Passion amoureuse

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La passion amoureuse est une passion dirigée vers un individu et en lien avec l'existence d'un sentiment amoureux. Très intense, elle est perçue comme une focalisation incontrôlable sur l'autre dans laquelle se succèdent plaisir et souffrance. Contrairement à la limérence ou à l'amour obsessionnel, l'amour passionnel se vit à deux et rythme une relation amoureuse.

Tristan et Iseut tenant la coupe du philtre d'amour (tableau de John Duncan, 1912).

Associée à des symptômes physiques et psychiques commandés par des mécanismes neurochimiques, la passion amoureuse est parfois vue comme une addiction, et, en psychanalyse, comme la conséquence d'une relation spécifique aux parents dans l'enfance.

Historiquement et selon les sociétés, la passion amoureuse est tantôt qualifiée de vertu, tantôt de grave maladie. Un des principaux lieux communs de la production littéraire occidentale, elle inspire de très nombreuses œuvres, d'Euripide à Yourcenar, en passant par le récit médiéval anonyme Tristan et Iseut et la tragédie Roméo et Juliette de Shakespeare.

Symptômes

Selon Frank Tallis, les symptômes suivants se retrouvent très fréquemment[1] :

De nombreux aspects de la passion amoureuse (altération de l’état mental, difficulté à avoir un raisonnement rationnel, exaltation de l’humeur, pensées intrusives de l’objet aimé…) sont identiques à certains troubles psychiques observés par exemple dans les troubles bipolaires et obsessionnels compulsifs (TOC)[2]. Plus concrètement, les niveaux de sérotonine (le neuromédiateur qui provoque l'état de bonheur) des personnes amoureuses passionnées diminuent jusqu'à des niveaux retrouvés chez les patients atteints de TOC[3]. Des études réalisées sur des personnes qui se disaient être « vraiment, follement, profondément » amoureuses, ont ainsi montré une activité cérébrale dans plusieurs structures communes avec la neuroanatomie du TOC, par exemple, le cortex cingulaire antérieur et le noyau caudé[4]. Parallèlement à cette baisse de la sérotonine, on assiste à une hausse de la production de dopamine[5], neuromédiateur provoquant la sensation de plaisir et favorisant la prise de risques.

L'intensité de la passion amoureuse dépendrait, au moins en partie, du contexte socioculturel. En effet, il est observé que dans les sociétés où la proximité physique entre les individus ainsi que l’activité érotique se déroulent simplement et quotidiennement, l’effet de la passion amoureuse est moins marqué et plus « apaisé » que dans la société occidentale[6].

Mécanismes neurochimiques

L'étude de la passion amoureuse a permis de mettre en évidence le rôle de neurotransmetteurs tels que la dopamine, qui active le circuit de la récompense et qui rend l'expérience de l'amour similaire à l'euphorie associée à l'utilisation de substances comme la cocaïne ou l'alcool.

L'afflux de dopamine induit une augmentation de l'ocytocine et de la vasopressine, ainsi qu'une diminution du niveau d'activité de l'amygdale.

Les recherches[7] indiquent que des régions du cerveau telles que l'insula médiale, le cortex cingulaire antérieur et l'hippocampe, ainsi que des parties du striatum et probablement aussi le noyau accumbens, jouent un rôle crucial dans l'expérience de la passion amoureuse. Ces zones constituent des régions clés du système de récompense, produisant des sensations d'exaltation et d'euphorie.

Similarités entre passion et addiction

Une enquête[8] sur la relation entre l'amour passionnel et l'addiction a révélé des avancées permettant d'examiner ces deux états du point de vue neurobiologique, en comparant les distinctions cliniques, neuropsychologiques, neurobiologiques et d'imagerie entre « l'amour passion » et « l'addiction à l'amour ».

Plusieurs chercheurs se demandent si la passion amoureuse est une addiction et relève de la toxicomanie[9]. Dans son livre-recueil La dépendance amoureuse. Attachement, passion, addiction, Patrick Pharo, chercheur en sociologie morale, la considère comme telle[10],[11]. D'autres la classent comme un signe de détresse psychique[12].

Fondements selon la psychanalyse

Sigmund Freud en 1935.

Pour Sigmund Freud, la passion amoureuse a « quatre fondements infantiles » que sont[13] :

  • la surestimation sexuelle ;
  • l'idéalisation ;
  • la surestimation sexuelle et le déni ;
  • l'idéalisation et la détresse infantile.

D'après Aspasie Bali (dans la revue La Clinique lacanienne), « l'amoureux passionné a le fantasme d'avoir trouvé l'objet de son désir, objet qui le comblerait, qui lui permettrait de retrouver ou d'approcher l'objet réel, déjà perdu[14]. »

À l'adolescence

À l'adolescence, d'après la psychologue Isée Bernateau (revue Enfances & Psy), « l'investissement passionnel est une tentative de déplacement du lien aux parents (comme objets œdipiens), mais aussi comme une recherche de fusion symbiotique venant lutter contre les menaces de perte d'objet. Le lien passionnel cherche à réparer les carences dans le lien précoce à l'objet maternel, mais la répétition est à l'œuvre, ramenant les angoisses de séparation caractéristiques d'un lien à l'objet insuffisamment contenant et sécurisant[15]. »

Histoire sociale

Antoine Furetière.

Antoine Furetière, dans son Dictionnaire universel, définit le mot « passion » en ces termes[16] :

« PASSION se dit par excellence de l’Amour. On appelle une belle passion, une amour fidèle, constante, et honnête qu’on a pour une personne de grande vertu et de grand mérite, sans aucune relation à la brutalité. Et au contraire on appelle passion sale, aveugle, brutale, déréglée, emportée celle qui a pour but les plaisirs corporels. En ce sens on dit être maître ou esclave de sa passion, dompter ou suivre ses passions. La passion se ralentit, ou s’excite, suivant les divers mouvements de l’âme. »

À l'époque classique, chez les Arabes comme chez les Occidentaux, la passion amoureuse est considérée tantôt comme une maladie grave qui conduit progressivement à des comportements immoraux, tantôt comme une vertu suprême[17]. En Chine et au Japon, on considère toujours la passion comme une maladie grave[18].

Bénéfice de la psychothérapie

En Algérie, d'après l'anthropologue Dalila Samaï Haddadi (revue Insaniyat), « la psychothérapie permet à l'individu de découvrir le sens caché de son amour passionnel. Grâce à cela, le sujet finit par adopter des conduites qui le réconcilient avec sa religion [l'islam, ndlr], ce qui lui permet, de surcroît, de nouer des relations hétérosexuelles de bonne qualité. »[19]

Dans la culture occidentale

Antiquité

Ovide. Fresque de Luca Signorelli, chapelle Saint-Brice, cathédrale d'Orvieto, XVe siècle.

Moyen Âge

XVIIe siècle

XVIIIe siècle

XIXe siècle : le romantisme

XXe siècle

Bibliographie

  • Jean Schmid, « « Passion amoureuse et clivage du moi » : une théorie de la passion est-elle possible ? », Psychothérapies, vol. 28, no 3, , p. 189–200 (ISSN 0251-737X, DOI 10.3917/psys.083.0189, lire en ligne, consulté le )
  • Claude Crépault et Joseph Josy Lévy, Sexologie contemporaine, PUQ, (ISBN 978-2-7605-2024-0, lire en ligne)
  • Collectif, Passion amoureuse, Paris, CampagnePremière/, 2013, 297 p. Par Victor Azoulay

Références

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