Palazzo dell'Arengario

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Type
Bâtiment administratif, puis musée
Destination actuelle
Architecte
Palazzo dell'Arengario
Le palazzo dell'Arengario vu depuis la piazza del Duomo
Présentation
Type
Bâtiment administratif, puis musée
Destination actuelle
Style
Architecte
Matériau
Début de construction
1936
Fin de construction
1956
Propriétaire
Comune di Milano
Patrimonialité
Patrimoine national italien
Site web
Localisation
Pays
Commune
Adresse
Piazza del Duomo, 8
Coordonnées

Le palazzo dell'Arengario est un ensemble architectural constitué de deux bâtiments symétriques situés sur la piazza del Duomo, la place principale de Milan, en Italie. Conçu à la fin des années 1930 dans le contexte des grands travaux d'aménagement urbain de l'ère fasciste, l'édifice ne fut achevé qu'en 1956, après de nombreuses interruptions dues à la Seconde Guerre mondiale. Depuis 2010, il abrite le Museo del Novecento, consacré à l'art italien du XXe siècle.

Le terme « arengario » dérive du latin médiéval arengarius et désigne traditionnellement le palais communal des villes de l'Italie du Nord, où se tenaient les assemblées publiques et d'où l'on haranguait le peuple depuis un balcon appelé parlera.

L'aménagement de la piazza del Duomo

La piazza del Duomo de Milan connaît au cours du XXe siècle d'importantes transformations urbanistiques[1]. Dans les années 1920, alors que s'élaborent les études pour le nouveau plan d'urbanisme de la ville, la place est encore considérée comme une question architecturale non résolue[1]. La non-réalisation du projet de Palazzo dell'Indipendenza laissait en effet ouvert le problème des dimensions et des proportions du parvis[1].

Par ailleurs, l'inachèvement monumental de la « Manica Lunga » manche longue »), une aile du Palazzo Reale, laissait incomplet le côté méridional de la place[2].

Le régime fasciste et la transformation urbaine

À partir de 1922, le régime de Benito Mussolini entreprend une vaste politique de transformation des villes italiennes[3]. Milan, capitale économique et berceau du fascisme, occupe une place centrale dans cette stratégie de réorganisation urbaine[3]. La ville accueille de nombreux discours de Mussolini et devient le théâtre d'importantes interventions architecturales destinées à symboliser la puissance du régime[3].

Le plan régulateur adopté en 1933 prévoit la démolition de la Manica Lunga et l'insertion de nouveaux îlots dans la zone méridionale de la place, projet motivé par de fortes pressions spéculatives[2]. La démolition de l'ancienne aile du Palazzo Reale est effectuée entre 1936 et 1937[1].

Le concours de 1937

En 1934, le podestat de Milan, Gian Giacomo Gallarati Scotti Visconti di Modrone, lance un concours pour la construction d'un bâtiment-tour sur l'emplacement de la Manica Lunga, destiné à servir d'« arengario » municipal[2]. Ce nouveau bâtiment devait être relié au Palazzo Reale et permettre de haranguer la foule depuis un balcon monumental[2].

Le concours définitif de 1937 voit la victoire d'un groupement composé de quatre architectes milanais : Giovanni Muzio, Piero Portaluppi, Pier Giulio Magistretti et Enrico Agostino Griffini[1]. Ce regroupement surprend les observateurs de l'époque, car il réunit des architectes souvent culturellement opposés sur la scène milanaise[1]. Selon l'Ordine degli Architetti di Milano, cette association constitue une médiation entre différentes tendances architecturales[1].

Architecture

Conception et style

Le projet lauréat ne prolonge pas les portiques méridionaux conçus par Giuseppe Mengoni au XIXe siècle, mais propose deux corps de bâtiment jumeaux[1]. Ces deux édifices, dépassant de plus de huit mètres la ligne de corniche mengonienne, forment des propylées marquant le passage vers la nouvelle « cité fasciste » envisagée au sud de la place[1].

Les deux bâtiments se caractérisent par des ouvertures architravées dans le goût de la monumentalité romaine et par une allure métaphysique prononcée[1]. Le style architectural de l'Arengario se situe au croisement du mouvement Novecento et de l'architecture rationaliste[4].

Giovanni Muzio, architecte principal du projet, est l'un des principaux représentants du mouvement Novecento milanais[5]. Ce mouvement, fondé à Milan en 1922 autour de la critique d'art Margherita Sarfatti, prône un retour à la tradition figurative italienne tout en intégrant des éléments de modernité[6].

Le marbre de Candoglia

Les façades de l'Arengario sont entièrement revêtues de marbre de Candoglia, le même matériau utilisé pour la construction du Duomo[3]. Ce choix crée une continuité visuelle entre l'édifice et la cathédrale gothique[1].

Le marbre de Candoglia, extrait des carrières situées à l'entrée de la vallée d'Ossola près du lac Majeur, est exploité depuis 1387 pour la construction du Duomo et appartient exclusivement à la Veneranda Fabbrica del Duomo di Milano[7].

Structure et distribution

L'ensemble se compose de deux pavillons symétriques encadrant une perspective vers la piazzetta Reale[8]. Le bâtiment de gauche constitue l'Arengario proprement dit, planifié pour se relier directement à la piazzetta Reale[1].

Au premier et au deuxième niveau, les façades reprennent le thème de l'arc en plein cintre cher à Muzio[1]. À la base des édifices s'ouvrent des portails rectangulaires avec des cadres décorés d'un motif végétal entrelacé, œuvre du sculpteur Arturo Martini[1].

En continuité avec les palais qui délimitent les places environnantes, l'Arengario est ouvert au rez-de-chaussée par un portique à pilastres, parcouru par une architrave sur laquelle se développe un balcon continu[8].

Les bas-reliefs d'Arturo Martini

Les façades de l'aile orientale de l'Arengario sont ornées de quatre bas-reliefs monumentaux réalisés par le sculpteur Arturo Martini entre 1942 et 1947[9]. Ces panneaux sculptés, intitulés Storie di Milano Histoires de Milan »), représentent des événements historiques et des personnages liés à l'histoire chrétienne, milanaise et lombarde[9].

Les scènes représentées comprennent :

Arturo Martini, né à Trévise, est un sculpteur italien actif dans la première moitié du XXe siècle[9]. Dans les années 1930, il réalise de nombreuses décorations pour des bâtiments publics, dont la Giustizia corporativa pour le Palazzo di Giustizia de Milan en 1937[9].

Construction et achèvement

Début des travaux (1939)

La construction de l'Arengario débute en 1939[10]. Les travaux sont toutefois interrompus par la Seconde Guerre mondiale, et l'édifice subit des dommages lors des bombardements alliés sur Milan[1].

Achèvement dans l'après-guerre (1956)

Ce n'est qu'en 1956 que la construction est finalement achevée[3]. À cette date, les motivations politiques et fonctionnelles originales ont profondément changé[1]. Le balcon prévu pour les harangues fascistes n'est jamais réalisé dans sa forme originale, et les deux édifices peinent à trouver un rôle précis au sein de la place[1].

L'Arengario, endommagé par les bombardements et privé de sa fonction initiale d'arengo (lieu de rassemblement politique), reste longtemps sous-utilisé et difficile d'accès[8]. Les espaces intérieurs sont convertis en bureaux et en locaux de service, reléguant le portique et le passage vers la piazzetta Reale à un simple espace de transit[8].

Étymologie et fonction originale

Le terme « arengario » provient du latin médiéval arengarius, dérivé d'arengo ou arringo (assemblée publique)[11]. Dans les villes de l'Italie du Nord, ce terme désigne le palais communal (également appelé broletto) construit pour servir de siège au libre Commune[11].

L'arengario se compose généralement d'un rez-de-chaussée entièrement portiqué et d'un étage supérieur comprenant une grande salle pour les réunions[11]. De cette salle, on accède parfois à un balcon extérieur appelé parlera, destiné aux discours publics[11].

Le choix de ce nom pour le bâtiment milanais reflète la volonté du régime fasciste de créer un lieu de rassemblement et de propagande au cœur de la ville, rappelant symboliquement les traditions communales médiévales tout en les réinterprétant dans une optique autoritaire[12].

Reconversion en musée

Le projet du Museo del Novecento

Dans le cadre du plan de réorganisation des musées civiques de Milan, la municipalité lance en 2001 un concours international pour la reconversion de l'Arengario en musée d'art du XXe siècle[10]. Le concours est remporté par le cabinet d'architecture dirigé par Italo Rota[10].

Le projet de transformation, réalisé par Italo Rota et Fabio Fornasari, vise à organiser à l'intérieur du bâtiment un parcours muséal continu à travers les espaces disponibles[13].

La rénovation architecturale (2007-2010)

Les travaux de rénovation débutent en 2007 et s'achèvent en 2010[14]. La direction artistique de la scénographie est confiée aux architectes Italo Rota et Fabio Fornasari, assistés d'Alessandro Pedretti pour l'architecture intérieure et l'éclairage[14].

L'élément architectural principal de la rénovation est le grand escalier en spirale inséré dans l'espace vertical de la tour[13]. Ce système de montée hélicoïdale relie le niveau du métro à la terrasse panoramique donnant sur la piazza del Duomo[13]. L'escalier, la terrasse et le balcon couvert font désormais partie d'un parcours offrant une vue sur la place[13].

Inauguration du musée (2010)

Le Museo del Novecento ouvre ses portes au public le 6 décembre 2010[15]. Le musée accueille la collection d'art du XXe siècle de la ville de Milan, comprenant environ 4 000 œuvres d'artistes italiens et internationaux[13].

L'une des salles du musée est consacrée à Lucio Fontana, située au dernier étage de la tour[16]. Cette salle offre une vue sur le Duomo et présente l'installation néon de Fontana[14].

Contexte architectural

Le mouvement Novecento

L'Arengario s'inscrit dans le contexte du mouvement architectural Novecento, fondé à Milan en 1922[6]. Ce mouvement, promu notamment par la critique d'art Margherita Sarfatti, réunit des artistes et des architectes cherchant à dépasser l'héritage de l'avant-garde futuriste pour revenir à l'« ordre et à la figuration »[17].

Giovanni Muzio, architecte principal de l'Arengario, est l'auteur de la Ca' Brutta, un immeuble résidentiel de 1922 situé via Moscova à Milan, souvent cité comme réalisation représentative du mouvement[4]. Cette réalisation est considérée comme une rupture avec l'éclectisme du style umbertino dominant à l'époque[4].

Le rationalisme italien

Parallèlement au Novecento, le rationalisme se développe en Italie à partir de 1926 avec la création du Gruppo 7 au Politecnico di Milano[18]. Ce groupe, composé de jeunes diplômés et étudiants, promeut les principes du Mouvement moderne en Italie, en préconisant une architecture fonctionnelle et rationnelle[6].

Enrico Agostino Griffini, l'un des quatre architectes de l'Arengario, est considéré comme l'un des pionniers du rationalisme italien[5]. Cette collaboration entre architectes du Novecento (Muzio) et du rationalisme (Griffini) confère à l'Arengario son caractère hybride, mêlant monumentalité classicisante et sobriété moderniste[1].

Mémoire et patrimoine

Notes et références

Voir aussi

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