Panis Angelicus

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Le Panis Angelicus est un motet, et à l'origine, celui de l'élévation dans la messe. De nos jours, il est l'une des trois hymnes liturgiques de l'Office du Saint-Sacrement, avec les O Salutaris Hostia et Tantum Ergo.

Texte

Il s'agit d'un extrait de l'hymne ''Sacris solemniis'' (en) composée par saint Thomas d'Aquin († 1274). Le texte du Panis angelicus est composé de deux parties du Sacris solemniis, il s'agit des deux dernières strophes, la strophe VI commençant par Panis angelicus et la strophe VII commençant par Te trina Deitas unaque qui est une doxologie[1] ; Panis angelicus est une hymne réservée à l'office de la nuit (matines) [réf. nécessaire].

Saint Thomas d'Aquin.
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(VI) Panis angelicus fit panis hominum.
Dat panis cœlicus figuris terminum.
O res mirabilis !
Manducat Dominum pauper, servus, et humilis.
(VII) Te trina Deitas unaque poscimus,
sic nos tu visita sicut te colimus.
Per tuas semitas, duc nos quo tendimus,
ad lucem quam inhabitas.
Amen.
Le pain des anges devient le pain des hommes.
Le pain du ciel met un terme aux symboles.
Ô chose admirable !
Il se nourrit de son Seigneur le pauvre, le serviteur, le petit.
Dieu Trinité et Un, nous te le demandons,
daigne par ta visite répondre à nos hommages.
Par tes voies, conduis-nous au but où nous tendons,
à la lumière où tu demeures.
Ainsi soit-il.
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Historique

Origine

Exception avant la Contre-Réforme

L'origine du Panis angelicus en tant que motet individualisé remonte au concile de Trente[2], car après l'écriture de ce texte au XIIIe siècle, le répertoire musical de Panis angelicus reste vide durant 300 ans, sauf une exception.

En effet la plus ancienne mise en musique que nous connaissions est un motet de Gaspar van Weerbeke. Il se trouve dans le recueil publié le 10 mai 1503 à Venise, chez l'imprimeur Ottaviano Petrucci[3]. Ce livre de chants est de nos jours reconnus à l'instar des chefs-d'œuvre de grands compositeurs tel Josquin des Prés. Musicien longtemps méconnu, des études récentes de plusieurs chercheurs[Lesquels ?] identifient qu'il s'agit d'un des compositeurs les plus importants de la deuxième moitié du XVe siècle[4]. De surcroît, il existe plusieurs messes, composées sans doute dans les années 1480 à la chapelle du Vatican, alors que Gaspar van Weerbeke est son cantor capellanus c'est-à-dire son chantre[5]. Le manuscrit est sûr, mais aucun usage liturgique n'est précisé par l'éditeur[6]. La mélodie de ce Panis angelicus est par ailleurs adoptée dans le recueil Laude libro secondo de Petrucci en 1508, qui n'est autre qu'une anthologie de paraphrases, pour fournir de nouveaux chants de laudes, avec celles de Verbum caro factum est de Weerbeke, ainsi que d'un autre chant[7],[2].

L'absence d'œuvres musicales sur ce texte durant 300 ans suggère par ailleurs une hypothèse souvent diffusée, mais qu'il faut pourtant écarter : celle de la composition des hymnes[Lesquels ?] pour la Fête-Dieu. Si Thomas d'Aquin a composé, en faveur du Saint-Sacrement dont la Fête-Dieu est une solennité, les textes de Panis angelicus, d'O salutaris et de Tantum ergo bien avant le XVIIe siècle, de nombreux compositeurs auraient donné mélodie à ces textes, qui sont en réalité les extraits de trois hymnes de la liturgie des Heures. Jusqu'à la fin du XVe siècle, il s'agit en fait de l' Ave verum corpus qui est alors en usage[pas clair]. À la suite du concile de Trente, la Contre-Réforme fait enrichir le répertoire du Saint-Sacrement, dont le Panis angelicus[2].

Après la Contre-Réforme

La composition du Panis angelicus de João Lourenço Rebelo, musicien entretenu par le roi Jean IV du Portugal, est un motet écrit au XVIIe siècle pour sept voix, et qui demeure une sorte de « tour de force »[8]. On y observe une synthèse des influences du siècle d'or du Portugal et de la musique florissante de la Contre-Réforme à Rome, principalement représentée par Palestrina[8].

Récemment, en 2000, est découvert le manuscrit Carlo G à Vienne. Ce manuscrit, copié en Italie (Rome ou alentour[cg 1]) entre 1600 et 1620, marque le début de la musique baroque, avec un ornement de voix particulièrement évolué et sophistiqué mais son compositeur Carlo G. reste actuellement un inconnu[cg 2]. Son Panis angelicus est précédé de l'une de seules cinq toccatas instrumentales de ce manuscrit, qui fonctionnent comme prélude (toccata per il motetto)[cg 3]. Cela signifie un usage plus solennel dans la liturgie. Si le motet s'accompagne de l'orgue, dans sa toccata, le violon remplace une des voix, ce qui demeure une nouveauté pour cette pièce[cg 4].

En ce qui concerne le motet à quatre voix du Panis angelicus attribué à Palestrina, le seul témoignage actuel est très tardif, c'est la partition publiée par Fortunato Santini († 1861)[9]. Encore faut-il retrouver un manuscrit ancien, afin de confirmer l'attribution faite par Santini.

Sous l'Ancien Régime

Les quatre motets Panis angelicus composés par Henry Du Mont à la cour de Louis XIV sont importants dans l'histoire de la musique liturgique en France, tant comme modèles pour la composition du motet accompagné de basse continue que du petit motet, chanté lors de la messe en semaine en présence de Louis XIV.

La pratique des motets à la chapelle royale est détaillée par Pierre Perrin dans son Cantica pro Cappella Regis (1665) : « Pour la longueur des cantiques, comme ils sont composés pour la messe du roi, où l'on chante d'ordinaire trois, un grand, un petit pour l'élévation et un Domine salvum fac regem... ceux de l'élévation sont plus petits, et peuvent tenir jusqu'à la post-communion, que commence Domine »[10].

Quoique sous le règne de Louis XIV et de Louis XV les compositions de motets sur le texte du Panis angelicus ne soient pas très nombreuses, néanmoins de grands compositeurs de l'époque Marc-Antoine Charpentier (H.243), Michel-Richard de Lalande, Charles-Hubert Gervais et Louis-Nicolas Clérambault ont donné leurs versions. À l'exception de Charpentier, tous ces musiciens sont au service de la cour de Versailles.

L'usage liturgique de cette pièce est plutôt revalorisé au XVIIIe siècle[pas clair]. En effet concernant les œuvres de Lalande et de Clérambault, le motet Panis angelicus est réservé à la célébration de l'Eucharistie pendant la messe. Mais d'une part il est possible qu'à la chapelle royale de Versailles le motet O salutaris Hostia soit préféré à celui de Panis angelicus et cet usage d'O salutaris remonte peut-être au règne de Louis XII. D'autre part, une strophe est ajoutée à ce O salutaris au XVIIe siècle, avec les mots serva lilium (sauvez le lys), le lys étant le symbole de la monarchie française. Pour la messe des défunts, le motet de l'élévation demeure le Pie Jesu, d'après le rite parisien[réf. nécessaire].

Œuvre liturgique au XIXe siècle

César Franck en service à la Sainte-Clotilde.

En France, le XIXe siècle aussi s'illustre, dans le contexte liturgique catholique, de la composition de nombreux petits motets. Par exemple, avant que Gabriel Fauré ne lui succède en 1877, Théodore Dubois en composa 34, dont 3 Panis angelicus, en faveur de l'église de la Madeleine dans laquelle il est maître de chœur[11]. La plupart de ces motets sont écrits dans la deuxième moitié de ce siècle.

Ces motets sont très souvent composés avec accompagnement d'orgue pour l'usage liturgique. Il est donc normal que les compositeurs en soient fréquemment des organistes, tels Camille Saint-Saëns, Théodore Dubois, Samuel Rousseau. César Franck aussi crée son Panis angelicus[12] en qualité d'organiste à la basilique Sainte-Clotilde de Paris. De nombreux motets Panis angelicus sont écrits par des musiciens français et espagnols moins connus, mais toujours en tant qu'œuvres liturgiques[13].

Par ailleurs, à cette époque-là, le motet était également chanté au Vatican, à la basilique Saint-Pierre. Giuseppe Janacconi († 1816), qui en compose deux, est maître de la Cappella Giulia. Le Panis angelicusde Giuseppe Baini, directeur du chœur de la chapelle Sixtine(† 1844), est publié et réédité au XIXe siècle.

Réforme liturgique de Pie X

En 1903, à peine élu, le nouveau pape Pie X inaugure une immense reforme liturgique, afin d'éliminer la musique théâtrale au sein de l'Église. À la fête de sainte Cécile, il prononce son motu proprio Inter pastoralis officii sollicitudines. Il s'agit d'une centralisation de la liturgie catholique, jamais connue depuis la reforme de Charlemagne. Tous les privilèges de la liturgie locale sont supprimés en faveur de l'Édition Vaticane.

À vrai dire, ce motu proprio est, pour les compositeurs, ambigu.

En effet, d'une part l'article III-8 admet un motet facultatif, reconnaissant la tradition, après le Benedictus ou après le chant d'offertoire. Le motet Panis angelicus est donc désormais tout à fait légitime dans toutes les églises catholiques. Mais d'autre part, pour les compositeurs contemporains, cette réforme n'est vraiment favorable. Ce pape, qui est un spécialiste de la musique sacrée[14], sait bien que le grégorien et la polyphonie sont les deux sommets de la musique occidentale. Certes, Pie X recommande aussi la composition de nouvelles œuvres. Cependant, dans cette réforme, elles restent secondaires. À cette époque-là, les musiciens s'occupent surtout de l'accompagnement à l'orgue pour le chant grégorien. Mais il y a une certaine réticence des paroissiens envers ce chant monodique. Le Panis angelicus d'Amédée Gastoué sort dans ce contexte. Conseiller de Pie X pour l'Édition Vaticane (nommé en avril 1904)[réf. nécessaire], il en fait une harmonisation mélodique[15].) La composition de petits motets n'est plus en vogue.

Pourtant, il n'y a aucun obstacle du Vatican pour la publication de ce Panis angelicus, en tant que motet de l'élévation. Ainsi, on peut publier à nouveau la Messe à trois voix de César Franck, y compris le Panis angelicus, en 1909 chez l'éditeur musical, aujourd'hui disparu, Bornemann. Cette fois, il s'agit d'une version révisée pour orchestre[16].

Et l'ascension de l'œuvre de Franck commence alors. Déjà en 1906, sort un disque 78t enregistré à Milan, exécuté avec Ferruccio Corradetti comme baryton, accompagnée au violon et à l'orgue[17].

Après le concile Vatican II

Après 60 ans environ d'usage de l'Édition Vaticane, une autre réforme liturgique voit le jour au concile de Vatican II. Malgré la volonté affichée de ce concile de conserver le latin comme langue liturgique et le chant grégorien comme accompagnement, mais en permettant l'insertion de passages en langue vernaculaire[18], de fait l'église catholique romaine abandonne presque partout la langue latine, pour ne garder en pratique que la langue vernaculaire. À la suite de ce bouleversement, la plupart des pièces liturgiques de Panis angelicus tombent dans l'oubli, faute de célébrations en latin.

Sauf l'œuvre de César Franck qui est toujours exécutée, tant dans la liturgie[19] que dans des concerts[20]. On compte, de même, de nombreux enregistrements de qualité, tels ceux de Luciano Pavarotti, de Charlotte Church, de Josh Groban, d'Andrea Bocelli, quel que soit le genre que ces musiciens pratiquent. Ces nombreuses exécutions montrent l'immense popularité de l'œuvre, dont on peut considérer qu'il s'agit d'une pièce, certes petite, mais paradoxalement monumentale. En effet dans son ouvrage de 2018, Benjamin François classe l'œuvre parmi les 100 chefs-d'œuvre de la musique classique : « Chant pour l'église ou air d'opéra ? À l'écoute du célèbre Panis Angelicus de César Franck, il est permis de se demander. D'ailleurs, les extraits vidéo, en majorité accompagnés par un orchestre, vous feront plutôt pencher pour la deuxième solution. Avant d'être un pianiste-compositeur de renom, le Pater Seraphics - comme l'appelaient ses élèves - aura été sa vie durant musicien d'église, une bien éreintante fonction, et le ravissant petit motet que voici est là pour nous le rappeler. Laissez-vous bercer par sa douce mélodie, la conduite vocale et la simplicité de l'accompagnement en font un petit bijou. »[16].

Si, de nos jours, la composition de ce texte devient rare, Pierre Villette écrit en 1995 une pièce liturgique pour ce texte[réf. nécessaire]. Et celle de Domenico Bartolucci (créé cardinal en 2010) est publiée en 2008[réf. nécessaire].

Le "Panis Angelicus" de César Franck[21] est chanté par Mireille Mathieu dans l'église de Saint-Tropez, à la messe des funérailles de Brigitte Bardot, le 7 janvier 2026[22].

Mise en musique

À la Renaissance

Sous l'Ancien Régime

Musique classique

Œuvre contemporaine

Voir aussi

Liens externes

Références bibliographiques

  • (en) Elam Rotem, « The Carlo G manuscipt : New light on early seventeeth century accompaniment and diminution practis », dans Groß Geigen um 1500 ; Orazio Michi und die Halfe um 1600, Basel, Schwabe Verlag, (lire en ligne)
  1. p. 421.
  2. p. 404, note n° 4 ; à cause d'une tache sur la signature, on ne peut pas déchiffrer le nom de ce compositeur
  3. p. 402.
  4. p. 419.

Notes et références

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