Peau d'Âne
conte populaire d'Europe
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Peau d’Âne est un conte populaire. La version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1694, puis rattachée aux Contes de ma mère l'Oye à partir de l'édition de 1781, « première édition complète ». Selon la nouvelle classification des contes de Ruth B. Bottigheimer[1], il s'agirait du premier[N 1] conte de fées français écrit.
| Peau d'Âne | ||||||||
Peau d'Âne, illustration de l'artiste irlandais Harry Clarke, 1922. | ||||||||
| Auteur | Charles Perrault | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Genre | Conte en vers | |||||||
| Éditeur | Les Coignard | |||||||
| Lieu de parution | Paris | |||||||
| Date de parution | 1694 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Louis XIV enfant se plaignait à sept ans de ne plus pouvoir s'endormir en écoutant sa nourrice lui raconter Peau d'Âne, et dans Le Malade imaginaire de Molière (édition originale de 1682), la petite Louison en parle. De même La Fontaine en 1678 dans le Pouvoir des fables[3].
Histoire
Mourante, une reine se fait promettre par le roi de ne prendre pour nouvelle épouse qu'une femme plus belle et mieux faite qu'elle. Après la mort de celle-ci, le roi accablé de tristesse dit à sa fille qu'il ne veut plus jamais la revoir. Le temps passe et le roi se voit dans l'obligation de se remarier pour faire un héritier. Ne manquant pas à sa promesse, il se met à chercher sa future reine, seulement aucune des femmes du royaume n'est assez belle pour qu'il puisse l'épouser. La seule personne capable de rivaliser avec la beauté de sa défunte femme n'est autre que sa propre fille, et le roi la demande en mariage.

Pour échapper à cette union incestueuse et sur les conseils de sa marraine, la princesse demande à son père par trois fois, pour sa dot, des robes irréalisables : elle demande d'abord une robe couleur de temps, puis une robe couleur de lune et enfin une robe couleur de soleil. Mais contre toute attente, il parvient toujours à les lui offrir. Elle lui demande alors de sacrifier son âne qui produit des écus d'or en guise de crottin, son plus précieux trésor, et le roi s'exécute. La princesse s'enfuit alors du château, revêtue de la peau de l'âne. Elle emporte avec elle sa toilette et ses plus belles robes.
Peau d'âne s'installe dans un petit village d'un royaume voisin et travaille comme souillon, vivant dans une simple cabane. Le prince d’un autre royaume, vient en visite au village, en se promenant arrive à sa maison et la voit, parée de sa robe couleur soleil. Ébloui par sa beauté, il en tombe amoureux et rentrant au palais se meurt d'amour. Il demande alors que Peau d'âne lui fasse un gâteau. En faisant la pâte du gâteau, elle laisse échapper sa bague dedans sans s'en rendre compte. Le prince, manquant de s'étouffer avec celle-ci, demande immédiatement que toutes les femmes et demoiselles du pays, de la plus noble à la plus humble, viennent essayer la bague au château. Aucune ne peut passer cette dernière. On fait alors venir Peau d'âne au château. Son doigt entre dans la bague, sa peau d'âne tombe et laisse apparaître sa plus belle robe. Le prince peut alors l'épouser, les fêtes pour leurs noces durent trois mois et laissent tous les plus grands princes du monde entier défiler.
Son père invité également, se rend compte de son erreur et demande pardon à sa fille, lui donnant sa bénédiction pour son mariage et sa nouvelle vie de reine.
Une interprétation fait dériver le conte de Peau d'âne d'un mythe préhistorique semblable à celui de la femme-cygne, où l'animal central serait un mammifère quadrupède[4] et que l'on pourrait mettre en rapport de transformation structural avec le motif mythique de la ménagère mystérieuse[5].
Analyse de Christine Goldberg
Autres versions
Avant Perrault
L'existence du conte (du moins dans sa version où il est question d'une peau d'âne) est attestée pour la première fois, au XVIe siècle, dans Les Propos rustiques () de Noël du Fail[6] (c. 1520–)[7],[8]. Bonaventure Des Périers en présente une version dans Nouvelles récréations et joyeux devis (1558), intitulée D’une jeune fille surnommée Peau-d’Âne, et comment elle fut mariée, par le moyen que lui donnèrent les petites fourmis[9] ; elle se déroule en Italie[10].
L'existence d'un conte oral est attestée au XVIIe siècle par Le Page disgracié (1643) de Tristan L'Hermite[N 2], plus tard par les Mémoires (–) de Pierre de La Porte (–), premier valet de chambre (–) de Louis XIV enfant[7] (le mémorialiste s'y souvient, à plusieurs décennies de distance, du goût du petit prince pour « les contes de Peau d'Âne » en 1645), par Le Virgile travesti () et le Roman comique () de Paul Scarron (–)[8], les Mémoires () du cardinal de Retz (–)[7], l'Ovide Bouffon () de Louis Richer[7], la Dissertation sur Joconde () de Nicolas Boileau (–)[7], le Malade imaginaire (, acte II, sc. 8) de Molière (–)[7],[8],[11] et Le Pouvoir des fables () de Jean de La Fontaine (–)[7],[8],[11].
Mais d'autres versions du conte existaient auparavant, avec d'autres animaux à la place de l'âne. Un certain nombre de textes du Moyen Âge présentent des éléments caractéristiques du conte[12]. En Italie, Giovanni Francesco Straparola en présente une version avec son Thibaud et Doralice[13] dans Les Nuits facétieuses (1550)[14]. Au siècle suivant, Giambattista Basile en fait autant avec L'Ourse dans son Pentamerone (1635)[10],[15].
Après Perrault
Le conte de Perrault, en vers, connaît aussi une version apocryphe en prose, censée être de la même main, mais qui fut publiée pour la première fois en 1781 par Pierre-Michel Lamy dans Les Contes de Perrault[16],[10].
Différentes versions régionales ont été recensées en France au XIXe siècle[10]. Dans « Jeux et sournetas du Bas-Languedoc », publié dans un numéro de la Revue des langues romanes (1874), est publié La Pel d'Ase (La Peau-d’Âne)[17]. Wentworth Webster, prêtre anglican, collecta des contes traditionnels du Pays basque qu'il réunit dans son Basque Legends (1877), dont Ass’-Skin (Peau-d’Âne), que lui a raconté une de ses conteuses, Laurentine Kopena[18]. Paul Sébillot rapporte trois contes similaires : un dans ses Contes populaires de la Haute-Bretagne (1880) : Césarine[19] ; deux dans sa Littérature orale de la Haute-Bretagne (1881) : La Pouilleuse (en)[20] et Peau d’Ânette[21]. Toutefois, il n'est question de peau animale que dans le dernier. Les Contes populaires de Lorraine (1886) d'Emmanuel Cosquin, avec Le Taureau d'Or[22], met en scène une histoire similaire, mais avec une princesse se cachant dans un taureau en or. La même année, Jean-François Bladé publie ses Contes populaires de la Gascogne, où figure Peau-d’Âne[23] dans le premier volume. Dans son ouvrage Contes populaires recueillis dans la Grande Lande de 1887, Félix Arnaudin narre la version gasconne du conte Pét-d'Aynique (Peau d'Âne), recueillie auprès d'Élisabeth Planté vers 1880[24].
Les frères Grimm ont publié deux versions de ce conte en allemand. Une sous le titre Allerleirauh, traduit parfois en Peau de mille-bêtes ou Toutes-Fourrures (1812). Dans cette version, le personnage de la marraine est absent et l'héroïne porte un manteau de mille fourrures. L'autre est Prinzessin Mäusehaut, soit Princesse Peau-de-Souris, qui porte une robe en peau de souris[25].
Concernant l'Angleterre[26], le folkloriste britannique Joseph Jacobs a relevé trois contes semblables : Cap o' Rushes (en)[27] dans ses English Fairy Tales (1890) ; Tattercoats (en)[28] et Catskin (en)[29] dans ses More English Fairy Tales (1894). Un autre conte intitulé Catskin figure aussi dans les English Fairy Tales de Flora Annie Steel (1918)[30]. Katherine Mary Briggs et Ruth Tongue (en) ont publié Mossycoat (en) dans Folktales of England (1965). Et en Écosse, John Francis Campbell publie, dans le premier volume de son Popular Tales of the West Highlands (en) (1860), The King Who Wished to Marry His Daughter (en).
Aux États-Unis[26], dans le Kentucky, Marie Campbell a découvert Little Catskin (en) et The Princess That Wore a Rabbit-skin Dress (en), qu'elle a publié dans son Tales from the Cloud Walking Country[31] (1958).
Il existe également plusieurs versions africaines[4].
Adaptations

- Peau d'âne (1838), féérie en 9 tableaux de Louis-Émile Vanderburch et Laurencin, Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Paris, ()
- Peau d'âne (1863), grande féérie en quatre actes et vingt tableaux de Louis-Émile Vanderburch, Laurencin et Clairville (Louis-François Nicolaïe), musique de Léon Fossey, théâtre de la Gaîté, Paris ()
- Peau d'Âne (1899), opéra-comique français de Raoul Laparra
- Peau d'Âne (1904), film français muet d'Albert Capellani
- Peau d'Âne (1908), film français muet d'Albert Capellani
- Peau d'Âne (1970), film musical français de Jacques Demy
- Peau d'Âne (2003), roman français de Christine Angot
- Peau d’Âne, livre-disque raconté par Cécile de France à Thierry Magnier, musique André Serre-Milan, 2005
- Peau d'Âne (2010), bande dessinée française d'Edmond Baudoin
- Peau d'âne (2012), spectacle de danse d'Emilio Calcagno
- Mes contes de Perrault (2014), dix contes de Perrault, dont Peau d'âne, réécrits par Tahar Ben Jelloun
- Leurs contes de Perrault (2015), onze contes de Perrault, dont Peau d'âne, réécrit par Fabienne Jacob, Editions Belfond
- Peau d'âne ou De la manière qu'une main d'ivoire a de trouver prince à son doigt (2015), créé par la Compagnie Comme Si, mise en scène par Coraline David, présenté au Festival Off d'Avignon.Spectacle parlé et en langue des signes soutenu par l'Adami
- Peau d'âne (spectacle) (2018) (sous titré féerie musicale) produite au Théâtre Marigny pour sa réouverture en 2018. Le spectacle est mis en scène par Emilio Sagi.
- Peau d'âne et la princesse qui pue du bec (2020), livre pour enfants écrit par Stéphane Botti et illustré par Aurélie Grand
- Peau d'âne, la princesse qui pue (2021), tome 2 de la série de bande dessinée Raowl, écrite et dessinée par Tébo