Pascal Doury
dessinateur-graphiste
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Biographie
Né en 1956 d'un père inconnu et d'une mère femme de ménage, Pascal Doury passe les premières années de sa scolarité dans un pensionnat, la Maison d'enfants de Sèvres, où il rencontre Bruno Richard dès 1966. Ils deviennent amis et poursuivent des études similaires. Doury intègre l'EPDI, une école de dessin industriel, à Paris, alors que Richard passe par les Beaux-Arts puis par les Arts Décoratifs.
En 1977, tandis que Pascal Doury effectue son service militaire au journal des armées Terre-Air-Mer, les deux hommes se lancent en duo dans la réalisation d'une revue, Elles sont de sortie (parfois orthographiée ESDS), l'un des premiers graphzines français[2]. Les styles graphiques très différents des deux artistes, expressionniste pour Bruno Richard, au trait soigné pour Pascal Doury, fusionnent en images provocantes et pornographiques. De nombreuses collaborations tierces, souvent internationales, ponctuent les premiers numéros : Marc Caro, Catherine Dard, Tomeu Cabot, Javier Mariscal, Gary Panter, Mark Beyer, ou encore Ti5Dur, Lulu Larsen et Olivia Clavel du groupe Bazooka, dont ils sont les contemporains et les amis[3].
Entre leurs débuts et le milieu des années 1980, certains numéros sont publiés par des éditeurs établis (Futuropolis, Les Humanoïdes Associés ou Alin Avila) mais la plupart restent auto-édités, ce qui témoigne d'une position marginale à la fois subie et assumée. En 1984, ils sont néanmoins invités par Thierry Raspail à l'ELAC (Espace Lyonnais d'Art Contemporain) à Lyon. Le catalogue réalisé par les artistes à cette occasion, un recueil d'images de cadavres et de photographies pornographiques, fait scandale[4] et la plus grande partie du tirage est détruite. Ils sont invités l'année suivante à l'ARC à Paris, à l’initiative du peintre Erró, pour une exposition qui donne lieu à un catalogue publié par Futuropolis[5]. Dora Diamant, la fille de Pascal Doury et de sa femme Nathalie (Nicole Duply, de son vrai nom), naît la même année[6]. Dora Diamant devient alors l'un des sujets principaux des dessins et des livres de son père, qui la représente les yeux écarquillés, avec une houppette, dans des décors remplis de motifs et d’œuvres issus de l'histoire de l'art. En 1988 paraît Nègres Vulves Noires Bites, un volume cartonné imposant de 200 pages signé Elles sont de sortie, qui rassemble des centaines de dessins en noir et blanc d'inspiration africaine et moderniste de Richard et de Doury. Il est considéré par les amateurs comme l'un des ouvrages les plus aboutis de leur collaboration[7]. Après deux dernières expositions, l'une en duo, en 1990 à l'Espace Émergence à Paris, puis une autre, collective en 1994, dans un appartement de la rue Vieille-du-Temple, la participation de Pascal Doury dans Elles sont de sortie diminue jusqu'à s'arrêter définitivement.
En parallèle d'Elles sont de sortie, Doury mène une activité d'illustrateur pour la publicité. Il publie ponctuellement pour la jeunesse, notamment chez des éditeurs installés, comme pour Otto aime Toto (1984), un livre co-signé par Bayon et publié par Crapule!, ou encore pour Maladie d'amour (1990) de Jean-Paul Rocher et publié par Syros.
A partir du milieu des années 1990, Doury se consacre à de nouveaux projets éditoriaux, liés à la poésie contemporaine française[8] : les revues poézi prolétèr[9],[10], avec Christophe Tarkos et Katalin Molnár, et Patate[11], avec Charles Pennequin. Pour Patate, Pascal Doury rassemble des expérimentations graphiques, des détournements d'images d'archives et des textes de nombreux auteurs et artistes qui lui sont proches[12]. En août 1998, il intervient à la galerie J & J Donguy de Paris[13], recouvrant pendant un mois le sol de visages peints qui se superposent les uns aux autres. L'année suivante, il expose ses derniers dessins à Amsterdam, dans la galerie de bandes dessinées Lambiek[14].
Après y avoir occupé un poste de maquettiste, il travaille comme veilleur de nuit au journal Libération. Cet emploi lui permet de constituer une collection d'images et de découpes de presse photocopiées, en partie sans permission, dont certaines sont réutilisées et recomposées dans ses œuvres. Cette collection obsessionnelle devient lEncyclopédie des images, un ensemble de plusieurs centaines de fascicules auto-édités, qui reste inachevé. Sous ce même chapeau éditorial dEncyclopédie des Images, et de façon toujours très confidentielle, Doury publie également ses amis artistes et poètes : Christophe Tarkos, Katalin Molnár, Charles Dreyfus, Captain Cavern, Placid, Olivier Allemane ou Olivia Clavel. Il opère ainsi un rapprochement inédit entre graphisme marginal et poésie contemporaine.
Pascal Doury meurt en septembre 2001 d'un cancer[15].
Œuvres posthumes
À son décès, Doury laisse derrière lui une importante collection d'images, de découpes, d'illustrations de presse, de textes et de photos d'autres auteurs. Une part importante de cette collection apparaît dans le second numéro de la revue Patate, paru de façon posthume sur la base des indications laissées par Doury. L'ouvrage, mené à bien par sa fille Dora-Diamant Doury, Olivia Clavel, Sylvie Boulanger, Laurent Cauwet et Jacques-Élie Chabert, est publié par les éditions Al Dante + cneai =. En 2024, l'exposition collective Crumbling the Antiseptic Beauty à la Fondation d'entreprise Pernod Ricard inclut des photographies de l'appartement de Doury prises juste après son décès, révélant l'ampleur de sa bibliothèque et de sa collection personnelles[16]. La même année paraît l'ouvrage Choquer le monde à mort – Elles sont de sortie – Pascal Doury – Bruno Richard[17], aux éditions L'Amazone, à Bruxelles, qui propose une première monographie consacrée à la fois à l'œuvre du duo et à celle de Doury.
Encyclopédie des images et archives au cneai =
À la suite d'une collaboration plusieurs fois renouvelée, le cneai = conserve dans son fonds l'Encyclopédie des images, ainsi que des archives et des publications de Pascal Doury[18]. L'Encyclopédie des Images fait l'objet d'une exposition en 2017 à la maison Levanneur de l'Île des Impressionnistes à Chatou : « 1977 -2017, l'Encyclopédie des images - Pascal Doury » au cneai =, qui présente la totalité des livrets imprimés[19],[20].
Œuvres publiées
Bande dessinée, poésie et revues (sélection)
- Théo tête de mort, Les Humanoïdes Associés, 1983.
- Otto aime Toto, avec Bayon, éditions Crapule!, 1984.
- Croquemitaine : spécial squelette, illustré (entre autres) par Pascal Doury, 1985[21].
- poézi prolétèr, n°1, avec Pascal Doury, Katalin Molnár, Christophe Tarkos, Nicolas Tardy, Agnès Forette, Pierre La Police et Alain Gibertie, 1997.
- poézi prolétèr, n°2, avec Pascal Doury, Katalin Molnár, Christophe Tarkos, Julien Blaine, Captain Cavern, Bernard Heidsieck, Dominique Fourcade, Olivia Clavel, Charles Pennequin, Lucien Suel, Michelle Grangaud, Ti5 Dur, Tom Johnson, Jean-Pierre Verheggen, Gil Wolman et Nina Childress, 1998.
- Patate, n°1, avec Pascal Doury, Charles Pennequin, Marc Caro, Jean-Pierre Le Boul’ch, Captain Cavern, Jacques Pyon, Monsieur Moui, Nuvish Mircovich, Anne Van der Linden, Kiki Picasso, Agnès Turnhauer, Thierry Agullo & Pierre Molinier, Olivier Allemane, Sophie Dutertre, Olivier Pigassou, Olivia Clavel, Kerozen, Michel Quarez, Jacques-Élie Chabert et Placid, auto-édition, 2000.
- Je me jette, avec Charles Pennequin, éditions cneai = & Al Dante, 2004.
- Patate, n°2, avec Pascal Doury, Dim Junior, Dora-Diamant Doury, Pierre Tilman, Olivia Clavel, Scelsi, Edward Krasinsky, Anne Van der Linden, Florence Manlik, Charles Pennequin, Antenna, Mihran Diallo, Nathalie Rouannette, Isabelle Lartault, Jacques Pyon, Nina Childress, Henri Ughetto, Ox, Captain Cavern, Eugénie Lavenant, Jules Olitski, Ti5 Dur, Hans-Peter Feldmann, Julien Carreyn, Felice Varini, Otto Mühl, Taroop & Glabel, Christophe Tarkos, Jean-François Bory, Matthias Lehmann, Maxime Sigaud, Jean-Pierre Le Boul’ch, Kiki Picasso, Donato Di Nunno, Bruno Richard, Placid, Kerozen, Toffe, Jérémie Grandsenne, Sabine Macher, Michel Verjux et Jacques‑Elie Chabert, éditions cneai = et Al Dante, 2005.
Elles sont de sortie (sélection)
- Elles sont de sortie, n° 1, auto-édition, 1977.
- Santé et maladie, n° 4, auto-édition, 1977.
- Aventures, Vacances, Loisirs, n° 5, auto-édition, 1978.
- Papiers Peints, n° 6, auto-édition, 1979[22].
- Jeux, n° 7, auto-édition, 1979.
- Portraits, n° 8, auto-édition, 1979.
- Pornographie catholique, Le Dernier Terrain Vague, n° 10, 1982[23].
- L'âge d'or de Dora Diamant, n°20, A.P.A.A.R, 1987[24].
- Nègres Vulves Noires Bites, n°22, Images-Images, 1988[25].
- Devant Derrière, Images-Images, n° 26, 1990[26].
