4 millions d'euros par l'administration française. Le fisc français lui reproche des prix de transfert considérés comme sous-évalués entre la filiale française de l'entreprise et sa maison-mère américaine ; les prestations de services facturées par la branche française auraient appliqué des marges jugées trop faibles, entraînant une sous-déclaration des bénéfices réalisés localement. Cette pratique, assimilée à une optimisation fiscale agressive, est régulièrement ciblée par la direction générale des Finances publiques (DGFiP) dans sa lutte contre les transferts artificiels de profits vers des paradis fiscaux ou juridictions à fiscalité réduite[63].
Israël
Le bureau londonien de Palantir est la cible de manifestations pro-palestiniennes en , les manifestants accusant Palantir d'être complice de crimes de guerre israéliens dans la guerre de Gaza, car l'entreprise fournit à l'armée israélienne des services de renseignement et de surveillance, notamment une forme de prévision policière[64]. En , Palantir conclut un partenariat stratégique avec l'armée israélienne dans le cadre duquel l'entreprise lui fournirait des services pour l'aider dans ses « missions liées à la guerre »[65]. Alex Karp est lui-même ouvertement un fervent soutien d'Israël. Il critique régulièrement ce qu'il qualifie d'inaction des autres dirigeants du secteur technologique. Sa position pousse plusieurs employés à quitter Palantir[66].
Suisse
L'entreprise Palantir installe en 2021 le siège de ses opérations européennes à Zurich, où elle emploie une soixantaine de personnes. Elle tente depuis d'obtenir un contrat avec le gouvernement suisse, mais sans succès jusqu'à présent[67],[68].
Sociétés d'acquisition à vocation spécifique
En 2021, l'entreprise Palantir finance deux douzaines de sociétés d'acquisition à vocation spécifique (SPAC en anglais). Palantir investit 405,5 millions de dollars dans ces entreprises qui incluent : Sarcos Robotics, l'entreprise de biotechnologie Celularity, la pharmaceutique Roivant Sciences[69].
Le , Palantir annonce qu'elle investit 30 millions de dollars dans la pharmaceutique Roivant Sciences[70].
Le , Palantir annonce qu'elle investit 20 millions de dollars dans la pharmaceutique Celularity.
Elle investit aussi 21 millions de dollars dans la compagnie Sarcos Robotics.
Elle finance aussi d'autres entreprises par le biais de SPAC comme Lilium, Wejo, Babylon, Faraday Future, BlackSky, Pear Therapeutics, Boxed, Fast Radius, Tritium, AdTheorent, Bird Global, Embrak Trucks, Rigetti Computing et Energy Vault[71].
Le , FinAccel n'est plus financé par Palantir via SPAC[72].
Actionnariat et gouvernance
Les actionnaires principaux sont Alex Karp, Stephen Cohen, Shyam Sankar, David Glazer et Ryan Taylor, des dirigeants comme Jeffrey Buckley, William Ho et Matthew Long, ainsi que les membres du conseil d'administration[73],[74]. Le conseil d'administration est composé d'Alexander Moore, Spencer Rascoff, Alexandra Schiff, Lauren Friedman Stat et Peter Thiel[réf. nécessaire].
Depuis sa fondation, le conseil d'administration associe des figures influentes de la tech, du monde du capital-risque et de la politique. En 2025, il comprend notamment Peter Thiel, cofondateur et président du conseil depuis 2003[75]. Les autres membres incluent Alexander Moore, Alexandra Schiff, Lauren Friedman Stat, Stephen Cohen (cofondateur et directeur technique), Alexander Karp (cofondateur et PDG), ainsi que Eric Woersching, représentant de Founders Fund. Spencer Rascoff en a été membre deux ans (2020 et 2022), mais il n'y siège plus (depuis )[75].
Types d'actions
Les actions de l'entreprise Palantir sont de trois types : les actions de classe A, les actions de classe B, et les actions de classe F.
Valorisation
En 2025, la valorisation de Palantir Technologies suscite de nombreuses interrogations, car jugée excessivement haute par les analystes financiers. L'action de l'entreprise se négocie à environ 112 fois les revenus estimés pour l'année et à plus de 580 fois les bénéfices prévus, ce qui dépasse largement les standards du secteur technologique[76]. Cette décorrélation entre valorisation et performance réelle (ex. : Palantir affiche une croissance de chiffre d'affaires de 39 %, mais son action a bondi de plus de 700 % depuis début 2024) suggère un mouvement spéculatif du marché, qui fait le pari d'une croissance future exceptionnelle ; si Palantir ne parvient pas à « croître dans sa valorisation », c'est-à-dire à générer suffisamment de revenus pour justifier son prix actuel, l'action pourrait subir une correction brutale[76].
Controverses
Les documents rendus publics par Edward Snowden en 2013 ont notamment montré que la NSA utilise les logiciels de Palantir pour faciliter l'usage de XKeyscore (logiciel de surveillance gouvernementale[77].)
Ces logiciels sont souvent utilisés d'une manière contraire aux droits de l'homme et contraire à la « Déclaration sur l’investissement international et les entreprises multinationales » version révisée et adoptée à l'unanimité par l’OCDE, des « Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales »
Le Government Communications Headquarters britannique utilise Palantir dans le cadre du projet Lovely Horse afin de collecter des données dans le domaine public comme des tweets, des informations sur des blogs et des articles de nouvelles[77].
Les élus démocrates au Congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez et Jesus Garcia demandent une enquête au gendarme de la Bourse, estimant que trop d'informations manquent pour permettre l'entrée de Palantir au NASDAQ : le montant et la nature des contrats avec le gouvernement américain, la part que détient la CIA ou la responsabilité de l'entreprise dans des violations des droits humains. Alexandria Ocasio-Cortez évoque notamment la traque de migrants à la frontière mexicaine, ainsi que les contrats liant Palantir à des gouvernements « connus pour se livrer à des pratiques de corruption et des violations des droits de l'homme », comme le Qatar[44].
Entre 2017 et 2024, Palantir Technologies est vivement critiquée pour ses contrats avec l'agence américaine United States Immigration and Customs Enforcement (ICE), notamment via les systèmes FALCON et ICM, utilisés pour identifier et expulser des migrants, parfois en séparant des familles[78]. Amnesty International dénonce un manque de respect des droits humains et estime que Palantir pourrait être complice de violations graves[78]. Peter Thiel, cofondateur de Palantir qui a soutenu publiquement Donald Trump dès 2016[79], est lui-même controversé (ouvertement misogyne et libertarien et investi dans des projets transhumanistes)[80],[81],[82]. Cette proximité politique, combinée à la nature des activités de Palantir, a nourri une image d'entreprise liée au complexe sécuritaire américain[83], encore renforcée par le fait qu'en Palantir a été l’un des sponsors officiels du défilé militaire organisé à Washington pour le 79e anniversaire de Donald Trump et le 250e anniversaire de l’armée américaine, orchestré par la fondation America250 (en)[84].
En 2025, le New York Times, Wired et CNN font part de projets gouvernementaux américains confidentiels pour créer, grâce à Palantir, une base centrale sur les citoyens américains, à l'aide du logiciel Foundry, combinant les données issues de différentes agences fédérales. L'ONG Center for Democracy & Technology s'alarme : « Si le Gouvernement obtient une visibilité totale dans les vies de toutes les personnes aux États-Unis, qui sait comment il utilisera ces informations au-delà des objectifs affichés de lutte contre la fraude et le gaspillage ». Des sénateurs américains démocrates dénoncent « un cauchemar de surveillance ». Ces pratiques ne sont pas autorisées par la législation des États-Unis. Palantir rejette ces accusations[85],[86],[87].
Amnesty International accuse les autorités américaines, dans un rapport publié le , d'utiliser des outils assistés par l'intelligence artificielle, développés par les entreprises Babel Street et Palantir (logiciels Babel X et Immigration OS, respectivement) pour surveiller migrants et étudiants étrangers propalestiniens[88],[89],[90].
Controverses en Allemagne
Gotham, logiciel d'analyse de données et de surveillance déjà utilisé par les agences gouvernementales et les services de renseignement au Royaume-Uni, au Canada et en Australie[91], est acheté en 2017 pour la première fois en Allemagne par le ministère de l'Intérieur du Land de Hesse, mais en 2018 la transaction suscite l'opposition du Parlement du Land de Hesse, qui critique la procédure d'attribution du contrat[92], mais ne peut empêcher l'achat. Deux États fédéraux allemands suivent l'exemple de la Hesse (avec le logiciel Gotham rebaptisé HessenData[93]), soit la Bavière dès 2024 (avec le logiciel Gotham rebaptisé VeRA[93]) et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, et prochainement le Bade-Wurtemberg[93] — les lands les plus riches et les plus peuplés d'Allemagne — qui dès lors utilisent ce logiciel de surveillance dans leur espace public[93].
L'association allemande Gesellschaft für Freiheitsrechte (GFF, en français : « Société pour les droits civiques »), qui s'oppose fondamentalement à l'utilisation de programmes comme ceux de Palantir, dépose en 2025 une plainte constitutionnelle contre l'analyse de données à grande échelle en Bavière[93] : « Toute personne qui porte plainte, est victime d'un délit, ou se trouve simplement au mauvais endroit au mauvais moment, peut attirer l'attention de la police grâce à ce logiciel », déclare Franziska Görlitz, avocate de la GFF[93]. Selon la GFF, une telle analyse illimitée des données porte atteinte au droit fondamental à l'autodétermination informationnelle et à la confidentialité des télécommunications, garantis par la Constitution allemande[93]. Quiconque apparaît dans les recherches de la police via ce qu'on appelle « l'exploration de données » n'en sait rien. Or, selon la loi en vigueur, la police bavaroise peut utiliser le logiciel de Palantir même en l'absence de danger[93]. Ce faisant, les autorités bavaroises ignorent les normes applicables dans la Hesse voisine, à la suite d'une plainte constitutionnelle déposée avec succès par la GFF en 2023[93].[pas clair] La Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne n'a pas encore statué sur une plainte similaire contre le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie[93].
En , le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt (CSU), deux mois après sa prise de fonction, dit examiner l'utilisation de cette technologie controversée, mais refuse d'exclure l'achat du logiciel de Palantir pour l'Office fédéral de police criminelle et pour la Police fédérale, rompant ainsi avec la ligne de sa prédécesseure, Nancy Faeser (SPD), qui a rejeté l'utilisation de ces programmes en 2023[93]. La plainte constitutionnelle déposée en 2025 par la GFF contre l'utilisation du logiciel de Palantir semble bénéficier néanmoins d'un large soutien public et sur une plateforme de pétition en ligne allemande, un appel aux responsables politiques pour qu'ils cessent l'utilisation du logiciel en Allemagne a été signé par plus de 264 000 personnes en une semaine, au [93].
L'organisation européenne de hackers Chaos Computer Club critique l'usage de ces logiciels « opaques » et soutient la plainte constitutionnelle de la GFF contre la Bavière[93]. Sa porte-parole, Constanze Kurz (de), évoque une « enquête de ratissage Palantir », dans laquelle la police créerait des liens à partir de données stockées séparément, à des fins très différentes de celles initialement prévues[93].
Controverse en Suisse
En , le média suisse Republik publie une enquête co-élaborée avec le collectif WAV, détaillant les campagnes de force de vente répétées de Palantir pour passer des contrats avec l'État et l'armée suisses, tentatives qui s'étalent sur plus de dix ans mais ont toujours échoué, les autorités suisses estimant qu'un contrat avec Palantir présentait trop de risques pour la sécurité des données sensibles suisses[68]. Cette enquête rencontre un écho médiatique à l'international et soulève des débats parlementaires au Royaume-Uni[94]. Palantir entame des poursuites judiciaires contre Republik devant le tribunal de commerce de Zurich, en l'accusant de fausses déclarations[95].
Controverse au Royaume-Uni
En , la Financial Conduct Authority (FCA), principal organisme de régulation financière du Royaume‑Uni, a attribué à Palantir un contrat portant sur l’analyse de ses données de régulation hautement sensibles. The Guardian a révélé que Palantir avait remporté ce contrat face à un autre concurrent resté anonyme. L’accord suscite de vives inquiétudes au sein et en dehors de la FCA, car il donnera à Palantir accès à des données telles que des comptes e‑mail complets, des appels téléphoniques, des publications agrégées sur les réseaux sociaux et des dossiers financiers intégrals[96].
Palentir et ministère de la défense
Palantir a signé plusieurs contrats avec le ministère de la Défense britannique (MoD) visant à améliorer ses capacités d'analyse, de décision stratégique, tactique et opérationnelle en temps réel[97].
En décembre 2022, Palantir a obtenu un accord de 75 millions de livres sterling (GBP) pour fournir sa suite logicielle sur trois ans. Ce contrat couvrait tous les niveaux de classification de sécurité et s'aligne sur les stratégies de données de la défense britannique[98].
En , le MoD, dans un nouveau contrat, accorde 240 millions de livres sterling à Palentir, pour renforcer les capacités d'analyse de données critiques et à assurer l'interopérabilité avec les systèmes de l'OTAN[99]. L'opacité et le coût de ce contrat, ainsi que les risques induits de dépendance technologique (vendor lock-in) pour des infrastructures souveraines, a suscité un examen politique approfondi et des critiques de la part de groupes de défense des libertés civiles et de membres de l'opposition, inquiets du manque de transparence entourant les rencontres entre des responsables politiques britanniques et des représentants de Palantir[100].
Police métropolitaines du Royaume-Uni
En , il a été révélé que Scotland Yard utilise des outils d'IA de Palantir pour établir le profil de ses propres agents, y compris en analysant les degrés de maladie, les horaires de travail et d'absences ainsi que les schémas d'heures supplémentaires, pour détecter d'éventuels manquements professionnels[101]. En réponse à des demandes de liberté d'accès à l'information (FOI), la Metropolitan Police a refusé de confirmer ou d'infirmer l'usage des technologies de l'entreprise depuis 2021, tout en confirmant ne pas y avoir eu recours entre et [102].
Forces de police territoriales (Royaume-Uni)
En , la police du Bedfordshire a utilisé des outils de Palantir pour obtenir la condamnation d'un gang criminel nommé « Fuck the Police », soupçonné d'avoir dérobé 800 000 livres sterling dans des distributeurs automatiques via plus de 3 000 retraits faits dans le pays. La police a saisi deux douzaines de smartphones et utilisé l'outil Nectar de Palantir pour extraire, analyser et traduire plus de 100 000 messages textes du roumain vers l'anglais. Nectar a permis de cartographier les mouvements des suspects et d'établir des graphiques de connexions entre les individus faisant l'objet de l'enquête[103].
En 2025, aucun impôt fédéral payé aux États-Unis
Selon un rapport de l'Institute on Taxation and Economic Policy (ITE), grâce à une modification récente de la législation fiscale américaine par l'administration Trump (permettant notamment à l'entreprise d'immédiatement réduire ses dépenses de R&D), Palantir Technologies a pu éviter de payer l'impôt fédéral sur le revenu aux États-Unis en 2025, et ce malgré un bénéfice domestique important et en hausse (environ 1,5 milliard de dollars déclarés) surtout venu de contrats gouvernementaux substantiels, notamment avec l'ICE[104].
Utilisation anglaise de la plateforme Palantir Foundry
Cette plateforme, utilisée dans les secteurs commerciaux et gouvernementaux civils a été utilisée dans le domaine de la santé publique via le National COVID Cohort Collaborative.
Le NHS England a déployé Foundry pour gérer le programme de vaccination de la pandémie de Covid-19[105].
À partir de 2022, Foundry a aussi été utilisé pour l'administration du programme britannique Homes for Ukraine[106]. En , le NHS England a attribué à Palantir un contrat de sept ans, d'une valeur de 330 millions de livres sterling, pour concevoir la plateforme de données fédérée (Federated Data Platform). Ce contrat a été vivement critiqué par la British Medical Association et des experts en cybersécurité, soulevant des inquiétudes sur la confidentialité des données des patients, la transparence de l'attribution et les liens contractuels de Palantir avec les Forces de défense d'Israël[107],[108]. En 2024, le contrat initial a dû être republié avec moins de caviardages suite à des actions en justice[109]. En , quatre agences fédérales américaines, dont le HHS, utilisaient également Foundry.
Opérations de l'ICE et raids au Mississippi (2019)
Le rôle de Palantir dans les opérations de l'agence américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement) a constitué un point de rupture majeur dans la perception publique de l'entreprise. En , l'ICE a mené les plus importants raids sur des lieux de travail de l'histoire des États-Unis dans des usines de transformation de volaille au Mississippi, entraînant l'arrestation de 680 personnes[110],[111].
L'infrastructure technologique de Palantir, notamment via l'outil de gestion des dossiers d'enquête FALCON, a été directement utilisée pour planifier et exécuter ces raids. Des courriels internes ont révélé que les logiciels de l'entreprise permettaient de croiser les données pour identifier et localiser les travailleurs ciblés sur leurs lieux de travail[112]. Ces opérations ont eu des conséquences humanitaires documentées, notamment des séparations familiales brutales laissant des enfants sans protection immédiate et une surcharge du système juridique local[113],[114].
Débats sur la responsabilité de l'entreprise
Ces événements ont déclenché une controverse interne et externe sur la responsabilité de Palantir :
- **Critiques internes :** Des employés de l'entreprise ont ouvertement contesté ces contrats, dénonçant l'utilisation de leur technologie pour des actions de séparation familiale[115].
- **Responsabilité morale et légale :** Plusieurs organisations de défense des droits civiques ont argué que Palantir ne se contentait pas de fournir un outil neutre, mais apportait une « contribution substantielle » à ces impacts négatifs. Selon les principes directeurs de l'OCDE, une entreprise contribue à un impact si ses activités facilitent ou encouragent une autre entité à causer un préjudice grave[116].
- **Impact politique :** Le Congrès américain a tenu des auditions pour examiner l'impact de ces raids sur les communautés du Mississippi, mettant en lumière le rôle des outils numériques dans l'efficacité mais aussi la violence des arrestations massives[117].
L'entreprise a défendu sa position en affirmant que ses logiciels ne servaient qu'à l'application de la loi et qu'il appartenait au gouvernement de définir les politiques d'immigration, et non aux fournisseurs technologiques.