L'un des centres majeurs de la côte tyrrhénienne de l'île, elle abrite les vestiges antiques de Tyndaris, célèbres pour leur théâtre grec et leur villa romaine. Elle devient au Moyen Âge le d'un diocèse catholique comprenant 45 communes, et appartient de nos jours au consortium intercommunal Tindari-Nebrodi[3].
Géographie
La commune de Patti est située sur la côte nord de la Sicile, à 76 km à l'ouest de Messine, chef-lieu provincial.
Toponymie
La dénomination de la commune dérive du terme grecἘπακτήν (qui signifie «près de l'eau», ou encore «sur la rive»), qui remonte au temps de la Grande-Grèce. À la lumière de récentes fouilles et des études qui en ont résulté, on peut en effet faire remonter les origines du peuplement du site de Patti au viiiesiècleav. J.-C.
Histoire
Tyndarium et Pactarum urbs nobilissima et magnanima (la)
Les premières références historiques qui témoignent de l'existence de la ville actuelle remontent à 1094, à l'époque du comte normand et futur roi Roger II de Sicile, qui y fonde le monastère bénédictin du Santissimo Salvatore après que son père, Roger Ier de Sicile, eût chassé les Sarrasins de Messine. Il est probable, cependant, étant donné la présence de plusieurs nécropoles et villas d'époque romaine, que les origines du centre soient plus anciennes. De nombreux chercheurs s'accordent à dire que Patti est fondée et peuplée par les habitants de l'ancienne colonie lacédémonienne autrefois très prospère de Tyndaris, qui auraient abandonné leur ville à la suite de séismes, glissements de terrain et d'autres catastrophes naturelles. À l'époque de Pline l'Ancien (23-79), la mer avait déjà submergé une grande partie de la cité côtière. Outre des ruines, ne subsiste sur place que le monastère franciscain et l'église Santa Maria del Tindaro.
La récente découverte de nécropoles dans des grottes et leur datation conduit à penser que la première unité urbaine s'est créée autour du ixesiècle dans cette localité. Plus tard, peut-être en raison de la croissance de la population ou du manque d'eau, les habitants se déplacent progressivement sur les collines d'en face pour former l'Ἐπακτήν, entre les torrents Provvidenza et Acquafico. La présence d'une autre cité d'origine hellénique a été découverte sur les montagnes Russo et Perrera. Il est permis d'imaginer l'existence plus probable d'une installation de gardiennage de ce qui était alors la voie navigable du port romain de Timetus, à proximité d'un temple de Mercure pillé par Verrès.
Adélaïde de Montferrat, femme de Roger Ier et régente de Sicile, est enterrée en 1118 dans le monastère du Saint-Sauveur[4].
Le diocèse de Patti et Lipari est érigé en 1131, mais n'est reconnu formellement par Alexandre III qu'en 1166. Toutefois, les évêques sont peu enclins à porter le double titre et sont souvent désignés comme episcopius Pactensis («évêque de Patti»). L'île de Lipari, malgré sa proximité maritime, est impraticable en raison des nombreuses catastrophes naturelles qui l'atteignent tout au long du Moyen Âge et se retrouve souvent isolée de ses propres évêques, si bien qu'en 1399, les deux entités se séparent, ce qui donne lieu à deux diocèses différents. Le bourg de Patti se développe et assume une importance économique et administrative croissante pour l'ensemble du territoire des Nébrodes. Preuve en est l'inhumation de Frédéric II, mort dans les Pouilles, dans la cathédrale de Patti, avant le transfert de sa dépouille à Palerme.
Le noble Antonino Natoli, baron de Messine apparenté au roi déchu Charles Ier d'Anjou, et mari de Francesca, fille de Jérôme d'Amato, dont les enfants sont Simon et Gerardo Natoli, devient propriétaire du château de Patti en 1300[5], et s'attire les foudres de Frédéric d'Aragon en raison de ses liens avec ses rivaux de la Maison d'Anjou, qui l'incendie en pleine guerre des Vêpres siciliennes.
Dans la première moitié du XIVesiècle, le couvent San Francesco est fondé (selon la tradition, Antoine de Padoue en aurait posé la première pierre). C'est l'une des 42 villes siciliennes dépendant directement de la couronne et non pas des seigneurs locaux. Les jurés entretiennent de bonnes relations entre les citoyens de Patti et le roi, ce qui conduit à l'obtention de nombreux privilèges fiscaux et administratifs pour la ville.
En 1544, Patti est attaqué et pillé par Khayr ad-Din Barberousse, pirate algérois au service des Ottomans. Les habitants parviennent à s'enfuir dans la campagne environnante mais, à leur retour, ils retrouvent une ville ravagée et en proie aux flammes. Reconstruite avec des murs plus puissants, elle se repeuple et croît rapidement, en partie grâce à la construction d'un séminaire, voulu par le concile de Trente, qui a représenté le seul centre d'enseignement pour la partie occidentale du Val Demone (actuelle province de Messine) jusqu'à la fin du XIXesiècle.
Un dénommé Antonino Natoli (le Pattese), né en 1539 à Messine, futur préfet de la ville de Patti et fils de Gio Matteo Patti (Ioannem Matteum de Natoli)[7],[8], lui-même descendant du précédent Antonino[7],[8], obtient la chaîne militaire avec le titre de chevalier du saint-empereur romain germanique Charles Quint[9],[10],[11],[12]. Aux propres frais de son père[13], le , deux galères sont armées[13] pour faire face, sur la mer Adriatique[14], à des pirates ennemis qui avaient attaqué les États pontificaux[9]. Il fut un temps ambassadeur à Venise et a participé aux plus grandes batailles de son siècle, notamment à Tunis, avant d'entrer dans l'ordre de saint François, promettant la pauvreté et publiant certains ouvrages tels que Viridarium concionatorum et La via sicura al cielo (Le meilleur moyen d'accéder au ciel). Visiteur apostolique en 1596 pour l'élection directe du pape Jules III et déclaré saint vénérable, il serait l'auteur de plusieurs miracles sur les malades et est enterré à Rome en odeur de sainteté après s'être éteint à Sant'Angelo[15],[16].
Patti devient la capitale d'un district regroupant tout le secteur des Nébrodes sous le royaume des Deux-Siciles. Avec la naissance de royaume d'Italie, la ville prospère et se voit dotée d'un tribunal, d'une prison, d'une compagnie de police, d'une école royale de grammaire, ainsi que d'autres écoles et bureaux gouvernementaux. Sont également construits, pour le service de ses habitants, un théâtre, un nouvel hôpital et la villa Umberto-I (jardin municipal).
La ville reste ancrée, jusqu'à la fin du XIXesiècle, sur la colline circonscrite de murs anciens. Alors, seulement, se fait une première et timide expansion urbaine, l'actuelle Piazza Marconi, après l'ouverture de la via XX-Settembre, et la Piazza Mario-Sciacca, où est construit un nouveau cinéma-théâtre. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l'urbanisation s'étale de plus belle et permet le développement des nouveaux quartiers de Sant'Antonino, et les jardins de la rivière Montagnareale (corso Matteotti) conduisent dès la fin des années 1970 à la fusion entre la ville haute de Patti, le centre historique, et sa Marina.
L'économie, très prospère jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, repose sur l'agriculture, le commerce, la pêche, et en particulier sur l'industrie de la céramique, exportée par la mer dans toute l'Europe occidentale. En 1922, une météorite de fer pesant 12 grammes s'écrase près de Patti.
Dans la dernière décennie du xxesiècle, de nombreux complexes résidentiels apparaissent en amont, vers le chemin de fer de Messine, et conduisent à l'union du centre-ville et de la gare avec le hameau de Case Nuove Russo, où est alors entreprise la construction d'un vaste centre commercial.
Économie
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Communications et transports
Patti est reliée aux grands axes routiers reliant Messine à Palerme, tant par le réseau ferré sicilien via la gare de Patti-San Piero que par l'autoroute A20.
Culture
Cuisine
La cuisine locale de Patti présente les caractéristiques et les plats typiques de la cuisine sicilienne plus générale mais propose des spécialités uniques, surtout en termes de pâtisseries. Ces spécialités culinaires pattesi comprennent des plats à base de fruits de mer ou de poisson bleu, comme les anchois et la fauvette marinés. En nourriture sucrée, les productions de Patti comprennent la granita typique aux saveurs variées (citron, fraise, café, noisette, etc.), qui se déguste avec de la brioche au petit déjeuner; parmi les amuse-bouches, on trouve à Patti les arancini à la sauce tomate; la pignolata; le piscistoccu a ghiotta (stockfish messinois). À Tindari, on consomme de la càlia, pâte à base de pois chiches.
Pasticciotti à la viande et cardinali
Les spécialités sucrées les plus emblématiques de la cuisine de Patti sont les pasticciotti à la viande et les cardinali («cardinaux»). Les origines de ces recettes sont situées dans la tradition de la confiserie de l'ancien monastère Santa Chiara, désormais mieux connu sous son adresse à la Santa Famiglia, fondé à Patti en 1407 par Mgr Filippo Ferrerio. Ces confiseries étaient préparées dans les cuisines du monastère et leurs recettes ont ensuite été transmises de générations en générations de confiseurs pattesi (les familles Galante et Aiello)[17].
Les pasticciotti à la viande sont doux, avec une garniture particulière contenant de la viande de veau, des amandes grillées, des épices et autres herbes aromatiques. Extérieurement, ils ont une forme ronde, et sont recouverts de sucre glace avec au sommet une décoration faite avec du sucre cristallisé rouge. Il y a très peu de préparations de confiserie en Sicile qui comprennent de la viande de veau comme ingrédient. Le savant mélange d'amandes et d'épices rend le goût de la farce très spécial. Les cardinaux sont des bonbons à base d'amandes recouverts de glaçage blanc et rouge, des décorations de sucre cristallisé (selon les trois traditionnelles rayures faites transversalement sur le dessus). Ces bonbons sont toujours fabriqués selon la recette ancestrale et vendus dans les pâtisseries. Les autres gâteaux et biscuits préparés localement sont: les friciulette (ou nuvolette, «petits nuages»), le cudduredde, le zuccarate et les ossi 'i mortu («os du mort», ou scardellini), cette dernière recette est typique de la période des fêtes de la Toussaint et des morts (1er et 2 novembre).
Vin Mamertino (DOC)
Patti, ainsi que quelques autres villes tyrrhéniennes de la province de Messine, composent la zone de production du Mamertino, un vin DOC, label institué par décret du 3 septembre 2004. Sur le territoire communal de Patti, sa production se décline en deux types: rouge, de Nero d'Avola, Nocera (et d'autres raisins rouges) et raisins blancs Inzolia et Grillo. Mamertino, avec Faro et Malvasia de Lipari. Connu dès l'époque romaine, le Mamertino et sa diffusion dans les domaines de Patti et Milazzo remonte à IIIesiècleav. J.-C., lorsque les Mamertins ont commencé à en produire. C'est un vin chaud, généreux et confortable, qui aurait notamment été offert par Jules César au banquet organisé pour célébrer son troisième consulat, selon le général lui-même dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. Le géographe Strabon classe le Mamertino parmi les meilleurs vins de son époque tandis que Pline le classe à la quatrième place parmi un total de 195 vins différents. Martial lui-même écrit du Mamertino qu'il est «peut-être l'un des vins les plus célèbres»[18].
Huile d'olive Valdemone (DOP)
Le territoire communal de Patti, en raison de sa position géographique et de son doux climat favorable, a toujours été adaptée à la culture de l'olivier et à la production d'une huile d'olive extra-vierge.
La villa romaine de Patti, qui a fourni une abondance de mosaïques, aux proportions comparables à celle de Piazza Armerina, abandonnée au ivesiècle puis ravagée par un tremblement de terre quelques décennies plus tard.
Aux alentours
Patti Marina, station balnéaire sur le littoral, lagune et plages de sable fin face aux îles Éoliennes;
Vestiges de Tyndaris, site archéologique d'une ancienne cité fondée par les Grecs, devenu lieu de pèlerinage pour son monastère où est vénérée une Vierge noire;
Nécropoles de Monte (vers le ixesiècleav. J.-C.) et San Cosimo (IIIemillénaireav. J.-C.).
Lagune sur le littoral de Tindari.
Sanctuaire de la Madonna del Tindari.
La Vierge noire du sanctuaire de Tindari, dont la base porte une inscription du Cantique des cantiques: Nigra sum sed formosa («Je suis noire mais belle»).
Porte de l'ancienne basilique romaine de Tyndaris.
Tindari, Marinello, Mongiove, Marina di Patti, Sorrentini, Camera, Case Nuove Malluzzo, Case Nuove Russo, Gallo, Madoro, Moreri, San Cosimo, Scala di Patti, Scarpiglia
(it) Dizionario geografico del Regno di Sicilia composto dall'abate Francesco Sacco della provincia di Salerno ... Tomo primo (-secondo), (lire en ligne)
(it) Filadelfo Mugnos, Teatro Genologico Delle Famiglie Nobili Titolate Feudatarie Ed Antiche Nobili Del Fidelissimo Regno Di Sicilia Viventi Et Estinte, Coppola, (lire en ligne)
Pages 134, 135, 136 et 137 du livre de Francesco di San Martino de Spucches, Mario Gregorio, " l'histoire de féodalités et nobles titres de la Sicile à partir de leurs origines jusqu'à nos jours ', Palerme, sixième volume.